Louis Guédet

Mercredi 1er mars 1916

536ème et 534ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Journée calme, beau temps, allocations militaires ce matin, peu de choses, assez occupé, du courrier que je n’ai pas encore terminé. Ce sera pour demain. Depuis 7h1/2 du soir une satanée pièce lourde tire derrière mon dos, et à chaque détonation je reçois un vrai coup de tangage – je me croirais en mer – tellement la maison oscille. Gare la nuit ! Pourvu que ce ne soit pas la réédition de celle du 1er/2 mars 1915, où j’ai été incendié !! Quelle nuit tragique ! Je ne veux pas y songer !! J’en frémis encore !! Et ce que j’ai souffert…  depuis…  assez…  il vaut mieux que je ferme mon cahier. Espérons que cette année que je vais inaugurer demain, soit la récompense de tout ce que j’ai souffert depuis la guerre…  J’ai ai bien besoin, pour mes aimés et un peu pour moi. Il y a une vie à pareille heure…  mais il ne faut pas y penser………………………………………………………………………………..

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

ler mars 1916 – Cinq obus sifflent vers 21 h, au-dessus de la ville, pour aller tomber du côté du canal, la rue des Moulins et le quartier Sainte-Anne.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue des Moulins

Rue des Moulins


 Cardinal Luçon

Mercredi ler – Nuit tranquille ; + 4 ; 9 h. bordée de canons français. 10 h. 1/2 copieuses réparties des bombes allemandes sur nos batteries. 3 h. Aéroplanes français. 6 h. violente canonnade française. 6 h. 45 riposte de bombes sifflantes. Violents coups de canons français, 6 à 9 h. de temps à autre. A 9 h. quelques grosses bombes allemandes mettent fin à la conversation. Nuit tranquille (de 6 h. à 9 h. c’était je pense l’attaque des Allemands dont parle le Courrier de Champagne du 3 mars).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi ler mars

Entre Soissons et Reims, nous bombardons les points importants de l’arrière-front ennemi. En Champagne, nous bouleversons des organisations allemandes. Dans la région de Verdun, la canonnade sur le front nord, se fait moins intense. Aucune action d’infanterie. Les Allemands se retranchent sur les pentes Nord de la côte du Poivre dont la première crête est occupée par nos éléments avancés. Nous avons exécuté un tir sur Samogneux, où un bataillon ennemi s’était rassemblé. En Woëvre, les Allemands, après une violente préparation d’artillerie, ont pris Manheulles, mais nous avons fait une contre-attaque, pour nous installer à la lisière ouest de cette localité. Sur d’autres points, nos tirs d’artillerie ont empêché de se produire des offensives déjà esquissées. Canonnade dans les Vosges près de Senones et du Ban-de-Sapt. Près de Seppois, nous reprenons des éléments de tranchées. Sur le front belge, deux drachen ont rompu leurs amarres et sont tombés l’un devant la Panne, l’autre près de Coudekerque. Les aéronautes ont été capturés. Les journaux hollandais disent que les pertes allemandes devant Verdun sont énormes. Le croiseur-auxiliaire Provence II a coulé en Méditerranée. 870 personnes sur 1700 ont été sauvées. L’Allemagne et l’Autriche ont notifié officiellement à l’Amérique que la nouvelle guerre sous-marine s’ouvrait irrévocablement.

 

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