Louis Guédet

Lundi 14 juin 1915 

275ème et 273ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Toujours le calme. Soleil radieux et chaud, et dire que nous sommes prisonniers !! Reçu notification du Parquet du décret du 31 mai 1915 rattachant à la juridiction de Paix des 1er et 3ème cantons de Reims les justices de Paix des 2ème et 4ème cantons et me nommant de ce fait suppléant pour la durée de la Guerre de toutes les justices de Paix de la Ville Martyre. Je prêterai serment mercredi prochain  16 juin 1915 à 10h du matin, à La Haubette, 23ter route de Paris. Ce ne sera que la consécration et confirmation de ce que j’ai fait depuis que je suis suppléant puisque je remplaçais tous les juges de Paix et suppléant absents, c’est-à-dire tous sans exception, et je suis seul, c’est une spécialité, seul notaire à Reims !! seul juge de Paix à Reims !! et quoi encore ?? !!

Reçu lettre de Louis Leclerc mon liquidateur, qui fait bravement son devoir et se bat comme un lion aux Éparges et un peu partout. A Fresnes-en-Woëvre, il cantonne dans une étude de notaire de la localité et trouve les dossiers, minutes et comptabilité etc…  mis en litière par les allemands. Le commandant de son détachement veut pour déblayer la place brûler tout, mais le brave Louis se souvient qu’il est du métier et se dispute avec son commandant qui ne veut rien entendre et se met à l’œuvre pour brûler les minutes. Mon brave clerc s’impose du tout qu’il peut, entasse entasse dans 3 armoires minutes, dossiers, quittances, comptabilité ce qui lui tombe sous la main et lui parait le plus précieux à sauver, boucle le tout et met les clefs dans sa poche, au grand ahurissement du galonné !! Brave garçon ! Merci mon Petit ! Je suis fier de ton geste de belle solidarité. C’est moi qui t’ai inculqué le respect et le noble de notre métier et tu as prêché l’exemple. Merci du profond du cœur. Mon brave Louis, je suis fier de toi ! Je ne l’oublierai pas et quand dans les journées du notariat on rappellera les beaux traits que nous tous portons aux clercs. Je te ferais inscrire en bonne place. Tu l’auras bien mérité. Ton patron est fier de toi.

Le feuillet 235 a disparu, il reste un passage recopié sur un petit feuillet

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dans le Courrier d’aujourd’hui, nous lisons ceci :

Avis à la population

Le commissaire central de police, dans le but d’éviter à la population rémoise toutes poursuites judiciaires à ce sujet, lui rappelle instamment les prescriptions relatives à l’extinction des lumières dans la ville de Reims. les instructions sont celles qui ont été données par M. le maire, à la date du 21 septembre 1914, et qui sont toujours en vigueur. D’après ces instructions, toutes les lumières doivent être éteintes à partir de 9 heures du soir ou tout au moins rendues invisibles du dehors.

Des patrouilles militaires et de police seront chargées de veiller à l’exécution de cet ordre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Lundi 14 – Nuit tranquille. Couché à la cave, pour dormir un peu. Visite rue Gambetta, rue Pasteur, Saint-Remi, Fourneau économique avec M. Dage.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Lundi 14 Juin 1915. Je suis allée à Sainte-Anne aujourd’hui avec André et soeurette. Gaston les a photographiés. Il faisait chaud. Nous sommes allés chez Pichet. Je crois que la fille chercherait à faire le mariage avec Gaston. Enfin la journée a été bonne et ils n’ont pas bombardé. Tes parents étaient heureux. Je suis fatiguée.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Le quartier Sainte-Anne et la poste de la rue Cérès

Renée Muller

14 je vais au cimetière

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Lundi 14 juin

Violent combat d’artillerie au nord d’Arras. Nous avons attaqué une crête très fortement organisée au nord de la sucrerie de Souchez. Cette crête a été prise d’assaut.
Au sud-est d’Hébuterne, nous avons enlevé trois lignes de tranchées et fait plus de 100 prisonniers appartenant à quatre régiments différents. Ces régiments ont éprouvé de très sérieuses pertes. Une contre-attaque ennemie a été arrêtée; notre artillerie a produit dans Puisieux une très vive explosion qui a été suivie de panique.
Nous avons réalisé aussi des progrès à l’est de Tracy-le-Mont. Les Allemands s’en sont vengés en jetant 120 obus sur Soissons.
Les Russes contiennent les Austro-allemands sur tout le front oriental. Nos ennemis ont réussi à passer le Dniester sur quelques points près de la frontière de Bessarabie, mais immédiatement après, ils ont été attaqués par nos alliés. Le croiseur allemand Berlin a été endommagé, dans la mer Noire, par un torpilleur russe.
Les Italiens ont conquis de nouveaux points sur le moyen Isonzo et sur l’Isonzo inférieur. Ils occupent 4.000 kilomètres carrés du territoire autrichien.
Les élections générales ont eu lieu dans toute la Grèce, pour et contre le programme de M. Venizélos.

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