Louis Guédet

Mercredi 22 septembre 1915

375ème et 373ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Canon toute la nuit, quelques obus, journée magnifique, canonnade la matinée, après-midi calme. Été de service à la Caisse d’Épargne et présidé la commission d’allocations militaires. Après-midi fait quelques courses, notamment une avec le Docteur Langlet au Crédit Lyonnais pour s’entendre sur le retrait des valeurs du Docteur Lévêque, son beau-frère.

On ne voit pas un soldat, toutes les troupes sont consignées. Est-ce pour cette nuit ? Cette attente est bien énervante ! Madeleine m’écrit que c’est bien décidé, et que le mouvement en avant doit se déclencher de suite. Reims en subira-t-il le contrecoup ? si cela pouvait être non !! Mais quelle angoisse !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

À 8 heures, enterrement de notre oncle Simon à l’église Saint- Remi. J’ai naturellement à représenter la famille, tous ses autres membres étant hors de Reims.

Quelques dames amies accompagnent ma sœur et de vieux pensionnaires de la maison de retraite sont présents à la levée du corps, qui se fait dans d’assez tristes conditions, car, à l’instant où le cercueil va être placé sur le corbillard, entré dans la cour de l’hôpital civil, nos pièces du quartier se mettent à tirer furieusement sur un aviatik tout proche, qui vient de faire des signaux. Aussi le prêtre, les enfants de chœur, le chantre, le cocher et l’assistance, à moitié rassurés, sont-ils occupés surtout à regarder en l’air et à surveiller l’oiseau de mauvais augure circulant là, au-dessus, tandis que sa chasse continue par les batteries.

La cérémonie terminée et un quart d’heure à peine après le départ du cimetière, où personne ne s’est attardé, une trentaine d’obus tombent en rafales de trois et quatre sur le quartier Dieu- Lumière et vers l’église Saint-Remi.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Mercredi 22 – Nuit assez tranquille pour la ville, sauf quelques coups de canons français et quelques bombes allemandes que l’on entend siffler vers 2 h. Elles sont tombées au Théâtre et près de l’Imprimerie Jeanne d’Arc. (Anniversaire de mon voyage nocturne (21-22 septembre 1914) pour ren­trer à Reims. Arrivée à Villedommange à 1 h. 1/2 après minuit). Matinée : 2 aéroplanes français et allemand se poursuivant en canonnant. Ballon cap­tif, attaché – dit-on – à Cormontreuil. Violent combat d’artillerie au loin, qu’on entend très distinctement.

Visite, avec Mgr Neveux, à la Chapelle rue de Venise ; une bombe est tombée un samedi à 5 h. du matin, il y a 15 jours. Pendant que nous y sommes, bombes abondantes : nous descendons à la cave.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 22 septembre

Actions d’artillerie très vive en Artois (Cabaret-Rouge, Brétencourt). Arras est à nouveau bombardée. Lutte d’engins de tranchées entre Roye et Oise. Des contre-attaques allemandes sont repoussées près de Sapigneul, sur le canal de la Marne à l’Aisne. En Champagne, les Allemands nous bombardent avec des projectiles lacrymogènes : nous ripostons efficacement.
Actions d’artillerie en Lorraine, où nous prenons à partie les ouvrages allemands de Leintrey et d’Halloville. Nous avons repéré des travaux préparés pour l’installation de pièces lourdes à longue portée susceptibles d’atteindre les régions de Nancy et de Lunéville. Nos tirs de destruction ont prévenu ces tentatives. Lutte d’artillerie au Ban-de-Sapt.
Dix-neuf de nos avions bombardent la gare de Bensdorf, près de Morhange. Cent obus ont été lancés, atteignant les bâtiments et les trains stationnés.
La cavalerie russe a capturé de nombreux prisonniers autrichiens en Volhynie. D’autre part, le général Rousski a pu retirer ses troupes à temps de la région de Wilna, où l’avance de Hindenburg semble se poursuivre quoique avec une lenteur relative.
M. mac Kenna expose à Westminster le budget anglais de 1915-16, qui se montera à 40 mil
liards.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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