Entendu, au milieu de la nuit, une très forte détonation qui m’a réveillé en sursaut. Ma première impression a été qu’un « gros calibre » était tombé tout près. N’entendant plus rien et ne sachant quoi penser, je me suis rendormi m’imaginant cette fois que probablement le vent avait fait tomber un mur, dans les ruines d’à coté. Mais ce matin, tout le monde parle de l’explosion formidable qui a fait vibrer jusqu’aux extrémités de la ville. Il en est qui affirment que c’est un parc à munitions allemand, installé à l’usine SCAR de Witry-les-Reims, qui a sauté ; d’autres disent que c’est le fort de Brimont. On parle aussi de tranchées minées – et personne ne sait rien.

– canonnade et obus.

Le Courrier de ce jour, publie ceci en gros caractères :

Avis aux familles qui désirent quitter notre ville

Un assez grand nombre de familles seraient désireuses de quitter Reims en raison de la situation actuelle de la ville, mais elles n’ont pas le moyens d’effectuer le voyage.

L’administration municipale s’est préoccupée de cette situation et a décidé d’aider effectivement les familles qui se trouvent dans ce cas, en prenant à sa charge leur transport.

Les demandes doivent être faites à l’hôtel de ville, en présentant les laissez-passer obtenu de l’autorité militaire, indiquant la voie à prendre.

– Plus loin, le journal parle ainsi du bombardement :

Le Bombardement (78e jour de siège)
Les obus ont été envoyés hier matin et dans l’après-midi sur notre ville, avec une régularité méthodique.

Ils ont occasionné des dégâts sur l’importance desquels il ne nous est pas loisible de renseigner nos lecteurs.

Qu’il nous soit permis d’espérer que, grâce aux précautions recommandées à notre population, il n’y aura à déplorer aucune victime.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
Le CBR

Le CBR

Mercredi 2 – 8 h visite du Général Rouquerol (1), venu pour répondre à ma lettre relative aux obsèques des 4 officiers, dont M. Maréchal, et qu’il n’a connu qu’hier. Il reviendra me voir. Il fa proposé le Dr d’Halluin pour la Légion d’Honneur. Vers 4 h aéroplane. Nuit très tranquille.

 Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

(1) Général Rouquerol. A sauvé la situation du 3e Corps d’Armée de la Ve armée (Lauzerac puis F. d’Esperey) sur la Sambre le 22 août 1914 alors que le général commandant le corps d’armée et ses généraux de division sont introuvables sur le champ de bataille.

2/12 – Mercredi – Assez beau temps, violente canonnade et très peu de réponse des Allemands (calme complet jour et nuit). Le temps est très beau, le soir a changé, la nuit car le matin, il avait tombé de l’eau.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy

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