Paul Hess

27 janvier 1916 – Anniversaire du Kaiser. Dans la matinée, quelques obus sif­flent.

— Les collègues de la « comptabilité, qui sont maintenant ré­unis en popote, m’ayant invité à déjeuner, nous sommes à table dans le bureau, lorsque vers 13 h 1/4 un arrosage sérieux com­mence. Nous entendons explosions sur explosions d’arrivées, par toute la ville et les projectiles se suivent rapides. Il nous faut donc terminer avec ce dessert imprévu et vider les lieux, non sans avoir pris la précaution d’enlever précipitamment tout ce qui est néces­saire pour prendre le café, que nous allons déguster dans le petit réduit situé près de la salle des appariteurs.

En raison de l’heure et quoique le bombardement n’ait pas été des plus violents, — 116 points de chute mentionnés dans le rapport de police — il y a des victimes dans les rues de tous côtés. Cinq tués et vingt-cinq blessés parmi la population ; en outre, trois soldats tués rue de l’Union-foncière et d’assez nombreux blessés dans les cantonnements.

Le Courrier d’avant-hier 25, revenant sur les fantaisies de la censure, donnait cette information :

La Censure et l’Histoire de la guerre.

Jusqu’ici, la censure s’était montrée à peu près respec­tueuse des droits de l’histoire. Un jour, elle avait supprimé tout un fascicule de L’Histoire de M. Hanotaux, mais ceci se passait à Bordeaux, il y a plus d’un an.

Cette semaine, la censure s’en est prise à L’Histoire géné­rale et anecdotique de la guerre de 1914, de M. Jean Bernard, que publie avec un succès qui s’affirme tous les jours, la librai­rie militaire Berger-Levrault.

M. Jean Bernard avait reproduit le triste article du séna­teur Gervais sur le 15e Corps en août 1914. C’est un document qui a été reproduit partout ; l’auteur montrait combien ces ac­cusations étaient injustes et il citait les paroles de M. Millerand à la tribune. Il réfutait avec des faits techniques, fournis par un officier témoin de ces journées fiévreuses — ceci avait déjà été publié dans La Dépêche de Toulouse. Enfin, il terminait par un extrait de La Revue des Deux-Mondes.

La censure a tout sabré : l’article de M. Gervais, le dis­cours du ministre, les arguments parus dans La Dépêche de Toulouse et même l’opinion de La Revue des Deux-Mondes.

Le 5e fascicule vient donc de paraître avec des blancs et la mention légendaire : « Supprimé par la censure ».

Après la guerre, tout sera rétabli, bien entendu, et, en at­tendant, ce 5e fascicule qui va devenir rare, constituera une curiosité bibliographique.

A quelque chose, malheur est bon.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 27 – Nuit tranquille pour la ville ; + 10 ; très violente et bruyante canonnade française. Bombes sifflantes allemandes. Midi 1/2 bombes alle­mandes sifflent pendant 1/2 heure ou 3/4 d’heure. Visite de M. Berger (Con­seiller général, Maire de Loivre). Aéroplane à 3 h. Bombes : 3 tués ; École Ste Geneviève, rue de Savoye, rue Rogier, rue de Venise. Beaucoup de victimes

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Jeudi 27 janvier

En Belgique, nous avons bombardé efficacement les tranchées et boyaux ennemis de la région de Steenstraete où l’on constatait des mouvements de troupes.
En Artois, activité d’artillerie. L’ennemi a fait exploser près du chemin de la Folie (nord-est de Neuville-Saint-Vaast) quelques mines, dont il a occupé les entonnoirs; près de la route de Neuville à Thélus, nous l’avons chassé des derniers entonnoirs qu’il avait pris.
Dans la région de Roye, notre artillerie a bouleversé, à l’ouest de Laucourt, un ouvrage que l’ennemi a été forcé d’évacuer. Nos patrouilles y ont pénétré et en ont rapporté du matériel abandonné par les Allemands.
Un zeppelin a lancé des bombes sur les villages de la région d’Épernay. Elles n’ont causé que des dégâts matériels insignifiants. Ce dirigeable a été canonné par nos auto-canons.
A l’ouest de Pont-à-Mousson, nous avons cartonné les organisations allemandes du bois Le Prêtre.
Sur le front russe, duel d’artillerie le long de la Strypa. Un grand nombre de soldats allemands ont eu les pieds gelés. Près d’Erzeroum (secteur d’Arménie), nos alliés ont continué à capturer des Turcs.
Le congrès des Trade Unions britanniques se prononce en faveur de la lutte jusqu’à la victoire
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