Louis Guédet

Jeudi 2 décembre 1915

446ème et 444ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  journée calme. Tempête terrible la nuit, on aurait pu nous bombarder qu’on n’aurait pas entendu les obus nous arriver dessus. Pluie battante toute la journée. Cette nuit en écourtant cette tempête, j’étais surpris que les allemands ne profitent pas de cela pour lancer des obus incendiaires, il ne resterait rien de la Ville. Heureusement qu’il ne leur vient pas cette idée. Par contre pluie battante. Galopé ou plutôt pataugé dans les rues pour faire mes courses, je n’en sors pas et on perd un temps !! Achevé mon courrier, je prépare mon voyage à Paris pour le 8 !…  Pourvu qu’il ne me pleuve pas trop de lettres durant mon absence du 8 au douze. Rien de saillant ! Vu M. et Mme Léon de Tassigny ce matin qui voulaient me garder à déjeuner pour manger un civet de lièvre ! Qu’ils avaient eu…  par l’opération du St Esprit sans doute !! Quelle mentalité. Je ne pouvais accepter et j’ai promis pour dimanche ou lundi. Reçu lettre de Jean et de Maurice à la place de leur mère trop occupée. Pauvre femme !  là-bas seule ! sans domestique et mon Père malade…  Quelle souffrance pour moi, de les sentir tous pas heureux, et tout juste abrités contre le froid et les intempéries. Quand donc toutes ces misères finiront-elles pour eux ?

Je vais préparer mon procès-verbal de la Chambre de Discipline représenté par moi seul !! pour délibérer et octroyer un certificat de capacité et de moralité en vertu de l’article 40 §3 de la loi du 25 ventôse an XI, modifié par la loi du 12 août 1902. J’en aurais vu de toutes les couleurs ! Je suis d’accord pour cela avec le Procureur de la République à qui je soumettrai mon projet.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Jeudi 2 – Nuit tranquille, tempête et pluie. Pluie toute la matinée. Expé­dié réponse à Mgr de Rennes. Écrit à M. Carrol de Carrolton. Visite de M. Demaison. Don de M. Poultier ou Porcher. Écrit à Mgr de Cabrières pour Lettre collective. Écrit à la famille Harmel. Pluie tout le jour. Un enfant de 10 ans tué par les obus lancés sur la ville. Mgr Neveux va à Meaux visiter les élèves du Petit Séminaire.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 2 décembre

Activité d’artillerie sur divers points du front.
Nos batteries et les batteries anglaises ont occasionné de gros dommages aux organisations ennemies en Belgique à l’est de Boesinghe. Une brèche de trente mètres a été ouverte dans une redoute.
Canonnade en Artois (Bois en Hache, chemin creux d’Angres, route de Béthune).
Bombardement réciproque à notre avantage entre Somme et Aisne, et particulièrement près de Roye.
Notre artillerie a attaqué un train blindé sur la route Chaulnes-Roye, et l’a forcé à rétrograder.
Nos batteries ont dispersé une colonne ennemie au nord-est de Soissons, sur la route de Bressy à Vregny.
Les Russes ont progressé près de Dwinsk et sur le Styr.
Les Austro-Allemands ont occupé Prizrend, à la frontière albanaise. Il y a accalmie dans le secteur français de Macédoine.
Le Reichstag a ouvert sa session eu entendant un discours de son président, plein d’un optimisme de commande.
Le Parlement italien s’est réuni. M.Sonnino, ministre des Affaires étrangères, a annoncé l’adhésion de son pays au pacte du 5 septembre 1914.
MM. Asquith, premier ministre, et Mac-Kenna, chancelier de l’Echiqier, ont harangué les représentants des Trade-Unions et leur ont recommandé la modération.

 

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