Louis Guédet

Mardi 21 septembre 1915

374ème et 372ème jours de bataille et de bombardement

10h1/2 matin  Nuit relativement calme. Du canon tout le temps. Matinée calme, temps magnifique. Entendu tout à l’heure 2 obus siffler et éclater vers la rue du Barbâtre. C’est tout ? Ai été faire une course boulevard de la République pour voir mon greffier Landréat pour hâter la mise en cave des archives des greffes des 2/4èmes cantons de Reims. Le Procureur de la République me le demandant d’urgence, ce que j’ai fait. Le brave Landréat avait oublié je crois. Heureusement que je l’ai et je vais le conserver, ayant été définitivement réformé samedi à Châlons. Il m’est bien précieux et m’est d’un grand secours dans mes fonctions de justice de Paix.

Nous sommes toujours l’attente de la grande offensive. La ville est morne et on sent que tout le monde s’énerve de cette attente pénible. On est à peu près comme des condamnés à mort se demandant quand et comment ils seront exécutés. Nous serons passés par toutes les phases d’angoisses morales. Rien ne nous aura été épargné.

3h1/2 soir  M. le Procureur de la République vient de m’appeler pour me donner connaissance d’une lettre confidentielle qui lui est adressée par M. le sous-préfet Régnier où il le prévient confidentiellement qu’il s’est mis d’accord avec le général commandant d’armée pour qu’un train soit mis à la disposition des corps constitués et des services judiciaires pour qu’ils puissent quitter Reims, en cas de repliement éventuel de nos troupes, cas que le sous-préfet ne prévoit pas du reste. Et M. Bossu me demandait si j’avais l’intention de quitter Reims dans ce cas. J’ai répondu que non, mais qu’à tout hasard il me fasse prévenir quand même. A la Grâce de Dieu et je souhaite que ce ne soit qu’une simple crainte. En tout cas cela me laisse bien perplexe, mais je ne puis cependant quitter les braves gens qui sont ici à la maison. Quelles angoisses encore à passer ! Et ma pauvre femme, mes pauvres enfants, mon pauvre Père. Que Dieu ait pitié d’eux et de moi. Qu’il nous protège ! Mais aurais-je la force de résister encore à cette épreuve, à cette bourrasque. Après plus d’un an de souffrance les forces diminuent, que Dieu nous donne le succès rapide et surtout sans dommage pour notre pauvre ville et pour nous, que les allemands soient définitivement chassés des environs de Reims. Ayez pitié de ma femme, de nos enfants, de mon Père. Mon Dieu. Et protégez-moi, que nous n’ayons rien à souffrir de la grande bataille qui doit se déclencher d’ici au 29 septembre. M. Bossu m’a dit que cela devait avoir lieu d’ici au 29 septembre 1915.

8h3/4 soir  Je suis décidé à Rester. J’ai réfléchi. Je ne puis laisser mes 3 pauvres gardiens seuls et livrés à eux-mêmes, et puis je me dois aussi à celle qui me donne l’hospitalité, à mon pauvre et cher Maurice, à ses enfants. Je suis leur gardien, et si je ne puis protéger leur maison je n’aurai rempli ma mission. J’aurai fait mon Devoir. Que ma femme, nos enfants, mon Père me pardonnent de me risquer ainsi, mais je ne puis faire et agir autrement. Dieu j’espère nous protégera et fera que tous nous sortirons sains et saufs de la tourmente et la maison d’ici et nos ruines de la rue de Talleyrand…  avec ce qui y reste et ce qui est chez Martinet. Et puis les allemands ne peuvent maîtriser Reims. Dieu ne peut le permettre. J’écrirai donc dans ce sens au Procureur de la République.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Canonnade toute la journée. À 17 heures, arrivées d’obus.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 21 – Anniversaire de mon voyage de rentrée à Reims. Nuit tran­quille en ville ; mais violente canonnade au loin toute la nuit. En ville, quelques gros coups de temps en temps. Violente canonnade hors la ville, au loin. Violente canonnade française vers 4-5 h. A 5 h., les Allemands répondent par quelques bombes que l’on entend siffler.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mardi 21 Septembre 1915. Aujourd’hui un an, mon Charles, que tu nous as écrit ta dernière lettre, le jour des 17 mois de notre coco. Tu pensais à nous, tu étais peut-être triste et deux jours après tu devais être sans connaissance. Et depuis rien …

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Mardi 21 septembre

Grande activité sur l’ensemble du front. En Artois, nos batteries ont exécuté des tirs nourris sur les organisations allemandes. L’ennemi a riposté en bombardant les faubourgs d’Arras avec des obus de gros calibre.
Guerre de mines entre Fay et Dompierre, au sud-ouest de Péronne. Lutte de bombes autour de Roye. Tir utile de nos batteries en Champagne; l’ennemi, de son côté, bombarde nos cantonnements. Au nord de Perthes, un dépot de munitions a fait explosion dans ses lignes.
Entre Aisne et Argonne, la canonnade s’est ralentie. En Argonne orientale, à la cote 285, l’ennemi a fait sauter une mine à proximité de nos tranchées.
En Woevre et en Lorraine, nous avons pu contrôler les résultats de notre tir. Une colonne d’infanterie allemande et son train ont été dispersés au pied des côtes de Meuse. Les ouvrages ennemis ont été gravement endommagés dans la région de Calonne et près de Flirey. Notre artillerie a atteint la gare de Thiaucourt et a détruit, d’autre part, un morceau de la ligne Metz-Château-Salins.
Les journaux anglais annoncent la prise de Wilna par les Allemands, mais l’armée russe, dans le secteur sud du front oriental, poursuit ses succés.
Les Italiens ont réussi à occuper un bois important sur le Carso.
L’opposition bulgare réclame la convocation de la Cha
mbre.

Source : la Grande Guerre au jour le jour


 

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