Le Courrier de la Champagne, qui n’a pas dû paraître les 23 et 24, donne en tête de son numéro d’aujourd’hui 25 cet avis :

À nos lecteurs.

À la suite de l’accident survenu à notre machine et en attendant qu’elle fût réparée, nous avions organisé le tirage du journal dans nos ateliers du boulevard déjà éprouvés par le bombardement.

Or, dimanche soir, vers neuf heures, au moment où l’on procédait au tirage du numéro de lundi, une « marmite » est tombée sur la machine même où on l’effectuait. Par miracle, nos ouvriers ont pu s’échapper indemnes ; il nous a fallu attendre, de ce fait, que nous puissions remarcher à la Haubette.

Nous tenons à la disposition de nos lecteurs des numéros de lundi 22 février

– Dans les communiqués publiés par le même journal, nous lisons, à propos du terrible bombardement de la nuit du 21 au 22 :

Paris, 23 février – 7 heures

… L’ennemi a bombardé Reims violemment dans la nuit du 21 au 22 et dans la journée du 22. Ce bombardement a fait d’assez nombreuses victimes, auxquelles les Allemands ont fait payer ainsi leurs échecs de ces derniers jours…

Paris, 23 février – 20 heures

…Le bombardement de Reims, signalé hier soir a été extrêmement violent ; il a duré une première fois six heures, une seconde fois cinq heures. Quinze cents obus ont été lancés sur tous les quartiers de la ville ; ce qui reste de la cathédrale, particulièrement visée, a gravement souffert – la voûte intérieure qui avait résisté jusqu’ici a été crevée. Une vingtaine de maisons ont été incendiées ; vingt personnes appartenant à la population civile ont été tuées…

Ainsi, les Allemands ont voulu se venger sur nous d’échecs subis sur le front. Nous ne pouvions qu’émettre timidement cette supposition et nous ne nous trompions malheureusement pas. Leurs revers ont dû être cuisants, à en juger par la manière atrocement vandalique avec laquelle ils nous ont si furieusement bombardés et ceci ne serait guère rassurant pour l’avenir, à moins que nos attaques, en vue de l’élargissement des opérations, n’arrivent enfin à permettre l’effort considérable que nécessite maintenant la libération de notre ville dévastée ? Les vœux de la population à ce sujet, sont plus ardents que jamais : voir l’ennemi contraint de reculer et de s’enfuir des hauteurs d’où il nous domine et peut à l’aise nous massacrer ! Quand cela se réalisera-t-il ?

– Aujourd’hui, le bombardement a été violent dès le matin, plus espacé pendant le reste de la journée.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 

Angle rue de Cernay et rue Croix St-Marc

Angle rue de Cernay et rue Croix St-Marc

Jeudi 25 – Canons et bombes. Nuit de très grandes souffrances, à 2 h ½ piqûre de morphine, soulagement. C’était une atonie de l’intestin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

25/2 Jeudi – Beau temps après une nuit comme celle de dimanche à lundi, nous quittons Reims, sans en être désolés car il n’était plus possible d’y vivre.

À 8h du matin malgré une très vive canonnade et bombardement intense, nous partons en voiture pour la gare de Bezannes avec nos laissez-passer gratis jusqu’à Paris. Après 1 h ¼ d’attente et dans les bombes d’aéros qui viennent jusqu’à la gare, nous prenons le CBR jusqu’à Dormans et de là, nous prenons la grande ligne jusqu’à Paris où nous arrivons à 7 h du soir. Nous nous rendons au Grand Hôtel de la gare de l’Est, faubourg Saint-Martin 170, près de la gare où pour 10 F nous avons passé la nuit dans une chambre à 2 lits et une à 1 lit. Là, au moins, nous avons pu dormir tranquille sans entendre comme d’habitude : LE CANON.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy

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