Abbé Rémi Thinot

5 JANVIER – mardi –

J’ai été bien ému, après Ambérieu, quand les premières neiges me sont apparues ! Le tapis, par endroits, dans la splendide vallée qui réunit Ambérieu à Culoz, descendait jusqu’à la voie.

Chères étendues immaculées ! Et tant de fièvre hideuse qui s’agite là-bas sur les champs de bataille !

Plus d’hommes nulle part, par ici ; les usines sont silencieuses, les cheminées muettes… c’est le deuil, le grand recueillement partout…

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Mardi 5 janvier 1915

115ème et 113ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Journée calme, pas même notre canon ou très peu. Pluie froide et glaciale, temps sombre, lugubre. La Ville est comme morte, on croirait aller et venir dans les rues d’une Ville de Rêve.

Service de Caisse d’Epargne. Après-midi j’ai voulu m’occuper de Schaffer, le gardien de la maison Martinet-Devraine, mon voisin d’en face le 8, rue de Talleyrand, qu’on a enfermé à l’Hôtel-Dieu à cause de ses excentricités. Je suis allé au Commissariat central, j’ai été reçu…

La page 187 a disparue, elle concernait les journées des 6 et 7 janvier 1915.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Nuit tranquille. Quelques bombes dans la journée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

5 Mardi – Même temps toute la journée. Canonnade de la part de nos grosses pièces et bombes en ville ce à quoi on finit par s’habituer. A 6 h 1/4 du soir, il fait un temps affreux et on n’entend plus rien.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

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Mardi 5 janvier

Notre artillerie prend un avantage marqué entre Oise et Aisne,en Champagne et sur les Hauts-de-Meuse; nous n’avons pas réussi à prendre Boureuilles, près de Montfaucon en Argonne, mais Steinbach, après un combat de plusieurs jours et livré pas à pas, nous appartient tout entier.
La flottille anglaise a bombardé Zeebrugge sur la mer du Nord.
Les Russes déclarent que la bataille des quatre rivières s’est terminée à leur avantage. Les Allemands se sont repliés; les Autrichiens ont livré les débouchés de la Hongrie aux armées du tsar qui, cette fois, s’y répandent, méthodiquement.
On annonce que le général Potiorek qui fut écrasé par les Serbes à Valievo et à Ouchitsé le mois dernier, va être déféré à un conseil de guerre. Nombre de généraux sous ses ordres ont été relevés de leur commandement.
Trois navires de guerre italiens ont bombardé la ville de Durazzo, capitale de l’Albanie. Les insurgés albanais, après avoir refoulé les troupes d’Essad pacha, réclamaient qu’on leur livrât les ministres de France et Serbie.
Les cérémonies funèbres qui ont eu lieu à Rome en l’honneur de Bruno Garibaldi, mort sous notre drapeau, en Argonne, ont provoqué des démonstrations franco-italiennes très significatives.
L’agitation grandit contre les Allemands à Constantinople et le gouvernement turc, tombé sous la tutelle germanique, a mis ses archives en lieu sûr, sur le littoral d’Asie.

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