Louis Guédet

Mercredi 21 janvier (lire mars !) 1917

921ème et 919ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Temps gris, glacial avec bise. Journée fort remplie. Je ne sais même plus où commencer. Remis mon courrier en route. Écrit définitivement ma lettre à Mt Thomas, avoué à Paris, pour ma proposition à la décoration. Reçu 3 lettres tristes de ma pauvre femme (rayé) n’est pas (rayé). Tout cela (rayé).

Déjeuné avec Marcel Heidsieck. Si je suis obligé d’aller à Paris samedi je dois faire route avec lui et même déjeuner en arrivant à Paris chez lui 45, rue Ampère. J’ai accepté, je pourrai juger sa jeune femme. Après-midi revu à toute ma correspondance. Notre population est un peu fiévreuse sur les bruits qui courent et sur notre avance. On commente avec ardeur les incendies, la destruction de Coucy, l’enlèvement des jeunes filles de Noyon, etc… On dit que les allemands évacuent Bazancourt, que tous les villages vers Brimont sont en flammes, etc…  etc… Dires d’aviateurs…  me dit-on !! Attendons, car nous avons été déjà tellement leurrés qui ne sont pas au front ! Je devrais dire « bernés » ! que j’attends toujours la réalité.

Reçu cet après-midi donation entre époux d’un vieux (bien qu’encore jeune) client de Cormontreuil, Thiérus-Lalique (Albert Théophile Thiérus, né en 1880), qui tout en causant m’a hier donné la note de l’état d’esprit des soldats des tranchées : « Oui, après la Guerre nous règlerons nos comptes avec tous ces (rayé) arrière, et je suis sûr que vous serez avec (rayé) M. Guédet !!… » Car cet embusquage éhonté, cette conduite effrontée de tous ces paresseux d’officiers demande châtiment avec sanctions.

A 8h1/2, arrivée des troupes dans notre quartier. Gardons-nous des fricoteurs. J’allais dire des fripouilles. Quand donc serons-nous débarrassés de cette plaie-là ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 21 – + 4°. Nuit marquée par de fréquentes bombes allemandes sifflantes à certaines heures, à intervalles à peu près réguliers. Item dans la matinée. Expédié lettre à Bordeaux, pour vœu de célébrer chaque année solennellement le vendredi du Sacré-Cœur. Écrit au Cardinal de Paris pour M. X. De 10 h. à 11 h., 15 obus ; midi : 4.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 21 mars

De la Somme à l’Aisne, nos troupes, tout en réalisant de nouveaux progrès, ont procédé à l’occupation de la zone reconquise.

Au nord de la Somme, notre cavalerie a poussé jusqu’aux environs de Roupy, à 7 kilomètres de Saint-Quentin, où elle a donné la chasse à des patrouilles de cavalerie allemande. Au nord-est de Chauny, notre infanterie a occupé Tergnier et franchi le canal de Saint-Quentin. Quelques escarmouches assez vives avec des détachements ennemis se sont terminées à notre avantage. Nous n’avons subi, au cours de cette poursuite, que des pertes insignifiantes. Mais nous avons constaté partout des traces d’un vandalisme systématique : les destructions accomplies par l’ennemi n’ont, la plupart du temps, aucune utilité militaire. Nos aviateurs ont signalé que les ruines historiques du château de Coucy avaient été détruites par une explosion.

En évacuant Noyon, l’ennemi a emmené de force cinquante jeunes filles.

L’armée anglaise a occupé 14 nouveaux villages.

Bombardement réciproque sur le front belge. Canonnade accrue sur le front italien.

Progrès de nos troupes en Macédoine autour de Monastir, où nous avons fait 1200 prisonniers.

Le gouvernement américain a demandé l’envoi d’une mission française aux Etats-Unis pour l’instruction des étudiants. M. Wilson a décidé de convoquer d’urgence le Congrès.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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