Paul Hess

4 mai 1917 – Dans le voisinage, d’autres incendies commencés la veille, sont maintenant, par endroits, en pleine activité.

La rue Thiers brûle, dans sa partie gauche, à partir du n° 1 et le sinistre ne s’arrêtera qu’après destruction du n° 31 (angle de la rue du Petit-Four) ; à droite de la même rue, tout le pâté de mai­sons compris à partir de la place de l’hôtel de ville, jusqu’à la rue Rouillé et faisant retour par les rues de la Renfermerie et des Con­suls, est déjà détruit par le feu depuis hier. Il en est de même de la partie du boulevard de la République allant du n° 1 à la maison n° 25, sise au coin de la rue de la Tirelire, que je remarque parti­culièrement, parce qu’au moment où je passe rapidement, elle est entièrement attaquée par les flammes. Des incendies ont détruit partiellement encore les rues Salin et du Carrouge ; la rue des Boucheries l’est presque en totalité, car seule y subsiste la maison n° 8.

Dès le matin j’ai fait cette tournée, voulant avoir un aperçu des dégâts considérables occasionnés par le furieux bombarde­ment mélangé d’obus incendiaires que nous avions subi, qui avait été si bien localisé sur le quartier de l’hôtel de ville et de très bonne heure, je suis auprès du monument.

Hier soir, lorsque nous nous sommes séparés, exténués, la chaleur dégagée par l’immense brasier nous avait obligés à raser le mur opposé de la rue de Mars pour gagner vivement la place, en sortant du 6. Ce matin, il est possible de s’approcher de l’édifice, réduit à l’état de squelette, avec toutes ses ouvertures béantes. J’en fais le tour et mon premier soin est d’aller rue de la Grosse- Ecritoire, voir l’état du sous-sol profond où se trouvaient les regis­tres et la comptabilité de l’administration du mont-de-piété, que j’y avais mis en sûreté, avec l’aide des pompiers, le 8 septembre 1915. Là, avaient été placés aussi tout dernièrement, le jour de Pâques et le lendemain 9 avril, tous les importants documents de notre bu­reau de la « comptabilité » de la mairie, que Cullier avait eu soin de me demander de venir descendre avec lui.

Du trottoir, il me semble les apercevoir, car je connais bien l’emplacement où ils sont alignés les uns auprès des autres et l’in­cendie, ici, paraissant se borner à achever de brûler les décombres amassés sur les planchers au rez-de-chaussée, je grille du désir d’aller me rendre compte de ce qu’il en est exactement de ces dépôts.

Par un soupirail ouvert à l’endroit du sous-sol servant de soute à charbon, je me laisse glisser sur la descente installée à demeure et arrivé rapidement en bas, je puis constater en effet que toutes nos archives sont toujours bien rangées ; elles n’ont aucu­nement souffert du sinistre.

J’en éprouve un réel soulagement ; je suis particulièrement heureux d’examiner longuement, sur place, « mes bouquins » qui ont échappé ainsi une deuxième fois à l’incendie. Dès l’arrivée de Cullier, je me fais un plaisir de lui annoncer la bonne nouvelle en ce qui concerne « les siens ». Il ressent, lui aussi, une vive satisfac­tion et peut se féliciter d’avoir pris à temps son heureuse initiative.

– A 20 et 23 h, obus asphyxiants.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Vendredi 4-2 bombes sur la maison Peltreau-Villeneuve, sur la mai­son du Cordonnier de la rue du Fusilier etc. + 11°. Matinée très agitée ; je n’ai pas pu sortir. De 9 h. à 9 h. 30, bombardement violent de gros calibre autour de nous et de la Cathédrale. Expédié lettre à Mgr Many. Visite au Major de la Place. Les incendies continuent, mais en se ralentissant. Bom­bes sur les batteries et sur la ville. Un gros canon de marine sur tracteurs se fait entendre. Accepté d’aller parler aux soldats, à Saint-Brice, dimanche prochain.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 4 mai

Activité d’artillerie et nombreuses rencontres de patrouilles dans toute la région du chemin des Dames.
En Champagne, nous avons repoussé des coups de mains ennemis dans les bois, à l’ouest du mont Cornillet et sur les hauteurs à l’est du Mont-Haut. Dans cette dernière région, nous avons réduit un îlot de résistance dont la garnison a été faite prisonnière. 9 officiers et 210 hommes sont tombés entre nos mains. Sur la rive gauche de la Meuse, nos détachements ont pénétré dans les tranchées ennemies.
Sur le front britannique, un violent combat se poursuit sur toute la ligne Hindenburg, du sud de la Sensée à la route Acheville-Vimy. Les troupes anglaises progressent et ont déjà enlevé un certain nombre de fortes positions ennemies.
Canonnade en Macédoine, entre Hima et la boucle de la Cerna, où les Russes ont repoussé une reconnaissance ennemie.
M. Zaïmis a été chargé de former le cabinet grec à la place de M. Lambros.
M. Milioukof, dans une circulaire aux puissances alliées, déclare que la Russie repousse toute idée de paix séparée.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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