Louis Guédet

Jeudi 25 mai 1916

621ème et 619ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Beau temps toujours un peu orageux. Rien de saillant. Reçu lettre de Madeleine m’annonçant que Robert est pris, et partira probablement en juillet. Pauvre enfant ! Encore une épreuve, tout cela me tue, m’écrase. Je n’ai plus de larmes.

Vu le Président Hù qui a vu à Paris Leroux le Directeur du Personnel du Ministère de la Justice qui lui adit que je lui avais été présenté au Palais de Justice. Causé. Vu le sous-Préfet pour lui demander si je pourrais assez tôt connaître le régiment ou serait incorporé mon cher enfant Robert. Réception froide, correcte, il s’en fout…  du reste je l’ai peut-être dérangé, car comme j’arrivais avec le Président qui m’accompagnait au Parc de la Haubette où le sous-Préfet a son cabinet (l’Hôtel de Ville est bon pour ses secrétaires et employés, c’est moins dangereux) le susdit Jacques Régnier flirtait agréablement avec sa jeune brune, sa…  dactylographe sans doute ???!!! Glissons, surement j’ai été importun…

Rentré chez moi, fort triste, fort découragé. Causé longuement avec le fils Chapuis ce matin à sa Banque. Il était outré de tous les pillages qu’il voyait et les agissements des embusqués et galonnards. Je lui ai parlé de St Thierry, ce qui ne l’a nullement étonné. Lui m’a causé des difficultés en autorisations pour les photographes amateurs ! Quand je songe, me disait-il, que je sais que le Lieutenant Colonel Colas, commandant de Place, a demandé au Chef d’Armée l’autorisation de photographier et a promis sur l’honneur de ne faire développer les clichés qu’à Paris dans un atelier surveillé par l’autorité militaire, et quand il fut autorisé s’empressa des développer chez lui ses clichés avec Curt et Goulden !! Cela me fait bondir et me dégoute. Voilà la Parole d’honneur de ces galonnés-là ! Et nos enfants se font tuer pour ces gens-là !!!…  C’est Vrai !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 25 – Nuit tranquille. + 14°. Journée tranquille. Visite à la Visita­tion. Visite du Commdt Billard. Visite du Général Boyer (en mon absence) ; de l’Aumônier de la nouvelle Division. Invitation à Messe avec allocution (par moi) pour la fête de Jeanne d’Arc, acceptée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 25 mai

La bataille s’est poursuivi sur les deux rives de la Meuse, dans le secteur de Verdun. Sur la rive gauche, toute une série d’assauts allemands ont été brisés dans la région du Mort-Homme, mais l’ennemi a réussi au prix de gros sacrifices, à prendre pied dans le village de Cumières. Quand il a essayé d’en déboucher, il a été arrêté et une contre-attaque de nos troupes nous a permis alors de ressaisir les tranchées situées à la lisière sud du village.
Sur la rive droite, l’ennemi s’est acharné, à la reprise du fort de Douaumont. Des attaques furieuses ont été menées avec deux divisions bavaroises nouvellement arrivées. Les Allemands, après plusieurs tentatives infructueuses, ont réoccupé les ruines du fort, dont nous tenons les abords immédiats.
Une tentative de débordement de nos positions du bois de la Caillette a échoué sous nos tirs de barrage et nos feux d’infanterie.
Deux avions autrichiens ont été abattus près de Venise. Une canonnière autrichienne a été coulée dans la haute Adriatique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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