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Mercredi 18 avril 1917

Louise Dény Pierson

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18 avril 1917

Le long de la grande allée centrale des parois de planches délimitaient des chambres où les familles trouvaient un peu d’intimité.
A côté de nous, couchaient des gendarmes et pour cette première nuit, il y eut chez eux un certain remue ménage qui nous tint éveillés.
Une de leurs patrouilles amenait un soldat d’un uniforme inconnu ; c’était un Russe et il fallait trouver un interprète, c’était un officier logé plus loin. Ce Russe faisait partie d’une division de l’armée du Tsar amenée à grands frais sur le front français. Pourquoi ? Mystère !
Peut-être pour remonter le moral de nos troupes qui était bien bas après l’échec de nos offensives des 16 et 17 avril…

A la fin de l’après-midi, le train blindé, ses canons repliés, est reparti vers Rilly-la-Montagne où il trouve un abri très sûr dans le tunnel. Il n’en a pas de même pour nous qui avons commencé à recevoir la riposte des Allemands dont les obus tombent un peu partout.
Alors que j’arrive à la porte de la maison, un sifflement très proche me surprend. Au lieu de me jeter à terre, comme on nous l’a appris, je m’élance dans le couloir en claquant la porte derrière moi, geste machinal qui ne m’aurait pas sauvée de l’obus mais peut-être des éclats et qui ne valait pas un rapide plat ventre ..
Nous sommes gratifiés, dans notre quartier, de deux variétés d’obus : l’Allemand dont on entend bien le sifflement avant l’explosion et l’Autrichien qui explose avant qu’on ait pu l’entendre venir, bien plus dangereux que l’autre.
Heureusement, si l’on peut dire, qu’il arrive plus d’obus allemands que d’autres. Pour cette nuit et les suivantes, qui menacent d’être agitées, nous quittons la maison de la vigne pour nous réfugier dans les caves Walfart plus solides et bien organisées pour recevoir les habitants voisins.

Ce matin, nous avons eu une surprise : un train que nous appelions peut-être à tort, blindé, est arrivé dans la nuit. Il est venu prendre position dans la grande tranchée du chemin de fer, tout en haut des vignes (Sur la photo, l’endroit est aujourd’hui le pont Franchet d’Espèrey).
Ce sont deux pièces d’artillerie de marine montées sur des wagons métalliques très longs, dont les bouches impressionnantes émergent de la tranchée.
Dès les premiers coups, c’est la panique parmi les travailleurs de la vigne, d’autant plus que des morceaux de cuivre rouge, arrachés de la ceinture des obus tombent çà et là. Un ouvrier a voulu en ramasser un et s’est brûlé les doigts.
Notre surveillante a voulu nous répartir aux deux extrémités de la vigne et continuer le travail mais un officier de la batterie est apparu en haut du talus et d’un ton sans réplique, s’adressant à la surveillante : « Je ne veux voir personne en avant des pièces, sortez tous immédiatement ou je ferai exécuter une évacuation totale et définitive du personnel civil travaillant sur ce terrain ».
Bon gré, mal gré, la surveillante a dû bien exécuter cet ordre et nous avons été répartis dans d’autres services des caves Walfart.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

Louis Guédet

Mercredi 18 avril 1917

949ème et 947ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Temps gris brumeux, glacial, de la neige fondue, du grésil, de la pluie, sale temps. Nuit tranquille dans notre quartier. Mais boulevard Lundy, bombardement vers 2h du matin, tir de barrage. Pierre Lelarge a encaissé pour son compte 6 obus, Lorin rue de Bétheny un, etc…  etc…

Hier soir j’ai reçu la visite du bon R.P. Desbuquois, charmant homme, beaucoup de cœur, et qui me comprend très bien et sent mes souffrances auxquelles il compatit en même temps (rayé) qu’il n’est pas surpris de leur (rayé) cruauté même envers (rayé). Causé longuement, il reviendra me voir puisqu’il est revenu habiter rue de Venise au Collège, dans la crainte des gaz asphyxiants, rue St Yon où il habitait seul. Il était plus raisonnable pour lui de se trouver avec les collègues, c’était du moins plus prudent. Je pourrai ainsi aller le voir plus facilement.

Ce matin le calme. La bataille continue dans le lointain, toujours vers Berry-au-Bac, mon pauvre Robert !!!! Été à la Poste, trouvé lettre du Père Griesbach retirant sa plainte contre Dupont, son insulteur, et mis une lettre pour Madeleine. Été à la Ville, rien de saillant, on est sans nouvelle de la bataille. Les employés de la Ville sont toujours heureux de me voir, ainsi que les agents de Police.

Repassé chez Mazoyer, mes lettres d’hier ont été prises par lui. Çà va bien !! Ce soir j’en remettrai une pour ma chère femme. Rencontré en route Lesage, pharmacien, casqué comme un vrai poilu. Il a bonne tête là-dessous, cela lui va !! Il est las comme nous tous !! Rentré à la maison par un brouillard tombant frais ! On est glacé. Aussi bien physiquement que moralement. Il serait pourtant bien et temps que notre martyr cessât ! On est au bout de tout, forces physiques et morales, on vit en loques !

6h soir  A 2h été prendre mon courrier, reçu lettre de ma pauvre femme, toujours aussi angoissée. Je lui réponds de mon cabinet de juge. Elle me disait qu’elle avait reçu une lettre du 10 de Robert qui allait bien et disait que de la hauteur où il était il voyait les allemands qui en…  prenaient pour leur rhume !..

Carte de Charles Defrénois, du Répertoire Général du Notariat, très gentille et admirant ma conduite. Je lui réponds pour le remercier et lui dire que je ne pourrais lui régler les frais de légalisation, procuration Heidsieck qu’il me retournait que lorsque la Poste recevra le mandat Poste.

De là je vais à la Ville, monte avec Charbonneaux au campanile de la Ville, où je retrouve Lenoir député, le Maire et Sainsaulieu, architecte de la Ville. Nous contemplons le champ de Bataille de Brimont, malheureusement la pluie ne nous permet guère de bien voir quelque chose. Je termine ma lettre à Madeleine dans la salle du Conseil, et vais porter mes lettres à Mazoyer que je rencontre sous les loges (de la place d’Erlon). Il me dit qu’à l’État-major on est satisfait de la bataille.

Nous sommes au Mont Cornillet, Mont-Haut, Moronvilliers où je chassais. Le Mont Cornillet ! Quels souvenirs, c’est là où mes 2 grands artilleurs ont tué leurs 1ers lapins. Rentré à la maison, rencontré en route le Commissaire Central Paillet. Vraiment crâne ! Avec moi il se gausse de la fuite lâche de Speneux, commissaire du 3ème canton, de Mailhé, commissaire spécial près la Place, encore un crâneur celui-là, des employés des Postes, des bureaucrates, etc…  etc… « Tous foutu le camp ! M. Guédet » me dit le Brave Paillet. Nous nous quittons, et je lui dis : « on devra cingler après la Guerre ces peureux-là !! » Lui me reprend : « Oui, mais je dis on devrait !! car on n’osera pas !! » Moi de répondre : « Nous verrons bien !! »

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

18 avril 1917 – Au cours de la nuit, bombardement ; les obus sont tombés boulevard Lundy. Rien dans la journée. Le soir, forte canonnade, surtout par les 75, qui claquent bien.

La place Amélie-Doublié que j’ai tenu à revoir, aujourd’hui, a changé beaucoup d’aspect depuis une dizaine de jours. Là comme ailleurs, on a maintenant une impression de désolation, de des­truction qui, toutefois est bien pire encore avenue de Laon où les premières maisons de gauche sont entièrement détruites, de même que celles situées à droite et comprises entre la rue Lesage et le local de la poste. En passant, j’y ai remarqué un incendie en pleine intensité, brûler sans pouvoir être combattu, les maisons nos 7 et 9.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 18 – + 2°. Toute la nuit combats au loin autour de Reims. Obus. Visite du Général Lanquetot (venu pendant ce temps-là à la maison) dans les caves Walfard où les bureaux sont installés. Notes pour la presse approuvées par lui (sur les bombardements de la Cathédrale) et de la ville. Visite aux Sœurs de Saint Vincent de Paul. Familles Walfard et Bec­ker, à M. le Curé. On nous prévient que l’opération qui délivrera Reims sera dure et longue. Les Français ont attaqué du côté de Moronvillers : les objectifs assignés sont tous pris(1). Allemands résistent avec acharnement ; 2 400 faits prisonniers dans leurs défenses ou cernés. Visite du Général de Mondésir qui avait envoyé hier demander de nos nouvelles. Comme le général Lanquetot, il dit : « Vous n’avez rien vu ! Reims peut passer de très mauvais jours(2). » Il craint surtout les incendies et les obus asphyxiants.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Les sommets des monts de Champagne qui dominentla plaine de la Vesle sont effectivement entre nos mains (le Mt Cornillet, le Casque, le Téton, le Mt Haut, le Mt Perthois, le Mt sans Nom, le Mt Blond)
(2) Le général Pierron de Mondésir a malheureusement raison puisque les destructions de Reims atteindront leur pont culminant au printemps 1918, alors que la ville est heureusement évacuée en totalité.

Mercredi 18 avril

Au nord et au sud de l’Oise, activité intermittente des deux artilleries. Nos patrouilles ont ramené des prisonniers.

Entre Soissons et Reims, nos troupes se sont organisées sur les positions conquises. Dans la région d’Ailles, une forte contre-attaque allemande sur nos nouvelles lignes a été brisée par nos barrages et nos feux de mitrailleuses qui ont fait subir des pertes élevées aux assaillants.

D’autres contre-attaques ennemies dans le secteur de Courcy ont également échoué. Le temps continue à être très mauvais sur l’ensemble du front.

En Champagne, nous avons attaqué à l’ouest d’Auberive, sur un front de 11 kilomètres en enlevant la première ligne ennemie et, sur certains points, la seconde. Cette avance nous a valu de faire 2500 prisonniers.

Sur le front, entre Soissons et Reims, où les pertes allemandes ont été très considérables, le chiffre de nos prisonniers atteint à 11000.

Les ouvriers de Berlin se sont mis en grève pour protester contre le rationnement, qui est devenu insupportable. Des bagares sanglantes ont eu lieu, de même qu’à Leipzig.

Les aviateurs anglais et français ont accompli un raid aérien de représailles sur Fribourg-en-Brisgau.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Samedi 17 février 1917

Louis Guédet

Samedi 17 février 1917

889ème et 887ème jours de bataille et de bombardement

6h3/4 soir  Le dégel définitif, temps doux et jusque là sans pluie. Hier c’était la cohue des Marocains, aujourd’hui c’est le désert, on n’en voit pas un et le silence est absolu. C’est même impressionnant. Déjeuné aux Galeries Rémoises, hôtes habituels, plus M. Chaumont qui ne dit pas un mot du reste. Toujours bon déjeuner : saucisson-beurre, saucisse purée de pomme de terre, poulet rôti, fromages, mandarines, liqueurs. J’avais apporté une bouteille de Villers Marmery 1906. Je sais que cela leur fait plaisir…  Tout en me gourmandant de l’avoir apportée, M. Lorin a eu des nouvelles de Marcel, il va bien, toujours au même camp de prisonniers. Il lui envoie des boites en fer blanc ad hoc dans lesquelles il met tout simplement des choses faites et cuites chez lui, et cela arrive très bien et en bon état, et leur fils retrouve un peu de la Maison paternelle. Fait deux ou 3 courses, acheté « La douce enfance de Thierry Seneuse », un roman rémois fait par Pol Neveux, un rémois, (Académicien Goncourt (1865-1939), cette œuvre est autobiographique, ce roman est paru en 1916) fils d’un de mes anciens confrères Neveux, prédécesseur de Thiénot, notaire. Je n’ai jamais rien lu de lui, je vais voir et apprécier sa manière. En tout cas cela a l’attrait de se passer à Reims. Nous verrons et je donnerai ma pensée sur cet ouvrage.

Rentré pour écrire des lettres et des lettres. Toujours cet effrayant silence, pas un coup de canon de la journée.

Demain dimanche, c’est toujours une longue, dure et pénible journée à passer pour moi, si seul, si seul.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 17 – Nuit tranquille. A 7 h. + 9°. A 22 + 16°. Dégel, sans pluie.

Visite de congé du Général Lanquetot. Visite du Lieutenant-colonel Nierger. Visite du Général Duplessy, et du Commandant de Montmarin, d’Orléans, annonçant notre prochaine délivrance comme certaine.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 17 février

Au nord de l’Avre, un coup de main ennemi sur un de nos postes, vers Fouquescourt, a complètement échoué.

En Champagne, le bombardement dirigé par l’ennemi sur notre front Butte-du-Mesnil-Maisons-de-Champagne, a pris une intensité particulière à la faveur de l’explosion de plusieurs mines, les Allemands ont réussi à pénétrer dans un saillant situé à l’ouest de Maisons-de-Champagne, au nord de la route qui va de ce point à la Butte-du-Mesnil. Nos tirs de barrage et nos feux de flanc, partis de la région nord de la Main-de-Massiges, ont infligé aux assaillants des pertes élevées.

Nous avons réussi plusieurs coups de main dans la région de Berry-au-Bac et en Argonne, en ramenant une trentaine de prisonniers. Un tir de nos batteries lourdes a provoqué l’explosion d’un dépôt de munitions à Maure (nord de Tahure). Une reconnaissance a été dispersée par notre feu près de Nomény. Lutte d’artillerie dans la région de Louvemont et au sud du col de Sainte-Marie (Vosges). Une pièce à longue portée a tiré plusieurs obus dans la direction de Nancy.

Les Anglais ont pénétré dans les tranchées allemandes au sud de Souchez. Ils ont rejeté un détachement ennemi an nord-est d’Armentières. Canonnade vers Saillisel et au sud-ouest d’Arras.

Le gouvernement allemand a libéré les 12 marins américains du Yarrowdale.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 29 janvier 1917

Plateau des Eparges

Louis Guédet

Lundi 29 janvier 1917

870ème et 868ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Toujours un froid terrible avec une brise cinglante, mais un soleil merveilleux. Moins de canon qu’hier. Entendu siffler 2 obus. Ce matin mon vieil expéditionnaire est venu, il a encore la tête bandée, il s’était donné une vraie tape !! Travaillé le matin, pas sorti, un agent m’a remis 11 280 F d’or trouvé chez une vieille femme 82, rue de Strasbourg, dans un vieux fourneau ! J’ai immédiatement converti cet or en billets qui ont été versés à la Caisse des dépôts et consignations. Il parait qu’il doit y avoir encore de l’argent caché chez elle. J’ai envoyé mon greffier perquisitionner et apposer les scellés. Après-midi inventaire rue du Jard avec levée de scellés chez un vieux client, mais on n’a pas pu faire la prisée du mobilier et levée les scellés, Landréat était parti avec les clefs des autres scellés pour voir à sa vieille avare de la rue de Strasbourg !! Bref on lèvera les derniers scellés samedi. Que de temps perdu avec ces étourderies !!

Rentré chez moi vers 4h, puis sorti faire une course ou 2. Vu M. Lorin, qui a reçu 2 ou 3 obus près de son immeuble rue de Bétheny (rue Camille-Lenoir depuis 1932). M. Charles Demaison qui couchait en face dans le cellier de M. Lanson a eu un obus qui est tombé juste près de l’écran au-dessous duquel il a son lit. Il parait qu’il a eu une vraie frayeur !! Il y avait de quoi !! Heureusement pas d’accident. Rentré travailler. Quelques avions dans le ciel, reçu la visite de 2 ou 3 croquants qui viennent me voir pour tâcher de me « tirer les vers du nez » pour des procès qu’ils ont pendant devant ma barre ! Ils en sont pour leurs frais. « Devant juger, je ne puis rien vous dire et encore moins vous écouter !… » – « Vous vous expliquerez à l’audience ! » Çà les musèle du coup…  Je suis toujours aussi « délabré », surtout quand je songe à tous mes aimés dont je suis séparé et qui doivent souffrir par ce froid ! C’est dur, pénible, torturant !…

On critique beaucoup le Maire d’avoir consenti à être témoin à décharge dans l’affaire Goulden ! Je crois qu’il aurait mieux fait de s’abstenir et laisser son adjoint déposer seul. Lui comme 1er magistrat de la Ville il aurait dû se tenir au-dessus de cela. Son excuse était toute trouvée : « Comme Maire je n’ai pas à intervenir dans cette affaire plutôt…  délicate ! » Il doit s’en mordre les doigts, car le Président du Conseil de Guerre le Colonel Gille s’est plutôt conduit comme un soudard envers lui. Le contraire m’aurait étonné du reste. Reims et ses habitants sont si peu intéressants ! C’est surtout dans le peuple que la critique est plus acerbe. « Si c’avait été un pauvre ouvrier comme nous, il ne se serait pas dérangé, mais c’était « Borgeois ». Alors !! » « Vox populi, vox Dei ! » dit-on !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

29-30 janvier 1917 – Tirs de l’artillerie. – Les journaux annoncent qu’il y a lieu de se faire inscrire dans les commissariats, pour l’établissement des cartes de sucre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 29 – Duel violent, bombes jusque vers 10 h. Reste de la matinée tranquille sauf quelques mitraillades. – 9°. Matinée de soleil, duel d’artillerie adverse, bombes sifflantes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 29 janvier

Sur la rive gauche de la Meuse, combats à la grenade vers l’est de la cote 304. Sur la rive droite, nous avons effectué entre les Eparges et la tranchée de Calonne, un coup de main qui a pleinement réussi. Nous avons trouvé de nombreux cadavres dans les tranchées ennemies et ramené un important butin.
En Lorraine, action d’artillerie dans le secteur de la forêt de Bezange.
Dans la région de Moulainville, un avion allemand a été abattu par le tir de nos canons spéciaux.
Sur le front belge, vives actions d’artillerie vers Ramscapelle, Dixmude et Hetsas. Dans ce dernier secteur, lutte à coups de bombes.
Les Allemands ont attaqué les Russes à l’ouest de Riga. Ils ont été rejetés et ont dû refluer en désordre. Une nouvelle attaque de leur part a été également repoussée. Une autre offensive près de Kaltcen a été brisée.
Au sud de Brody, l’ennemi s’est jeté sur les avant-postes de nos alliés, mais il a dû rétrograder vers ses retranchements. Il a subi encore un échec au nord de Kirlibaba.
Les Russes, à leur tour, ont pris l’offensive des deux côtés de la chaussée Kimpolung-Jacobeni, est après un combat acharné, ils ont refoulé les lignes austro-allemandes de trois verstes. Ils ont fait des prisonniers.
La division grecque de Corfou a été envoyée en Morée.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Plateau des Eparges

Plateau des Eparges

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Dimanche 18 juin 1916

Louis Guédet

Dimanche 18 juin 1916

645ème et 643ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Temps couvert, mais qui s’est éclairci à la fin de l’après-midi. Rien de saillant. En ce moment des avions. Messe de 8h rue du Couchant. Vu Dargent, Curt, parlé de l’affaire Goulden, on ne sait lequel croire, heureusement que je suis fixé là-dessus. Henri Abelé vers 9h1/2 m’a invité à déjeuner pour jeudi. Son fils Joseph est à Verdun. Curt m’a dit que M. Lorin était inquiet pour son fils Marcel qui était aussi à Verdun et dont il n’a pas de nouvelles depuis 8 jours. Il parait que cette 52ème Division a été écharpée, on parle de 50% de pertes. Pourvu qu’il ne soit rien arrivé à cet enfant. M. Abelé me disait qu’il n’était revenu du 291ème de ligne que 900 hommes. Le colonel est fou, à la suite de l’ébranlement survenu. On dit que la 52ème Division aurait été engagée trop tôt. Été me promener vers 4h et rentré une heure après. Voilà encore une triste journée passée. Écrit pas mal de lettres.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 18 – + 10°. Nuit tranquille. Confirmation aux Caves Chaumet, St-André. Aéroplanes français de 5 à 7 h. 1/2, tir contre eux. Mgr Neveux confirme à Ste-Geneviève.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 18 juin

En Belgique, duel d’artillerie assez intense au cours de la nuit dans le secteur de Lombaertzyde.
Sur la rive gauche de la Meuse, bombardement continu de nos premières lignes à la cote 304 et de nos deuxièmes lignes dans la région de Chattancourt. Une attaque à la grenade sur la redoute d’Avocourt et sur nos postes avancés à l’ouest de la cote 304 a été repoussée.
Sur la rive droite, une attaque de nos troupes sur les positions allemandes au nord de la cote 321, nous a permis d’enlever quelques éléments de tranchées et de faire une trentaine de prisonniers. Violente lutte d’artillerie dans le secteur sud du fort de Vaux.
Combat de grenades en forêt d’Apremont. Nous bombardons les camps et organisations des Allemands à Montsec (est de Saint-Mihiel). Une de nos pièces à longue portée a tiré sur la gare de Vigneulles-lès-Hattonchâtel, où un incendie s’est déclaré.
Dans les Vosges, un coup de main à l’est de Thann nous a permis de ramener des prisonniers, sans pertes pour nous.
Bar-le-Duc a été bombardé à deux reprises par des avions ennemis : 4 morts et des blessés. Des avions ont bombardé aussi Pont-à-Mousson, mais sans résultat. Nous avons jeté 33 obus sur les gares de Longuyon, Montmédy, Audun-le-Roman.
Les Russes ont fait 1300 prisonniers et enlevé Radsivillof, près de la frontière galicienne.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Samedi 25 septembre 1915

Louis Guédet

Samedi 25 septembre 1915

378ème et 376ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  La nuit a été fort calme, sauf quantité de voitures et d’équipages qui n’ont cessé de rouler jusqu’à minuit. Il a plu presque toute la nuit, aussi la matinée est-elle maussade. Je suis fort las ce matin. Je dois aller à la Caisse d’Épargne de 9h à 11h comme administrateur, il y a toujours du monde, du reste elle n’est ouverte que les mercredis et samedis. Et, chose curieuse, on recommence à refaire des versements d’argent. L’idée d’épargne en France est bien tenace !

Ce matin en rêvassant je me demandais pourquoi enfin j’étais resté et je restais loin de tous ceux que j’aime à vivre ainsi seul, seul depuis plus d’un an, et le mot Devoir ! me revenait à chaque question  Oui, on ne connait, on ne sait pas la force de cette demi-douzaine de lettres : Devoir !…

Il est quelque fois, pour ne pas dire souvent, trop souvent bien dur à mettre en pratique, à exécution…  Et parfois aussi il est bien long, trop long à accomplir, comme pour moi en ce moment. On dit que la satisfaction du devoir accompli ne se paie jamais assez cher, soit ! mais il faudrait qu’il y ait la récompense quand ce ne serait que le repos, le calme, la tranquillité, le bonheur et l’absence de tout souci…  après le Devoir accompli ! Et je n’aurais jamais cela. Je ne suis que ce que je suis. Et peut-être encore et au contraire serai-je bafoué, honni, méprisé, écrasé, repoussé de tous, attaqué, injurié, comme déjà,…  C’est beau le Devoir,…  le Devoir accompli…  mais aussi c’est bien dur…  parfois…  surtout quand on n’en n’est même pas récompensé…  et que l’avenir ne s’éclaircit pas pour vous…  au contraire !!…  quelle vie misérable ! Quel martyre… !  oh ! en récompense de ce Devoir accompli depuis plus d’un an ! Un peu de bonheur, de paix, de chance, de jouissance de ceux qu’on aime, de leur bonheur, de les voir heureux, d’une vie facile…  ce serait si bon !…  si bon !…  quand ce ne serait que pour eux !…  La Providence m’accordera-t-elle cela ?…  Que sais-je ??… !!…

9h1/2 soir  Ce matin vu M. Albert Benoist pour lui remettre un pli fermé de Mme Cabanis, cliente de Jolivet, décédée. Il est très mécontent contre le Général Franchet d’Espèrey, commandant la 5ème Armée, par suite de l’autorité militaire qui lui a refusé hier son laissez-passer pour leur secrétaire de la Chambre de Commerce, qui ainsi n’a pu aller à Épernay pour assister à la réunion des Chambres de Commerce de la Marne, je crois. M. Benoist me disait que l’autorité militaire faisait tout ce qu’elle pouvait pour être désagréable. J’en sais aussi quelque chose. Il a fait constater ce refus dans le procès-verbal de la séance d’hier en disant que c’était le général Franchet d’Espèrey lui-même qui avait refusé…  M. Benoist ajoutait : « On reparlera de cela après que Reims sera dégagé ! » mais, ajoutait-il, je crains bien qu’après la guerre il y ait une forte réaction contre le militarisme idiot, mesquin, lâche que nous subissons ! nous sommes sous la Botte !! »

De là j’ai été à la Caisse d’Épargne présider le service des remboursements et des encaissements. Les bombes se mirent à siffler vers 9h3/4, alors toute la clientèle a filée, par suite peu d’opérations. Ai quitté ces braves employés, Baudoin, contrôleur, Grandsart, commis…

(Il faut descendre à la cave, il est 9h35, à 9h3/4 plus rien, je remonte…  je continue donc…) et Bonnet…  vers 12h pour aller déjeuner aux avec M. Lorin, Mlles Chalonnat, Claire, Lemoine, M.M. Curt et Bourelle. Causé de choses et d’autres mais tous sont fatigués de ce bombardement intermittent.

Rentré à la maison à 7h. Les bombes resifflent de plus belle, première descente à la cuisine seulement. Et enfin 2 descentes à la cave, d’où je remonte. Le canon tonne au loin, à droite et à gauche de Reims. Quand tout cela finira-t-il ?

6h soir  Calme relatif depuis tout à l’heure, quelques coups de canon, quelques gros obus. Triste journée, bien pénible à tous points de vue ! Journée de souffrance. Et puis on n’est plus guère résistant. Pas de nouvelles, on est comme dans un cachot sans lumière, sans rien. Est-ce que cette misérable vie que nous trainons ainsi va durer encore longtemps ? Je n’en puis plus. Et de plus pas un encouragement, un mot de Pitié, d’affection, rien.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Bombardement serré qui commence dans la matinée, à 9 h 1/4.

Dans le courant de l’après-midi, quelques minutes après 15 heures, nous causions, à la « comptabilité », où se trouvaient avec MM. Cullier, Vivogne, Joly, Guérin et Hess, du bureau, MM. Landat, chef du 2e bureau du secrétariat et Lamotte fils, de la recette muni­cipale. Ces derniers s’entretenaient debout et nous suivions, de nos places, le sujet de leur conversation ; il s’agissait, pour eux, de situer exactement l’emplacement de la ferme Prévôt-Demolin où, d’après les derniers « tuyaux », une nouvelle pièce d’artillerie de fort calibre, venait d’être placée.

À ce moment, une explosion formidable, produite par les éclatements simultanés de quatre obus, tombés en rafale sur l’hôtel de ville et alentour, nous immobilise subitement dans la frayeur. Les détonations effroyables, en se confondant et se prolongeant, ne nous ont pas permis de bouger ; nous nous sommes seulement courbés ou accroupis lestement.

Le premier instant de stupeur, d’effarement passé, nous nous regardons quelque peu hébétés, surpris presque de nous retrouver tous indemnes. La cour est remplie de fumée. De petits éclats sont entrés dans notre bureau par une de ses fenêtres, et, ricochant derrière M. Cullier, sont venus atteindre l’œil-de-bœuf accroché à droite, au-dessus de mon pupitre attenant à la cloison ; des mor­ceaux me sont tombés sur le bras et c’est à cela que se réduisent les dommages : un verre et un cadran cassés.

Il eût pu en être tout autrement.

Nous quittons le bureau afin d’aller rejoindre, dans la grande salle, des collègues qui ne sont pas descendus dans les sous-sols, où d’autres préfèrent se réfugier en pareil cas. On cause, mainte­nant que le danger est passé, on fume en échangeant ses impres­sions ; la consternation se lit malgré cela sur bien des visages. Tous s’accordent à reconnaître que ces bombardements tout-à-fait im­prévus — que nous subissons depuis quelque temps — sont ex­cessivement dangereux et déprimants, dans leur intermittence.

Le maire, M. le Dr Langlet et quelques conseillers municipaux viennent également se grouper là et on se rend compte alors que deux projectiles ont fait explosion sur la mairie, l’un après avoir traversé la toiture du bâtiment principal, derrière le beffroi, l’autre dans la cour ; un troisième a éclaté sur le trottoir, devant les salons de la rue de la Grosse-Ecritoire et le quatrième, sur le haut de la Caisse d’Épargne. Heureusement, il n’y a peu eu de victimes.

— A partir de 21 h 1/4, une pièce de très gros calibre, dont les détonations surpassent encore, en vacarme, celles de la grosse Julie, s’est mise à tonner de temps en temps, la nuit, et a réveillé chaque fois toute la ville en sursaut.

C’est certainement de celle-là qu’il était question cet après- midi, au bureau, lorsque la conversation du camarade qui nous parlait de son installation a été violemment coupée, tandis que nous tous qui l’écoutions avons été, comme lui, si rudement se­coués.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 25 – Nuit tranquille à la cave. 9 h. matin, bombes sur la ville. Bombardement violent pendant environ 1 h. Vers 9 h, bombes. À 10 h, un soldat tué devant « L’Éclaireur de l’Est ». À 8 h. du matin fait Chemin de Croix à la Cathédrale, remis d’hier à cause du bombardement. Le Front allemand est enfoncé (Courrier du 27 septembre) sur 25 kilomètres de Front, et de 1 à 4 kilomètres de profondeur.

C’est la lère Bataille de Champagne(1). Reçu envoi de 100 petits paquets du Soldat. Lettres de remerciement (Recueil, p. 69 et 79).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) En réalité c’est la seconde bataille de Champagne (après celle de mars) qui se déclenche le 25 septembre et enfonce effectivment la première position allemande


Juliette Breyer

Samedi 25 Septembre 1915. Cette fois-ci je crois que ça va être le grand coup. Nos canons n’arrêtent pas de tirer mais malheureusement les boches répondent sur la ville. Ils y allument encore des incendies et font beaucoup de victimes. Si tu voyais Pommery, c’est une vraie forteresse. Dans les tunnels près de nous ils ont établi un poste de commandement, un observatoire et un poste de secours. Comme l’électricité ne marchait plus, ils l’ont rétablie et en outre ils ont percé les murs des caves pour entrer librement chez Ruinart et chez Roederer. Quand la bataille va commencer et que l’ouragan de feu se déchaînera je crois que les caves auront leur part. Enfin nous sommes à l’abri.

Ton coco n’a pas l’air de se douter de l’instant tragique que nous vivons. Il s’intéresse à tout. Il sait distinguer quand ce sont les boches qui bombardent ou quand ce sont les nôtres. Pauvres tout petits, ils auront passé une dure année.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


assautE

L’ennemi a bombardé nos tranchées près de Boesinghe. Nous avons riposté. Grande activité d’artillerie en Artois. Nous provoquons l’explosion d’un dépôt de munitions près de Thélus. Entre Somme et Oise (Canny-sur-Matz, Beuvraignes), nous canonnons les positions ennemies, en détruisant des abris de mitrailleuses. Violent bombardement réciproque sur le front de l’Aisne et en Champagne. Entre Meuse et Moselle, nous atteignons des rassemblements ennemis à Nonsard et à Pannes.
En Lorraine, nous endommageons des organisations allemandes sur le Remabois et la Vezouse, ainsi que dans les Vosges (Linge et Braunkopf).
Les Russes ont accentué leurs progrès en Volhynie et en Galicie. Au nord-ouest de Doubno, ils ont fait 1400 prisonniers; ils ont sabré de gros effectifs autrichiens sur le Dniester.
La Bulgarie a officiellement mobilisé vingt-huit classes et envoyé quatre divisions à la frontière serbe. La Grèce a riposté en mobilisant vingt-quatre classes, outre les quatre qui sont sous les drapeaux. On estime que la Roumanie ne se désinteressera pas de cette nouvelle guerre, si elle éclate. Les Serbes ont pris des mesures pour défendre leur frontière.
Un croiseur allemand aurait été torpillé dans les eaux danoises; le croiseur turc Hamidich a été mis hors de combat, en mer Noire, par des torpilleurs russes.
Deux taubes ont essayé vainement d’opérer au-dessus d’A
bbeville.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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