• Monthly Archives: mars 2015

Mercredi 31 mars 1914

Cardinal Luçon

Nuit tranquille. Visite au Père Figer (ou Pfiger ?).

Visite à Saint-Jean-Baptiste de la Salle, à M. de Bruignac, adjoint, et à l’ouvroir de Madame de Bruignac. Nuit.

Nuit terrible de 10 h à minuit etc.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hortense Juliette Breyer

Mercredi 31 Mars 1915.

Cette fois-ci, aujourd’hui encore une nouvelle chose. Maria m’avait demandé de ne pas aller chez nous rue de Beine car il fallait qu’elle s’absente. Mais c’était plus fort que moi ; à dix heures il a fallu que je m’en aille et j’ai bien fait. En arrivant chez nous, toutes les serrures étaient sautées et toutes les portes ouvertes. Aussi je me suis empressée avec ton papa toute la journée de déménager mon mobilier. J’ai mis tout dans son grenier et encore, vois-tu, cela m’est toujours défendu d’aller chez nous. Le colonel n’a pas voulu me délivrer de laisser-passer. Il prétend que des environs de Berru on voit dans la rue de Beine.

En effet je ne t’ai pas dit : avant hier quand nous avons enlevé les marchandises, il n’y avait pas une demi-heure que nous étions là qu’ils nous ont bombardés, en moyenne 5 obus en une heure. Mais ils sont tous tombés dans le champ en face. Le comptable n’avait pas le sourire ; pour une fois qu’il venait chez nous, c’était réussi ! Nous en avons profité pour déménager la cave. Le colonel est venu et il met le vol sur le compte des civils. Il a l’air d’un vrai soldat, pas de fantaisie, la parole dure. Je lui ai parlé de toi et lui aussi m’a dit de ne pas désespérer.

Que je te finisse : aujourd’hui donc je me suis aperçue qu’ils avaient volé le peu de vin qui nous restait à la cave. Mais ce qui m’a fait le plus de peine, c’est qu’ils ont enlevé les deux magnums qui nous restaient. C’était un souvenir de notre mariage et tu t’étais pourtant promis de les représenter à la communion de notre coco.

Je me demande encore ce qui peut m’attendre. Reviens mon Charles. Je souffre de ne pas t’avoir et de ne rien savoir. J’ai écrit cette fois-ci à un professeur en Suisse qui fait parvenir ma lettre à un prêtre allemand. Là encore j’ai un peu d’espoir ; si petit soit-il cela m’aide à vivre.

Je t’embrasse de loin et je t’envoie mon cœur.

Ta Juliette.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Lundi 31 mai
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Mardi 30 mars 1915

Paul Hess

Dans le Courrier de la Champagne du 26 mars, nous trouvons le compte-rendu d’une séance du conseil municipal, suivi de quelques détails complémentaires dans le journal du 27 :

Conseil municipal

Le conseil municipal s’est réuni avant-hier soir, sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire.

Étaient présents : MM. Em. Charboneaux, de Bruignac, Perot, Bataille, Drancourt, Guernier, Gustave houlon, P. Lelarge, Jallade, Chezel, Rohart et Gougelet. MM. Lemaison, Ch. Heidsieck et Mennesson-Dupont s’étaient fait excuser.

Après avoir examiné et liquidé les pensions des veuves de quelques employés municipaux tués au feu ou à Reims, le conseil examine la situation des ouvriers et employés qui ont quitté leur poste au moment de l’invasion.

Sur le rapport de M. P. Lelarge et après une très longue discussion à laquelle prennent part MM. Langlet, Jallade, Rohard, Guernier, Chezel, le conseil décide que, d’une façon générale, ces ouvriers et employés, quelles que soient les fonctions qu’ils remplissaient, seront mis en disponibilité. Ils pourront, le cas échéant, être réembauchés, mais dans les emplois qui se trouveront vacants à ce moment et sans qu’il soit tenu compte, pour fixer leurs appointements, qu’il auront passé auparavant au service de la mairie.

Communication avait été faire au conseil de la liste des employés municipaux tués à l’ennemi ou pendant leur service à Reims. Ce sont : MM. Villain Achille, géomètre au service de la voirie ; Brenon, agent de la sûreté ; Demitra-Beuvelet, cantonnier-terrassier ; Ferry, employé du Mont-de-piété ; Lasseron, conservateur du cimetière du Nord ; Caron E., cantonnier-terrassier ; Renaudin, chef de brigade paveur ; Lonoir, gardien du musée.

Le conseil décide en outre de « mettre en sommeil » (l’expression est du Dr Langlet), le théâtre, la musique municipale, l’école de musique, c’est-à-dire d’en supprimer les budgets.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 30 – Nuit tranquille pour la ville, sauf coups de canons, fusillades.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hortense Juliette Breyer

Mardi 30 Mars 1915.

Ce matin en me réveillant je suis allée rue de Beine, mais rien de nouveau. J’ai enlevé ma garniture de cheminée. Cet après-midi je suis revenue chez ton parrain et là une lettre m’attendait, du soldat Henri Lande. Il me disait comme les autres que tu avais été blessé et sans doute soigné par les Allemands. Il ajoutait que c’était un jeune homme de Crugny qui le lui avait dit et il ajoutait qu’il me remerciait beaucoup pour la petite pièce que j’avais ajoutée à sa lettre. Dix sous de timbres, ce n’est pas une affaire. Pauvre diable.

Mon coco, bonne nuit et à bientôt.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

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Dimanche 30 mai

Dans la région au nord d’Arras, la nuit du 28 au 29 avait été marquée par une lutte d’artillerie très violente, l’ennemi ayant spécialement bombardé les pentes de Lorette. Au jour, nous repoussons d’abord une attaque sur Ablain-Saint-Nazaire, puis nous prenons l’offensive et enlevons les dernières maisons de ce village encore occupées par nos adversaires. C’était une affaire très chaude, au cours de laquelle nous anéantissions et mettions en fuite trois compagnies. A Neuville-Saint-Vaast, de même, nous conquérions un nouveau groupe de maisons. Près de Thiescourt, aux abords de Lassigny, nous avons abattu un aviatik, qui a pris feu en tombant en avant de nos lignes. Les Italiens, par leur feu d’artillerie, ont endommagé plusieurs forts autrichiens du côté du col de Torsala. Ils ont enlevé la ville d’Ala, à la frontière du Tyrol, entre Vérone et Trente, continué leur pénétration en Carniole et en Frioul. Ils ont capturé un hydravion autrichien. M. de Bethmann-Hollweg a prononcé un discours d’une extrême violence au Reichstag, discours dirigé surtout contre l’Italie. L’Allemagne a remis sa réponse à la note américaine au sujet du Lusitania. Un sous-marin a coulé le vapeur anglais Éthiopie. Les marins du Léon-Gambetta, internés en Italie et libérés par cette puissance, vont rentrer en France. L’armée russe, maîtresse de Van, a occupé aussi Ourmia, en Arménie. 

 

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Lundi 29 mars 1915

Paul Hess

Après ces quelques jours vécus au calme, à Épernay, dans une ambiance offrant un contraste si violent – quant au mouvement, à l’éclairage dispensé largement le soir, par les magasins – avec celle de notre triste ville, je prends la route du retour en accompagnant un camionneur de la maison de déménagements Rondeau, qui a pu me donner place sur sa voiture. Partis à 7 h, nous arrivons à 15 h. Nous nous sommes arrêtés à Montchenot pour déjeuner et j’ai produit quatre fois mon laissez-passer dans le trajet.

En rentrant, au son ininterrompu du canon, par un temps brumeux précédant de peu la nuit, je me rends bien compte que je me retrouve cette fois dans la ville-otage, qui attend et espère toujours sa libération. Plus d’animation passé le canal ; aucune circulation un peu plus loin, des ruines et tout à l’heure l’obscurité complète, non seulement dans les rues, mais dans les boutiques des commerçants chez qui on peut encore s’approvisionner durant la journée.

J’ai préféré éviter de revenir par Dormans parce qu’il m’a été trop facile de constater à l’aller, qu’en cet endroit privilégié, les affaires devenues sans doute aussi aisées que productives depuis la guerre, ont inspiré notoirement, chez certains commerçants, une mentalité nouvelle excluant le minimum d’amabilité.

L’impression générale que me laisse ce déplacement, pendant lequel j’ai pu voir avec surprise une différence si complète des conditions d’existence, ici et là, est heureusement compensées par le bon souvenir de mon séjour trop court auprès de ma femme, de mes enfants et des parents attentionnés qui les ont accueillis le 30 novembre 1914, puis leur ont délicatement facilité une installation provisoire, en attendant qu’il puisse être question de leur retour à Reims.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Lundi 29 – Nuit tranquille pour la ville. Visite Ambulance Sainte-Geneviève et au Fourneau économique. Aéroplane, canonnades et bombes par intervalles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hortense Juliette Breyer

Lundi 29 Mars 1915.

Tout est enlevé. Il en restait quand même encore six camions. Je suis fatiguée. Ils ont même enlevé le matériel de Mignot. Il ne reste plus rien au magasin. Cela me fait beaucoup de peine car il me semble que je ne suis pas encore prête de retravailler, le temps de rétablir tout cela. J’aurai pourtant beaucoup de courage pour revendre à nouveau.

J’ai profité que l’on avait reculé le comptoir pour chercher ton alliance mais je ne l’ai pas retrouvée. Cela me fait penser au jour où tu l’as perdue. Comme tu étais navré ! On se trouvait si malheureux ce jour là, et pourtant ce n’était rien auprès de ce que l’on passe aujourd’hui.

Le soir en repartant, j’ai eu soin d’enlever la clef de la grande porte rue Croix Sainte Marie car là, je pourrai entrer, et j’ai déjà emporté un magnum de vin. Demain j’enlèverai le reste. Ma journée a été bien remplie et le comptable m’a donné à espérer que je ne perdrai rien. Ce n’est que juste, c’est l’autorité militaire qui aura à payer.

Je te quitte encore une fois. Bons bécots de loin  et tout mon cœur à toi.   Ta Juliette.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

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Lundi 29 mars

Les aviateurs belges ont bombardé le camp d’aviation de Ghistelles. Sur les Hauts-de-Meuse, à Marcheville, nous avons conquis des tranchées, puis en avons reperdu une petite partie. Nouveaux progrès pour nous aux Eparges : 150 mètres de tranchées pris. A l’Hartmannsweilerkopf, en Alsace, nous consolidons nos positions et faisons plusieurs centaines de prisonniers.
Les Russes signalent une avance sensible de leur part dans les Carpates, au sud-ouest du col de Doukla. Près de Baligrod, ils ont enlevé une hauteur fortifiée; ils ont repoussé, au col d’Uszok, des forces ennemies importantes et capturé 2.500 Autrichiens. En Galicie orientale, ils ont eu l’avantage dans la région du Dniester. On s’attend à une grande bataille en Bukovine.
Un régiment hongrois s’est mutiné et a été presque complètement détruit au cours d’un combat avec d’autres troupes.
Le vapeur anglais Vosges a été coulé par un sous-marin allemand sur la côte de Cornouailles. Par contre, un autre steamer anglais, le Tycho, a pu échapper aux pirates.
Le gouvernement grec, dans un communiqué officiel, expose qu’il n’a en rien renoncé aux aspirations nationales hellènes.
Un grand congrès interventionniste, où Trente, Trieste et Zara ont été acclamées, a eu lieu à Rome. De vigoureux appels aux armes contre l’Autriche y ont été proférés.

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Dimanche 28 mars 1915

Cardinal Luçon

Nuit tranquille. Visite à Prouilly, à l’armée réunie dans l’église, puis à Pévy. Allocation dans chaque église. J’étais venu dans une voiture que conduisait M. Berger, Conseiller Général.

2 h ½ réunion à l’église de Prouilly. Beaucoup de soldats et d’officiers, de prêtres-soldats, de paroissiens. Réunion d’une trentaine d’émigrés ou réfugiés.

Visite à Pévy, vers 4 h ¾ : 600 soldats ; toute l’église remplie par eux seuls. Serré la main aux têtes des bancs : tous la tendent pour serrer la mienne. J’en ai vu pleurer. Le Général Franchet d’Esperey me fait ramener à Reims en automobile. Rentré vers 6 h.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Dimanche 28 mars

Nouveau bombardement d’Arras avec des obus de tout calibre. Un commencement d’incendie a été rapidement éteint. Nos pionniers progressent à la Boisselle. En Argonne, jets de bombes de part et d’autre. En Alsace, nos gains sont caractérisés. Nous avons atteint le sommet de l’Hartmannsweilerkopf, après une action de plusieurs jours, puis occupé une partie des flancs que nous ne tenions pas encore, en faisant des prisonniers. Les pertes ennemies sont considérables. Nous avons abattu un avion allemand qui survolait la région de Manonvillers et capturé le pilote et l’observateur.
Les Russes ont poursuivi leurs avantages dans les Carpathes et fait à nouveau 1700 prisonniers. Ils ont refoulé toutes les attaques dirigées contre eux sur le versant hongrois. D’autre part, tout un corps d’armée allemand, décimé et exténué, a dû abandonner ses positions dans la région du Niémen.
L’Allemagne a prescrit une enquête sur les incidents de la guerre navale qui avaient irrité la Hollande. Celle-ci a formulé toutefois une nouvelle demande d’explications.
Les amiraux ont tenu un grand conseil au Dardanelles où le bombardement a recommencé. On est à la veille, croit-on, de l’action décisive.
L’armée serbe réorganisée et reposée, est prête à reprendre l’offensive.

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Samedi 27 mars 1915

Louis Guédet

Samedi 27 mars 1915 

196ème et 194ème jours de bataille et de bombardement

Belle journée de soleil, mais froide. La nuit dernière, vers 11h, obligé de quitter mon lit pour aller coucher à la cave. Remonté à 6h1/2 du matin pour tâcher de dormir dans un air plus sain.

J’entassette. Levé, vu à divers actes pour l’Enregistrement, apposition des scellés chez Madame Perceval, place d’Erlon. Répondu à ma chère Madeleine pour St Martin : j’approuve son idée d’y renvoyer d’abord Robert et André en reconnaissance, sauf à y aller après avec les autres petits.

  1. Barat m’a dit qu’il avait donné les ordres nécessaires pour que les militaires installés chez mon Père leur laissent la place (train des équipages du 19éme Corps, Commandant Bosc).

Reprise des feuillets rédigés par Louis Guédet.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Nuit troublée. Bombes à 10 h ½. Canonnades de temps à autre. 9 h du matin, bombes.

Visite d’un Colonel qui inspecte depuis Fères jusque très loin.

Venu une douzaine de fois à Reims où il accompagne la Mission des Neutres, des Alliés et du Japon, venant visiter la Cathédrale, parent, par sa femme, de Mgr Delaunay, Évêque d’Aire. Sa femme est de Lille. Exerce depuis le 2 août.

Reçu colis Barère, Bily…

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hortense Juliette Breyer

Samedi 27 Mars 1915.

Ce matin il était 9 heures. On sonne chez ton parrain et l’on demande après moi. C’était le comptable de chez Mignot, M. Liénard, qui venait me prévenir de me tenir prête pour dix heures, et qu’il viendrait me chercher afin de nous rendre ensemble chez le colonel du 291e, celui qui s’occupe de la rue de Beine. Il habite rue de Bethlehem et à 10 heures sonnantes nous y étions. Sais-tu ce qu’il m’a dit en arrivant ?

« –   Vous en avez un toupet, Madame, de dire que l’on a passé et volé chez vous. J’y suis allé ce matin même et je n’ai rien vu.

  • Je vous demande pardon, mon colonel, lui ai-je répondu, mais on a volé malgré la sentinelle qui est à la porte.
  • Et qui a pu vous le dire puisque vous ne pouvez aller chez vous.
  • Ce sont les soldats du poste ».

Après bien des formalités nous obtenons un laisser-passer pour le lundi 29 de 6 heures du matin à 6 heures du soir, mais défense avant ce temps de nous voir l’un et l’autre dans le quartier. Rendez-vous est donc pris pour le lundi.

Je pars chez vous en attendant. Je voudrais, mon Charles, que cette journée là soit passée. Je te quitte aujourd’hui. Je m’ennuie toujours mais je veux quand même espérer.

Bons baiser.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

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Samedi 27 mars

Combat d’artillerie en Belgique, dans la région de Nieuport ; plus au sud, dans la région de Saint-Georges, nous avons enlevé une ferme. En Champagne, simple bombardement entre Meuse et Moselle, mais nous avons facilement repoussé des attaques : deux au bois de Consenvoye et au bois des Caures (près de Verdunj; trois aux Eparges; deux au bois Le Prêtre. Près de Badonviller, nous avons solidement organisé les positions occupées par nous. En Alsace, au Reichackerkopf, les Allemands ont, de nouveau, aspergé nos tranchées de liquide enflammé, mais sans obtenir de résultat.
Six de nos aviateurs ont bombardé les hangars des zeppelins, à Frescaty, et la gare Metz. Ils ont déterminé une panique, puis sont rentrés à bon port. D’autres aviateurs français ont bombardé les hangars à l’est de Strasbourg.
Les Russes ont remporté un très sérieux succès dans les Carpates, au col de Lupkov, et enlevé une partie de la crête des Beskides aux Autrichiens. Ceux-ci ont reculé, en abandonnant, au cours de la seule journée du 24, près de 6.000 prisonniers.
Un incident assez sérieux s’est élevé entre l’Allemagne et la Hollande. Celle-ci a déjà fait des représentations au sujet du vapeur Zevenbergen, qui fut attaqué le 21 par un avion. Or, le vapeur Medca, dont la nationalité néerlandaise était clairement affirmée, a été canonné trois quarts d’heure durant et coulé.
Von der Goltz et Liman von Sanders, les deux dictateurs allemands de la Turquie, ont quitté Constantinople. La situation des Allemands, dans cette ville, devient de plus en plus critique, et un fort parti s’y est
créé en faveur de la paix.

source : Grande Guerre

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Vendredi 26 mars 1915

Cardinal Luçon

Nuit tranquille ; canonnades toute la journée, en bombes. 10 h 1/2 soir, bombes

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
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Jeudi 25 mars 1915

Cardinal Luçon

Annonciation. Nuit tranquille. Dans la journée, canonnades et bombes par intervalles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Jeudi 25 Mars 1915. Hier mon tit Lou, je suis allée encore aux caves. Je m’ennuyais tant après mon coco. J’ai été mettre mon argent en ordre. Mais aujourd’hui mon Charles, je suis désemparée. Je serais heureuse de te demander conseil. La guerre aura été dure pour certains.

Ce matin je suis retournée chez nous et j’ai encore été saisie : au magasin il ne reste plus rien ; les voleurs sont encore revenus ; ils sont passés par la fenêtre de notre cuisine. J’en suis navrée. Je suis retournée chez Mignot et ils disent qu’il faut attendre 4 ou 5 jours, le temps que ça aille au général commandant la place et ensuite au général commandant le secteur. Pendant ce temps là, ils pourront voler le mobilier, j’en ai peur. Je me demande ce qu’il pourra me rester après la guerre. Mais je vais faire les démarches, cela ne peut durer si longtemps.

En parlant de mon argent, j’avais 15 francs qu’on avait donnés à André pour ses étrennes. Je lui avais pris un livret de caisse d’épargne. On ne sait pas ce qui peut arriver ; comme cela il ne les perdra pas.

Tiens, hier soir il y avait à peu près une heure que nous étions couchés, il est tombé 5 gros obus près de nous. J’ai été réveillée en sursaut. Cela arrive souvent mais on s’y habitue.

Je te quitte ; mille bécots et à demain. Ta petite femme qui t’aime toujours.  Ta Juliette.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

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25 mars, départ pour Lyon des enfants des hospices Noël, Caqué et Général

25 mars, départ pour Lyon des enfants des hospices Noël, Caqué et Général

Cette photographie tirée du site des Archives Municipales, en savoir plus sur l’article « Les services de santé rémois (août-décembre 1914) »


Jeudi 25 mars

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Mercredi 24 mars 1915

Paul Hess

Nous avons encore été bombardés dans la matinée hier, simple canonnade.

– Après avoir obtenu, à la mairie, la permission de me rendre, pour la première fois, dans ma famille à Épernay, j’avais eu d’idée, en vue d’éviter la perte d’une journée pour le voyage (1), non pas de solliciter le laissez-passer exigé, mais de demander au général commandant la 5e armée, qui seul pouvait l’accorder, l’autorisation de prendre la place qui m’avait été offerte, dans l’une des voitures automobiles affectées au service municipal de ravitaillement, puisqu’elles font journellement le trajet Reims-Épernay. J’aurais eu ainsi pour trois quarts d’heure en plus de parcours.

La réponse suivante a été faite à ma demande :

Ve Armée – État-major – 2e Bureau
Q.G. le 21 mars 1915
Le général commandant la Ve armée,

à Monsieur Paul Émile Hess, 8, rue Bonhomme, à Reims.

Je vous autorise à vous rendre par chemin de fer et voiture à Épernay (aller et retour).

Il n’est pas possible de vous accorder un permis de circuler en automobile pour effectuer ce déplacement.

L’autorisation qui vous est accordée est valable jusqu’au trente et un mars 1915.

P.O. le chef du 2e Bureau
Signé : E. Girard

Donc, le 25, après avoir annoncé mon voyage depuis plusieurs jours, je me mets en route, muni de ce laissez-passer et impatient dès le départ, d’arriver à Épernay auprès des miens – puis, nous avons tous la grande joie de pouvoir, pendant quatre jours, revivre en famille, dans l’atmosphère qui nous fait si complètement défaut de part et d’autre. Mon beau-père, rencontré par un heureux hasard à Dormans, à l’aller, peut même venir passer avec nous la journée du dimanche 28, fête des Rameaux.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

(1) Pour le voyage Reims-Epernay, il fallait prendre, sur la place d’Erlon, à 7 h 1/2, une voiture transportant les voyageurs à Pargny-les-Reims tête de ligne du CBR qui conduisait à Dormans pour midi et demie. On ne trouvait ensuite un train de la Cie de l’Est, Paris-Dormans-Epernay qu’à 16 h 1/2, avec arrivée à 17 heures.


Cardinal Luçon

Mercredi 24 – Nuit tranquille. Visite au Bon-Pasteur, à l’Enfant-Jésus. Visite à Sainte-Clotilde et de Saint-Remi accompagné de M. Dage.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

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France 3 Champagne-Ardenne – Reims 14-18 : renaissance d’une ville martyre

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Mardi 23 mars 1915

Louis Guédét

Mardi 23 mars 1915 

192ème et 190ème jours de bataille et de bombardement

A 1h1/2 ma première audience de simple police, une soixantaine d’affaires, le tout est terminé à 2h3/4.

Reçu réponse de ma compagnie d’assurances des minutes. Je toucherai mais pas tout, faute de fonds et cette compagnie la Mutuelle du Mans avec le comité des notaires s’occupe de me faire payer la différence par l’État.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Nuit tranquille. 9 h, canonnades dans la matinée

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Hortense Juliette Breyer

Mardi 23 ( ?) Mars 1915.

6 mois aujourd’hui mon Charles que tu as été blessé. Pense donc que c’est long, et toujours pas de nouvelles ; 6 mois de souffrances et je me demande quand est-ce que cela finira. On serait si heureux … Si tu voyais mon Charles, tu as une petite fille à croquer, un petit ange. Elle pousse à ravir. Elle pesait à peine 4 livres et maintenant elle en pèse 10. Elle commence à rire et tu n’es pas là, pauvre chipot, pour voir ses progrès. Pense qu’elle fait ses nuits complètes de huit heures à huit heures, le tour du cadran et elle ne se réveille qu’une fois. Nous avons deux bons petits, tu sais.

Si seulement tu étais près de nous. Quelle triste vie que la mienne. Je ne peux pas croire que tu me manqueras et j’ai tellement idée du contraire que si jamais je venais à en avoir la certitude, je ne sais pas ce que je ferais. Mais je veux toujours espérer. Je t’aime mon Charles et quelle belle vie je te ferais. Mais je te quitte, je vais aller me coucher et je demanderai au bon dieu que me rêves soient remplis de toi.

Je t’aime. Tout mon cœur à toi. Juliette.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Lundi 22 mars 1915

Louis Guédet

Lundi 22 mars 1915 

191ème et 189ème jours de bataille et de bombardement

Belle journée de printemps, chaude. Des avions, du canon.

A 2h réunion des 7 chez M. A. Benoist, nous n’étions que 4 ! Benoist, de Bruignac, Houlon et moi.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Des Taubes lancent des bombes. Ils jettent aussi des “fléchettes”, petits engins métalliques très dangereux, spéciaux aux avions et dont on parle pour la première fois.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Lundi 22 – … Nuit assez tranquille. Canons autrichiens (1) dont les bombes fusantes éclatent en l’air avant d’arriver ; vacarme effroyable. Matinée, aéroplane. Visite aux Caves Pommery, descente dans les caves pour encourager le personnel resté à Reims, sous la conduite de M. Baudet, régisseur.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

(1) Les mortiers autrichiens de 305 mm étaient parmi les pièces les plus puissantes de l’artillerie allemande


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Un peu d’étymologie…

On doit d’avoir donné le nom d’avion aux « appareils de locomotion plus lourds que l’air, munis d’ailes et d’un organe propulseur » (définition du Robert) à Clément Ader, qui nomma ses aéroplanes « Avion 1 », « Avion 2″… à partir de 1875. Il inventa ce nom en s’inspirant du mot aviation, déjà employé par Gabriel de la Landelle, formé de deux racines latines : avis (oiseau) et actio (action).

L’avion est donc étymologiquement lié à l’oiseau, dont il emprunte le nom latin. On attribue à Clément Ader l’acronyme du mot avion : Appareil Volant Imitant l’Oiseau Naturel.

Source : Blog Histoire de l’Aviation


Lundi 22 mars

L’ennemi a jeté vingt-sept obus sur la cathédrale de Soissons, qui a gravement souffert.
Nous progressons en Champagne. Fusillade en Argonne. Violentes contre-attaques allemandes repoussées aux Eparges. Dans les Vosges, où nous avons perdu le Grand et le Petit Reichackerkopf, nous reconquérons la seconde de ces montagnes et contre-attaquons pour reprendre la première.
Memel n’a été occupée par les Russes qu’après un très violent combat, et au cours duquel la population civile a pris les armes. Les Allemands ont été contraints d’évacuer toute une série de localités sur la rive gauche du Niémen. Une division hongroise a été décimée dans les Carpates. La garnison de Przemysl, ayant tenté une sortie, a été refoulée avec d’énormes pertes. 4000 prisonniers ont été faits par nos alliés.
Séance orageuse an Reichstag. Deux socialistes, MM. Ledebour et Liebknecht, s’élèvent contre la barbarie déployée par les généraux allemands en Pologne russe, mais ils sont désavoués par l’orateur officiel de leur parti, M. Scheidemann.
L’attaché militaire italien a quitté brusquement Vienne. L’Autriche redouble de précautions sur la côte de l’Adriatique.
De nouveaux désordres ont éclaté à Vienne où les boulangeries ont été prises d’assaut par une foule affamée.

 

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Ambulance Automobile Russe – Secteur 27

Ambulance Automobile Russe - Secteur 27 Correspondance Militaire
Épernay, le 21 mars 1915
Chère Madame,
nous voici à la première station de notre voyage.
Nous sommes à Épernay depuis 2 jours et ne savons pas quand nous repartirons, ni pour où.
En attendant, voici mon adresse provisoirement : « Ambulance Automobile Russe – Secteur 27 »
Ecrivez-moi une longue lettre je vous prie, ça me fera l
e plaisir que vous savez.
Votre René.

Courrier adressé à Mme. V. Roche
Infirmière de la Croix-Rouge
Hôpital de la Visitation
Cours
St-Médard
Bordeaux.

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Même si le visuel de la carte représente la Place Saint-Rémy à Reims, rien ne permet d’affirmer que son auteur, René, soit bien passé à Reims.

En revanche, ce qui est sûr, c’est qu’elle a bien été écrite à Épernay.
Comme précisé dans le texte, et comme l’atteste le coup de tampon, elle émane bien du corps d’Ambulance Automobile Russe.

Dès le début d’août 1914, sous l’impulsion de la colonie russe de Paris, voient le jour de nombreuses initiatives visant à aider et soutenir le Service de Santé Militaire français, et notamment la mise à disposition d’une Ambulance, en 1915, sous le patronage de SM l’impératrice douairière de Russie, Alexandra Féodorovna.

D’ailleurs, la première colonne automobile d’Ambulance Russe aux Armées françaises sera présentée le samedi 13 mars 1915 aux Invalides, au Ministre de la Guerre, Alexandre Millerand… soit 17 automobiles, 4 pour le service médical et 13 pour le transport des blessés.

Ces véhicules sont destinés au Général de Langle de Cary, dont l’armée est envoyée en offensive en mars 1915 sur le front de la Champagne.
Cette offensive est suspendue sous l’ordre de Joffre le 17 mars 1915, suite à des conditions climatiques difficiles, qui ralentissent l’avancée des troupes… nous sommes donc quelques jours après cet ordre, René étant arrivé sur Épernay le 19 mars !

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1. 14 mars 1915, Mr Millerand reçoit les ambulances, en présence d’un officier russe.

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2. 14 mars 1915, Mr Millerand devant les autos ambulances russes aux Invalides.

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3. Épernay, Auto-ambulance russe offerte par la tsarine.

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4. Épernay, une fête à l’ambulance russe en l’honneur de la tsarine.

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5. Épernay, une fête à l’ambulance russe en l’honneur de la tsarine.

Quant à la personne à qui s’adresse ce courrier, est-ce une connaissance ? est-ce sa bonne amie ? nous ne le saurons jamais, mais elle aussi fait partie du corps médical, en tant qu’infirmière de la Croix-Rouge, postée à l’Hôpital Auxiliaire n° 26 de Bordeaux, Hôpital de la Visitation, 47 cours Saint-Médard, SSBM (Société de Secours aux Blessés Militaires).
Cet hôpital de 40 lits a été mis en service à partir du 15 septembre 1914.

Pour terminer, intéressons-nous rapidement au recto de la carte, et cet angle de prise de vue assez rare de la Place Saint-Rémy, puisque la basilique n’est pour une fois, pas visible.
D’ailleurs, ce cadrage est plutôt difficile à situer, il semble que la basilique soit dans le dos du photographe, qui lui, regarde en direction de la Rue de Féry et de la Rue de l’Ecaille… mais la topologie des lieux a beaucoup changée.

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La Rue de l’Ecaille, en direction de la basilique Saint-Rémi.

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Mardi 21 mars 1915

Louis Guédet

Dimanche 21 mars 1915 

190ème et 188ème jours de bataille et de bombardement

Journée splendide. Beaucoup d’aéroplanes. Été messe 10h rue du Couchant à la petite chapelle de St Vincent de Paul, qui est l’église cathédrale. L’abbé Dage officiait. Le Cardinal Luçon fit un sermon, aussitôt après formule le vœu suivant : Si la Cathédrale est sauvée et peut être réparée au lendemain de la lutte il s’est engagé avec tous les assistants à faire un service d’adoration perpétuelle solennelle le 1er vendredi de la fête du Sacré-Cœur,  et ce pendant 10 ans. Procès-verbal signé par le Cardinal Luçon, l’abbé Camu, Henri Abelé, de Bruignac, Charles Heidsieck et aussi comme patriciens tous présents. Les vicaires généraux, curés et chanoines de Reims non présents doivent également signer ce procès-verbal, qui a été lu à 10h25 devant le maître-autel de la petite chapelle et signé à 11h1/2 dans une salle en face.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Belle journée assez calme. Canonnade de temps en temps. Bombardement sérieux la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 21 – Passion. Nuit comme les précédentes. Fréquents coups de canon, bombes énormes. Émission pendant la grand’messe, d’un Vœu signé de l’Archevêque, du Chapitre, des Fabriciens, de célébrer, pendant 10 ans, le vendredi du Sacré Cœur par un jour d’Exposition et d’adoration du Saint-Sacrement, si la Cathédrale nous est laissée réparable.

Visite à Prouilly manquée, faute de voiture ; aucun cocher n’a voulu nous conduire. Visite du commandant Billard et d’un élève de Saint-Cyr avec lui (1). Réception de cinq colis expédiés par les sœurs de Maurice Barrès (Écho de Paris)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

(1) L’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr est fermée depuis la mobilisation. Tous ses élèves, nommés officiers, sont aux armées. Les candidats reçus au concours de juin 1914 ont été incorporés comme soldats et les survivants ne seront nommés officiers que fin 1915. Dans doute s’agit-il de l’un d’entre eux.


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Hortense Juliette Breyer

Dimanche 21 Mars 1915.

Encore un nouveau malheur. Je me demande maintenant ce qu’il pourra encore m’arriver. Je vais te raconter cela tout au long. Hier j’avais promis à ton papa qu’aujourd’hui dimanche je passerai la journée chez eux. Comme hier il faisait un temps superbe ; c’est le premier jour du printemps.

Les aéros boches et français volaient déjà dans le ciel. Il était 9 heures quand je partis chez vous. Je pensais tout en marchant que s’il en était autrement, tu serais heureux par un temps pareil de te promener avec André, surtout qu’il marche bien. Comme je regrette ton absence, mon Charles. Enfin j’arrive chez vous et je profite que la petite Blanchette dort pour aller jusque chez nous au magasin chercher quelques provisions.

C’est rare quand je peux entrer car il y a toujours la sentinelle qui est à notre porte. J’ai un billet du commissaire mais il ne suffit pas ; il faudrait qu’il soit signé du commandant de la place. Mais par hasard celui qui était de garde aujourd’hui m’a laissée entrer. Et là je ne m’attendais pas à cela : la porte de la rue était bien fermée mais toutes les autres étaient grandes ouvertes. On était venu piller et malheureusement c’étaient les soldats. Pour les liquides ils avaient tout enlevé, ne laissant que les sirops, et encore peu. Ils avaient pris toutes les savonnettes, eaux de Cologne, boites de conserve, etc … J’étais navrée, et le plus fort, c’est qu’ils avaient été à la cave. Mais je n’eus pas le courage d’y descendre.

Ce nouveau coup me frappait et je repartis chez vous tristement, me demandant ce que j’avais pu faire pour être ainsi punie. L’après-midi je suis allée voir le commissaire avec la vieille fille, ma voisine, car on avait essayé d’aller chez elle aussi. Mais ça ne regarde pas le commissaire car c’est en zone militaire ; il en prend note quand même et demain j’irai tout au matin chez Mignot. Je ne veux rien perdre, j’ai déjà assez de malheur et je pense à mes deux petits.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Dimanche 21 mars

A la Boisselle, près d’Albert, les Allemands ont tenté une attaque de nuit qui a été repoussée avec de grosses pertes pour eux. Ils ont été également repoussés en Champagne, à l’ouest de Perthes, où l’un de leurs rassemblements a beaucoup souffert du feu de notre artillerie. Aux Eparges, nous avons vivement progressé, après avoir refoulé deux contre-attaques. Quantités de morts ennemis ont été trouvés sur le terrain. Au bois Bouchot, au sud des Eparges, nous avons arrêté une offensive. Au bois Mortmare, en Woëvre, nous avons détruit un blockhaus. Progrès de nos troupes au bois Le Prêtre, près de Pont-à-Mousson.
Deux zeppelins ont survolé Paris et jeté quelques bombes.
Le conseil des amiraux qui s’est tenu à bord du Suffren, dans les Dardanelles, a décidé de procéder à une nouvelle attaque générale dans les Détroits. Les deux cuirassés anglais détruits ont été remplacés.
L’offensive prise par les Russes du côté de Memel inquiète vivement les Allemands.
La Bulgarie, qui serait à la veille d’agir, a concentré des troupes du côté de Xanthi, dans la partie de la Thrace qui lui appartient.
De nouvelles émeutes causées par le manque de farine ont éclaté à Vienne.
Toutes les informations continuent à montrer que l’Autriche, résistant aux objurgations allemandes, refuse de faire des concessions territoriales à l’Italie. Elle allègue que toutes les nationalités résidant sur son sol se croiraient alors fondées, elles aussi, à revendiquer leur rattachement à des États voisins.

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Samedi 20 mars 1915

Paul Hess

Bombardement dans la même direction qu’hier. Des sapeurs du génie travaillent de ce côté, parait-il; ils ont dû être repérés par un aéroplane.

– Dans l’après-midi, la nouvelle parvient à l’hôtel de ville, qu’aux Dardanelles, au cours de l’attaque des forteresses du goulet, le 18, par les forces navales alliées, les cuirassés anglais Océan et l’Irrésistible ont coulé après avoir heurté une mine flottante. Notre cuirassé Le Bouvet aurait également coulé à la suite de l’explosion d’une mine et le Gaulois, autre unité de la marine française, avarié par la canonnade, aurait été mis hors de combat.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 20 – Nuit tranquille pour la ville. Bombes, coups de canon, coups de fusil de temps en temps. Bombes pendant la matinée.

Visite à l’Hôtel-Dieu de Saint-Remi avec M. Houlon, M. le Curé de Saint-Remi et M. Maitrehut. Aéroplanes

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Hortense Juliette Breyer

Samedi 20 Mars 1915.

Encore une nouvelle peine qui nous arrive. Aujourd’hui mon Charles, il faisait un temps superbe. Je suis partie avec la soeurette et j’ai passé la journée aux caves. Il était huit heures et demie. En partant j’ai été acheter une pipe à ton coco, une vraie. Il aime cela, vois-tu, il veut fumer comme pépère Breyer. Si tu voyais son air sérieux, un vrai fumeur de profession. Il tient le culot dans le creux de sa main, il est tordant. Je serais si heureuse si tu pouvais le voir. Je suis navrée, mon Charles, que tu ne sois pas là pour voir tous les progrès qu’il fait. Un vrai singe, comme dit ton parrain.

Il était heureux de voir Maï Blanche, comme il dit. Il l’aime bien, sa petite sœur ; il ne faut pas qu’un étranger l’approche. Il aura ta voix mon Charles. C’est peut-être une idée, mais cela me remue quand je l’entends causer. Il dit tout franchement, et n’oublie pas sa petite prière. Le soir il demande au petit Jésus de lui ramener son papa. C’est qu’il est fou de toi. Il lui faut toujours ta photographie mais comme elle est déjà bien abîmée, je lui ai mise dans un petit médaillon qu’il porte à son cou, avec la médaille que lui a donnée l’Abbé Grandjean, représentant Saint Benoît, patron contre les dangers de la guerre.

Jusqu’à trois heures de l’après-midi je ne me suis pas ennuyée. Mais alors il a fallu repartir, toujours sous le bombardement. Chez ton parrain une mauvaise surprise m’attendait. Figure toi que ton papa était venu et pendant qu’il était chez Mémère, le commissaire central est venu le demander et c’est navrant. A ce qu’il paraît, on avait envoyé une lettre anonyme au commissaire, disant que ton papa avait dit dans un café qu’un observateur était caché dans la cheminée des Anglais et on venait le prévenir qu’il se tienne à la disposition, qu’on allait faire une enquête, vu sa nationalité d’autrefois.

C’est méchant. J’étais en colère de ne pas m’être trouvée là ; ce que je lui aurais dit au commissaire : il ne suffit donc pas d’avoir des enfants qui font grandement leur devoir pour la patrie, il faut que le père soit soupçonné. Je n’ai fait qu’un bond jusque chez vous pour les consoler et j’ai donné la lettre que j’ai reçu du lieutenant à ton papa pour qu’il puise faire voir comme tu t‘es conduit glorieusement.

Je vois que nous aurons tous les malheurs, mais j’en supporterais encore le double pourvu que tu reviennes. Mais les jours passent et toujours rien. Pauvre Lou, que penser ?

Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Vendredi 19 mars 1915

Paul Hess

Bombardement, du côté du pont de Saint-Brice

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 19 – Comme la veille. Bombes de 10 h à 12 h du matin, et de temps en temps

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Vendredi 19 mars
Progression de l’armée belge sur l’Yser. Action d’artillerie de la Lys à l’Oise, l’ennemi bombardant spécialement Notre-Dame-de-Lorette, Carnoy et Maricourt. En Champagne, gains sensibles pour nous au nord-est de Mesnil et dans la direction de Beauséjour, après un refoulement d’une offensive allemande. Nous enlevons deux tranchées et des prisonniers à Consenvoye, près de Verdun. Duel d’artillerie en Lorraine. Un de nos aviateurs bombarde Conflans. Gain de tetrain à l’Hartmannswillerkopf, en Alsace, où les pertes allemandes sont très considérables.
Un zeppelin a jeté des bombes sur la gare de Calais, tuant sept employés.
Les journaux officieux italiens déclarent que le cabinet de Rome ne laissera pas traîner ses négociations avec l’Allemagne. Il se confirme qne François-Joseph ferait de grosses difficultés pour céder le Trentin.
L’armée russe progresse sur les deux rives de l’Orgice, en Pologne, d’où elle espère bientôt chasser les envahisseurs. En Galicie, tous les efforts des Autrichiens sont brisés.
Le vapeur anglais Leeuwarden a été coulé à quelque distance de la côte hollandaise, par un sous-marin allemand. Mais deux autres ont pu s’échapper.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Reims 14-18 – Rien ne sortira de votre petit poilu

Reims 14-18 - Rien ne sortira de votre petit poilu Chère petite amie,
vous pouvez me confier tout ce que vous voudrez, rien ne sortira de votre petit poilu.
Je voulais vous demander, avez-vous reçu une photo ?
J’espère que dans quelques jours j’aurais une réponse me disant l’arrivée de ma petite photo.
Il me semble maintenant que bientôt je vais recevoir la vôtre, que vous m’avez promis.
Comme je languis.
Bien des choses à votre bonne Maman.
Votre petit Poilu qui vous embrasse de t
out cœur.
Paul

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Cette fois-ci, c’est un courrier du cœur, ou presque.
Idylle consommée ou amour naissant, toujours est-il que le vouvoiement est toujours de rigueur.
Est-ce la guerre qui a freiné le démarrage de cette amourette, ou une heureuse rencontre lors d’une permission ?
Je vous laisse imaginer la réponse et vous délecter de cette charmante lettre.

Un ton heureux et léger, qui contraste fort avec la photo de la carte. Encore une fois, il s’agit de la cathédrale incendiée suite aux bombardements allemands du 19 septembre 1914 (carte éditée en 1915, Reims dans sa deuxième année de Bombardement 1914-15).
On ne peut pas dire que ce soit le visuel le plus adapté pour conter fleurette !
C’est assurément le tragique résultat d’une guerre qui devient le quotidien. On ne s’habitue pas vraiment, mais on fait avec, avec fatalité, il faut continuer à vivre… et à aimer !

Laurent ANTOINE LeMog – AMICARTE 51

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