Abbé Rémi Thinot

3  DECEMBRE – jeudi –

Journée entièrement calme. Qu’est-ce à dire? Et que veulent dire ces bruits qui arrivent de tous côtés ; les régiments ont reçu leurs jeunes soldats ; les administrations sont à jour ; les armées sont prêtes et leur général n’attend que des ordres.

S’agirait-il d’une offensive locale ou bien d’un effort sur tout le front? Mystère ! Mais quelque chose se prépare, c’est certain.

Je vais à Paris demain pour mon affaire d’aumônerie militaire.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Jeudi 3 décembre 1914

82ème et 80ème jours de bataille et de bombardement

11h3/4  J’ai couché dans mon lit, tout heureux de cette décision. J’ai dormi bien tranquille. Dieu que c’était bon !! D’être seul, chez moi !! Pas de canonnade la nuit. Ce matin nos canons grondent, mais les allemands ne paraissent pas répondre !! Je n’ose espérer. J’ai peur d’espérer. D’apprendre qu’ils s’en vont.

8h40 soir  Journée tranquille. Les allemands n’ont pas répondu à nos canons ! et nos canons ont peu tiré du reste. Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Allons nous avoir une trombe d’obus, ou est-ce que ce sera la délivrance ? Je suis inquiet. Tout cela n’est pas naturel, et c’est l’impression de tous !!

Manqué cet après-midi vers 3h1/2 la visite de S.E. le Cardinal Luçon, accompagné de Mgr Neveux. J’irai demain la lui rendre et savoir si c’est une visite ou autre chose !! Ce doit être une visite. Ma bonne Adèle était toute effarée et surtout ennuyée d’avoir dit que j’étais là !! Quand je venais de sortir !! Nous verrons demain.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

3 décembre – Nuit très calme,

Obus aux extrémités de la cille, sur les batteries vraisemblablement et canonnade toute la journée.

– Dans Le Courrier d’aujourd’hui, nous lisons cet article :

La censure à Reims.

Nos lecteurs eux-mêmes pourront nous rendre cette justice que nous l’avons pas abusé ni même usé, jusqu’ici, du droit de critique que le gouvernement octroie aux journaux à l’égard de la censure et des censeurs.

Et même aujourd’hui que nous nous trouvons dans l’obligation de mordre notre laisse, nous commencerons par rendre hommage à la courtoisie des censeurs, assez nombreux déjà, que l’autorité militaire et civile a préposés à la tâche – bien ingrate, convenons-en – de réviser nos morasses.

Pour être sincères, nous devrions faire certaine réserve en rendant cet hommage unanime à nos maîtres d’un jour. Mais, nous sommes devant l’ennemi… Déclarons donc simplement que même entre les mains d’hommes charmants, les ciseaux d’Anastasie sont parfois haïssables, et que malgré l’état de siège, la censure pourrait être sévère, sans devenir pour cela excessive.

A Reims, elle est devenue – disons le mot – intolérable.

Ses exigences se sont accrues de jour en jour et les choses en sont venues à un point te l qu’il est impossible d’aller plus loin sans protester, par dignité professionnelle, contre la situation unique et inique qui est faite présentement à la presse rémoise.

Nos confrères parisiens se plaignent d’être bâillonnés. Que diraient-ils à notre place ?

Défense nous est faite absolument d’indiquer le nombre et le nom des personnes tuées et blessées, au cours des bombardement journaliers ! Défense aussi de signaler, même après plusieurs jours, les dégâts causés aux monuments publics, aux usines et aux maisons !

Hier, on nous a caviardé un passage donnant la statistique, à ce jour, des victimes civiles.

La cathédrale serait incendiée à nouveau que nous n’aurons plus le droit de le dire !

En nous imposant une consigne aussi sévère, la Place de Reims a sans doute ses raisons.

Mais ces mêmes raisons n’ont-elles pas une égale valeur pour les journaux parisiens, qui se vendent à Reims tout aussi bien que les nôtres et auxquels – malgré nos réclamations journalières – ce rigoureux veto ne s’applique pas.

La liberté de la presse n’existe plus ; nous nous inclinons. Mais que, du moins, on assure l’égalité de tous les journaux et leur soumission commune aux mesures de salut public qu’impose la défense nationale !

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 3 – Nuit et matinée tranquilles. Canonnade entre les batteries belligérantes. Nuit très tranquille, sauf quelques coups bombes vers 10 h du soir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims
Le Cardinal Luçon - Collection Véronique Valette
Le Cardinal Luçon – Collection Véronique Valette

Eugène Chausson

3/12 jeudi – Beau temps. Canonnade de notre part toute la journée sans riposte des Allemands. A 7 h du soir, le temps est superbe et on n’entend plus absolument rien. Nuit tranquille

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Octave Forsant

Jeudi 3 décembre.— Reçu ce matin la visite de Mme Deresme, institutrice, réfugiée dans les caves Pommery. Elle me demande de l’autoriser à ouvrir une garderie dans les caves. Je l’y ai autorisée bien volontiers, lui conseillant même de transformer cette garderie en école dès qu’elle pourrait y réunir une ving­taine d’enfants. (Ce devait être la première École de cave.)

Source 1 : Wikisource.org


3 décembre

« On a indiqué ici, à bien des reprises, les circonstances de toute sorte qui commandaient de faire succéder la guerre de tranchées à la guerre de manœuvres, dans l’est après les victoires de la Marne, dans le nord après les combats qui avaient porté une partie considérable de nos armées et l’armée anglaise aux plaines de Flandre.
Il y a une heure pour les ardentes et brillantes vertus qui assurent le succès des offensives bien conçues. Il y a une heure pour ces autres vertus et, si je puis dire, pour ces autres courages, qui sont la patience, la ténacité, l’endurance.
Nous pouvions nous laisser entraîner à compromettre, nous avons consolidé les résultats de nos victoires de septembre. Les assauts répétés des Allemands contre les retranchements de jour en jour plus puissants et plus forts ont échoué. Ils ont perdu plus d’hommes devant nos lignes inflexibles que dans leurs succès les plus chèrement disputés.
Ce sera un très grand et très noble chapitre de l’histoire de cette guerre que celui qu’on peut dès aujourd’hui intituler « les Tranchées ». Nos armées sont devenues de bronze dans les tranchées. Et quelque chose y est né qui tiendra dans notre histoire de demain une très grande place, la première de toutes.
Cet esprit des tranchées, dont parlait hier M. Clemenceau dans un éloquent article, c’est le véritable esprit nouveau. Il souffle déjà. Il n’a eu qu’à passer dans le ciel gris d’hiver pour balayer les dernières feuilles des mauvaises forêts. Il souffle vers un monde où, dans une paix qui ne sera plus une trêve armée, la liberté ne sera pas qu’une tolérance et la justice sociale qu’un thème à discours. Et il voudra souffler partout. »

Source : La grande Guerre au jour le jour