Louis Guédet

Mercredi 24 novembre 1915

438ème et 436ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Il dégèle et fait froid, temps gris, maussade. Rien de bien intéressant : allocations militaires ce matin et cet après-midi courrier à mettre à jour. Journée monotone comme beaucoup d’autres et ce n’est pas fini. Mon vieil expéditionnaire n’est pas venu ce matin, pourvu qu’il ne soit pas malade, il me secondait et me soulageait, qui retrouver s’il vient à ma manquer. Pas de nouvelles de mes aimés. Cela m’inquiète toujours. Je deviens si impressionnable, si cela continue je tomberais.

Je me suis réinstallé à mon bureau, et je retrouve avec joie mes manies, mes habitudes d’antan sur ce vieux compagnon de vie de rude labeur. Il a déjà vu bien des choses, et il m’a vu aussi souvent plus malheureux qu’heureux, que d’heures pleines de soucis j’ai vécu près de lui, peu de joyeuses, de vraiment heureuses, néanmoins je l’ai retrouvé avec joie. Il me parait immense auprès du petit bureau que j’avais jusqu’ici. Puisse-t-il être toujours aussi grand à mes regards et qu’il voie de nombreuses affaires passer sur son tapis vert et qu’il voie aussi jusqu’à ma mort une vie heureuse, sans souci nouveau, et que revenu après bien des vicissitudes il ne soit pour moi désormais qu’un compagnon de bonheur et de prospérité sans cesse croissante. J’en ai tant besoin. J’ai déjà tant souffert qu’il est grand temps que nos épreuves soient finies et que j’atteigne maintenant l’ère de la tranquillité, du bonheur de voir heureux nos aimés et que mon bureau témoin muet de mes secrètes pensées soit aussi le témoin de ma prospérité revenante, tout en restant l’homme de Devoir et de l’Honneur.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille, sauf quelques coups de canons de 9 h. à 10 h. Expédiée lettre au Cardinal de Lai pour la question de charger les Aumôniers du soin des séminaristes, trop abandonnés et timides. Visite de M. Nicot, curé de la Neuvillette. Visite de M. Berthauld (?), vicaire de Saint-Pierre de Chaillot, aumônier militaire.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Pour montrer au monde l’horreur des bombardements, en particulier ceux de la Cathédrale, Reims a reçu, tout au long de la guerre des délégations de parlementaires qui y viendront régulièrement ainsi que des groupes de journalistes en provenance des cinq continents.

Toutes les photographies ci-dessous viennent du « Fonds Valois » (de la rue de Valois à Paris où étaient déjà les bureaux des « Beaux-arts »)

Pour en savoir plus : lire l’article d’Hervé Chabaud : Compatir, soutenir, s’indigner, Les visites de personnalités à la cathédrale, pp 79-81 dans Reims 14-18 – De la guerre à la paix, éd. La Nuée bleue.

Ces photographies prises le 24 novembre 1915 de la mission suédoise :

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Mercredi 24 novembre

Journée calme sur l’ensemble du front. L’action de l’artillerie est ralentie par le brouillard. Nous réduisons au silence les batteries ennemies qui tiraient sur nos tranchées de Roclincourt, en Artois, sur nos positions entre Aisne et Argonne et dans la région du bois Le Prêtre.
Explosions de mines en Argonne, au nord de la Houyette et dans le bois de Malancourt.
Sur le front belge, légère canonnade allemande. L’artillerie belge disperse des groupes de travailleurs ennemis.
Sur le front d’Orient, accalmie dans le secteur de la Tcherna et dans le secteur de Stroumitza.
Les Allemands et les Autrichiens ont redoublé de vigueur dans la pression qu’ils exercent à Bucarest, mais sans résultat appréciable.
M. Denys Cochin est de retour à Athènes. Il a déjeuné au palais royal. L’Angleterre dément qu’elle exerce un blocus réel contre la Grèce. Les quatre puissances alliées ont fait remettre une note à la Grèce pour lui demander de préciser ses intentions.
Un bateau-vigie allemand a été coulé par les Russes dans la Baltique.
Malgré de furieuses contre-attaques dirigées contre eux par les Autrichiens, les Italiens ont conservé toutes leurs positions sur l’Isonzo moyen.
La viande de porc a atteint des prix fabuleux outre-Rhin, où les journaux sont pleins de doléances à ce sujet.
Lord Kitchener a annoncé, dans une interview, que l’Angleterre aurait bi
entôt 4 millions d’hommes sur pied.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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