Samedi 10 avril 1915

On reparle de la séance furieuse de bombardement qui a duré toute la nuit du 8 au 9. Il y a naturellement de nouvelles victimes, puisqu’en différents endroits, les 210 ont crevé même les caves des maisons atteintes, mais les journaux sont encore plus discrets qu’à l’ordinaire – ce qui n’est pas peu dire :

Voici tout ce que peut probablement annoncer Le Courrier de Champagne aujourd’hui :

Le bombardement (207e jour de siège)

Dans la nuit du 8 au 9, de 21 h à 2 h, bombardement intense par obus en acier de très gros calibres.

A diverses reprises, on a constaté que chaque bombardement sérieux de Reims correspondait à un échec sanglant des Allemands. Cette fois encore, acceptons-en l’augure. Que cette pensée soutienne nos courages ; disons-nous que chaque meurtrissure infligée à notre ville nous rapproche de la délivrance finale de la Patrie !

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Samedi10 – Nuit silencieuse pour la ville. J’ai couché à la cave, l’antichambre étant sans clôture.

Visite au Bon-Pasteur, à la Visitation, qui ont été atteints par les obus.
Vu une bombe de 220 (1) tombée au « Lion d’Or » sans éclater.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Il s’agit d’un obus d’un obusier de 210 mm, d’une masse de 12 kg. (Note du Colonel Marc Neuville)

rue de l'Avant-garde
Samedi 10 avril
Les troupes britanniques ont repoussé une attaque entre Kemmel et Wulverghem, près d’Ypres. Entre Meuse et Moselle, brillantes actions françaises. La position des Eparges, qui domine la Woëvre, est toute entière entre nos mains, toutes les contre-attaques ennemies ayant échoué. Les derniers îlots occupés par les Allemands ont été enlevés et nous avons fait 150 prisonniers.
Nous avons repoussé trois attaques au bois d’Ailly ; quinze attaques au bois Mortmare, où les pertes allemandes sont énormes. En Champagne, combat assez vif près de Beauséjour, où les pertes allemandes ont été sensibles aussi et d’où nous avons complètement refoulé nos adversaires. Nous avons fait encore 150 prisonniers à l’Hartmannswillerkopf.
Les troupes russes ont franchi la crête des Carpathes, qu’elles tiennent sur une longueur de 100 kilomètres. Elles ont capturé 1200 Allemands et Autrichiens. La ville de Czernowitz, en Bukovine, a été détruite par un incendie. Sur le Niénien, les combats n’ont plus qu’une importance secondaire.
Les sous-marins allemands ont coulé un chalutier anglais et un voilier portugais.
Les Turcs fortifient les lignes de Tchataldja, entre Constantinople et Andrinople, comme s’ils appréhendaient une agression bulgare.
M. Venizelos, refusant de céder aux instances de ses amis, persiste dans sa volonté de quitter la vie politique.
Le bruit qui avait couru d’une violation du territoire hollandais par les troupes allemandes est catégoriquement démenti.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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