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Mercredi 31 janvier 1917

Louis Guédet

Mercredi 31 janvier 1917

872ème et 870ème jours de bataille et de bombardement

4h1/2 soir  Toujours le même froid dur et glacial, des papillons de neige, beau soleil mais un peu embrumé. Je souffre vraiment du froid tant que ma chambre et mon bureau ne sont pas réchauffés. Travaillé ce matin, pas sorti. Reçu lettre de mon Robert qui me dit qu’il fit aussi froid à St Brieuc, et enfin que Rousseau de Taissy, dont j’ai obtenu l’allocation militaire pour ses parents, son maréchal des logis, est plus gentil avec lui et surtout au moins il le laisse tranquille. Il me dit qu’il ne pense pas partir au front avant mai. Dieu soit loué !! Si c’était fini seulement, malheureusement c’est peu probable. Je vais lui répondre.

…Après-midi sorti pour aller au Greffe civil et à l’Hôtel de Ville. Vu Houlon et Raïssac, causé entre autres choses de la brave femme rue de Strasbourg  82, chez qui on a trouvé 11 280 F d’or dans un fourneau, qui n’est pas encore enterrée. Elle est morte depuis 7/8 jours. Un chien ne la quitte pas et je viens de donner l’ordre qu’on l’abatte pour arriver au cadavre. A ce sujet je signalais à ces messieurs la conduite et les procédés peu…  corrects des employés des Pompes funèbres de la Ville qui poussent l’audace à venir vous demander qu’on leur paie les frais d’inhumation avant les obsèques !! C’est scandaleux !! si cette femme n’est pas encore enterrée, c’est que Adam est venu me voir et voulait que comme Juge de Paix, je lui assure le paiement des frais funéraires. Je l’ai envoyé coucher de la belle manière. J’ai dit à Raïssac qu’il fasse des observations bien senties à ce sujet. Rentré en pleurant, rencontré Guichard qui m’a entretenu de ma demande de domestique pour St Martin. Il me conseillait presque, à défaut de jeune homme, de prendre une forte jeune fille de la campagne qui serait plus facile à trouver et qui ferait facilement les travaux à faire chez mon Père. Je vais le proposer à ma pauvre chère femme. Cette fille pourrait ainsi rester chez mon Père après la Guerre. Comme je quittais ce brave Guichard, le canon se mit à tonner très fort vers Cormontreuil – St Léonard – La Pompelle, il était 4h1/4 juste et le combat continue avec une réelle intensité. Tout tremble dans la maison. C’est une attaque des allemands assurément. Nous, nous attaquons toujours le matin en général. Pourvu que nous n’en recevions pas les éclaboussures. Mais cela tonne fort et il est 5h moins 10 et cela ne semble pas vouloir cesser. Mon Dieu que nous ayons la nuit tranquille !! Voilà où nous en sommes arrivés, à mendier une nuit de tranquillité. Quelle vie misérable ! que la nôtre. Gare ! hélas la contre-attaque de la nuit…  Je résiste si peu à ces émotions maintenant, surtout la nuit !!

8h1/2 soir  Oui ! la nuit ! Personne autre que ceux qui y auront passé sauront ce que c’est qu’une nuit de bataille ! d’alerte ! d’attente ! de Bombardement !! La nuit avec tous ces inconnus ! ses frayeurs ! ses transes ! A demi-endormis, somnolent, réveillés en sursaut ! Entendu les cris d’effroi au milieu du tonnerre du canon, des arrivées, des éclatements ! S’habiller à demi ! emporter ce qu’on a de plus précieux à sauver, allumer une lumière (un siècle !!) s’appeler ! tout le monde est-il descendu ! où êtes-vous ? que faites-vous ? Allons ! descendez ! vous êtes ridicule de vous exposer ainsi pour un rien, un colifichet !! vous habiller ? Descendez, vous vous habillerez ici.

Tous ces bruits, voix, cris ! réclamations ! appels, tout cela au milieu du fracas du canon, des obus qui sifflent ! éclatent, mitraillent ! défoncent !! démolissent ! broient ! incendient !!!!…  Et voilà ma vie depuis 30 mois !! C’est long ! C’est dur ! C’est affolant ! et l’on vit tout de même !…  Souffrir ! souffrir ! toujours, toujours ! Quand on pense que d’autres ne pensent qu’à se défiler, s’embusquer, jouir de la vie !…  Non ! c’est dur !! Et qu’est-ce cela auprès de ce qu’endurent et souffrent nos soldats, ceux qui se battent. Je ne parle pas des autres, qui ne songent qu’à se défiler (s’embusquer). Vraiment, Vaillamment…  dans la neige comme maintenant, par un froid épouvantable que je n’ai pas ressenti depuis 1895, 1888/1889 et 1870/1871. Non ! ces vaillants n’auront pas leur heure de réparation et ces freluquets, ces embusqués, ces lâches qui se réchauffent tout guilleret loin de toutes bombes et balles, ruines, etc…  dans des hôpitaux, des bureaux, des administrations de gestion de tout…  repos, ne reprenaient pas à leur tour et ne souffriraient pas aussi et pour leur lâche passé et pour l’avenir ?? Allons donc !!

Absence du feuillet 421, la première phrase a été recopiée par Madeleine.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

31 janvier 1917 – Très forte canonnade, vers la Pompelle, au cours de l’après-midi

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mercredi 31 – Nuit tranquille. – 7°. Neige nouvelle peu abondante. Visite de M. Chapey, avocat à Bourg-en-Bresse et gendre de M. Dupin. 4 h. violent combat à l’Est de Reims qui fait tomber mes vitres. Bombes sifflantes. Dans la nuit du 30 au 31 des bombes atteignent l’Asile des Petites Sœurs des Pauvres. Attaques avec gaz asphyxiants aux Marquises par les Allemands.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 31 janvier

Entre Soissons et Reims, nous avons arrêté net par nos feux deux tentatives de coups de main ennemis, l’une dans le secteur de Soupir, l’autre dans la région de Beaulne.
Actions d’artillerie assez vives en Lorraine et sur quelques secteurs des Vosges.
Sur la rive gauche de la Meuse, une attaque à la grenade, dirigée sur une de nos tranchées dans la région de la cote 304 a été brisée par nos feux sans autre résultat que des pertes pour l’ennemi.
En Haute-Alsace, nos batteries se sont montrées actives dans la région à l’est de Seppois.
Les Anglais ont effectué un coup de main au nord-est de Vermelles ; ils ont infligé de nombreuses pertes aux Allemands. Un autre raid dans la même région a également abouti à un succès complet.
Activité de l’artillerie de nos alliés au nord de la Somme et dans le secteur d’Ypres où ils ont provoqué un incendie.
Canonnade sur le front italien du Trentin.
Échec de plusieurs coups de main autrichiens en Giulie, au sud-est de Gorizia et sur le Carso. Nos alliés ont fait des prisonniers.
Simples fusillades sur le front russe de Courlande.
Le chiffre des prisonniers capturés au nord-est de Jacobeni par les troupes de Broussiloff est de 32 officiers et de 1126 soldats; 12 mitrailleuses et 4 lance-bombes ont également été ramenés.
On annonce la mort de lord Cromer, ancien agent britannique au Caire.
Des troubles graves, causés par la disette, ont éclaté à Patras, en Grèce.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 30 janvier 1917

Louis Guédet

Mardi 30 janvier 1917

871ème et 869ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Temps toujours très froid, de la neige légère tombe de temps en temps, le temps se couvre, il faisait moins froid ce soir.

Ce matin rien d’intéressant, après-midi simple police, peu d’affaires nouvelles, 20 à 25, service banal, on arrive à voir les mêmes physionomies, 2 agents d’affaires (rayé) un imbécile et (rayé) qui est (rayé). Ils ont palabré des demi-heures pour ne rien dire ni prouver, et on est obligé de paraître les écouter. Quitté le Tribunal vers 3h1/2. Le Commissaire de Police m’a demandé de mettre la première audience au 6 mars, car d’après lui la grande attaque doit commencer vers le 15/20 février…. Il me demande si je faisais des provisions !! etc… Colas est parti. Bon voyage M. Dumollet… (Comptine de Marc-Antoine Désaugiers de 1809) Poussé jusqu’à la Ville. Vu Raïssac, Houlon, rien d’intéressant, causé longuement avec Houlon de nos évaluations de dégâts. Je lui ai dit combien j’étais heureux du choix du juge Texier qui doit présider la Commission.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 30 – Nuit tranquille en ville, sauf quelques gros coups de canons vers 9 h. soir hier. – 9°. Visite du Général Guérin, de Chinon, et son Colonel ; ils vont à Marzilly. Visite du Général Genin et d’un lieutenant. Visite de l’Ambulance 17, distribué cigares. Écrit à S.E. le Cardinal Amette pour Lettre et Prières pour la France pendant le Carême. 8 1/2 soir, gros canons français.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 30 janvier

Rencontres de patrouilles en Champagne, aux Eparges et sur divers points du front d’Alsace.
Canonnade et combats à la grenade dans le secteur 304, sur la rive gauche de la Meuse.
Engagement d’artillerie à longue portée en Lorraine.
Nos avions de bombardement ont lancé des projectiles sur les gares d’Athies, de Savy et d’Etreillers.
Un avion ennemi a été abattu par le feu de notre artillerie dans la région de Dannemarie. Des bombes ont été jetées sur la ville ouverte de Lunéville : pas de victimes.
Sur le front belge, canonnade dans les secteurs de Dixmude et de Steenstraete-Hetsas. Vers Ramscapelle et Noordschoote, bombardements réciproques.
Activité des Autrichiens sur le front du Trentin. Canonnade dans les Alpes Juliennes.
Sur le front de Galicie, les Russes se sont emparés à la baïonnette, près de Brzezany, de la première ligne de tranchées ennemies. Les contre-attaques turques ont été repoussées avec de fortes pertes.
Au nord-est de Jacobeni et au sud-ouest de Kimpolung, nos alliés ont capture 35 officiers et plus de 1000 soldats.
M. Doumergue et le général de Castelnau sont arrivés, ainsi que lord Milner et le ministre italien Scialoja, à Petrograd où va avoir lieu une conférence interalliée.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 29 janvier 1917

Plateau des Eparges

Louis Guédet

Lundi 29 janvier 1917

870ème et 868ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Toujours un froid terrible avec une brise cinglante, mais un soleil merveilleux. Moins de canon qu’hier. Entendu siffler 2 obus. Ce matin mon vieil expéditionnaire est venu, il a encore la tête bandée, il s’était donné une vraie tape !! Travaillé le matin, pas sorti, un agent m’a remis 11 280 F d’or trouvé chez une vieille femme 82, rue de Strasbourg, dans un vieux fourneau ! J’ai immédiatement converti cet or en billets qui ont été versés à la Caisse des dépôts et consignations. Il parait qu’il doit y avoir encore de l’argent caché chez elle. J’ai envoyé mon greffier perquisitionner et apposer les scellés. Après-midi inventaire rue du Jard avec levée de scellés chez un vieux client, mais on n’a pas pu faire la prisée du mobilier et levée les scellés, Landréat était parti avec les clefs des autres scellés pour voir à sa vieille avare de la rue de Strasbourg !! Bref on lèvera les derniers scellés samedi. Que de temps perdu avec ces étourderies !!

Rentré chez moi vers 4h, puis sorti faire une course ou 2. Vu M. Lorin, qui a reçu 2 ou 3 obus près de son immeuble rue de Bétheny (rue Camille-Lenoir depuis 1932). M. Charles Demaison qui couchait en face dans le cellier de M. Lanson a eu un obus qui est tombé juste près de l’écran au-dessous duquel il a son lit. Il parait qu’il a eu une vraie frayeur !! Il y avait de quoi !! Heureusement pas d’accident. Rentré travailler. Quelques avions dans le ciel, reçu la visite de 2 ou 3 croquants qui viennent me voir pour tâcher de me « tirer les vers du nez » pour des procès qu’ils ont pendant devant ma barre ! Ils en sont pour leurs frais. « Devant juger, je ne puis rien vous dire et encore moins vous écouter !… » – « Vous vous expliquerez à l’audience ! » Çà les musèle du coup…  Je suis toujours aussi « délabré », surtout quand je songe à tous mes aimés dont je suis séparé et qui doivent souffrir par ce froid ! C’est dur, pénible, torturant !…

On critique beaucoup le Maire d’avoir consenti à être témoin à décharge dans l’affaire Goulden ! Je crois qu’il aurait mieux fait de s’abstenir et laisser son adjoint déposer seul. Lui comme 1er magistrat de la Ville il aurait dû se tenir au-dessus de cela. Son excuse était toute trouvée : « Comme Maire je n’ai pas à intervenir dans cette affaire plutôt…  délicate ! » Il doit s’en mordre les doigts, car le Président du Conseil de Guerre le Colonel Gille s’est plutôt conduit comme un soudard envers lui. Le contraire m’aurait étonné du reste. Reims et ses habitants sont si peu intéressants ! C’est surtout dans le peuple que la critique est plus acerbe. « Si c’avait été un pauvre ouvrier comme nous, il ne se serait pas dérangé, mais c’était « Borgeois ». Alors !! » « Vox populi, vox Dei ! » dit-on !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

29-30 janvier 1917 – Tirs de l’artillerie. – Les journaux annoncent qu’il y a lieu de se faire inscrire dans les commissariats, pour l’établissement des cartes de sucre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 29 – Duel violent, bombes jusque vers 10 h. Reste de la matinée tranquille sauf quelques mitraillades. – 9°. Matinée de soleil, duel d’artillerie adverse, bombes sifflantes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 29 janvier

Sur la rive gauche de la Meuse, combats à la grenade vers l’est de la cote 304. Sur la rive droite, nous avons effectué entre les Eparges et la tranchée de Calonne, un coup de main qui a pleinement réussi. Nous avons trouvé de nombreux cadavres dans les tranchées ennemies et ramené un important butin.
En Lorraine, action d’artillerie dans le secteur de la forêt de Bezange.
Dans la région de Moulainville, un avion allemand a été abattu par le tir de nos canons spéciaux.
Sur le front belge, vives actions d’artillerie vers Ramscapelle, Dixmude et Hetsas. Dans ce dernier secteur, lutte à coups de bombes.
Les Allemands ont attaqué les Russes à l’ouest de Riga. Ils ont été rejetés et ont dû refluer en désordre. Une nouvelle attaque de leur part a été également repoussée. Une autre offensive près de Kaltcen a été brisée.
Au sud de Brody, l’ennemi s’est jeté sur les avant-postes de nos alliés, mais il a dû rétrograder vers ses retranchements. Il a subi encore un échec au nord de Kirlibaba.
Les Russes, à leur tour, ont pris l’offensive des deux côtés de la chaussée Kimpolung-Jacobeni, est après un combat acharné, ils ont refoulé les lignes austro-allemandes de trois verstes. Ils ont fait des prisonniers.
La division grecque de Corfou a été envoyée en Morée.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Plateau des Eparges

Plateau des Eparges

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Dimanche 28 janvier 1917

Louis Guédet

Dimanche 28 janvier 1917

869ème et 867ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Toujours grand froid, la bise glaciale qui avait soufflée une partie de la nuit en tempête s’était un peu apaisée le matin, mais elle a repris l’après-midi et était réellement « coupante ». Pas très entrain ce matin, avec la perspective d’une journée de désœuvrement, et puis j’ai été angoissé toute la journée. Je suis tellement triste et las ! Été à la messe de 11h1/4 à St Jacques où l’on gelait littéralement, il est vrai que l’église est à claire-voie. Vu là Dargent avoué qui est venu pour quelques jours ici. Son beau-père (Jules Rome, ancien avoué (1842-1919)) se traîne de vieillesse. Il a des nouvelles de son beau-frère l’abbé Rome (Étienne Rome (1884-1967)) toujours prisonnier, il a le bras gauche presque entièrement ankylosé. Rentré pour déjeuner. Je suis tout démonté. Le canon gronde sans cesse de notre côté, peu d’avions qu’on entend, mais qu’on ne peut distinguer tellement ils sont haut et le soleil si brillant. C’est une journée radieuse, mais quel froid. Vers 2h je me décide à faire un tour. On m’a dit qu’hier le quartier de St Remy avait été très bombardé vers la Brasserie Veith et l’asile de nuit. Si j’y allais, si j’y allais voir le fils Veith qui a failli être tué hier, m’a dit M. Dufay architecte (Émile Dufay-Lamy, cet architecte participera de façon très active à la reconstruction de Reims (1868-1953)) que j’ai rencontré en sortant de la messe. Plus de courrier à répondre, allons-y.

8h soir  Je reprends ma journée, m’étant attardé à lire avant dîner et durant mon repas un livre sur les « Premières conséquences de la Guerre, transformation mentale des Peuples », fort intéressant ! Ce n’est pas sans une certaine émotion que j’écris ces quelques mots à la mémoire de l’auteur le Dr Gustave Le Bon (médecin, psychologue, philosophe, historien(1841-1931)), qui m’a été révélé l’an dernier en revenant de Suisse, puisqu’à pareille époque où dans le train j’avais fait connaissance avec M. Gall, Président de l’association des Ingénieurs de France, ami de M. Albert Benoist, pendant que nous étions en panne en raison de la neige vers Tonnerre. Ce pauvre M. Gall qui actuellement est sous le coup de toutes les fonctions judiciaires avec cette histoire des Carbures (Entente commerciale entre les fabricants de carbure en avril 1916 et dénoncée comme étant un scandale). Quand on connait les dessous !! ce n’est que du chantage et le Procureur Général Herbaux l’indique bien. Bref Coutant le juge qui tranchera est une fripouille ou un âne, et l’acquittement est tout indiqué pour ce pauvre Gall (Malgré le zèle de Coutant et de Viviani, les carburiers furent tous acquittés).

Bref je reviens à l’emploi de ma journée, donc à 2h je m’emmitoufle, m’arme car maintenant cela peut être utile avec tous nos pillards et embusqués, et je pars. Par la rue des Capucins, rue du Jard, rue Petit-Roland, rue de Venise, rue Gambetta, des Orphelins, du Barbâtre, Montlaurent et boulevard Victor Hugo (comme quoi la ligne droite n’est pas toujours par le temps qui court la plus prudente, et j’ai pris les « lacets » en cas d’alerte, d’autant que nos canons grognent continuellement et hurlent à pleine gueule, et ma foi que la riposte du côté du quartier où je dirige mes pas, pas mal « amochés » hier, et j’approche des batteries Pommery – St Nicaise, etc…  etc…  je ne les compte plus). Là tout en chavirant, pataugeant dans la neige, le verglas, l’eau des maisons (on ne déglace plus, savez-vous ?) J’arrive donc boulevard Victor Hugo, et là, sur la place formée par la fourche des boulevards Vasnier et Victor Hugo, je vois au beau soleil, sous l’œil paterne de Drouet d’Erlon, émigré là comme vous le savez pour céder la place aux Nymphes (qui ne doivent pas avoir chaud par ce temps sibérien) de la Fontaine Subé, tenant toujours sur les hanches son bâton de Maréchal près d’un obusier. Là j’aperçois, dis-je, sous le radieux soleil des soldats jouant au football, pendant que tonne les canons et que les obus sifflent à proximité. La conversation continuant à gueules de canon que veux-tu depuis que je suis parti. Je file le boulevard Victor Hugo pour arriver à la Brasserie Veith par la rue Goïot. Des gosses font du bridge dans la descente sans s’inquiéter des obus. J’approche de la Brasserie et vers la rue des Créneaux je commence à « barboter », c’est le mot, dans des débris de toutes sortes. Toits crevés, murs effondrés, etc…  la lyre et le spectacle habituel. Plus j’approche plus je ressens cette impression que j’ai ressentie combien de fois et qui se fixe enfin dans mon esprit, cette impression que j’ai ressentie combien de fois et qui se fixe enfin dans mon esprit, cette impression que l’on entre dans la zone dangereuse et qu’un obus vous guette à chaque seconde. Tout en vous se développe, s’exacerbe, se tend, vibre, et perçoit le moindre bruit, je crois que dans ces moments on entendrait le silence même !! Impression singulière, on est multiplié pour ressentir toutes les sensations et pour percevoir tous les bruits, les murmures, les souffles !!

Je tourne la rue Goïot et je traverse un tas de décombres, je franchis la porte de la Brasserie 13, rue Goïot. Personne. Je traverse la cour. J’entre dans la machinerie. A tout hasard j’ouvre une porte qui donne sur un escalier éclairé par une lampe électrique qui descend aux germoirs. Je me reconnais au 2ème étage en dessous. Toujours personne. Enfin surgit une femme à qui j’expose le motif de mon irruption, voir le fils Veith et voir les dégâts d’hier. Elle me reconnait et m’apprend que M. Maurice Veith est allé déjeuner chez l’abbé Mailfait. J’exprime mes regrets et me dispose à repartir quand survient la bonne de la maison qui me dit : « Ah ! Monsieur Guédet, venez voir le désastre dans le germoir, ou M. et Mme Veith vous recevaient. Je remonte un étage et j’entre dans ce germoir où M. et Mme Veith avaient accumulé leur mobilier et où ils vivaient en commun depuis des mois. Impossible de décrire ce que j’ai vu. Figurez-vous une pièce immense (en représentant 3 – 4 remises) où meubles, linges, mobilier, etc…  étaient accumulés, et où l’on vivait depuis des mois (les ouvriers de la Brasserie vivent en commun dans un germoir à la suite) eh bien ! il n’y a plus rien !! Tout est rasé et ne forme plus qu’un amas de débris brisés, broyés, pulvérisés, réduits à quelques centimètres d’épaisseur et couverts de la couche grisâtre habituelle de cendres quelconques, on dirait qu’un volcan est passé par là…  et chose singulière, pas une muraille, pas une porte de défoncée…  l’obus à éclatement à retard a traversé 3 étages et a éclaté dans ce germoir à mon avis avant de toucher le sol, et a volatilisé tout ce qui se trouvait là !! C’est effrayant ! c’est le broiement, la pulvérisation, l’atomisation dans un compartiment étanche !! Les vêtements mêmes, les étoffes hachées, lacérées et ne formant que des débris de quelques centimètres, quand, à côté de cela, un verre ou une coupe en cristal mince comme une feuille de papier est intacte…  La brave bonne se lamente et me montre les peignoirs de Madame réduits à l’état de lanières et d’époussettes, ainsi que les pendules. Ces belles pendules (rayé) que Madame aimait tant… Je cause à tous ces braves gens si courageux et si stoïques sous la rafale et les encourage du mieux que je puis. Ils ont reçu hier 13 obus, et des gros ! L’asile de nuit à peu près autant, bref dans le quartier il y en a bien eu une centaine. Je remonte et refuse qu’on me reconduise car on ne sait jamais ! Malgré tout et malgré moi 2 ou trois m’accompagnent jusqu’à la cour.

Je file vers la rue des Créneaux et par la place St Thimothée et la rue St Julien, j’entre dans St Remy, où on dit les Vêpres. J’y assiste, avec une 40aine (quarantaine) de fidèles, 2 chantres dont Valicourt, toujours courageux, se répondent et l’abbé (en blanc, non cité) vicaire les accompagne avec l’harmonium, le grand orgue ne joue plus. C’est le brave curé Goblet qui officie, St Remy est à tous vents et l’on y gèle. Je relève le col de ma pelisse. Que cette cérémonie est triste et impressionnante !! Ponctuée par les détonations de nos canons et les éclatements des réponses des allemands, et cela à quelques 2 ou 300 mètres de la Basilique, et les fidèles, chantres, Prêtres, sont impassibles. Je vie une singulière minute de ma vie à ce spectacle ayant pour cadre cette admirable église de St Remy qui m’a toujours « empoignée » chaque fois que j’y suis entré… L’écho est tel avec le bruit de la mitraille que les chants de ces 2 uniques chantres et l’harmonium remplissent toute la nef comme si 50 voix chantaient, clamaient la Gloire de Dieu !! Je voudrais que tous les absents assistent une seule fois à une telle cérémonie dans ces conditions !! C’est tragique, c’est grandiose, c’est Magnifique, et nous n’étions qu’une 50aine (cinquantaine) avec les officiants et les fidèles. On ne voit ces choses-là qu’une fois dans sa vie, pour s’en rappeler toujours. Je ne puis le dépeindre complètement. L’autel à peine éclairé, la pénombre du temple, les mysticiens, les chants, le recueillement de ces quelques fidèles groupés autour du Pasteur. Le soleil couchant éclairant cette scène à travers les vitraux brisés, broyés, crevés, jetant sa clarté crue par les baies brisées par la mitraille, au milieu des jeux de lumières de toutes nuances, projette dans ses rayons par les lambeaux des vitraux ancestraux. Il faut voir, nul peintre, nul poète, nul chroniqueur ne peut rendre ce spectacle, cette scène, ponctuée par le grondement du canon et le tonnerre des bombes et obus éclatant tout proche.

Je vais à la sacristie serrer la main à mon brave et charmant chanoine Goblet, toujours vaillant. Nous causons quelques minutes des événements de nos temps fabuleux… et entre autres choses il m’apprend que pour la St Remi de janvier on avait demandé au Maire de faire une procession de supplications autour de la Basilique, mais que le Dr Langlet l’avait refusé. Cela ne m’étonne pas ! et comme je le disais au bon chanoine : Cet homme est héroïque, humanitaire, bon, etc…  mais dès qu’il voit une soutane il voit tout rouge…

Je lui contais de mon côté que lors de la visite du ministre Scharp américain (William Graves Sharp, alors Ambassadeur des États-Unis en France (1859-1922)) et d’une colonie de diplomates étrangers, ceux-ci ayant voulu rendre visite au Cardinal Luçon après avoir visité la Cathédrale, seul le Maire n’avait pas voulu entrer à l’archevêché et était resté seul dans son automobile devant la porte !!….. Ces choses ne s’inventent pas. Le Brave Docteur Langlet, Maire de Reims, est resté malgré tout « Vieille barbe de 1848 » (vieux de la révolution de 1848, désigne un vétéran de la démocratie, et de façon moqueuse un vieux con). Je le regrette pour lui, ce sera une ombre à sa Gloire et à l’auréole de son héroïsme durant cette Guerre et le martyre de Reims. Le bon abbé me rappelait aussi que c’était un miracle que St Remy ne fut pas brûlé lors de l’incendie de l’Hôtel-Dieu, et comme moi il considérait la pluie diluvienne qui tombât au moment où ces flammes léchaient la toiture de son église comme providentielle, ainsi que l’intervention de Speneux et Lesage pour arrêter le commencement d’incendie par l’oculus du transept nord. On ne saura jamais assez de reconnaissance à ces 2 citoyens qui ont vu juste.

Sortant de St Remy j’entre à l’Hôtel-Dieu, l’Hospice civil. Je visite les ruines. Heureusement on pare au soutènement des voutes du cloître, du grand escalier qui menaçaient de s’effondrer. Car dans ces constructions le parement (l’extérieur) est en pierre de taille, mais tout l’intérieur, le remplissage est en craie, par conséquent très sensible aux pluies et aux gelées que nous avons subies et subissons, et que sera le dégel. Je contemple tout cela au bruit du canon…  seul…  c’est impressionnant…  on a presque peur. Je visite la chapelle, où tragique, calciné, couvert de neige l’autel seul subsiste au milieu des décombres. Quelle impression !! Au milieu de ce silence. Là ! J’ai prié souvent ! J‘avais alors toutes les espérances de la jeunesse et de ce cadre si doux si charmant des religieuses Augustines chantant les offices dans cette ancienne bibliothèque des Bénédictines de St Remy, dont les psalmodies étaient atténuées, ouatées par les boiseries de Blondel que j’ai tant admiré et que nul ne reverra plus. Qui ne sont plus que des cendres que je foule en ce moment sous mes pieds. Quelle solitude, quel silence dans ces ruines éclairées par le soleil cru, et rendues encore plus tragiques par l’ombre gigantesque que St Remy projette sur le tout !…  Un coup d’œil au musée lapidaire après avoir recueilli comme relique quelques fragments de cet autel qui semble protester contre les Vandales ainsi que naguère les autels de Byzance, de Rome, des catacombes protestaient contre les Barbares. Ah ! cet autel seul sous la neige, entre les murs calcinés, à ciel ouvert, quelques poutres branlantes, le tout éclairé par un soleil d’hiver radieux. Quel spectacle ! Quel « tragisme » !! Je ne l’oublierai jamais. Il faut le voir pour le sentir, le comprendre. Je rentre tout endeuillé…  et je ne puis encore me remettre de tout ce que j’ai vu, ressenti, senti, souffert !! J’ai vu des ruines. J’ai vu des pierres pleurer !

10h1/4  Il est temps de se coucher, mais depuis 8 heures toujours le canon fait rage, et des éclatements sont venus tout proche, toujours de la même batterie, je connais sa tonalité. Quand ne l’entendrai-je plus jamais !!…  Hélas ! verrai-je la fin de ce martyre, de cette tragédie, de Drame ! Je n’ose y croire…  et me demande même si cela est possible. Je crois que je ne saurais comment vivre…  eux partis…  non je ne vois pas cela. Revivre une vie normale, avec les siens, ses aimés, avoir un chez soi, n’entendre plus le tonnerre des canons, non, je ne sais plus, je ne comprends pas, je ne perçois pas cela. Comment cela sera-t-il ?? Cela me donne le vertige…  comme au bord d’un précipice. Ne plus souffrir, ne plus être angoissé, être au milieu de ceux qu’on aime, avoir un toit, être chez soi, sans la crainte d’être démoli, incendié, non je ne me figure pas cela…  Non, non !…  Ce bonheur me fait peur et je ne le conçois pas, je ne le comprends plus.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

La brasserie Veith


Paul Hess

28 janvier 1917 – Très forte canonnade, le soir, à partir de 20 h. Les pièces du quartier, 75, 95 et 120, tirent les unes après les autres pendant un assez long espace de temps. Ensuite, quelques sifflements se perçoivent, des obus arrivant rue de Bétheny, rue Cérès, etc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue de Betheny (actuelle rue Camille Lenoir)

Rue de Betheny (actuelle rue Camille Lenoir)


 Cardinal Luçon

Dimanche 28 – Nuit tranquille en ville. Duel d’artillerie jusque vers minuit. – 7°. Toute la matinée duel entre artilleries adverses. Retraite du mois.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 28 janvier

Sur la rive gauche de la Meuse, notre artillerie a exécuté des tirs de destruction sur les organisations allemandes du secteur de la cote 304.
Aux Eparges, lutte d’artillerie assez active. Un coup de main ennemi dans cette région a échoué sous nos feux.
Une autre tentative sur un de nos petits postes à la Main-de-Massiges (Champagne) a également échoué.
En Lorraine, nos batteries ont effectué des tirs de destruction sur les organisations allemandes de la forêt de Parroy.
Sur le front belge, grande activité d’artillerie dans la région de Dixmude.
Canonnade sur divers points du front italien.
Sur la frontière occidentale de la Moldavie jusqu’à la vallée de l’Oïtuz, actions de patrouilles d’infanterie.
Dans la vallée de Gachin, les troupes roumaines ont attaqué l’ennemi et ont réussi, après onze heures de combats acharnés, malgré le temps très froid et la neige épaisse, à le rejeter vers le sud.
Le général Iliesco, chef d’état-major roumain, est arrivé à Paris.
Le vicomte Motono, ministre des Affaires étrangères du Japon, a prononcé un grand discours à la Chambre de Tokio.
Les Anglais ont remporté de nouveaux succès au sud-ouest de Kut-el-Amara, en Mésopotamie.
L’Australasie marque son désir de garder après la guerre les possessions allemandes du Pacifique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 27 janvier 1917

Cardinal Luçon

Samedi 27 – Nuit tranquille en ville, sauf gros coups de canon ou bombes de temps à autre, mais entre batteries. Mitraillades de temps en temps. – 7°. Beau temps, vent ; neige persistante. Dans la matinée, duel d’artillerie, gros canons français. De 1 h. à 3 h., bombardements sur batteries et parties de la ville. Visite du Lieutenant-Colonel de Gendarmerie Biseuil, de M. Raymond Dargent. Bombes tombées rue des Créneaux et dans la Brasserie Veith. A 8 h. 1/2, bombes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

La brasserie Veith

La brasserie Veith


Samedi 27 janvier

Sur la rive gauche de la Meuse, à la suite d’un violent bombardement, les Allemands ont attaqué sur quatre points de notre front, depuis le bois d’Avocourt jusqu’au Mort-Homme. Repoussés par nos tirs de barrage, nos feux d’infanterie et de mitrailleuses, les assaillants ont dû refluer vers leurs tranchées de départ. Seules quelques fractions ennemies ont réussi à pénétrer dans nos éléments avancés dans le secteur 304. L’ennemi, au cours de cette attaque, a subi des pertes très élevées et a laissé de nombreux cadavres devant nos lignes, notamment au bois d’Avocourt. Au surplus, une vive contre-attaque de nos troupes nous a rendus maîtres à nouveau des éléments perdus.
Au cours de la nuit, les Allemands ont tenté, sur nos petits postes, des coups de main qui ont échoué sous nos feux au nord de Chilly (sud de la Somme} et au nord-est de Vingré (entre Oise etl’Aisne}.
En Haute-Alsace, près de Largitzen, après un vif bombardement, l’ennemi est sorti de ses tranchées en deux points: nos tirs d’artillerie ont enrayé net cette tentative.
Les Anglais ont effectué un coup de main contre les positions allemandes à l’est de Loos, en infligeant à l’ennemi des pertes importantes. Un détachement a également pénétré dans les tranchées ennemies près de Vermelles. Bombardement efficace des positions allemandes au nord de la Somme.
Violents combats sur le front russe du côté de Riga. Nos alliés ont fait une reconnaissance heureuse dans la région à l’embouchure de la Bérézina.
Rencontres sur le front italien dans la vallée de l’Astico : canonnade sur l’Avisio et au sud-est de Gorizia.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 26 janvier 1917

Louis Guédet

Vendredi 26 janvier 1917

867ème et 865ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Toujours temps très froid, avec soleil très beau. Quelques salves de coups de canon. Ce matin audience civile, peu d’affaires, notamment la fameuse affaire Goebel-Fontainier-Duytsche d’injures réciproques. Tout le monde était calme ce matin. Je rendrai mes jugements (3 !!) et tout le monde sera content, car le les mettrai dos-à-dos, sauf Fontainier qui écopera un peu plus pour ses injures de « Prussien, Boche » adressés au Père Goebel. Dieu que ces gens-là sont stupides !! à se chicaner à quelques 100 mètres des allemands.

Courrier très tard cet après-midi. Pas de journaux. Il se confirme qu’on masse quantités de troupes autour de Reims. Est-ce une mesure de précaution, une feinte ou une attaque éventuelle. C’est quand même inquiétant ! et surtout énervant, avec des bruits insensés qui courent en ville, évacuation, bombardement, entrée des allemands dans la ville, etc…  etc… ! Il a été en effet question à nouveau d’évacuer la ville, vient de me dire le Commissaire central M. Palliet, mais l’affaire est définitivement enterrée. Notre conversation m’amusait beaucoup, car le pauvre Commissaire Central s’ingéniait à ma fourrer le nom de Colas à toutes les sauces, le couvrant de fleurs, affirmant que c’était grâce à lui qu’on ne nous évacuait pas, etc… Il aurait été si heureux que je saisisse la balle au bond pour changer à fond contre le susdit Colas,et savoir ce que je pensais de son départ…  forcé. Il en a été pour ses frais, çà n’a pas pris ! Mais quel mal il s’est donné ! Voilà ma journée, assez monotone. Entré un instant chez Vinot, le corroyeur (cordonnier), là un de ses amis m’a certifié qu’il savait d’un gendarme que Colas, dans une conférence à la Gendarmerie aurait dit : « qu’il voulait que comme en Allemagne les rémois aient la terreur des Gendarmes et qu’ils tremblent de tout leurs membres à la vue d’un seul. »

La page suivante a été supprimée.

(Rayé) ! Vu M. Lorin avec qui je déjeunerai samedi prochain. Il a de bonnes nouvelles de son fils prisonnier. Voilà ma journée. Pas de journaux ce soir, les trains ayant toujours du retard. On est fiévreux, inquiets, nous voilà sans doute dans une période de mauvais jours.

Deux obus viennent de « miauler » au-dessus de la maison, il y avait longtemps que je n’en avais entendu ici (15 jours ou 3 semaines), pourvu que ce ne soit pas le commencement d’une série ; il est vrai que les nôtres les ont bien ennuyés aujourd’hui ! Quelle vie…  sans lendemain…  de tourments…  de fous !…  et voilà bientôt le 30ème mois de cette vie.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 26 – Nuit très tranquille sauf gros canons vers 9 h. – 7°. Neige persiste. Via Crucis in Cathedrali. Rencontre à la Cathédrale de M. Baudet et du Capitaine Saglier.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 26 janvier

Les Allemands ont tenté, sans succès, après un vif bombardement, un coup de main sur nos tranchées, à 3 kilomètres au sud-est de Berry-au-Bac. L’ennemi a laissé des morts sur le terrain.
Notre artillerie a exécuté des tirs de destruction sur les organisations et les batteries allemandes de la région de Bures (nord-est de Lunéville) et de l’Hartmannswillerkopf. Lutte d’artillerie assez vive en Haute-Alsace.
Guynemer a abattu son 27e avion près de la gare de Chaulnes. Le lieutenant Heurteaux a descendu son 17e avion. Un autre avion allemand a été abattu dans nos lignes aux environs de Vauxcéré (Aisne).
A l’est de Riga, les Allemands ont été rejetés dans leurs tranchées. L’ennemi a été également rejeté vers le sud entre les marais de Tiroul et la rivière Aa. Par contre, à l’ouest de l’Aa, les Russes ont été refoulés d’une demi-verste vers le nord.
Dans la mer Noire, un sous-marin russe a coulé près du Bosphore 4 navires; 3 autres navires, contraints de se jeter à la côte, ont été détruits par la tempête.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Chaulnes

 

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Jeudi 25 janvier 1917

Cirque Palace, Dijon

Louis Guédet

Jeudi 25 janvier 1917

866ème et 864ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Toujours même temps froid et glacial, mais avec tension à baisser. On s’est battu toute la nuit. Contrairement à hier le canon a peu tonné devant et autour de Reims. Toujours les faux-bruits, cela risque de tourner à la panique. C’est idiot ce qu’on raconte. Été à l’Enregistrement ce matin, mon vieux clerc étant souffrant, il reviendra lundi parait-il, mais cela me retarde. Enfin aux réquisitions militaires à 2h1/2, séance banale…  Toujours des entêtés. Il vaut mieux ne pas discuter avec eux. Un autre qui se fait remettre de 8 jours en 8 jours. Bref Payen a déclaré qu’il lui donnerait un dernier délai en le convoquant pour le 1er février, et que l’affaire serait classée s’il ne venait pas. C’est la peur ! rien d’autre chose ! En tout cas je le raserai jeudi prochain. Le sous-Intendant me disait qu’il y avait quantité de troupes massées autour de Reims, Épernay et la région. Attendons ! Je suis si las que je n’ai plus la force de me tourmenter. Je tiens si peu à la vie.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 25 – Nuit tranquille sauf canonnades entre 10 et 11 h. (supra ). – 9°. La neige ne fond pas. Donné mon Mandement à l’imprimeur. Écrit à Rome pour Saintes-Huiles. Celles consacrées en 1915 n’ayant pu être distribuées ni consommées, permission de s’en servir demandée. Canonnade de 14 h. à 15h. Visite à la Visitation. Retour de M. Compant qui est allé voir les Carmélites à Dijon dont il était le Supérieur, et de M. Camu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Cirque Palace, Dijon

Cirque Palace, Dijon


Jeudi 25 janvier

Notre artillerie a exécuté des tirs de destruction sur les tranchées ennemies de Moulins-sous-Touvent et au nord-est de la cote 304. Lutte d’artillerie assez violente dans le secteur du bois des Caurières. Deux coups de main allemands, dirigés, l’un sur nos lignes dans le secteur de Missy (est de Soissons}, l’autre aux Eparges, ont échoué. Nous avons fait des prisonniers.
Un avion allemand a été abattu dans nos lignes, aux environs de Vauxcéré (Aisne}.
Vives actions réciproques d’artillerie dans les régions de Dixmude et de Steenstraete-Hetsas. Les batteries belges ont canonné avec succès les positions ennemies au nord-est de Boesinghe.
Sur le front d’Orient, abondantes chutes de neige.
Lutte d’artillerie assez vive, en particulier dans le secteur tenu par les troupes italiennes et dans la région de Guevgeli.
Une action russe dans la région de Slavavina a permis de faire des prisonniers.
Une attaque autrichienne a été repoussée par les Italiens près de Gorizia.
Les Russes ont dû reculer de 2 kilomètres environ devant les Allemands, sur l’Aa. Ils ont tenu bon près d’Illoukst, et ont dispersé des forces ennemies dans la région de Jesupol.
Sur le Danube, en face de Tulcea, un bataillon bulgare, qui avait franchi la branche Saint-Georges, a été détruit par nos alliés, qui ont fait 337 prisonniers et n’ont eu qu’un tué.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 24 janvier 1917

Louis Guédet

Mercredi 24 janvier 1917

865ème et 863ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Temps très froid, la brise est mordante, mais beau soleil. Toute la matinée canon et bombardement sur nos faubourgs et le boulevard de la Paix. Nos canons répondent avec supériorité. Allocations militaires à la Ville. Rien d’extraordinaire. En retournant chez moi avec M. Gustave Houlon qui allait aux Hospices, rencontré le Dr Simon qui m’apprend le départ du Lieutenant-colonel Colas de Reims. Première exécution en attendant celles de Girardot et de Lallier qui ne doivent pas tarder à suivre le mouvement. Il va au dépôt d’un régiment de cuirassiers en attendant une autre destination. Un peu de tranchées lui fera du bien à ce pierrot-là, ainsi qu’à ses 2 acolytes !! On peut dire qu’il aura tenu Reims sous sa botte. (Rayé).

Que va dire… !!  …quand sera-t-il aussi « débarqué ». Fini la noce, la fête !! Voilà enfin le commencement des sanctions sur la suite de mon affaire de simple police. Les lâches qui m’ont tiré dans le dos reçoivent enfin leur châtiment. Beaucoup seront enchantés de cette exécution. Après-midi, reçu prestation de serment de Mt Huc avocat, comme suppléant de Prudhomme, avoué à Reims. Causé longuement avec lui, il m’apprend qu’il n’y a pas encore eu d’audiences civiles depuis que le Tribunal est transféré à Épernay !! Il parait que Messieurs les avoués n’inscrivent aucune affaire au rôle !!! Ce n’est cependant pas la Peur des bombes qui doit les empêcher de vaquer à leurs fonctions maintenant ?!! non plus que le Tribunal.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

24 janvier 1917 – Sifflements et fortes canonnades. –  La gelée, qui a pris depuis quelques jours, continue et devient rude. La nuit passée, le thermomètre a marqué — 14°.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Mercredi 24 – Nuit tranquille en ville. Mitrailleuses au loin. – 9°. La neige ne fond pas. Soleil. Aéroplanes ; tir contre avions français de 12 h. à 14 h. A partir de 13 h., bombes sifflent pendant 4 heures. Canons français répondent. Le soir, vers 10-11 heures, violentes canonnades françaises.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 24 janvier

Canonnade assez active en Champagne et en Argonne.
En Lorraine, nous avons effectué un coup de main dans les lignes adverses, dans la région de Rechicourt. Une pièce ennemie à longue portée a lancé quelques obus dans la région de Frouard. En Alsace, dans le secteur d’Hirtzbach, rencontres de patrouilles. Lutte d’artillerie vers Largitzen.
Dans la matinée, des avions ennemis ont jeté 5 bombes sur Montdidier.
Un fokker a atterri dans nos lignes près de Fismes. Deux autres avions allemands ont été abattus près de Marchélepot et d’Amy (Oise).
Activité d’artillerie sur le front belge, particulièrement dans la région d’Hetsas, où la canonnade a été très violente. Les Anglais ont exécuté avec succès un coup de main dans la région de Neuville-Saint-Vaast, où ils ont fait de nombreux prisonniers. Leurs grenadiers ont été très actifs dans la région de Fauquissart. L’ennemi a tenté deux attaques entre Armentières et Ploegstaert. Les deux attaques ont été refoulées avec de grosses pertes pour les Allemands.
Canonnade sur l’ensemble du front. Un avion allemand a été capturé près d’Aubigny.
Sur le front italien, activité d’artillerie intense dans le Trentin et dans la région de Plava.
Sur le front russe, combats près de Riga et sur le Stokhod.
Combat naval en mer du Nord. Les Allemands auraient perdu plusieurs contre-torpilleurs et les Anglais un seul.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Fismes, la gare du CBR et la sucrerie

Fismes, la gare du CBR et la sucrerie

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Mardi 23 janvier 1917

Louis Guédet

Mardi 23 janvier 1917

864ème et 862ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  La gelée a repris plus fort, gare que nous n’en n’ayons pour tout le mois avec cette nouvelle lune…

Inventaire ce matin, rue Clovis 18, chez une pauvre démente de la Guerre. (Rayé) qui ne peut comprendre que (rayé) agissement et de la conduite (rayé).

Après-midi fait une ou 2 courses. Rentré lassé, dégouté, découragé. Quelques obus dans la journée…  Il a fait un soleil splendide, aussi l’artillerie et l’aviation ont repris de l’activité.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 23 – Nuit tranquille ; temps clair, – 6°. La neige couvre toujours la terre. Visite à M. Camuset, Becker, clinique rue Noël, aux Chapelains. Aéroplanes matinée et après-midi de tir contre eux et entre batteries adverses. Gros canons français et grosses bombes allemandes. Ce matin, à 7 h. une bombe sur le Lycée de Filles, ancien Collège des Jésuites, rue Cérès. A la messe éteint la bougie à la Post-communion.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

faubourg Cérès


Mardi 23 janvier

Journée calme sur la rive droite de la Meuse où l’activité de l’artillerie a été très vive dans les secteurs de Douaumont et du bois des Caurières, ainsi que dans les Vosges, à la Chapelotte.
Sur le front belge, lutte des artilleries de campagne et de tranchées, dans la région de Hetsas. Bombardement réciproque dans le reste des secteurs.
Sur le front britannique, un détachement ennemi qui tentait hier soir un coup de main au nord d’Arras, a été repoussé avec pertes avant d’avoir pu aborder nos lignes. Une tentative analogue sur nos tranchées, au nord-est du bois de Ploegsteert, a également échoué. A la suite de divers engagements de patrouilles, nos alliés ont fait un certain nombre de prisonniers vers Grandcourt, Neuville-Saint-Vaast, Fauquessart et Wystchaete.
Activité d’artillerie au nord de la Somme et dans les régions de Ferre et de Ploegsteert. L’artillerie lourde anglaise a provoqué une explosion dans les lignes allemandes en face d’Arras.
Canonnade dans le Carso.
Activité accrue sur toute l’étendue du front russe.
Progrès britanniques vers Kut-el-Amara. M. Wilson a adressé au Sénat américain un long message sur sa conception de la paix future.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 22 janvier 1917

Louis Guédet

Lundi 22 janvier 1917

863ème et 861ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Ce matin la neige tombe fine et drue et parait vouloir tenir. Il fait froid. Je fais quelques courses au Greffe et vais à l’Hôtel de Ville, à la Chambre des notaires, c’est énorme le temps que l’on perd et ces allées et venues. Vers 11h la température s’adoucit, la neige nouvelle fond. Vers 2h1/2, après mes lettres écrites, je retourne à l’Hôtel de Ville voir aux allocations s’il n’y a rien d’important pour mercredi. Nous en aurons pour une demi-heure, 3/4 d’heure. Causé avec Houlon. Rencontré Charbonneaux qui me dit ses impressions sur les membres du Conseil de Guerre d’Orléans dans l’affaire Goulden. Tous ces officiers paraissaient s’en moquer, et leur opinion faite avant d’entendre qui que ce soit. Le président Colonel Gille a plutôt dédaigné les témoins, déchargé le Maire, Émile Charbonneaux, Raoul de Bary, Georget, que les écoutant pas, même considérant le Dr Langlet comme une personne négligeable. Il ne comptait pas plus qu’un boucher ou un charcutier qui serait venu déposer… Ce Colonel en a eu une bonne avec Goulden, comme celui-ci lui déclarait que sa succursale de Vienne est française : « Si votre maison de Vienne est française, dit le colonel Gille, vous me concéderez donc que votre maison de Reims est allemande !! »

Et voilà la logique de ces gens.

Bref Émile Charbonneaux est revenu avec une triste opinion de nos conseils de Guerre et surtout de ses membres !! Dire que j’en suis fâché ? Non ! Cela montre à nos riches négociants qu’ils ne sont pas des dieux, ni des aigles hors des limites de Reims. Cela ne peut que leur faire du bien.

Rentré à la maison, il fait plutôt doux. Je suis fatigué, je ne suis plus guère fort. Vais-je tomber ? Je vais, je marche en automate, mais que cette existence m’est lourde. Repassé à l’archevêché, rue du Cardinal de lorraine. Vu l’abbé Lecomte, secrétaire et vicaire Général, causé et survenant Mgr Neveux qui rentrait avec le Cardinal de faire quelques visites, notamment chez moi. Je me suis excusé. Causé assez longuement ensemble du procureur, de notre triste existence, etc…  Mgr Neveux a été plutôt cordial avec moi. J’irai dans quelques jours leur rendre visite. L’abbé Lecomte toujours affectueux avec moi. Vu aussi Lesage, parlé de mon état de santé, c’est le surmenage, et il me conseille de me reposer 1h dans la journée, et de surveiller mes insomnies, il m’a donné du bromure. Je suis bien las, bien triste.

Nos canons ont pas mal tiré cet après-midi et les allemands nous ont envoyé de gros obus vers le champ de foire, des avions, il y a bien longtemps que nous n’en n’avions vus. Le ciel était un peu éclairé et élevé, c’était fatal.

Rentrant ce soir de chez Ravaud à nuit close, les rues étaient sinistres, bordées de leurs maisons, ruinées ou non, sous leurs manteaux de neige, pas un bruit, le silence d’une tombe, quelques rares passants marchant d’un pas hâtif, furtif vers leurs logis, de crainte de réveiller un obus toujours possible. Cela émotionne, et serre le cœur. On aurait presque peur dans cette nuit sans lumière au milieu des ruines. Une seule note un peu humaine, je ne puis dire gaie, rompt de temps à autre ce lugubre silence que nos pas feutrés sur la neige semblent grandir, ce sont les voiturettes de nos laitières tintinnabulant, trimbalant ou brinquebalant, cahotant tandis que les femmes jasent entre elles ou devisent entre elles sans s’inquiéter du bruit du canon, des mitrailleuses qui claquent ou des minenwerfers ou crapouillots. Cependant que de fois je les ai maudites avec leur ferraille qui m’empêchait d’entendre les obus siffler, ou l’éclatement du schrapnel lançant sa gerbe de balles à quelques pas de nous !!! Ces femmes ont été héroïques, par tous les temps et par quelque bombardement que ce soit, au risque d’être tuées elles ont toujours fait leur distribution aux ménagères qui les attendaient patiemment sur le pas de leurs portes ou au coin des rues par groupes de 3/4 si les voiturettes ne passaient pas dans leur rue. Oui, elles ont été héroïques sans emphase, tout en jacassant, plaisantant même lorsqu’un obus sifflait un peu trop près, elles se blottissaient contre leurs voiturettes, comme si celles-ci pouvaient les protéger !! et l’obus éclaté les voilà à rire de leur peur !! Que de fois m’ont elles répondu quand je leur recommandais la prudence : « Que voulez-vous, M. le juge, on ne peut tout de même pas laisser ces pauvres femmes et ces p’tiots sans lait, et puis toutes (les bombes) ne tuent pas… » Il est vrai qu’aucune n’a été touchée depuis 30 mois !!…

Ces rentrées tardives me remémorent les scènes que j’ai lues naguère sur les tristesses et les épouvantes du choléra en 1852, ou 1831, mais au lieu des voiturettes des laitières, c’étaient les charrettes et les tombereaux dont les sonnettes appelaient en hâte leur chargement funèbre !

La ville sous son linceul de neige sommeille et le grand silence des canons la gueule ouverte s’appesantit sur elle, tandis que je me hâte vers le toit hospitalier que l’on a bien voulu m’accorder. C’est lugubre, angoissant, tragique. Les réflecteurs sillonnent le ciel, les fusils crépitent, les mitrailleuses déchirent, le canon gronde et grogne…  et les arrivées vous secouent, et tous les soirs, c’est à peu près toujours la même chose, et cela…  depuis bientôt trente mois !…  Non ! Vous ne saurez jamais ce que nous avons souffert…  ce que j’ai souffert. En verrai-je la fin ?

Si par le passé (dans l’avenir…) ces notes sont lues et même divulguées, tous auront cette impression continue de lassitude, de passivité, de tristesse, et d’aucuns diront peut-être que nous étions bien peu courageux, et ne comprendront même pas que nous soyons restés. Eh bien ! que ceux-là vivent les jours et les jours, les semaines et les semaines, les mois et les mois, les années et les années (comme celles) que nous avons vécues, passées, écoutées au son des palpitations de notre cœur angoissé, broyé, serré, saignant de douleur et de souffrance, et ils me comprendront !!  Chaque palpitation, chaque seconde de mon cœur a vécu un Drame. Le comprendrez-vous ? Vous qui me lirez, peut-être dans 100 ans, dans 50 ans, dans 10 ans, demain même ??!!!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 22 – Température : 0° ; Neige ; nuit tranquille en ville ; au loin canonnade. Aéroplanes français et allemands ; tir violent contre eux par canons et mitraillades. Violente canonnade entre batteries adverses. Chute de neige peu abondante dans la matinée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 22 janvier

Dans la région de Lassigny, une tentative allemande sur une de nos tranchées, vers Cauny-sur-Matz, a été aisément repoussée. L’ennemi a laissé des prisonniers entre nos mains.
Sur la rive droite de la Meuse, activité intermittente des deux artilleries.
Combats de patrouilles dans le bois des Caurières.
Sur le front italien, canonnades sans attaques.
Les Russes ont opéré un bombardement prolongé dans la région de Kovel.
Sur le front roumain, aucun événement n’est signalé.
Le tsar a adressé un rescrit au nouveau président du Conseil, prince Galitzine, pour affirmer sa volonté de poursuivre la guerre jusqu’à la victoire décisive et recommander une collaboration bienveillante entre le gouvernement et les assemblées. Il insiste aussi sur la nécessité de remédier à la crise alimentaire.
La Turquie proteste contre la note de l’Entente à M. Wilson, en invoquant le principe des nationalités.
La présence d’un corsaire allemand dans les eaux de l’Atlantique irrite non seulement les États-Unis, mais encore le Brésil.
Un laboratoire de munitions a sauté à , près de Berlin. Il y a des morts et des blessés.
Les Alliés ont signifié à la Grèce qu’elle avait jusqu’au 4 février pour transférer ses troupes du continent en Morée.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Spandau

 

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Dimanche 21 janvier 1917

Rue Lesage

Louis Guédet

Dimanche 21 janvier 1917

862ème et 860ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Toujours le même temps, froid mais paraissant fléchir, la neige fond un peu. Il fait froid quand même. Ciel gris, vole la neige, vole toujours au-dessus de nos têtes ! Silence sur toute la ligne, c’est vraiment impressionnant ! Que se prépare-t-il ? Ce n’est pas sans m’inquiéter ! On jase, ragote, rapporte un tas de nouvelles plus ou moins vraies ! à force on n’y prête plus attention, on annonçait la prise de Soissons ! Des troupes formidables se rassemblent autour de Reims, on va évacuer…  tout cela est énervant, quoique je n’y crois pas je ne suis pas sans être impressionné. Dans la rue je suis arrêté 20 fois pour me demander ce qui peut être exact sur ces faux bruits. Je rassurer le mieux que je puis…  mais beaucoup restent incrédules. Les faux bruits sont toujours plus crus que les vraies nouvelles.

On cause toujours beaucoup de l’affaire Goulden ! En général on dit qu’il a de la chance de s’en être tiré avec la seule amende ! En tout cas tout a été bien préparé, machiné et de Truchsess a servit de « tête de turc ». Il en sera quitte pour émarger d’un x % sur les bénéfices de la Maison Heidsieck-Monopole et tout le monde sera content.

Non. Auguste Goulden n’a pas ignoré la loi du 4 avril 1915 ! A telle enseigne qu’à ce moment-là il m’a causé de sa société et de Brinck (à vérifier) son associé allemand, me demandant s’il y avait un moyen de le supprimer, et je le vois encore sur le péristyle de l’escalier de l’Hôtel de Ville causant avec moi. Et comme ma réponse était négative, et que je lui conseillais d’aller voir le Procureur de la République pour lui exposer son affaire en toute simplicité, il me répondit avec sa morgue habituelle de riche négociant : « Je ne vais pas voir ces gens-là !! » Je lui répondis : « Vous avez tort, réfléchissez ! » Et quand Dondaine, nommé séquestre est allé au siège de la société rue de Sedan pour prendre les renseignements avec le Commissaire de Police du 2ème canton, j’étais encore là : « Réponse négative ! Refus ! » – « Nous n’avons pas d’ordres !! » Toujours la porte fermée…

Tout cela ne pouvait qu’indisposer le Parquet !! auprès duquel j’ai défendu de mon mieux Auguste Goulden qui ne le saura jamais, et si le rapport de M. Bossu a été moins violent et moins dur, c’est grâce à cela, et à mes instances. Le Procureur me l’a avoué après. J’avais tout de même ébranlé sa conviction que Goulden était un pro-Boches. Mais il était très remonté contre lui au début : Je le vois encore brandissant son ordre de saisie des vins achetés par Guillaume II à la Maison Heidsieck-Monopole, et me disant : « Je saisis Guillaume en attendant la torpille que je prépare à Goulden, qui, vous avez beau dire M. Guédet, est un allemand ! » Je protestais…  je défendais ce pauvre Auguste Goulden, j’allais même jusqu’à plaider du manque d’intelligence de sa part : « Soit de la bêtise si vous voulez, M. le Procureur, mais allemand non ! » Enfin l’avenir nous dira le reste. Tout le monde complote en Champagne. (Rayé) …intéressante.

Que voulez-vous donc aussi, que le Dr Langlet, Émile Charbonneaux, Raoul de Bary, Georget disent et déposent au sujet de Goulden !! Ils ne pouvaient pas le charger et mon Dieu dire le fond de leur vraie pensée !!…

Enfin l’affaire est jugée. Il échappe à la prison, tant mieux pour lui, et surtout pour sa charmante jeune femme et son enfant. Mais l’opinion restera toujours fort incrédule sur son innocence !…  et le premier verdict sera toujours pour beaucoup le seul reconnu juste, le vrai.

Une bien bonne que Croquet mon greffier militaire pour les réquisitions me comptait hier. Il me disait qu’il n’était pas sûr que le sous-Intendant Payen viendrait à l’audience de jeudi prochain, parce qu’on avait défendu aux automobiles militaires de circuler à cause de la neige, et donc la crainte d’accidents !! Alors Payen cherchait un civil ayant automobile qui pourrait l’amener ici jeudi !! C’est le comble !!…  et bien militaire.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 21 janvier 1917 – Par un beau temps sec et un calme relatif assez engageant, l’idée me vient de tenter une promenade matinale en direction du Petit-Bétheny, sans savoir quel pourra en être le terminus, puisque c’est la première fois que j’essaierai de me rendre compte jusqu’où les habitants de Reims sont autorisés à circuler de ce côté. Je m’aperçois, en suivant la rue de Bétheny que la limite de circulation est fixée à hauteur de l’établissement des Petites Sœurs des Pauvres, la zone militaire commençant à cet endroit.

Ne pouvant aller au-delà, j’effectue mon retour par la rue de Sébastopol, le faubourg Cérès et la rue Jacquart que je n’ai qu’à longer jusqu’au bout pour rentrer place Amélie-Doublié par la rue Lesage.

Tandis que je m’approche du pont Huet et que les sifflements se font entendre maintenant et de mieux en mieux, je vois parfaitement les explosions des obus se succédant les uns aux autres, rue de Brimontel, à droite, vers le dépôt des machines de la Cie de l’Est. C’est là, que « ça » tombe aujourd’hui sans arrêt.

La pensée me vient seulement, en apercevant nos pièces en batterie à la gare du CBR, puisqu’elles se sont mises à claquer au moment de mon passage devant elles — ce qui m’a fait comprendre une fois de plus, qu’à si peu de distance et lorsqu’on ne s’y attend pas, il faut bien se tenir au départ d’un 75 — que je me trouve peut-être par ici, dans une zone interdite. Je l’ignore totalement, n’ayant vu personne depuis le faubourg Cérès, et, d’ailleurs, je suis trop près du but maintenant ; je continue donc en traversant les voies du chemin de fer sur le pont Huet, pour regagner mon domicile provisoire, dans le quartier, par la partie haute de la rue Lesage, où il n’y a plus guère que des cantonnements.

Et tout en terminant ma tournée, je pense que les canonniers qui m’ont révélé leur présence doivent s’amuser, de temps en temps, quand ils voient venir quelque passant à qui ils ne peuvent faire une surprise ; il est vrai que l’occasion doit être très rare dans ces parages.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Lesage


Cardinal Luçon

Dimanche 21 – – 2°. Nuit tranquille ; journée tranquille en ville ; au loin canonnade.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 21 janvier

Dans la région du sud de Lassigny, la lutte d’artillerie a continué avec une certaine violence. Un coup de main ennemi, dirigé sur une de nos tranchées, a échoué.
Au nord-ouest de Soissons, une incursion dans les lignes adverses du secteur de Vingré, nous a permis de ramener des prisonniers.
En Alsace, rencontre de patrouilles dans le secteur de Burnhaupt. Une forte reconnaissance allemande qui tentait d’aborder nos lignes dans la région au sud-ouest d’Altkirch a été repoussée par nos feux. Canonnade intermittente sur le reste du front.
Sur le front belge, bombardement réciproque dans le secteur de Ramscapelle. Les pièces belges ont contre-battu les batteries allemandes dans la région de Dixmude, où de violents duels d’artillerie out eu lieu au cours de la journée. Vives actions d’artillerie de campagne et de tranchée vers Steenstraete et Hetsas.
Sur le front d’Orient, canonnade dans la région de Magarevo-Tirnova, sur le Vardar et vers Djoran.
Les Russes ont exécuté un raid heureux dans la zone de Sparavina. Rencontres de patrouilles au sud de Vetrenik et sur la Strouma, vers Hornoudos.
Les Russo-Roumains ont cédé du terrain aux Austro-Allemands à l’un des passages du Sereth.
Canonnade sur le front italien.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 20 janvier 1917

Louis Guédet

Samedi 20 janvier 1917

861ème et 859ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  La neige tient, il fait froid et le temps est toujours à la neige. Caisse d’Épargne ce matin. Après-midi des courses. Vu Charbonneaux, Houlon à la Mairie, rien de saillant, on parle de supprimer le bureau de Poste de la rue de Vesle, ce sera plus commode d’aller au Pont de Muire sans doute ?!!  du C.B.R. (Chemin de fer de la Banlieue de Reims) à partir du 25…  que ne dit-on. Journée occupée, mais sans fait saillant. Quelques rares coups de canon, du reste on n’y prête plus attention.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 20 – – 2°. Nuit tranquille. Canonnade au loin. Dans la matinée, canonnade entre batteries adverses. Visite à Saint-Remi, Saint-Maurice (curé), à l’Enfant-Jésus, au Bon-Pasteur. Mort de Sœur Stéphanie. A 9 h. soir : quelques coups de grosses pièces françaises.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Saint-Maurice


Samedi 20 janvier

Notre artillerie a énergiquement contre battu l’artillerie ennemie dans les secteurs à l’est d’Auberive, de la cote 304 et de la ferme des Chambrettes.
Sur le front belge, canonnade intense dans la région de Ramscapelle.
Sur le front du Trentin, action limitée des deux artilleries italienne et autrichienne. La nôtre a entravé les mouvements de l’ennemi dans la vallée de l’Adige. Dans le Carso, l’artillerie ennemie a concentré son feu contre le secteur entre le Frigido et la route d’Oppacchiasella à Castagnevizza. Elle a été vigoureusement contre battue par l’artillerie italienne, qui a arrêté et dispersé des groupes qui tentaient de s’approcher de ses positions.
Sur le front russe, au nord-est de Baranovitchi, des détachements de nos alliés ont attaqué deux petits postes et fait 17 prisonniers. L’artillerie lourde ennemie a bombardé le ravin de Boudnowo. Dans la région de Zborow, elle a démoli des réseaux de fils de fer, et une attaque a suivi, mais les éléments qui avaient pénétré d’abord dans les tranchées russes ont été aussitôt refoulés.
Sur le front roumain, canonnade dans les vallées du Trotus et de l’Oltuz. Fusillades et reconnaissances d’éclaireurs.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Vendredi 19 janvier 1917

Louis Guédet

Vendredi 19 janvier 1917

Le froid persiste et la neige aussi, avec verglas. Je suis assez grippé. Pas sorti ce matin, travaillé. Après-midi, été assister à l’ouverture d’un coffre-fort, le 55ème !!!

Depuis le retour de Paris, le texte a été recopié par Madeleine. Il manque le feuillet 408.

La ville parait être un tombeau.

Au sujet d’Heidsieck-Monopole 4 journaux parlent du jugement du conseil de Guerre d’Orléans, devant lequel le procès en révision d’Auguste Goulden avait été renvoyé. L’Écho de Paris résume les griefs et les dépositions, etc…  résultat condamnation sur le 3ème et dernier chef, seulement pour défaut de déclaration de créances et conventions existant avec l’Ennemi, à 20 000 F le maximum. On ajoute que le défaut de déclaration vient de ce que le fondé de pouvoir M. de Truchsess n’aurait pas fait le nécessaire comme c’était son devoir, etc…  Oui ! mais c’est tout le contraire qui a eu lieu, chaque fois que le Procureur de la République a envoyé quelqu’un pour faire prendre des renseignements, on a toujours répondu par ces mots : « Impossible, nous n’avons pas reçu d’ordres ! » Réponse faite par Ballon de Truchsess lui-même, le fondé de Pouvoir. Bref je reviendrai sur cette histoire scandaleuse après que j’en aurai causé à Dondaine, qui comme moi a été au courant de ce qui s’est passé.

En tout cas l’Écho de Paris ne parait pas très convaincu de l’innocence d’Auguste Goulden, et de la justesse du verdict !!!  et moi aussi. Tout cela, mystères, compromissions, combinaisons (Charbonneaux, Langlet, Raoul de Bary, Georget, appelés à la rescousse, et tous assez embêtés de cela du reste)… (rayé)

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 19 – – 3°. Nuit tranquille à Reims. Neige et gelée, temps couvert. Je n’ai pas pu ouvrir la porte de la palissade de la Cathédrale, à cause sans doute que la serrure était collée par la glace au chambranle. Via Crucis in Cathedrali à 2 h. Étrennes. Forte canonnade réciproque entre batteries adverses dans la matinée. Canons allemands faisant un bruit énorme.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 19 janvier

Duels d’artillerie assez sérieux dans les Vosges, en Lorraine, et dans la région de Soissons. Calme sur le reste du front.
Sur le front belge, canonnade dans les secteurs de , de Dixmude et d’Hetsas. Lutte à coups de bombes vers Steenstraete. Les Anglais ont réalisé de nouveaux progrès au nord de Beaucourt-sur-Ancre, à la suite de l’opération qu’ils avaient exécutée dans ce secteur. Ils ont bombardé les positions ennemies à l’est du bois Grenier et de Ploeghteert. L’artillerie allemande a montré de l’activité au sud de Sailly-Saillisel et à l’est de Béthune.
Les Russes, au sud de Smorgon, ont pénétré dans les retranchements allemands; en même temps, ils faisaient jouer trois galeries-mines. Dans la région à l’ouest de Semerinka, leur artillerie a détruit les abris ennemis. Sur la Bistrytsa, les éclaireurs ennemis ont été repoussés et ont abandonné des armes et des munitions.
Dans les Carpathes boisées, les Austro-Allemands ont subi un échec au sud du mont Puévi.
Sur le front roumain, échec de l’ennemi au sud de l’Oltuz et au sud de Monastirka. Succès roumain au sud-ouest de Proléa : nos alliés ont capturé de nombreux prisonniers et 7 mitrailleuses.
Le général Chouvaïef, ministre de la Guerre russe a démissionné; il est remplacé par le général Bielaef.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

ramscapelle

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Jeudi 18 janvier 1917

Cardinal Luçon

Jeudi 18 – Nuit tranquille. – 2°. Neige. Visite aux Sœurs de l’Espérance et de l’Assomption. Deuxième visite de M. Péchenard. (Indisposition pendant la nuit).


Jeudi 18 janvier

Activité normale d’artillerie et d’engins de tranchées sur tout le front.
Sur le front belge, légère activité d’artillerie dans la région de Dixmude.
Dans les secteurs italiens, les intempéries persistantes ont gêné l’artillerie sur tout l’ensemble du front. Sur le Carso, activité des patrouilles italiennes, qui ont lancé des bombes sur les lignes ennemies et fait quelques prisonniers.
Sur le front russe, au sud d’Augustowo, l’ennemi tient les positions de nos alliés sous un feu intense. Il a bombardé sans succès leurs troupes au sud de Samnitsa, sur la Bistrytsa.
En Roumanie, les Austro-Allemands ont pris l’offensive dans la région du chemin de fer Bystrek-Kempolung. Ils ont été arrêtés. Ils ont été rejetés au nord-ouest de Presla. Les Russes ont délogé les Allemands de Guerlesti, en capturant 2 mitrailleuses. Ils ont pris d’assaut le village de Vadeni, au sud-ouest de Galatz. L’ennemi déclencha une contre-attaque, mais qui fut arrêtée avec de grosses pertes.
La mobi1isation édictée par le gouvernement helvétique provoque dans toute l’Europe d’abondants commentaires.
On annonce que le président Wilson n’enverra pas, pour le moment, de nouvelle note aux Empires du Centre.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Boyau de la mort, Dixmude

Boyau de la mort, Dixmude

 

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Mercredi 17 janvier 1917

Louis Guédet

Au mercredi 17 janvier 1917 858ème et 856ème jours de bataille et de bombardement

Rentré tout à l’heure par la neige. Elle tient et les chevaux pour me ramener de Pargny avaient du mal à avancer. Passé 5 jours à Paris, fort fatigants, étant pris par quantité de monde. Dîné ou déjeuné chez les Guelliot, Français, Thomas, Jolivet, assisté au mariage de Marcel Heidsieck, dont j’ai signé le contrat avec Me Panhard, notaire à Paris 4, rue Rougemont, ce dernier charmant avec moi, par extraordinaire partagé les bureaux avec moi, chose que les notaires de Paris ne font jamais. Beaucoup de veuves à ce mariage. La famille Heidsieck très affectueuse avec moi. Le Dr Guelliot m’a conté les souffrances de Joseph Krug, qui avec 5 de ses camarades prisonniers, et officiers comme lui, ont été enfermés pendant 6 mois dans une casemate sans lumière, avec juste un soupirail pour aérer, couchant sans couverture sur le plancher, n’ayant jamais une goutte d’eau pour se laver !

L’officier qui lui avait dit cela, évadé d’Allemagne récemment, lui a aussi conté que Krug et lui avaient vu Garros, l’aviateur, promené dans le camp torse nu et une corde au cou, tiré par un soldat allemand, hué, souffleté par la meute allemande qui lui crachait au visage, et le couvrait d’immondices ! Et dire que nous prenons tant de précautions avec nos prisonniers.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

17 janvier 1917 – Depuis le vendredi 12, on entend, au loin, une très forte canonnade.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 17 – Nuit tranquille en ville. Canonnade sourde au loin. Neige abondante, 0,15 cm – 2°. Visite de M. Péchenard, frère de M. le Doyen d’Attigny qui nous donne quelques détails sur les Allemands. Au repos, peu nourris, affalés ; rappelés en lignes, pleins d’énergie et mieux nourris. A Attigny, ils logent au presbytère. Son frère et lui se parlent peu. En septembre 1915, ils ont bien cru, à la Bataille de Champagne, reculer. Ils avaient (ceux de l’arrière) reçu ordre de faire leurs bagages et de se tenir prêts à partir*. A 4 h. du matin, contre-ordre : « Débouclez vos malles ; nous tenons » (Nous, c’est-à-dire les Allemands).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
* Comme il l’avait déjà fait le 25 décembre 1916, le Cardinal fait allusion au baptême de Clovis et au baptistère. Qu’a-t-il écrit à Monsieur Lavisse sur celui-ci ? Il serait intéressant de rappeler sa thèse, antérieure à toutes les fouilles et à leurs interprétations.

Mercredi 17 janvier

La lutte d’artillerie s’est poursuivie assez vive dans la région de la Somme, ainsi que sur le front nord-est de Verdun et en Lorraine.
Un coup de main exécuté par nous, sur les tranchées ennemies à l’est de Vic-sur-Aisne a pleinement réussi.
Sur le front belge, légère activité d’artillerie dans les régions de Dixmude et de Steenstraete, assez intense vers Hetsas.
Sur le front italien, dans le Haut-Cordevole, l’ennemi a fait exploser une mine très puissante sous la position de Cengia-Martini, mais nos alliés, par leurs travaux de contre-mine ont rendu cette explosion sans effet de leur côté. Au contraire, la galerie creusée par les Autrichiens s’est écroulée, entraînant des pertes sensibles parmi leurs troupes. La neige tombe abondamment dans la zone montagneuse du Trentin.
Violents combats en Roumanie, au sud-est de pralea, au sud du confluent de la Kassina et du Trotus.
Les Russo-Roumains se sont avancés de deux kilomètres au sud de Pralea. Ils ont rejeté deux attaques ennemies. On combat autour de Vedeni.
Le gouvernement suisse a rappelé une partie de ses troupes. Trois de ses divisions sur six sont désormais mobilisées.
La Grèce a cédé une fois de plus aux réclamations de L’Entente dont elle déclare accepter les clauses sans aucune restriction. Elle libérera tout de suite les venizelistes.
L’amiral américain Dewey, le héros de la bataille navale de Manille, est mort.
Les gouvernements alliés ont remis à la Suisse et aux royaumes scandinaves des réponses aux notes par lesquelles ces états s’associaient à la récente démarche de M. Wilson.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

vic-sur-aisne

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Mardi 16 janvier 1917

Cardinal Luçon

Mardi 16 – Nuit tranquille à Reims ; canonnade sourde et au loin. – 1°. Canonnade réciproque entre batteries adverses de 9h. à 10 h. soir. Visite à MM. Bataille, Simon, Gaube.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 16 janvier

Bombardements réciproques sur les deux rives de la Somme, sur la rive droite de la Meuse et en Lorraine.
A la suite d’un bombardement effectué par eux entre Aisne et Argonne, les Allemands ont attaqué nos postes avancés; ils ont été rejetés après un vif combat à la grenade.
De notre côté, nous avons réussi plusieurs coups de main sur les lignes ennemies, pris du matériel et fait des prisonniers.
En Macédoine, le mauvais temps a provoqué des inondations. De violentes tempêtes de neige sont signalées dans la région du lac Presba. L’ennemi a manifesté de l’activité sur le front tenu par les Italiens: il a été repoussé. Violent bombardement sur le Vardar et dans la région de Rapès, dominé par une riposte violente de notre artillerie. Quelques engagements au sud du lac d’Okrida, en particulier à Voliterna, où un de nos détachements indo-chinois a été engagé. Un autre détachement a progressé près de Sveti.
Dans le Trentin, canonnade entre Adige et Astico. Canonnade également sur le front de Giulie.
Les Roumains ont refoulé l’ennemi au sud de Monastirka. Ils ont reculé près de Vadeni (10 kilomètres au sud-ouest de Galatz). L’ennemi a été arrêté près de Tchilouslea, à 12 kilomètres au nord-est de Focsani.
Un sous-marin allemand a été coulé sur la côte espagnole.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

lac Presba

 

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