Louis Guédet

Au Lundi 7 août 1916 695ème et 693ème jours de bataille et de bombardement

Voyage à St Martin

4h1/2 soir  Je rentre à l’instant de St Martin fort triste et désemparé. Ma pauvre femme est désolée du départ de Robert demain pour le 61ème régiment d’artillerie légère à St Brieuc. Le pauvre enfant n’est pas fort. Résistera-t-il ? Il doit voir en passant son frère ainé Jean à la gare de Rennes, et ils s’entendront sans doute pour tâcher que Robert permute avec un soldat du 25ème d’artillerie afin qu’il puisse être avec son frère Jean. Il parait que c’est un droit pour 2 frères. Ils doivent voir. Me voilà revenu ici avec plus de tristesse et de soucis.

Triste séjour à St Martin cette fois-ci. La mort de Jules Maugin, mon seul camarade d’enfance, du même âge, été à son enterrement. Le départ de Robert, la tristesse de ma femme, et ensuite mon pauvre compagnon de chasse que j’avais si bien dressé, mon vieux Bock est fort malade et mourra peut-être. Ce martin la pauvre bête me regardait d’un air si triste. Enfin. Souffrances sur souffrances. Je n’en sortirai pas. Voyage de Châlons à Dormans avec M. Debar, graveur à Reims, réfugié à Paris en annonceur, avons causé de sa caissière Mme Loppin qui a été impliquée dans le faux Choubry, négociant en vins de Champagne que j’ai condamnée à de l’amende en simple police pour s’être servi du faux passeport, et le plus joli, c’est que Choubry se croit quitte envers cette pauvre fille avec les 10 F qu’il lui a donné et laissé les frais du procès sur le dos de Debar qui n’en peut mais !!! C’est bistouille (boisson d’origine douteuse, mot très utilisé par les poilus) et lui « Bistouilleur » !! Joli Monde !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 8 – Aéroplanes français ; tir contre eux. Visite au Dr Simon. Conseil. Visite de Mgr Landrieux.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 8 août

Au sud de la Somme, deux petites opérations nous ont permis de progresser dans les tranchées allemandes au sud-ouest d’Estrées.
Au nord de l’Aisne, un coup de main de l’ennemi dirigé sur nos positions du plateau de Vauclerc, a échoué sous un barrage d’artillerie aussitôt déclenché.
Sur la rive droite de la Meuse, au cours de combats partiels, nous avons sensiblement élargi le terrain conquis par nous au nord-ouest de l’ouvrage de Thiaumont, et nous avons repoussé une contre-attaque dans la même région.
Dans la région de Fleury et les secteurs du Chapitre et du Chenois, la lutte d’artillerie a repris sans action d’infanterie.
Nos escadrilles ont lancé 40 obus sur la région de Combles, 44 sur la gare de Noyon, 30 sur celles de Stenay et de Sedan, 40 sur la gare de Conflans, 60 sur celle de Metz-Sablons et sur les ateliers du chemin de fer, 40 sur les établissements militaires de Rombach. Deux ballons captifs allemands ont été incendiés par nos avions sur la Somme. Un avion allemand a lancé 4 bombes sur Baccarat. Aucune perte.
L’ennemi a attaqué les positions conquises par les Anglais au nord-ouest de Pozières. Il a été refoulé avec pertes. Nos alliés ont progressé à l’est de Pozières, vers Martinpuich. Ils ont effectué un coup de main heureux près de Carency et de Loos.
Les Russes ont livré une série de combats victorieux au sud de Brody, sur le Sereth. Ils ont capturé 95 officiers et 3000 soldats. Ils ont également progressé au Caucase, à l’ouest d’Erzindjan, en faisant des prisonniers. Ils ont bombardé Samsoun, dans la mer Noire.
Victoire anglaise à Kousani (frontière orientale d’Egypte). Il y a 2500 prisonniers turcs et allemands.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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