Abbé Rémi Thinot

14 MARS 1915 – dimanche –

Tournée merveilleuse, Infiniment consolante.
A 5 heures 1/4, je suis à l’Église pour les confessions. Je n’arrête pas.

Messe de communion à 7 heures ; Église pleine, pas assez d’hosties. Je parle trois fois, à l’Évangile avant la communion et après !

A 9 heures, messe du 83ème ; Église archi-comble
A 10 heures, messe du 14ème   d°
A 11 heures 1/4, messe paroissiale ; c’est la messe des dragons.

Déjeuner avec le colonel d’Hauterive.

J’ai été profondément impressionné par la confession de tous ces hommes, depuis 1 commandant jusqu’à des centaines de simples soldats. Et tant de retours ! AU moins 30 de 5 à 20 ans ! C’est admirable ! Et ils ont communié avec une foi.. !

Et voici que l’après-midi le 14ème reçoit l’ordre de partir. Il faut aller réparer les sottises faites par le 4ème Corps, qui s’est laissé reprendre plusieurs entonnoirs.

Décidément, je crois qu’on a bien tort de médire du, 17ème Corps !

Le 16 Mars, l’Abbé THINOT tombait en première ligne, frappé d’une balle à la tête, méritant cette citation à l’Ordre du Jour de l’Armée

Citation :

Abbé Remy THINOT, aumônier :

« ÉTANT ALLÉ DANS LA TRANCHÉE AU MOMENT D’UNE ATTAQUE,
« POUR L’ACCOMPLISSEMENT DE SON MINISTÈRE, Y A ÉTÉ FRAPPÉ
« MORTELLEMENT PENDANT QU’IL SE PORTAIT AU SECOURS DES
« SOLDATS ENSEVELIS SOUS LES DÉBRIS D’UNE EXPLOSION DE
« MINE ET QU’IL EXHORTAIT LES HOMMES A FAIRE LEUR DEVOIR »

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Les notes de ce journal sont de Thierry Collet.


Louis Guédet

Dimanche 14 mars 1915 

183ème et 181ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Journée grise, maussade comme le temps. Entre 11h et midi des obus autour de l’Hôtel de Ville, chez le Docteur Bourgeois, place de la Caisse d’Épargne, rue de Mars, rue Cotta (3/4 victimes) chez Fréville, receveur des Finances (parait-il) rue Courmeaux dans appartements, meubles brisés. Gare la nuit. Mis ma correspondance à jour. Reçu visite de Charles Heidsieck qui a beaucoup insisté pour que j’aille déjeuner demain avec lui au Cercle, on doit être 7/8, le sous-préfet, Robert Lewthwaite, etc…  Je n’y ai guère le cœur, mais je n’ai pas pu refuser.

Reçu lettre de Madeleine, toujours triste mais fort courageuse. Jean part demain pour Vevey (dans un sanatorium en Suisse). Que Dieu le protège ! mais c’est bien dur pour moi de ne pouvoir l’embrasser avant son départ ! Rien ne m’est épargné ! Le reverrai-je ? Mon Dieu ! quel martyre ! et sans espoir d’en voir bientôt la fin.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Vers 11 h, bombardement autour de l’hôtel de ville. Il y a quatre blessés grièvement, rue Cotta.

À 13 h ½, un obus tombe dans l’habitation du receveur des finances, rue Courmeaux (angle de la rue Notre-Dame de l’Épine) et un autre, peu de temps après, rue Saint-Crépin.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 14 – Nuit comme la précédente. Bombes à intervalles répétés.On apprend la mort des Généraux Maunoury et Villaret (1) (sic). Grosse et sanglante défaite française à Perthes-les-Hurlus (2). Visite à Tinqueux. Chemin de Croix (faite tous les jours par des jeunes gens, les frères Gallais). Allocution, Salut vers 3 heures.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Le général Maunoury n’a pas été tué en 1915. Il avait été maintenu en service en 1914 alors qu’il avait 67 ans. Il se voit confier une nouvelle Vie Armée transportée en Lorraine en Artois pour agir sur le flan de la 1e Armée allemande. C’est dans ses rangs que tombe le lieutenant Charles Péguy. A la fin de la bataille de la Marne il est sur l’Aisne à Soissons.

Blessé dans les tranchées en mars 1915, il perd la vue et meurt en 1923. Fait Maréchal de France à titre posthume la même année.

Le Général de Villaret appartient à l’armée Maunoury. En septembre 1915, il commande le 7e Corps d’Armée en Champagne et en 1918 il subit le choc allemand sur le Chemin des Dames.

(2) Il ne d’agit pas d’une défaite française à Perthes-les-Hurlus, mais du succès limité de l’offensive qui sera d’ailleurs stoppée le lendemain.

Notes du Colonel Marc Neuville (ainsi que toutes les autres notes)

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