Louis Guédet

Dimanche 6 juin 1915 

267ème et 265ème jours de bataille et de bombardement

3h après-midi  Je suis rentré hier soir vers 7h après 15 jours passés près de ma pauvre chère femme et des 3 petits. Les 2 ainés étant toujours l’un à Vevey (Suisse) pour se reposer, et l’autre à Paris pour sa philosophie. Je n’ai pour ainsi dire vécu que d’une vie animale tellement j’étais brisé physiquement et moralement.

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…Repris ce matin ma vie de galère. Eté à la Ville remettre mes lettres au Docteur Langlet, causé quelques instants avec lui et M. Raïssac, secrétaire général. Vu Houlon conseiller municipal. Après la mort de Pérot conseiller municipal socialiste qui s’est pendu pendant mon absence, désespéré de voir ses utopies internationalistes effondrées et ses collègues allemands comprendre la solidarité socialiste de la façon dont ils la pratique actuellement. C’était un esprit droit, qui sans conviction religieuse ne pouvait que finir ainsi : le suicide.

Après-midi et ce matin commencé à mettre à jour ma correspondance. Y arriverai-je ? Tellement j’en ai.

Je me demande de plus en plus si je pourrai aller jusqu’au bout, mes forces me trahissent parfois.

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Je lisais il y a quelques jours dans l’Écho de Paris du vendredi 4 juin, un article de Maurice Barrès intitulé « Les Veuves de la Guerre », et ce passage me frappait tant il était vrai et était applicable à quantité de ces héros (??) de l’arrière, le voici :

« Mais il ne faut pas qu’ils (les enfants) oublient. Il faut qu’ils aient de leur père un souvenir très lumineux, très vivant, qu’ils sachent bien que c’est parce qu’ils avaient un papa jeune, brave, robuste et vaillant qu’ils ne l’ont plus, que si leur papa avait été un papa à la conscience moins droite, un papa plus froussard, il serait embusqué dans un bon petit poste pas trop périlleux, et il serait revenu sain et sauf à la fin de la Guerre. Il faut que nos petits sachent bien qu’il vaut mieux pour eux n’avoir plus de papa qu’un papa lâche, pourvu qu’ils aient une maman vaillante et gaie. »

Cela n’empêchera pas que nous, ceux qui auront fait leur devoir, nous soyons toujours honnis et écrasés par ces lâches là comme le dit si bien Maurice Barrès. Tout cela est bien décourageant, et si seulement Dieu nous donnait dès maintenant un commencement de réparation, de satisfaction contre ces gens-là ! Mais c’est tout le contraire, comme me le disait si bien tout à l’heure cette brave Mlle Valentine Laignier qui elle aussi souffre de voir toutes ces lâchetés autour d’elle, comme moi-même je les vois, je les touche, je les subis.

Serons-nous récompensés ? Le châtiment est-il proche pour cette espèce là ? Je n’ose l’espérer. Foulés nous sommes ! Foulés nous resterons !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Nuit tranquille. Visite du Général Pierron de Mondésir (1) et du Lieutenant-Colonel Colas. Procession du Saint-Sacrement à Sainte-Geneviève. Le matin, lecture du Mandement sur le Sacré-Cœur, à la rue du Couchant (Lettre pastorale, n°77)

A minuit, visite du Colonel Colas m’informant par ordre du Général de l’attaque qui va avoir lieu, et du péril de ripostes allemandes par un bombardement. L’attaque française commence vers 1 h. A peine entendit-on ici la défense des Allemands, peu de bombes sur la ville, 6 seulement.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Le général Pieron de Mondésir commande une division dans le secteur de Reims. En 1917 il commandera le 38e Corps d’Armée qui tient les lignes des Cavaliers de Courcy à St-Léonard.


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Renée Muller

le 6 promenade chez nous au soir partie de barque avec Mr FRÈRE jusqu’au chalet Picard. Nous avons assisté à la messe au pont de Vrilly près des gourbis, c’était l’aumônier qui était avec le commandant de BAUCOURT

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Dimanche 6 juin

L’ennemi a prononcé trois violentes contre-attaques contre la sucrerie de Souchez et les tranchées au nord et au sud. Il a été repoussé avec de très grosses pertes; nous gardons toutes nos positions. Mieux : nous avons réalisé des progrès à Neuville-Saint-Vaast, où nous tenons plus des deux tiers du village, et dans le Labyrinthe où nous avons gagné 450 mètres. La grosse pièce qui avait tiré sur Verdun a été repérée et prise sous notre feu. Le béton de la plate-forme a été endommagé et un dépôt de munitions a sauté tout auprès.
Des zeppelins ont opéré sur la côte anglaise : les effets de leur bombardement ont été médiocres.
Sur le front oriental, nos alliés contiennent l’ennemi. Canonnade dans le golfe de Riga; offensive russe victorieuse sur le San inférieur; les Allemands qui venaient au secours du 14e corps autrichien ont subi un échec; graves pertes des Austro-allemands sur la rive droite du San; contre-attaque russe vigoureuse dans la région de Stryj.
Le roi de Grèce a subi une nouvelle opération.
Les sous-marins allemands ont torpillé à nouveau des bateaux anglais français et belges.
Les Allemands auraient fusillé M. Masson, député de Mons.
Une conférence a eu lieu à Nice, entre M. Carcano, ministre italien du Trésor et M.mac Kenna chancelier de l’Échiquier anglais.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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