Beau temps et dès le matin, chasse à l’aéroplane qui dure toute la journée.

Vers 9 h, étant dans la rue du Barbâtre, j’entends les détonations des pièces tirant des shrapnells ; les petits flocons de fumée blanche poursuivent un aéro qui file dans la direction de l’ouest. Quelques instants après, alors que je passe rue de l’Université, le ronflement d’un moteur me fait lever la tête et j’aperçois un biplan, au moment où d’autres projectiles sont dirigés sur lui. De la rue Lesage, je vois encore un aéroplane cherchant à échapper à le nombreuses explosions produisant des flocons noirs – et, de la place Saint-Thomas, je puis remarquer la précision du tir contre un quatrième aéro qui a la chance de pouvoir s’éloigner de la ligne formée par les nuages de fumée qui le suivaient ou le précédaient immédiatement. Enfin, l’après-midi, les mêmes scènes, visibles encore de différents endroits, se reproduisent jusqu’au soir.

– Dans Le courrier de ce jour, on lit :

Le bombardement (83e jour de siège)

Nous ne pouvons relater en détail les ravages du bombardement d’avant-hier, non plus que le nombre et les noms des victimes.

C’est donc à titre de simple renseignement et dans le but d’établir un point de repère pour l’histoire, qui retracera plus tard les pages de ce siège douloureux, que nous mentionnons cette vive et meurtrière canonnade qui a surtout atteint le (censuré)

Plus loin, le journal donne ce renseignement, concernant la commune de Bétheny :

M. Louis Dmuny, conseiller municipal de Bétheny, demeuré seul jusqu’à ce jour pour s’occuper des intérêts de la commune, a l’honneur d’informer les habitants du Grand et du Petit-Bétheny, qu’en raison de l’arrêté de M. le préfet de la Marne en date du 10 novembre dernier dont il vient seulement d’avoir connaissance, arrêté désignant comme délégués provisoires MM. P. Marcelet Elisée, Rousseaux et Savin, il a le très grand regret de ne pouvoir continuer les fonctions qu’il avait assumées avec un dévouement dont il ne s’est pas un seul instant départi.

C’est donc aux personnes ci-dessus désignées que les intéressés devront s’adresser dorénavant et jusqu’à nouvel ordre.

(Le commandant qui avait été inverti pendant le mois d’octobre des fontions de maire-militaire de Bétheny fut peu après nommé lieutenant-colonel et quitta la région. c’es sur la proposition qu’une commission de toris membres vient d’être désignée un peu tardivement pour le remplacer. NDLR)

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 

Rue Lesage et filets pour dissimuler les voies de chemin de fer aux aéroplanes 22/08/1917 (source Gallica)

Rue Lesage et filets pour dissimuler les voies de chemin de fer aux aéroplanes 22/08/1917 (source Gallica-BNF)

Lien : Archives de France | Commémorations nationales 2014, premier combat aérien

Dimanche 6 – Nuit tranquille – 9 h, aéroplane ; on tire contre lui. Grand’messe rue du Couchant, 11 h aéroplane. Vêpres à 3 h, rue du Couchant. Visite au Patronage et à la cave des Réfugiés, rue Brûlée, Parlé à M. le Curé pour Fourneau économique.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

6/12 Dimanche – Beau temps pour la saison, aussi un avion allemand en a profité pour venir dans la matinée faire un tour sur le ville et a laissé tomber une bombe que la maison LION, couvreur près Dejeunmiroin rue Buirette, résultat maison démolie. Bel exploit.

Toute la journée violente canonnade et notre part très peu ou pas de riposte des Allemands. 0 6 h 3/4, il existe un calme complet.

Temps couvert, on n’y voit pas à 4 mètres devant soi.

Nuit très calme

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy

Dimanche 6 Décembre 1914.

Je respire un peu ; ton parrain a reçu une lettre de son ami qui lui avait promis de s’occuper de toi. Et ton parrain s’est empressé, aussitôt reçue, de me faire parvenir la lettre. Elle est rassurante. Elle dit que tu es porté au nombre des disparus mais que tu ne figures pas au nombre des tués. C’est peu de nouvelles mais c’est toujours mieux que rien.

Gaston est venu voir André. Il lui a apporté un peu de gâteaux. Ton coco commence à le reconnaître car la première fois il n’a pas voulu aller avec lui. Aujourd’hui en le reconduisant il lui a bien bravement donné la main. Gaston est saisi des progrès qu’il a fait pendant ces quatre mois et ce qui l’étonne encore plus, entendant les canons, il se met à dire : « A pas peur Coco ; c’est les nôtres ». Pauvre cadet. Je suis navrée aussi, vois-tu, que tu ne sois pas là pour voir ses petites manières. Tu en étais si fou de ton coco. Tu le retrouveras avec un bon petit caractère très soumis, ce qui est déjà une belle qualité.

Enfin aujourd’hui j’ai le cœur un peu soulagé. On nous annonce aussi que nous allons être délivrés. Si seulement c’était vrai. On m’a encore appris la mort de Louis Névin, celui qui tenait la Société rémoise de la rue de Ludes ; il a eu la fièvre typhoïde.

Je te quitte et bons baisers de ton coco.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

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