Louis Guédet

Vendredi 16 avril 1915 

216ème et 214ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Journée splendide, soleil chaud. Je souffre de la chaleur et puis je suis si faible. Je viens de faire encore des courses pour mon voyage à Paris. Je suis éreinté. Vu M. de Cardaillac, substitut du Procureur, toujours fort charmant. Demain je verrai le Président et pour mon passeport le commandant Colas. Je suis las et découragé de plus en plus. Par ce beau soleil et ce calme extraordinaire on se demande à chaque instant si on n’a pas rêvé, si on ne rêve pas. Et dans un instant, une heure, les obus siffleront pour nous rappeler à la réalité. Non, l’épreuve est trop rude, trop dure pour moi, je n’y arriverai certainement pas. Je me sens usé. Et dès que j’aurai trouvé le calme je tomberai, si je ne tombe pas avant que Reims soit délivré. Dieu n’a pas pitié de moi, de ma misère, de mon martyre.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

A 5 h 1/2, les fortes explosions de plusieurs bombes jetées par un aéro, m’obligent à me lever.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 16 – Nuit tranquille. 6 h aéroplane anglais, mitrailleuses, canons. Écrit de nouveau à M. Garreguet, à M. Letourneau. Fort bombardement, vers 5 h soir, Boulevard de la Paix, dit-on.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Vendredi 16 avril

A Ovillers, près de la Boisselle, notre artillerie bouleverse les ouvrages ennemi.
Brillant succès pour nous près d’Arras. Tout l’éperon sud-est de Notre-dame-de-Lorette est enlevé à la baïonnette, par nos troupes. Nous repoussons deux attaques à Thiepval. A Bagatelle, en Argonne, nous démolissons la principale tranchée allemande. Aux Eparges, trois offensives allemandes sont brisées avec de fortes pertes pour l’agresseur. Une autre offensive est refoulée au bois de Mortmare; une autre encore au bois Le Prêtre. En Alsace, près de Metzeral (région de Munster), nous progressons de 1500 mètres.
La bataille est rude sur le front des Carpates, où 4 millions d’hommes sont aux prises et où nos alliés continuent à faire des captures importantes. Sur le front de Pologne, ils prennent l’avantage, vers Sochatchew et Mlava.
Les sous-marins allemands ont torpillé un vapeur anglais et un vapeur hollandais. Les croiseurs allemands ont saisi quatre chalutiers à vapeur hollandais qui ont été amenés à Cuxhaven.
Un zeppelin, le Z-9, a jeté un certain nombre de bombes sur le littoral anglais du Northumberland. Les résultats ont été nuls : personne n’a été tué; les dommages matériels sont insignifiants.
Un taube a survolé et bombardé Calais. Un blessé.
Le bilan officiel des pertes anglaises au 11 avril est de 139347 hommes tués,blessés, prisonniers ou disparus.

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