Nuit claire. Détonations de nos grosses pièces et nombreux coups de fusil. Vers 16 h, des mitrailleuses tirent sur un aéroplane allemand qui passe au-dessus de la ville.

– Depuis trois mois et demi que dure le bombardement, nombre d’habitants de Reims n’ont pour ainsi dire pas quitté les caves. Beaucoup de ceux restés en ville jusqu’alors, ont aménagé des installations à demeure leur permettant de s’y réfugier à toute alerte et d’y passer chaque nuit.

Il en est ainsi chez mon beau-frère, P. Simon-Concé, 10 rue du Cloître. une belle cave voûtée, à deux issues dont une remontant directement dans l’impasse de la cour du Chapitre, a permis de donner abris tous les soirs, jusqu’au lendemain matin et depuis le milieu de septembre, à une assez nombreuse réunion de personnes, composée de la famille, d’employés, locataires et voisins ayant apporté leurs literies. Il y a eu, pour y coucher, jusqu’à trente-huit occupants.

A l’hôtel de ville, une petite colonie de membres du personnel se retire, pour dormir sans s’émouvoir, dans les sous-sols.

Dans les maisons de vins de Champagne, en particulier, les caves ont toutes un nombre considérable de personnes à loger. Certaines de ces maisons ont assemblé là jusqu’à un millier de gens de toutes conditions. Quelques-une y ont installé provisoirement des bureaux, de sorte que leurs employés travaillent, mangent et dorment à l’abri des obus. Il en est encore dans lesquelles, des maîtres et maîtresses dévoués de l’enseignement public ou libre, font la classe aux enfants du quartier qu’ils ont pu réunir à la rentrée. Des cérémonies religieuses y ont même été célébrées ou doivent l’être à l’occasion de la fête de Noël ; le 8 décembre, une messe a été dite dans les caves Werlé et des messes de minuit ont été préparées, paraît-il, aux caves Abelé, Chauvet et L. Roederer.

Aussi, beaucoup de nos concitoyens sont-ils heureux, d’avoir trouvé ici ou là, en même temps que la sécurité relative dans une ambiance d’union contre le danger commun, des conditions de vie appropriées pour le mieux aux besoins actuels de leur pénible existence.

– Dans Le Courrier d’aujourd’hui, on peut lire :

Condamné à mort et exécuté.

Dans sa séance du 19 décembre 1914, le conseil de guerre siégeant à Reims, a condamné à la peine de mort, le nommé Nocton Octave, journalier, né le 8 juillet 1866, à Pouillon (Marne).

Cet individu a été convaincu d’avoir entretenu des intelligences avec l’ennemi et d’avoir violé la sépulture de cadavres allemands pour les voler.

Il a été fusillé le 21 décembre.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Vendredi 25 décembre – Noël. A minuit, assiste à la Messe militaire dans les caves Roederer : 700 à 800 hommes ; 50 à 60 communions de soldats. Très beaux chants, très pieusement exécutés par les soldats. Grand’messe à 10 h chapelle du Couchant. Vêpres à 2 h 1/2 à Sainte-Geneviève.

Visite aux malades, 14 rue Cazin ; remercier Melle Mahieu qui cède une partie de la Maison pour le Grand Séminaire, dont les élèves, peu nombreux, une dizaine, ne peuvent rester rue de l’Université, leur maison est trop souvent attente par les obus.

Toute la journée échange entre les armées de coups de canons et de fusils. Taube.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

25 Vendredi – Assez beau temps aussi on en a profité pour exécuté une violente canonnade. Un peu de bombes. Les aéros ont lancé 3 bombes dont une est tombée dans les jardins route de Tinqueux.

Nuit tranquille

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy

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