une très forte explosion se fait entendre tout près.
La nuit a été relativement calme, mais dans la matinée, les obus ont recommencé à siffler.

– À midi et demie, tandis que nous sommes à causer tranquillement, Mme Martinet et moi, rue Bonhomme 8, une très forte explosion se fait entendre tout près ; nous ne savons à quoi l’attribuer, elle a été soudaine et nous n’avons perçu aucun sifflement. Tout en me précipitant dehors, je pense à un Taube – il en est passé un aujourd’hui qui a lancé plusieurs bombes – mais dans la rue, je trouve le caporal de chasseurs à pied, chauffeur à la Recettes des Finances (sise rue Notre-Dame-de-l’Épine), en train d’examiner le trou que vient de faire un shrapnell de 77, tombé à l’entrée de la rue du Petit-Arsenal, contre la bordure du trottoir contournant la maison n°15 de la rue Bonhomme ; un gamin accouru aussi, emporte déjà le culot à peine refroidi.

Je rentre avec une douzaine de balles en plomb provenant de cet obus tiré probablement sur un de nos avions et éclaté seulement au contact du pavé et puis continue, avec Mme Martinet, notre conversation – si subitement interrompue – que nous ne pouvons nous empêcher d’en rire franchement.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Mercredi 24 – Malade ; le soir, à 9h ½. Nuit de souffrances.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

24/Mercredi

Gelée et temps très clair, aussi, dès le matin de nombreux aéros circulent sur la ville, principalement des Allemands on leur fait la guerre à coups de canon spéciaux. Violente canonnade et bombardement quand j’écris ces lignes à 9h du soir, c’est pas encore fini. Ça a duré tout l’après-midi et toute la nuit. Nous n’avons pas lieu de regretter d’avoir demandé des laissez-passer pour quitter cette infernale situation. Aussi, le soir, nos laisser-passer arrivent et nous partons le lendemain matin à la gare de Bezannes et de là sur Paris.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy

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Exemple de laissez-passer

Mercredi 24 février

Deux attaques d’infanterie allemande, préparées à Lombaertzyde, ont été prises sous notre feu et n’ont pu déboucher.
Le bombardement de Reims a été très violent. Il a duré en tout onze heures; 1500 obus ont été lancés; les restes de la cathédrale ont gravement souffert; une vingtaine de maisons ont été incendiées; vingt personnes ont péri.
A l’est de Reims, le combat se poursuit dans de bonnes conditions. Nous avons enlevé de nouvelles tranchées près de Beauséjour. A Drillancourt, au nord-ouest de Verdun, nous avons fait sauter des caissons ennemis. Une attaque de l’ennemi a été refoulée dans le village de Stosswihr (vallée de la Fecht)en Alsace.
L’offensive allemande parait arrêtée du côté du gouvernement de Suwalki. Nos ennemis ont subi un grave échec devant la forteresse d’Ossovietz.
Un sous-marin allemand a été atteint près de Boulogne par la canonnade d’une de nos unités légères.
Un bateau norvégien a été coulé près de Douvres.
Les Turcs fortifient en toute hâte les îles de la mer de Marmara, en prévision de la progression des forces franco-anglaises, et von der Goltz s’est rendu à Smyrne pour mettre la ville en état de défense.
Des manifestations anti-allemandes ont eu lieu à Milan.
Il a été décidé outre-Rhin que pendant une semaine les enfants rechercheraient les plus infimes morceaux de métal, afin de parer à la disette qui s’accentue sur le cuivre, le zinc, etc.

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