Nuit calme. Bombardement dans le cours de la matinée et de l’après-midi.

– Le bombardement qui à dater de ce jour commence un cinquième mois, a obligé la municipalité à faire procéder, depuis son début et au fur et à mesure des dégâts qu’il a occasionnés d’une façon ininterrompue, à la consolidation, à l’étalement ou à la fermeture sommaire des bâtiments communaux endommagés seulement ou partiellement détruits, comme des immeubles particuliers dont les propriétaires ou les habitants sont absents. il n’était pas possible de laisser des maisons, des boutiques éventrées ou des murs de clôture avec des brèches ouvertes à tout venant.

Un entrepreneur de charpente, M. Cl. Geoffroy et un entrepreneur de maçonnerie sont chargés d’exécuter les travaux nécessaires, de prendre les mesures de préservation qui s’imposent et journellement, ils ont à faire boucher des ouvertures produites pour les éclatements des obus ou à faire maintenir des ruines menaçantes pour la sécurité publique.

Pour la garantie provisoire des immeubles dont les toitures sont ouvertes, des bâches peuvent être délivrées en location aux propriétaires par le service du « Ravitaillement », moyennant le prix de 0.18 F le mètre carré, par mois.

– Il est curieux d’avoir à noter que depuis plusieurs mois les rues de Reims sont plus propres qu’elles ne l’étaient à l’ordinaire. La circulation y est devenue d’abord presque nulle ; mais ceci tient surtout à ce que le service de la voirie emploie comme auxiliaire un certain nombre d’ouvriers sans travail, de nécessiteux ayant charges de famille, pour l’enlèvement des ordures ménagères et le nettoiement de la vie publique.

Ces hommes, occupés tous les jours, circulent dès le matin par équipes, avec des voitures à bras remplaçant les tombereaux des éboueurs et après chaque séance de bombardement s’efforcent, sous la conduite des cantonniers municipaux, de ranger les matériaux qui obstruent les passages. Par exemple, ils ont eu beaucoup à faire pour le déblaiement extérieur des quartiers incendiés le 19 septembre et jours suivants, afin de rendre à la circulation toutes leurs rues encombrées de pierres calcinées.

De plus, ils sont occupés au balayage et ces travaux, en leur procurant un gagne-pain, permettent de tenir, d’une manière générale, la ville dans un état de netteté contrastant avec ruines qui, en bien des endroits, la feraient ressembler à un veste chantier de démolitions.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Jeudi 14 – Nuit tranquille. Canons Français ; bombes allemandes vers 11 heures.

Ecrit une lettre à M. Maurice Barrès, publiée dans Echo de Paris (Recueil, p. 91)

 Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

14 Jeudi – Même temps et toujours très violente canonnade dans la même direction. On se demande toujours quand ça finira. Nuit assez calme.

 Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy

Rue Cérès

Rue Cérès

Jeudi 14 janvier

Notre artillerie tire efficacement sur les ouvrages ennemis près de Nieuport et d’Ypres.
Un violent combat, au cours duquel nous avons eu des alternatives d’avance et de recul, s’est développé autour du fameux éperon 132, au nord-est de Soissons. Les Allemands ont mis de ce côté en ligne l’effectif d’un corps d’armée. Nous faisons sauter des batteries ennemies entre Soissons et Berry-au-Bac. En Champagne, des duels d’artillerie très actifs ont eu lieu entre Reims et l’Argonne, et spécialement autour de Souain.
Les opérations en Pologne n’ont pas changé de caractère. Ce sont toujours des contre attaques allemandes repoussées coup sur coup.
En Arménie, les Russes ont capturé encore 2000 Turcs environ. Mais l’armée ottomane a pénétré en Perse, ce pays n’étant pas défendu, et son avant-garde est arrivée jusqu’à Tabriz.
Le comte Berchtold, ministre des Affaires étrangères d’Autriche-Hongrie s’est retiré : il a été remplacé par un Hongrois, le baron Burian. Depuis quelques semaines déjà on parlait de ce départ du comte Berchtold qui, depuis son arrivée au pouvoir en février 1912, n’avait subi que des échecs. Il est intéressant de constater qu’un Hongrois va diriger la diplomatie de la double monarchie. François-Joseph aura voulu par là rallier l’opinion magyare, de plus en plus lasse de la guerre.

 

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