Louis Guédet

Samedi 17 février 1917

889ème et 887ème jours de bataille et de bombardement

6h3/4 soir  Le dégel définitif, temps doux et jusque là sans pluie. Hier c’était la cohue des Marocains, aujourd’hui c’est le désert, on n’en voit pas un et le silence est absolu. C’est même impressionnant. Déjeuné aux Galeries Rémoises, hôtes habituels, plus M. Chaumont qui ne dit pas un mot du reste. Toujours bon déjeuner : saucisson-beurre, saucisse purée de pomme de terre, poulet rôti, fromages, mandarines, liqueurs. J’avais apporté une bouteille de Villers Marmery 1906. Je sais que cela leur fait plaisir…  Tout en me gourmandant de l’avoir apportée, M. Lorin a eu des nouvelles de Marcel, il va bien, toujours au même camp de prisonniers. Il lui envoie des boites en fer blanc ad hoc dans lesquelles il met tout simplement des choses faites et cuites chez lui, et cela arrive très bien et en bon état, et leur fils retrouve un peu de la Maison paternelle. Fait deux ou 3 courses, acheté « La douce enfance de Thierry Seneuse », un roman rémois fait par Pol Neveux, un rémois, (Académicien Goncourt (1865-1939), cette œuvre est autobiographique, ce roman est paru en 1916) fils d’un de mes anciens confrères Neveux, prédécesseur de Thiénot, notaire. Je n’ai jamais rien lu de lui, je vais voir et apprécier sa manière. En tout cas cela a l’attrait de se passer à Reims. Nous verrons et je donnerai ma pensée sur cet ouvrage.

Rentré pour écrire des lettres et des lettres. Toujours cet effrayant silence, pas un coup de canon de la journée.

Demain dimanche, c’est toujours une longue, dure et pénible journée à passer pour moi, si seul, si seul.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 17 – Nuit tranquille. A 7 h. + 9°. A 22 + 16°. Dégel, sans pluie.

Visite de congé du Général Lanquetot. Visite du Lieutenant-colonel Nierger. Visite du Général Duplessy, et du Commandant de Montmarin, d’Orléans, annonçant notre prochaine délivrance comme certaine.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 17 février

Au nord de l’Avre, un coup de main ennemi sur un de nos postes, vers Fouquescourt, a complètement échoué.

En Champagne, le bombardement dirigé par l’ennemi sur notre front Butte-du-Mesnil-Maisons-de-Champagne, a pris une intensité particulière à la faveur de l’explosion de plusieurs mines, les Allemands ont réussi à pénétrer dans un saillant situé à l’ouest de Maisons-de-Champagne, au nord de la route qui va de ce point à la Butte-du-Mesnil. Nos tirs de barrage et nos feux de flanc, partis de la région nord de la Main-de-Massiges, ont infligé aux assaillants des pertes élevées.

Nous avons réussi plusieurs coups de main dans la région de Berry-au-Bac et en Argonne, en ramenant une trentaine de prisonniers. Un tir de nos batteries lourdes a provoqué l’explosion d’un dépôt de munitions à Maure (nord de Tahure). Une reconnaissance a été dispersée par notre feu près de Nomény. Lutte d’artillerie dans la région de Louvemont et au sud du col de Sainte-Marie (Vosges). Une pièce à longue portée a tiré plusieurs obus dans la direction de Nancy.

Les Anglais ont pénétré dans les tranchées allemandes au sud de Souchez. Ils ont rejeté un détachement ennemi an nord-est d’Armentières. Canonnade vers Saillisel et au sud-ouest d’Arras.

Le gouvernement allemand a libéré les 12 marins américains du Yarrowdale.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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