Paul Hess

Hier, le bombardement a repris. Aujourd’hui, vers 7 heures, l’auto-mitrailleuse qui circule en ville tiraille ainsi que souvent le matin, sur un aéro. Celui-ci laisse tomber trois bombes que j’entends descendre et faire explosion. Il paraît que la première a causé des dégâts rue Warnier, la seconde, rue Andrieux et la troisième, rue de Pouilly. Un éclat est projeté jusque dans la cour de la maison rue Bonhomme 8.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 15 – De 11 h ½-minuit au matin, nuit tranquille.

Visite du Général Rouquerol, qui me renouvelle l’offre de son automobile, qu’il mettait bénévolement et spontanément à ma disposition. Par discrétion, je n’en ai jamais usé. Aéroplane.

Visite à Mencière et à la Haubette. Promis d’aller à Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle, lundi à 2 h. Écrit à Madame Bergère à Maulévrier.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 15 Avril 1915.

Je suis découragée, désespérée. Mon Charles, je suis allée rue de Beine. Il est encore tombé une bombe chez Mme Dreyer et Mme Commeaux. Mais de me voir dans ma maison où tout est en désordre, le cauchemar m’est revenu.

Je suis triste à mourir, je pleure, je me dégoûte de tout et si je n’avais pas mes petits, je ne sais pas ce que je ferais. Je me demande s’il faut que j’espère encore. Pense donc, tit Lou, sept mois sans nouvelles. Si c’était vrai, mon Charles, je ne pourrais jamais vivre une longue vie sans toi. Il ne peut plus y avoir de bonheur pour moi sur terre. On a beau penser aux enfants, c’est une consolation, mais c’est justement en les voyant grandir que je verrai à quel point tu me manques.

J’arrête. Je souffre trop. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


 

Jeudi 15 avril

Nous avons enlevé une tranchée près de Berry-au-Bac, puis l’ennemi l’ayant reprise, nous nous sommes installés à proximité dans une tranchée nouvelle. En Champagne, notre feu a arrêté sur place (près de Perthes) un détachement d’infanterie qui tentait de sortir de ses lignes. Aux Eparges, notre artillerie a brisé une contre-attaque qui débouchait de Combres.
Progrès de nos troupes au bois d’Ailly et au bois de Mortmare: nous capturons des soldats, des fusils et des munitions.
Un zeppelin a jeté des bombes à Bailleul, tuant trois civils. Deux avions allemands ont atterri dans nos lignes, à Braine et près de Lunéville: les aviateurs ont été faits prisonniers. Un troisième avion a été abattu par le feu de nos avant-postes, à Ornes, au nord de Verdun.
Les Russes ont obtenu un succès près du col d’Uszok, dans les Carpathes, où ils ont fait 2.700 prisonniers, dont un très grand nombre d’officiers. Dans la région du Niémen, ils ont repoussé plusieurs attaques allemandes.
Un contre-torpilleur et un croiseur anglais sont entrés dans les Dardanelles, où ils ont repris un bombardement efficace. Un aviateur français a jeté des bombes sur les forts de Smyrne.
L’Italie poursuit avec vigueur ses préparatifs militaires.
Une révolte de femmes a eu lieu à Prague et des régiments tchèques se sont de nouveau révoltés en Hongrie.

 

 

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