• Monthly Archives: décembre 2014

Jeudi 31 décembre 1914

Abbé Rémi Thinot

31 DECEMBRE – jeudi –

11 heures 3/4 soir ; Toute la soirée avait été calme. Voici qu’un gros coup de Canon retentit… C’est pour finir 1914.

L’aiguille tourne ; je ne sais pas que j’achève une année ! Année de deuil et de tristesse… La guerre.. ! et quelle guerre… ! Au moins, est-ce l’aube des nécessaires résurrections ?

Mais il me semble bien qu’il faudra d’autres catastrophes que celle-là… pour que la France, pourrie d’anticléricalisme, ressuscite et revive dans l’auréole de la vertu et de la fidélité à Dieu… ou bien, c’est que nos gouvernants actuels feront amende honorable, feront l’acte de foi désiré.

Ils ne le feront pas. Mon Dieu ! ayez pitié de nous selon votre grande miséricorde.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Jeudi 31 décembre 1914

110ème et 108ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Rien de saillant, journée de pluie, froid maussade. Vu M. Renaudat, officier automobiliste comme lieutenant près le général Franchet d’Espèrey, commandant la 1ère Armée ! qui venait presque me faire ses adieux, attendu qu’ils allaient partir tous pour une destination…  inconnue. Il paraissait avoir bon espoir et me disait que cela allait très bien pour nous et pour Reims, et que s’il n’était pas revenu dans 2 jours, je veuille bien m’occuper du courrier de M. Legrand, rue Thiers. Il m’a paru très sûr de lui ! Dieu l’entende et Dieu le protège ainsi que moi ! et que l’Aurore de 1915 éclaire notre Délivrance et soit pour moi joie, bonheur, tranquillité, sécurité et conservation de tous les miens, de mon Jean. Surtout qu’il ne soit pas pris et ne parte pas avant que la Paix soit faite !! Que Dieu m’exauce !! je l’ai bien mérité ! J’ai tant souffert !! mais j’offre ces souffrances à Dieu pour m’exaucer et me conserver sains et saufs tous mes chers aimés. Femme, enfants petits et grands, et mon Vénéré Père. Dieu protégez-nous ! Délivrez-nous ! Donnez-nous une année 1915 plus qu’heureuse !!! Et de plus que la France soit victorieuse, vite et bien ! Pour que mes chers aimés jouissent tout le reste de leur Vie, de la Paix et de toutes les joies qu’elle entraîne ! J’offre pour cela tout ce que j’ai souffert et que j’ai enfin une vieillesse heureuse !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit calme. Bombardement qui a fait des victimes, dans la matinée, rue Jacquart.

Le Courrier de la Champagne de ce jour, donne le compte-rendu d’une séance du conseil municipal qui, dit-il, a eu lieu hier, sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire, à laquelle étaient présents : MM. Gougelet, Chezel, Lecat, Perot, Guernier, Bataille, Jallade, Demaison, Ch. Heidsieck, Gustave Houlon, de Bruigac, Rohart, Emile Charbonneaux, Pierre Lelarge et Mennesson-Dupont*.

Les délibérations prises, portaient sur l’adoption de divers crédits et du compte administratif du maire pour l’exercice 1913, ainsi que sur le vote du budget communal de 1915.

– Des bruits pour le moins singuliers et, naturellement, diversement commentés se sont fait jour en ville, aujourd’hui, au sujet de faits qui se seraient passés dans la nuit du 24 au 25 décembre. Je les ai entendus en confidence et j’ai lieu d’hésiter à les noter, en raison de leur caractère de gravité et de leur nature trop exclusivement militaire ; on a déjà colporté tant de bobards, dans Reims… Et quoique la source puisse fort bien être unique, c’est de différentes parts cependant que j’aurais pu les recueillir, à propos de réveillons fêtés sur le front, entre soldats français et allemands.

On précise qu’en un endroit peu éloigné, après être entrés en communication de tranchées à tranchées, certains d’entre eux en seraient arrivés à danser ensemble autour d’un arbre de Noël.

Comme suite à ces événements – est-ce leur triste confirmation – des coupables auraient été traduits devant le conseil de guerre, et il paraît que huit chasseurs à pied ou fantassins auraient payé ces instants d’égarement devant le peloton d’exécution.

Je ne puis me résoudre à faire mention de pareils « on-dit » que sous toutes réserves

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

* M. L. Rousseau, adjoint au maire, a été appelé sous les drapeaux vers la mi-novembre 1914.


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Cardinal Luçon

Jeudi 31 – Nuit tranquille. Canons français dans la matinée.

Visite du Général Rouquerol et du Commandant de Place.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

31 – jeudi. Mauvais temps, pluie et vent. Toujours les grosses pièces et quelques bombes en ville. Nuit calme

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Jeudi 31 Décembre 1914.

Je ne veux pas finir l’année sans te dire que j’espère que l’autre qui va commencer me rendra celui qui est toute ma vie, et qu’elle ne se passera pas sans que nous soyons réunis.

Bons baisers et un adieu à 1914 qui m’a fait tant souffrir. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Jeudi 31 décembre 1914

Nous avons encore progressé le long de la côte de Flandre, enlevé un point d’appui près de Zonnebeke; marqué une avance en Champagne et aussi dans l’Argonne, près du Four-de-Paris, repoussé une attaque au col du Bonhomme, consolidé nos positions en Alsace.
Les communiqués russes indiquent non seulement que les allemands ont vu arrêter leur offensive sur les lignes de la Bzoura, de la Pilica, de la Nida, mais encore qu’ils sont réduits partout à la défensive. Des milliers de prisonniers leur ont été faits. De leur côté, les Autrichiens ont été contraints à fuir si vite vers les Carpates qu’ils ont laissé 50000 hommes aux mains des armées du tsar. En somme, le grand plan d’attaque élaboré par von Hindenburg a complètement échoué. Le contact a été rompu entre les forces autrichiennes et les forces allemandes. La Hongrie est ouverte une fois de plus à l’invasion.
Battus en Arménie par l’armée du vice-roi du Caucase, les Turcs se vengent en commettant d’odieuses atrocités.
Les États-Unis ont remis une note d’ailleurs conçue en termes très amicaux, au ministère anglais des Affaires étrangères. Ils y insistent sur les difficultés que la police des mers, telle qu’elle est exercée par le gouvernement britannique, crée au commerce des neutres.
Essad pacha a refusé de faire la guerre à la Serbie et d’acheter à ce prix la soumission des rebelles albanais.

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Mercredi 30 décembre 1914

Paul Hess

Nuit calme. Bombardement dans la journée.- A propos de la nouvelle aussi (dont a fait mention Le Courrier du 27 courant) annoncée malgré la censure, de l’avance d’un train jusqu’au Châtelet, ce qui, naturellement, ne pouvait que laisser supposer aux Rémois du dehors la délivrance de notre ville, le même journal insère ceci, aujourd’hui :

« Tu dors, censure et Reims est dans les fers »Nous recevons la lettre suivante : Monsieur le rédacteur, Le titre ci-dessus convient parfaitement aux quelques mots que je tiendrais à voir publier dans vos colonnes, au sujet du formidable lapsus de la censure parisienne que vous dénonciez avant-hier – mais pas assez sévèrement à mon gré.Vous avez bien fait ressortir les très pénibles conséquences de cette bourde grossière, principalement le retour en masse des émigrés rémois, obligés ensuite de faire douloureusement demi-tour à Pargny ou à Germaine.Mais, ce que vous avez omis, c’est de réclamer une sanction – car il s’agit d’une faute lourde et vraiment inexcusable. Moi, qui ne suis ni censeur, ni Meusien, je verrais bien, par exemple, qu’on fait un une gaffe monumentale en racontant que les trains français de la ligne de Lérouville à Sedan vont maintenant jusqu’à Stenay – sachent que les Allemands sont retranchés en arrière de Consenvoye et de Forges, bien en deçà de Stenay.Et bien ! il en est de même du raid fantastique d’un train imaginaire jusqu’au Châtelet.Pour que des censeurs, pour que des militaires laissent imprimer cette énormité que nos trains vont jusqu’au Châtelet, il faut, de deux choses l’une : ou qu’ils soient d’une incapacité inimaginable, ou qu’ils se désintéressent totalement de la haute mission qui leur a été confiée.…Censuré…Et s’il est vrai, comme le déclarait dernièrement le général Humbel dans La Libre Parole, que la censure militaire, à Paris, est « exercée par des pseudo-militaires à qui la frontière ne dit rien », il n’y aurait qu’à les faire permuter avec des officiers du front ; ainsi, ils apprendraient peut-être où se trouve la ligne de feu…Un nouveau mais très dévoué lecteur du Courrier.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Visite au Fourneau Économique, 260 avenue de Paris

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Avenue de Paris - CPA : collection Pierre Fréville

Avenue de Paris – CPA : collection Pierre Fréville


Eugène Chausson

30 Mercredi – Temps assez calme, les grosses pièces reprennent vers midi, à 5 h du soir, le calme est rétablie. Nuit relativement calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Mercredi 30 décembre

Nos troupes ont enlevé en Belgique le village de Saint-Georges. L’ennemi a canonné le front au nord de Roye, spécialement du côté du Quesnoy-en-Santerre. Progrès de nos soldats dans l’Argonne, et sur les Hauts-de-Meuse, où nous repoussons quelques contre-attaques. En Alsace, nous avons marqué des avances sérieuses du côté de Steinbach, sur un éperon montagneux qui domine la région de Thann.
On annonce que le raid des hydravions anglais à Cuxhaven a produit des dégâts importants. Un Parseval et son hangar auraient été détruits; des Zeppelins et leurs hangars endommagés. Les unités navales britanniques n’ont, de leur côté, subi aucune perte.
Le drapeau italien a été hissé sur la ville de Valona. Cette occupation disent les journaux de Rome, ne signifie nullement que le gouvernement ait le désir de se lancer à corps perdu dans l’aventure albanaise. La presse autrichienne n’en marque pas moins sa mauvaise humeur.
Le colonel Barone, le plus connu des écrivains militaires italiens a fait appel à la jeunesse, dans une conférence, pour la guerre offensive contre l’Autriche.
Les troupes austro-hongroises ayant renoncé à une nouvelle attaque en Serbie se fortifient contre les Serbes en Bosnie-Herzégovine.
La misère s’aggrave à Budapest où se multiplient les démonstrations populaires contre la guerre. Des manifestations se produisent également à Vienne.

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Mardi 29 décembre 1914

Abbé Rémi Thinot

29 DECEMBRE – mardi –

Coup de théâtre ; Le Cardinal a reçu une lettre du Ministère concernant ma nomination d’aumônier. Malgrès que les cadres soient absolument au complet, on me nomme aumônier auxiliaire avec solde…

A la grâce de Dieu ! Je voudrais pourtant bien aller revoir Maman et ma Savoie avant que de gagner mon poste… .

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Mardi 29 décembre 1914 (recopié sur feuillet 21x13cm)

108ème et 106ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Journée calme, mais triste. Je souffre de plus en plus de l’isolement et en arrive jusqu’à désirer la mort. Loin des miens et de tous ceux que j’aime et pour lesquels je tâchais de vivre, mais maintenant je suis trop las, et n’entrevois pas l’espoir de me retrouver ici avec tous mes aimés ! Je n’ai même plus la force de pleurer ! Mon Dieu ! mon Dieu !

Le feuillet 184 a été soigneusement recopié sur un feuillet de format 13×21 cm, la journée du 30 décembre 1914 est manquante.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit calme. Bombardement dans la journée.

– Reims paraît vide. Il est de fait que sa population est si fortement réduite qu’on peut l’évaluer actuellement à peu près au 1/6 de ce qu’elle était avant la mobilisation.

Sur la fin d’août, avant l’arrivée imminente des Allemands, bon nombre de Rémois effrayés à la vue de la triste émigration des Ardennais, avaient fui la ville. Des familles étaient parties en auto et la gare avait été assaillie, pendant une huitaine de jours, par des foules de gens qui ne réussissaient à prendre place dans un train qu’après avoir longtemps attendu devant ses grilles. Dans les premiers jours de septembre, à l’approche de l’ennemi, le génie avait fait sauter les voies du chemin de fer et le CBR ayant lui-même suspendu son service, l’exode s’était trouvé, en grande partie arrêté. Pendant l’occupation allemande, les départs très limités n’offraient plus le même caractère, car seuls étaient autorisés à quitter Reims, par leurs propres moyens, les gens ayant obtenu de la Kommandantur des laissez-passer leur permettant de retourner dans les pays qu’ils avaient abandonnés devant l’invasion – mais après la terrible semaine de bombardement commencée le 14 septembre, aussi tôt la victoire de la Marne est terminée avec l’incendie de la cathédrale et tout un quartier du centre, la plupart des sinistrés de ces pénibles journées ainsi que beaucoup de malheureux Rémois, épouvantés au sortir de leurs caves, s’étaient enfuis en masse et sans but, dans la nuit du 19 au 20, par les routes de Dormans et d’Épernay.

Plus tard, les ruines s’accumulant chaque jour, d’autres habitants se virent contraints d’évacuer leurs immeubles bombardés ou incendiés et de partir d’eux-mêmes, ou sur invitation de l’autorité militaire se réservant une zone d’action. Par la suite, le CBR reprenant un service qui permettait d’atteindre Fismes d’une part et Dormans par Bouleuse, émigration s’amplifia à parti du 5 octobre, surtout par cette dernière ligne.

Pour sortir de la ville, un laissez-passer était nécessaire. Il était délivré d’abord à la mairie, puis, avec certaines formalités, aux bureaux de la place ; il put ensuite être demandé dans les commissariats de police où il était assez facilement obtenu, sur production d’une pièce d’identité, après visa du commandant militaire.

La municipalité, afin de donner pouvoir à nos concitoyens sans ressources de s’éloigner aussi bien que les plus fortunés du danger permanent que constituait le bombardement, avait décidé la délivrance de billets de passage gratuit sur les chemins de fer, pour toutes directions ; elle accordait même un secours de route aux nécessiteux qui en faisaient la demande. Aussi, inévitablement, après chaque arrivée d’obus plus forte qu’à l’ordinaire, y avait-il une affluence, quelquefois considérable, à l’hôtel de ville devant le 1er bureau du secrétariat dont était chef M. Labergne, près de qui se formulaient les demandes de billets de transport, par les personnes désireuses et pressées de quitter la ville. Des numéros devaient chaque fois être distribués, afin que chacun passât à son tour.

Reims, dans ces derniers jours de l’année 1914, après trois mois et demi de bombardements ayant provoqué une partie des départs, ne comptait plus guère que vingt mille âmes. Des rues, des quartiers entiers étaient devenus déserts. Au centre, la population était fortement clairsemée ; on trouvait bien un peu de mouvement autour de l’hôtel de ville et, certains jours, sur la place des marchés, mais notre cité ne présentait plus de véritable animation qu’à la Haubette et environs, où le gros des habitants demeurés sur place s’était fixé temporairement.

– On lit dans Le Courrier d’aujourd’hui, ces nouvelles navrantes :

Drame de la misère.

Samedi matin, M. Cugniat Jean-Baptiste, 54 ans, ouvrier agricole, domicilié avenue d’Épernay 72, a été trouvé mort dans une cave de la rue de Courlancy, où il avait pris refuge. Ce malheureux avait succombé aux privations et au froid.

Dimanche, des voisins surpris de ne plus voir une veuve Michel, 65 ans, demeurant place Drouet d’Erlon 12, firent par de cette disparition à M. le Commissaire de police du 1er canton. Ce magistrat se rendit au domicile de cette femme qu’il trouva morte, elle aussi, de privations, à la suite du départ des siens on ne sait où.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mardi 29 – Nuit tranquille. Visite aux S. Desbuquois, M. Kunkelmann. Visite du Colonel. Visite à M. Abelé.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

29 Mardi – Temps plus calme, canonnade légère ; les grosses pièces se turent. Quelques bombes comme toujours. Nuit calme ; le mauvais temps a un peu disparu pour faire place à une petite gelée blanche.

 Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Mardi 29 décembre

Notre avance s’est poursuivie en Belgique, à l’est de Lombaertzyde, où nous arrivons au centre même de la résistance allemande dans les dunes; nous avons gagné 800 mètres de tranchées à Carency, près de Lens.
Le canon a violemment tonné dans les régions de Reims et de Perthes. Progrès de nos soldats dans l’Argonne et sur les Hauts-de-Meuse. Ils repoussent une contre-attaque allemande en Haute-Alsace, près de Stembach.
L’amirauté anglaise publie un récit détaillé du combat qui a eu lieu devant Cuxhaven, le grand port militaire allemand, entre des hydroplanes britanniques, des zeppelins, des avions et des sous-marins ennemis. Les zeppelins canonnés par des croiseurs rapides qui accompagnaient les hydravions ont dû s’enfuir. Ceux-ci ont bombardé Cuxhaven. L’émotion est grande à Berlin.
Les combats sur la Bzoura, en Pologne, continuent à coûter des milliers d’hommes aux corps de von Hindenburg.
Suivant un grand journal anglais, le Daily Telegraph, ce général immole division sur division dans son effort pour gagner Varsovie. Le kaiser lui a, en effet, enjoint d’emporter cette ville, mais il semble certain qu’il ne la prendra pas.
On se bat également sur la Nida, où les Allemands ont dessiné une violente offensive. Là ils pénétrèrent dans plusieurs villages où ils commirent leurs brutalités coutumières, mais les Russes revenant sur leurs pas, les chassèrent et en capturèrent plus de 3500.
Le gouvernement italien a notifié le débarquement à Valona au gouvernement hellénique. Il est à noter que cette opération suscite quelques réserves parmi les journaux de Rome. Plusieurs d’entre-eux estiment qu’il eût mieux valu concentrer tous les efforts sur le Tyrol et à la frontière orientale.
Les électeurs japonais sont convoqués pour le 25 mars.
Des manifestations anti-allemandes ont eu lieu dans plusieurs villes de la Hongrie.
Plusieurs fonctionnaires ont été arrêtés en Italie pour complicité de contrebande de guerre au profit de l’Allemagne. Le gouvernement de Rome a marqué par là son désir de garder la plus stricte neutralité.
L’Autriche qui envoie le restant de ses troupes disponibles vers les Carpates en est réduite à la défensive en Bosnie-Herzégovine, où les troupes serbes et monténégrines ont fait irruption de nouveau. La panique règne du reste à Sarajevo, la capitale de la Bosnie, d’où une partie de la population s’est enfuie.
La Gazette de Cologne, qui est un des grands organes officieux du cabinet de Berlin, fait l’apologie du  » mensonge patriotique  » Elle estime que du moment où l’on est entré dans cette voie il n’est plus aucune raison de s’arrêter.
Le Lokal Anzeiger qui est une des gazettes les plus répandues de Berlin, a adressé à un certain nombre de personnalités germaniques, cette question palpitante : pourquoi L’Allemagne sera-t-elle victorieuse? Aucune de ces personnalités n’a mis en doute la victoire de L’Allemagne. La plupart, sans chercher d’autres arguments, ont répondu avec simplicité : l’Allemagne sera victorieuse parce qu elle est l’Allemagne.
Le chef du parti conservateur, M. de Heydebrand, qui a été plus explicite, estime que la Russie n’a plus de troupes, que la France en est réduite à la défensive, que l’Angleterre ne pourra plus débarquer de soldats sur le continent et qu’elle est menacée dans ses ravitaillements futurs. Et ces affirmations extraordinaires, contraires à toute vérité, n’ont surpris personne outre-Rhin.
L’opinion turque est de plus en plus irritée contre les Allemands. Elle croit que ceux-ci sont définitivement et bien battus. Les échecs des forces ottomanes en Arménie et en Égypte ont d’ailleurs quelque peu dissipé la jactance qui régnait à Constantinople. Les hommes politiques de Stamboul, qui suivent de près les événements européens redoutent que la Turquie ne soit entraînée dans la débâcle des deux empires germaniques. Et d’ailleurs leur pays manque de plus en plus d’argent et l’Allemagne qui n’en a pas assez pour elle-même se montre de moins en moins généreuse.

Source : La grande Guerre au jour le jour

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Lundi 28 décembre 1914

Louis Guédet

Lundi 28 décembre 1914 (recopié sur feuillet 21x13cm)

107ème et 105ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Journée monotone. Vent et pluie de tempête qui ne permettent pas de distinguer le bruit de la bataille et du bombardement. Vu Procureur de la République pour les Études, rendu compte de mon entrevue avec M. Herteaux, Procureur Général à Paris. Qu’en sortira-t-il ? Rien et moi, le seul resté comme notaire à Reims je serai traité d’imbécile ! Voilà ce qui m’attend. J’aurai souffert, peiné pour les flancheurs et on se moquera de moi comme récompense et conclusion !

Je suis bien las – écœuré – en attendant peut-être d’être tué ; je n’aurai même pas la consolation de voir que j’ai souffert pour les miens utilement.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Obus la nuit et dans la matinée. Aux docks, il y aurait eu des victimes.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 28 décembre – Nuit tranquille. Donné 50 F à M. le Curé de S. Maurice ; 100 F à M. le Curé de St Remi, ; 50 F à M. le Curé de Ste Clotilde. Visite à St. Maurice, à St. Remi, à Ste Clotilde.

Visite à l’Ambulance Ste Geneviève, aux Gendarmes, logés auprès de la maison des Sœurs de St Vincent de Paul, rue Cazin.

Demandé à la Sainte-Famille de Troyes dont je suis Cardinal-Protecteur, si la Supérieure pourrait faire parvenir des lettres à Burnot en Belgique, ou par l’Allemagne.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

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Eugène Chausson

28 Lundi – Temps affreux, grand vent et pluie. Canonnade légère et quelques obus en ville. A 5 h du soir, calme complet de part et d’autre. Très mauvais temps toute la nuit.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Lundi 28 décembre

Les faits militaires importants ont eu lieu :
1- à Perthes-les-Hurlus, où l’ennemi a contre-attaqué vainement pour reprendre les tranchées qu’il avait perdues.
2- A Saint-Hubert, en Argonne où les Allemands, sous le feu de notre artillerie, ont dû évacuer plusieurs tranchées.
3- A l’est de Saint-Mihiel entre Meuse et Moselle, où nous avons refoulé des attaques.
Nos avions ont bombardé, à Metz, les hangars d’aviation de Frascati, la gare et les casernes de Saint-Privat.
Nous continuons à avancer en Haute-Alsace, sur les hauteurs qui dominent Cernay.
Saint-Dié a été encore une fois bombardée, à longue portée.
Les Russes ont rejeté de nouvelles attaques allemandes, en Pologne, sur la Bzoura et la Rawka; ils ont battu les Autrichiens sur la Nida; ils les ont battus encore et forcés à une retraite précipitée au col de Doukla, dans les Carpates. Au total, i1s ont capturé dans les trois derniers jours 10.000 ennemis environ.
Le gouvernement italien a envoyé à Valona un régiment de bersagliers pour remplacer les fusiliers marins qui y avaient d’abord débarqué.
Des avions anglais ont survolé le port militaire allemand de Cuxhaven: des avions français ont paru au-dessus du port militaire de Pola, le grand arsenal de l’Autriche-Hongrie dans l’adriatique.
Conrad de Wied, ex-roi d’Albanie, qui s’était enfui devant la sédition de ses sujets et qui avait repris du service dans l’armée allemande, fait savoir qu’il n’a nullement abandonné ses prétentions au trône de Durazzo.

 

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Dimanche 27 décembre 1914

Louis Guédet

Dimanche 27 décembre 1914 

106ème et 104ème jours de bataille et de bombardement

10h soir  Rentré à Reims, retour de Paris. Trouvé Reims dans la même situation ! je suis triste, découragé, ayant abandonné tous les miens. La suite a été rayée.

Chers aimés, pour rester dans la fournaise, le tombeau, et je ne sais quand ce martyre cessera.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit assez calme.

Dans la journée, tir de nos pièces et bombardement. l’après-midi, des obus arrivent dans le quartier de Neufchâtel.

– La chronique de bombardement du Courrier dit aujourd’hui :

Le bombardement (102e jour de siège)

Après le « Taube » qui, vendredi dans l’après-midi, fit tomber trois bombes, sans résultat que de la poudre perdue, un autre avion allemand a survolé Reims hier, vers deux heures de l’après-midi.

En souvenir de son passage, il a laissé échapper deux marmites.

Donc les obus pleuvent chaque jour, et hier matin encore, quand nos grands confrères parisiens annonçaient la délivrance de Reims, en dépit des communiqués officiels qui attestent aujourd’hui même « qu’en Champagne ont été livrés des combats d’artillerie et que plusieurs attaques allemandes ont été repoussées ».

C’est à en croire qu’Anastasie s’oublie parfois dans les bras de Morphée.

D’autre part, on peut lire encore ceci, dans le même journal.

La délivrance de Reims – annoncée par les journaux… parisiens.

Les journaux parisiens…, nous allions écrire marseillais, publient à l’envi la note suivante :

Le Petit Troyen, sous ce titre : « La région de Reims se dégage-t-elle ? » annonce que les services télégraphiques de Reims sont rouverts au public depuis hier, ainsi que dix-huit bureaux de poste de la région.

On annonce également qu’un train a pu hier atteindre la gare du Châtelet, dans les Ardennes, à vingt-huit kilomètres au nord-est de Reims et à une douzaine de kilomètres au sud de Rethel, sur la ligne Mézières-Charleville.

et Le Courrier ajoute :

La lecture de cette note nous a laissés profondément rêveurs. Comment la censure parisienne a-t-elle pu laisser passer cette bourde phénoménale ? Le moindre défaut de cette fausse nouvelle est de contredire outrageusement les communiqués officiels insérés en première page des mêmes journaux…

…La censure parisienne qui passe son temps à chercher avec des verres grossissants, dans les polémiques de nos confrères, la petite bête qui ne s’y trouve pas, mais qu’il faut trouver quand même, laisse passer à côté de cela des dangereuses énormités dont la suppression constituerait pourtant son unique raison d’être.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Rue de Neufchâtel – Photographie : Gallica-BNF


Cardinal Luçon

Dimanche 27 décembre – Nuit tranquille. Forte canonnade toute la journée. Coups de canon (français, allemands ?) vers 11 h ou minuit, pas de bombes sur la ville.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

27 Dimanche – Pluie – Un peu de canonnade et quelques bombes en ville, nuit tranquille.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Dimanche 27 Décembre 1914.

Qu’il est donc des tristes jours et pourtant les autres années c’est un jour de réjouissance. Noël, je me rappellerai celui de 1914. Je t’ai dit que la maison Pommery s’occupait pour que les enfants réfugiés n’aient pas trop à souffrir de la guerre.

La maison avait donc installé un immense sapin dans un des couloirs et chaque enfant devait avoir un jouet. On avait invité les parents. Mais tu penses bien, mon Charles, que je n’ai pas voulu y assister. C’est Marguerite qui y a conduit André. Pour accompagner le chant des enfants, on avait apporté un piano et un violon et ce furent deux soldats des tranchées qui vinrent jouer la musique.

Ton papa cet après-midi-là vint vers deux heures. J’étais seule avec maman. Il me demanda si je voulais le conduire voir André à la cérémonie. J’accédai à son désir, sachant que je n’entrerai pas. Vois-tu mon pauvre tit Lou, mon pauvre cœur, je me demande comment il peut résister encore. J’arrivai donc à la fête et je montrai à ton papa où il pouvait voir coco. Au même moment arrivaient toutes les orphelines de Saint-Vincent-de-Paul qui venaient chanter. Je m’esquivai et je restai dans l’ombre car il fallait que j’attende ton papa. Oh ma pauvre Chipette, je ne croyais jamais souffrir ainsi ! Tout à coup des voix montèrent sous les voûtes ; c’étaient les jeunes filles qui chantaient ‘Minuit Chrétien’.

En repensant à ce chant, je frissonne encore. Il me semblait que c’était comme des plaintes que j’entendais. Tu la chantais quelquefois, toi mon Charles. Je te revoyais là dans ton petit coin, entre la table et la cuisinière. Qu’on était heureux en ce temps là, et combien il a été court ! Mais maintenant que fais-tu ? Est-il vrai que tu aies pu tomber sur le champ de bataille ? Il me semble te voir, quand je suis découragée comme je le suis aujourd’hui, étendu à terre, le front troué et ta figure triste, si triste. Ce n’est pas possible, cela ne peut pas être.

Le chant s’arrêta, puis elles reprirent le ‘Gloria in excelsis’ et ton papa revint. Il vit ma tristesse. Quelle détresse était la mienne ! « Ma pauvre Juliette, ne m’ôtez- pas mon courage, me dit-il. Il reviendra. Et si jamais le malheur voulait le contraire, nous sommes là pour vous aider à élever vos petits ». Pauvre papa, mais vous ne voyez donc pas. Je sais bien que j’arriverai à les élever, mais c’est mon Charles que je veux. Je ne pourrai supporter l’existence sans lui. C’est atroce puisque je l’aime toujours ; il faut qu’il me revienne.

Voici ton parrain qui vient avec Gaston me dire bonjour. « Mon petit, me dit ton parrain, reprenez-vous car moi, j’ai la conviction qu’il reviendra ». Je fais celle qui se laisse consoler et ils s’en vont. C’était la sortie de Noël ; ton cadet a eu 3 joujoux, il a été favorisé. Tout le monde en est fou.

Je prie le bon dieu pour qu’il permette que tu nous sois rendu et aussitôt mon Charles, je chercherai le sommeil. Moi qui dormais si bien, je ne dors plus.

Je te quitte. Tout mon cœur à toi, toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Dimanche 27 décembre

C’est la journée des contre-attaques allemandes repoussées. On les signale à Noulette (ouest de Lens), à la Boisselle (nord-est d’Albert), à Lihons (ouest de Chaulnes), à Chivy (nord-est de Soupir), dans la région de Perthes, et devant Cernay, en Alsace. Dans la région de Thann, nous avons progressé.
Un zeppelin a survolé Nancy, en causant des dommages matériels et en tuant deux personnes.
Les combats violents entre Allemands et Russes continuent sur le cours de la Bzoura. Les Allemands ont été refoulés avec des pertes énormes, des régiments entiers étant anéantis.
Les Autrichiens ont été battus sur le cours inférieur de la Nida, laissant 4000 hommes aux mains de leurs vainqueurs.
Le ministère japonais mis en échec par la Chambre sur la question des armements a prononcé la dissolution.
Les journaux italiens présentent l’occupation de Valona comme un avertissement à l’Autriche et à la Turquie.
Un cuirassé autrichien a été endommagé par une mine dans l’Adriatique.
Le chancelier de Bethmann-Hollweg a essayé de donner un démenti à la déclaration ministérielle française du 12.
Un nouveau sous marin anglais a pénétré dans les Dardanelles détruisant des mines.

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Samedi 26 décembre 1914

Paul Hess

Quatrième nuit de fusillade très intense et de canonnade nourrie à l’est de Reims.

– Un aéroplane lance des bombes sur la ville, à 14 heures.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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à l’est de Reims… CPA : collection Pierre Fréville


Cardinal Luçon

Samedi 26 décembre – Nuit tranquille, sauf quelques coups de grosse artillerie.

Canonnade assez vive toute la journée. Aéroplane allemand.

Lettre à Mgr l’Évêque d’Angers (Recueil p. 74).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

26 Samedi – Pluie. Toujours violente canonnade et un peu de bombes en ville. Nuit très calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Samedi 26 décembre

Nos troupes ont gagné du terrain entre Loos et Vermelles dans le Pas-de-Calais, à la Boisselle (Somme),- accru ou consolidé leurs progrès en Champagne, à Perthes et Mesnil-lez-Hurlus, où nous avons occupé maintenant toute la première ligne de défense ennemie – et sur le front Boureuilles-Vauquois, en face de Montfaucon en Argonne. Sur les Hauts-de-Meuse, près de Saint-Mihiel, les Allemands ont dû rétrograder; enfin dans les Basses-Vosges, nos avant-postes atteignent à Cirey-sut-Vesouze.
Sur le front oriental, le bulletin russe signale un gros échec allemand à la gauche de la Vistule, vers Sopatchew et Polimow; suite des combats sur la Pilitza; plus su sud, développement de l’offensive russe sur les contreforts des monts Carpates. Les journaux de Vienne commencent à reconnaître que les généraux du tsar ont ressaisi l’avantage en Galicie.
Une insurrection a éclaté en Albanie contre le gouvernement provisoire d’Essad pacha qui avait les sympathies de l’Italie. Le palais d’Essad a été incendié à Tirana. Il est avéré que cette révolte a été fomentée par les beys turcs, et vraisemblable qu’elle a été favorisée par le cabinet de Vienne, soucieux de créer des embarras au cabinet de Rome, son adversaire prochain.
Des troupes italiennes ont débarqué à Valona, qui est le Gibraltar de l’Adriatique.

 

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25 décembre 1914

Abbé Rémi Thinot

25 DECEMBRE – vendredi –

Aujourd’hui, jour de Noël. 100ème jour de bombardement. J’ai porté ma tristesse tout le long du jour ;

Ce n’est pas Noël

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Nuit claire. Détonations de nos grosses pièces et nombreux coups de fusil. Vers 16 h, des mitrailleuses tirent sur un aéroplane allemand qui passe au-dessus de la ville.

– Depuis trois mois et demi que dure le bombardement, nombre d’habitants de Reims n’ont pour ainsi dire pas quitté les caves. Beaucoup de ceux restés en ville jusqu’alors, ont aménagé des installations à demeure leur permettant de s’y réfugier à toute alerte et d’y passer chaque nuit.

Il en est ainsi chez mon beau-frère, P. Simon-Concé, 10 rue du Cloître. une belle cave voûtée, à deux issues dont une remontant directement dans l’impasse de la cour du Chapitre, a permis de donner abris tous les soirs, jusqu’au lendemain matin et depuis le milieu de septembre, à une assez nombreuse réunion de personnes, composée de la famille, d’employés, locataires et voisins ayant apporté leurs literies. Il y a eu, pour y coucher, jusqu’à trente-huit occupants.

A l’hôtel de ville, une petite colonie de membres du personnel se retire, pour dormir sans s’émouvoir, dans les sous-sols.

Dans les maisons de vins de Champagne, en particulier, les caves ont toutes un nombre considérable de personnes à loger. Certaines de ces maisons ont assemblé là jusqu’à un millier de gens de toutes conditions. Quelques-une y ont installé provisoirement des bureaux, de sorte que leurs employés travaillent, mangent et dorment à l’abri des obus. Il en est encore dans lesquelles, des maîtres et maîtresses dévoués de l’enseignement public ou libre, font la classe aux enfants du quartier qu’ils ont pu réunir à la rentrée. Des cérémonies religieuses y ont même été célébrées ou doivent l’être à l’occasion de la fête de Noël ; le 8 décembre, une messe a été dite dans les caves Werlé et des messes de minuit ont été préparées, paraît-il, aux caves Abelé, Chauvet et L. Roederer.

Aussi, beaucoup de nos concitoyens sont-ils heureux, d’avoir trouvé ici ou là, en même temps que la sécurité relative dans une ambiance d’union contre le danger commun, des conditions de vie appropriées pour le mieux aux besoins actuels de leur pénible existence.

– Dans Le Courrier d’aujourd’hui, on peut lire :

Condamné à mort et exécuté.

Dans sa séance du 19 décembre 1914, le conseil de guerre siégeant à Reims, a condamné à la peine de mort, le nommé Nocton Octave, journalier, né le 8 juillet 1866, à Pouillon (Marne).

Cet individu a été convaincu d’avoir entretenu des intelligences avec l’ennemi et d’avoir violé la sépulture de cadavres allemands pour les voler.

Il a été fusillé le 21 décembre.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 25 décembre – Noël. A minuit, assiste à la Messe militaire dans les caves Roederer : 700 à 800 hommes ; 50 à 60 communions de soldats. Très beaux chants, très pieusement exécutés par les soldats. Grand’messe à 10 h chapelle du Couchant. Vêpres à 2 h 1/2 à Sainte-Geneviève.

Visite aux malades, 14 rue Cazin ; remercier Melle Mahieu qui cède une partie de la Maison pour le Grand Séminaire, dont les élèves, peu nombreux, une dizaine, ne peuvent rester rue de l’Université, leur maison est trop souvent attente par les obus.

Toute la journée échange entre les armées de coups de canons et de fusils. Taube.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

25 Vendredi – Assez beau temps aussi on en a profité pour exécuté une violente canonnade. Un peu de bombes. Les aéros ont lancé 3 bombes dont une est tombée dans les jardins route de Tinqueux.

Nuit tranquille

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Vendredi 25 décembre

En Flandre, nous avons progressé à la sape dans les dunes et aussi au sud-est d’Ypres, tandis que l’armée belge envoyait des détachements, au sud de Dixmude, sur la rive droite de l’Yser. Les zouaves se sont brillamment battus dans la région de l’Aisne en restant maîtres des tranchées de Puisaleine. Quatre cents mètres de tranchées ont encore été enlevés par nous en Champagne à Mesnil-lez-Hurlus. L’ennemi, qui tentait une offensive, a été repoussé près de Consenvoye. Enfin notre infanterie a fait un bond important au nord-est de Saint-Dié, dans le Ban-de-Sapt.
Les Russes signalent des opérations favorables à leurs armes; à la frontière prusso-polonaise, vers Mlava, sur la Bzoura, près de Skiernewice, sur la Pilitza, en Galicie et dans les Carpates.
L’escadre anglaise a détruit d’importants ouvrages d’art du Bagdad près d’Alexandrette (Asie-Mineure).
Deux aviateurs français ont survolé Sarrebourg.
Le général Potiorek, qui commandait l’armée d’invasion de la Serbie, a été disgracié. D’autre part le général von Hoeffer remplace le général Conrad de Hoetzendorf à la tête de l’état-major austro-hongrois.

Source : La grande Guerre au jour le jour

 

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24 décembre, la messe de Noël à la cathédrale

Je n’ai pas la date de cette publication dans « Le Miroir », elle a dû être paraître après la guerre

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Jeudi 24 décembre 1914

Abbé Rémi Thinot

24 DECEMBRE – jeudi –

J’ai confessé pas mal d’enfants et de grandes personnes aux caves Werlé, dans un confessionnal improvisé entre les bouteilles…

Demain, à 7 heures et demie, je dirai la messe là… sous ces voûtes profondes…

Quels temps nous vivons ! et que de choses extraordinaires, qu’on finit par trouver très naturelles !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Nuit encore très mouvementée. Fusillade et canonnade.

– Sur la situation actuelle de Reims, Le Courrier dit aujourd’hui ceci :

Le bombardement (99e jour de siège)

Nous avons dit hier, que la journée avait été marquée par une recrudescence sauvage du bombardement qui avait, en outre des ruines, fait de nombreuses victimes.

La censure nous ayant interdit d’en publier le chiffre officiel nous nous sommes inclinés.

Notre population n’en demeure pas moins douloureusement impressionnée, d’autant plus que les derniers communiqués officiels étaient, pour notre région, plutôt rassurants et faisaient prévoir même une amélioration de l’état de choses actuel.

Hier encore, la canonnade a été dirigée sur divers points de la ville. Dieu veuille que nous n’ayons pas d’autres victimes à ajouter au martyrologe de notre malheureuse cité.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 24 – Nuit silencieuse, Canonnade continuelle, dans la matinée du côté français. Pas de bombes sur la ville.

Visite d’un lieutenant, m’invitant à assister à la Messe de Minuit dans les Caves Roederer, messe militaire. Accepté avec bonheur.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

24 – Jeudi – Brouillard en temps froid, car le matin il tombe quelques flocons de neige. Violente canonnade de notre part et un peu de réponse du côté des Allemands. A 4 h 1/4 du soir, quand j’écris ces lignes nos grosses pièces font encore rage de tous les coins de la ville, on se croirait encore au jugement dernier

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


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Jeudi 24 décembre

Nous avons progressé,en Flandre, entre la mer et la route de Nieuport à Westende, ainsi que dans la région Streenstraete-Bixschoote. A l’est de Béthune, les forces franco-anglaises ont repris le village de Givenchy-lez-la Bassée qui avait été perdu. Des combats d’artillerie ont eu lieu a l’est d’Amiens et sur l’Aisne. Nous avons terminé, près de Perthes-lez-Hurlus, la reconquête des tranchées dont l’occupation avait commencé le 21, en gagnant en moyenne 800 mètres. Une section de mitrailleuses a été capturée, personnel et matériel. Progrès également au nord-est de Beauséjour.
Sensible avance de nos troupes dans le bois de la Grurie.
Du front oriental, nouvelles assez mélangées. Les Allemands ont été repoussés, en Prusse orientale, sur la ligne Neidenburg-Soldau-Lautenberg. Mais en Pologne, ils ont pris pied sur la Bzoura inférieure et ils ont dépassé Skiernewice. En Galicie, les effectifs austro-allemands se sont rangés sur la ligne Grybow-Sanok, au nord des Carpates.
Les journaux italiens annoncent que des troubles sont imminents à Constantinople. Talaat bey, ministre de l’Intérieur, qui a été jusqu’au dernier moment partisan de la paix, voudrait renverser Enver bey, qui est à l’armée et s’appuierait sur les éléments hostiles à l’Allemagne.
L’amiral Gallaghan est nommé commandant en chef de l’escadre anglaise du Nord.

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Mercredi 23 décembre 1914

Paul Hess

Après une nuit mouvementée, la matinée est assez calme. Bombardement cependant.

– Rencontré une auto-mitrailleuse, circulant en ville depuis plusieurs jours, pour le tir contre avions.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Mercredi 23 – Nuit assez tranquille (du 22-23) sauf violentes canonnades vers 10 h 1/2 à 11 h 1/2. Canonnade toute la matinée du côté français au moins.

Visite à Clairmarais avec M. l’abbé Dage.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

23 – Mercredi – Comme au jour précédent, jour et nuit.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Mercredi 23 décembre

Une attaque allemande a été repoussée aux abords d’Arras, où nous avons encore progressé. De même trois attaques ennemies ont été refoulées près de Lihons dans la Somme. En Champagne près de Perthes-lez-Hurlus, nos troupes ont enlevé trois ouvrages qui représentent un front de tranchées de 1500 mètres. Dans l’Argonne (bois de la Grurie, Vauquois), nous enregistrons plusieurs avantages.
Les Russes signalent des succès importants sur la rive gauche de la Vistule, entre ce fleuve et la Pilitza, où toutes les tentatives allemandes ont été repoussées, et en Galicie, où les Autrichiens ont subi de grosses pertes.
L’agitation slave prend un caractère de plus en plus accentué en Autriche et en Hongrie.

 

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Mardi 22 décembre 1914

Paul Hess

Une engagement sérieux a dû avoir lieu pendant la nuit, comme hier déjà, du côté de Cernay, car les mitrailleuses, la fusillade et le canon n’ont pas cessé de se faire entendre.

– Bombardement dans l’après-midi, vers le faubourg de Laon, où il y a encore des victimes – femmes et enfants. Sur le soir, plusieurs obus tombent rue des Consuls et rue Jovin.

Après 18 h, des projectiles tirés par certaines de nos pièces, passent au-dessus de la ville.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Avenue de Laon – CPA : Pierre Fréville, Amicarte51


Cardinal Luçon

Mardi 22 – Nuit tranquille, sauf vers minuit : bombes ou canons français ? Bombes vers 10 h du matin ; et canonnade à 11 h du soir. Violente canonnade de 3 h à 7 h après-midi.

Visite de M. Bazin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

22 Mardi – Même temps que la veille, Canonnade, bombes jour et nuit.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Mardi 22 décembre

Les opérations de nos troupes apparaissent dans l’ensemble beaucoup plus actives : en Flandre progrès près de Lombaertzyde, de Saint-Georges, de Bixschoote et de Zwartelem; l’ennemi se venge, il est vrai, en bombardant une fois de plus Ypres à longue distance.
Dans le Nord et le Pas-de-Calais, prise par nos troupes d’un bois près d’Aix-Noulette; dans cette région, entre Béthune, la Bassée et Lens, toute une série de tranchées allemandes sont tombées entre nos mains. Ici encore l’ennemi se venge en bombardant à nouveau Arras.
Dans la Somme, nos gros canons font taire ceux des Allemands et bouleversent leurs tranchées.

Autour de Reims et dans le reste de la Champagne, la supériorité de notre artillerie s’exerce également. En Argonne nous n’avons pas conquis moins de 1200 mètres de tranchées. Dans le bois devenu fameux de la Gruerie, où les ennemis sont formidablement retranchés, et où le combat continue depuis de longues semaines, nous avons fait exploser quatre sapes minées, et nos soldats se sont installés dans les excavations.
Progrès également sur le versant oriental de l’Argonne qui fait face à Saint-Mihiel.
Au nord de Verdun, sur la rive droite de la Meuse, nous avons gagné du terrain dans le bois de Consenvoye et ce mouvement, dont les journées suivantes préciseront la portée, est des plus significatifs.
Enfin, au sud de Verdun, dans les Hauts-de-Meuse, nos avant-postes ont également progressé près du fort Troyon.
Les autorités allemandes établies à Bruxelles ont forcé les neuf provinces de Belgique à constituer des délégués qui ont siégé en commun et envisagé la levée d’un tribut de guerre de 480 millions. Ce tribut devrait être acquitté en douze paiements.
Les Russes poursuivent les Allemands dans la Prusse orientale, après avoir culbuté toutes leurs défenses entre Mlava et Soldau. Toutes les attaques dirigées à nouveau par von Hindenburg sur la ligne de la Bzoura, à la gauche de la Vistule, ont été rejetées avec des pertes considérables pour lui. L’état-major russe signale encore un succès dans la Galicie occidentale sur la Dounaietz et un autre près de Przemysl. Il annonce que des renforts puissants viennent d’arriver aux généraux du tsar en Galicie.
L’armée russe du Caucase a décimé les troupes ottomanes dans la région de Van (Arménie).
L’ambassadeur d’Autriche-Hongrie à Rome, le baron Macchio, a été rappelé temporairement par le comte Berchtold. On interprète de façons très diverses ce déplacement, et d’aucuns prétendent qu’il y aurait des dissentiments entre l’Allemagne et l’Autriche.
Les négociations progressent entre les gouvernements roumain et bulgare, en vue d’un accord balkanique.
Le prince Troubetzkoï, envoyé russe en Serbie, a présenté ses lettres de créance au prince héritier Georges. Tous deux, dans leurs allocutions, ont fait allusion à la nécessité de maintenir la paix entre les États des Balkans.
D’après un journaliste italien, la défaite autrichienne en Serbie a pris le caractère d’une humiliante débâcle. L’armée du général Potiorek a abandonné ses canons, ses fusils, ses approvisionnements.

 

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Lundi 21 décembre 1914

Paul Hess

Nuit calme.

Bombardement dans la matinée, les obus tombent boulevard de la République, rue de la Justice et environs.

– A 13 h 1/2, je suis à la Haubette, où j’ai dû me rendre sur une convocation adressée à tous les hommes exemptés et réformés des classes 1887 à 1909, pour passer devant le conseil de révision, siégeant depuis plusieurs jours dans la salle des fêtes du pont de Muire.

La cour est remplie d’assujettis et l’opération terminée, j’ai le plaisir de rencontrer là des amis. Presque tous sont déclarés bons ou classés dans l’auxiliaire ; avec ma malheureuse infirmité, je reste exempté. Dans la matinée, mon beau-frère Montier, à été reconnu bon.

– Au retour, je puis me rendre compte que si la population est très dense, dans ce queartier de la Haubette et dans le faubourg de Paris, cela va vite en décroissant suivant que l’on rentre en ville. Les promeneurs se raréfient à partir du milieu de la rue de Vesle et leur nombre se réduit de plus en plus, au point qu’on ne voit plus personne du côté de la place Royale.

– Le soir de ce jour, de grosses pièces traversent la ville, montant par la rue Cérès, pour aller prendre position.

– On se plaint toujours des pillards. Le Courrier en reparle aujourd’hui.

Les Pillards.

Les plaintes parviennent nombreuses à la police, contre des individus inconnus, qui ont pénétré nuitamment dans des maisons bombardées ou momentanément abandonnées par leurs légitimes occupants.

Deux arrestations ont été opérées avant-hier.

Rappelons que les pillards s’exposent à des peines très sévères, en raison du caractère odieux que revêtent ces cambriolages.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Boulevard de la République, Rue des Consuls - Collection Gallica-BNF

Boulevard de la République, Rue des Consuls – Collection Gallica-BNF


Cardinal Luçon

Lundi 21 – Nuit très calme. Bombes vers 10 h matin.

Visite aux Fournaux économiques : rue Brûlée 15 et rue Fery. Le premier tenu par les Sœurs de l’Espérance ; le 2e par Sœur Stéphanie et Filles de la Charité. On y distribue plus de 50 rations, parce qu’il n’y a plus personne qui donne des bons. Les autres années, en temps ordinaire on distribuait jusqu’à 10000 rations par jour.

A 10 h 1/2 une grosse bombe a pulvérisé l’autel moyen de S. Jean-Baptiste de la Salle.

Aujourd’hui ouvre le Fourneau de Sainte Geneviève.

Reçu la réponse du Cardinal Gasparri, datée du 17 décembre

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

21 – Lundi – Toujours du temps gris, toujours vive canonnade et bombes pour ne pas en perdre l’habitude. De nombreuses victimes au cours de cette journée, surtout des enfants. Le père Bastien, commis chez Carton rue Henri IV est du nombre des victimes.

La nuit, Canonnade et quelques bombes

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Lundi 21 décembre

Nous gagnons du terrain en avant de Nieuport et de Saint-Georges (au bord de la mer), ainsi qu’à l’est et au sud d’Ypres. Nous avons pris des tranchées ennemies de première ligne aux environs de la Bassée, repoussé de nouvelles attaques à Lihons, près de Chaulnes, forcé les Allemands à interrompre leur tir sur l’Aisne, refoulé plusieurs assauts dans l’Argonne.
Les Russes, après avoir réoccupé toute leur frontière du côte de Mlava ont recommencé la bataille dans toute la Pologne centrale. Ils ont effectué des contre-attaques en Galicie et culbuté la garnison de Przemysl qui tentait une sortie. La situation de cette place est de plus en plus effroyable.
D’après certaines statistiques, les pertes teutonnes en Pologne monteraient à 400.000 hommes.
Un croiseur russe a manifesté sa présence sur la côte syrienne. Les Turcs se sont retirés de la presqu’île du Sinaï qui dépend de l’Égypte et où ils avaient pénétré.
Les trois États scandinaves publient une note au sujet de l’entrevue des trois souverains à Malmoë. Cette note affirme leur parfait accord pour le présent et pour l’avenir.
La Hollande annonce qu’elle va instituer le service militaire obligatoire personnel.
L’Italie crée de nouveaux régiments.
La mission de sir Francis Bertie, ambassadeur anglais à Paris, est prorogée pour une nouvelle période.

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Dimanche 20 décembre 1914

Abbé Rémi Thinot

20 DECEMBRE – dimanche –

A 1 heure et demie, avec Poirier, je monte sur les décombres de la chapelle de l’archevêché, sur les combles pour photographier l’Ange du pinacle.

M. le Curé est très ennuyé ; les ouvriers chargés d’établir une protection autour des statues de marbre, de Ste… ont cassé le sceptre à la statue de la Vierge Mère (La statue de la Duchesse d’Uzès).

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Constaté ce jour, en allant chez mon beau-frère L. Montier, place Amélie Doublié, combien ce quartier – et en particulier la rue Lesage, assez mouvementée en temps ordinaire – est triste. Les voies du chemin de fer abandonnées, les maisons pour la plupart fermées et l’absence de passants donnent par là une impression de délaissement et de vide presque complet.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Dimanche 20 – Nuit tranquille. Grand’messe et Vêpres rue du Couchant, toujours quelques bombes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

20 – Dimanche – Toujours le même temps. 2 ou 3 obus en ville et quelques coups de canon, c’est à dire un peu d’accalmie.

A 5 h 1/2 du soir, tout est calme, peut-être pas pour longtemps.

Nuit assez calme, quelques obus de temps en temps

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Dimanche 20 décembre

Progression de nos troupes en Belgique, aux environs du cabaret Corteker, près de Dixmude, et aussi au sud d’Ypres. Middelkerke sur la côte a été atteinte. De la Lys à l’Oise, gain d’un kilomètre vers la Bassée; autres gains entre Arras et Douai; destruction d’une colonne allemande à Lihons, près de Chaulnes; fusillade dans les Vosges.
M. Millerand, ministre de la Guerre, déclare à la commission des finances du Sénat: « La situation militaire est meilleure qu’elle n’a jamais été ».
Les Allemands continuent à fortifier la côte de Flandre, entre Ostende et la frontière hollandaise, par crainte d’un débarquement anglais.
Les Russes ont repoussé l’armée allemande qui tentait de traverser la Vistule près de Dobrzin, et livrent bataille sur la Bzoura. Ils ont fait aux Autrichiens, au débouché des Carpates, plusieurs milliers de prisonniers. Un régiment des hussards de la mort prussiens a été complètement anéanti près de Lodz.
Dans un brillant discours prononcé à Edimbourg, lord Rosebery l’ancien premier ministre libéral, dit que l’Angleterre vengera l’injure faite à ses côtes par l’escadre des croiseurs ennemis.
L’amirauté britannique dément les fausses nouvelles lancées par l’état-major naval allemand et d’après lesquelles plusieurs de ses contre-torpilleurs auraient été coulés devant Hartlepool et Scarborough.
Les serbes marchent rapidement sur Sarajevo, capitale de la Bosnie. Le nouveau ministre de Russie, prince Troubetzkoï, a été reçu par le prince Georges, héritier du trône serbe, à Kragoujevatz.
Les troupes franco-britanniques continuent à occuper le Cameroun en refoulant les troupes coloniales allemandes.
L’Italie a ouvert un emprunt d’un milliard.
Le général de Bessing, gouverneur allemand de la Belgique, a fait vainement des démarches auprès des journaux belges pour obtenir qu ils reparaissent. Les directeurs des journaux ont déclaré qu’ils ne reprendraient leurs publications que lorsque la Belgique serait rendue à son gouvernement légitime.

 

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Samedi 19 décembre 1914

Paul Hess

Bombardement le matin, vers le quartier Saint-Maurice. L’hôpital général, les Folies Bergère, reçoivent des projectiles.

L’après-midi, la gare et le quartier Saint-Thomas sont éprouvés.

– Le Courrier a encore aujourd’hui, un article totalement supprimé par la censure.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Samedi 19 – Nuit silencieuse. Reçu les réponses de Mgr de Chalons, toujours quelques bombes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

19 – Vendredi

Même temps que la veille. Nuit assez calme

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Samedi 19 Décembre 1914.

Aujourd’hui mon Charles, cela a bombardé sur Pommery. J’étais assoupie après-midi sur le bord du matelas qui nous sert de lit, quand un son d’harmonium arriva jusqu’à moi. C’était la demoiselle d’école (ah oui, je ne t’ai pas dit qu’il y avait une école à Pommery), donc c’était la demoiselle d’école qui accompagnait le chant des enfants, chants qu’ils répétaient pour le Noël que l’on devait faire pour les petits. C’était triste ; j’entendais les petites voix dire : « c’est le Noël des palais, des chaumières, etc … », et avec cela le son de cette musique, tout me faisait frissonner et comme toujours depuis cette fatale nouvelle, je me suis mise à sangloter éperdument.

Je n’entendis même pas ton parrain entrer. « Voyons, ma pauvre Juliette, encore des pleurs. Il faut avoir du courage. Tant que je n’aurai pas la réponse du lieutenant, il faut espérer. Je venais voir si vous aviez reçu la lettre de Juliette ». En effet je l’avais reçue le matin même et je m’empressai de la lui montrer. Elle me disait qu’elle mettait sa maison à ma disposition et qu’elle allait écrire à Mme Louis ; elle ajoutait qu’elle avait été très saisie quand elle avait appris que l’on te croyait tué. « Je l’aimais, me dit-elle, comme un grand garçon que j’aurais eu, et si jamais c’était vrai, je le pleurerai comme tel ».

Ton parrain me quitte, et la journée se passe comme toujours tristement. Pauvre Lou, l’année dernière on s’était promis de faire un beau Noël à notre coco. Qui aurait pu dire que je l’aurais passé comme cela et toi, mon Charles, comment le passeras-tu ?

Je suis triste, triste, et je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Samedi 19 décembre

Nous enlevons un kilomètre de tranchées allemandes dans le nord (Auchy-lez-la Bassée, Loos, Saint-Laurent, Blangy) : c’est le fait important du jour. Mais nous avons aussi progressé le long des dunes de la mer du Nord, tandis que les Anglais s’avançaient dans la région d’Armentières. Notre artillerie lourde a pris l’avantage sur l’Aisne, près de Reims, et aux alentours de Verdun, où elle a détruit deux batteries lourdes allemandes. Dans l’Argonne, les ennemis après avoir fait sauter une de nos tranchées avaient essayé de déboucher en rase campagne. Ils ont été repoussés.
Les Russes entrent en grand nombre dans la Prusse orientale, après avoir rejeté les Allemands hors de la région de Mlava; ils refoulent une sortie de la garnison de Przemysl. Von Hindenburg s’est décidé à évacuer Lodz, concentrant ses forces plus au sud pour couvrir Cracovie.
Les Serbes estiment à 100.000 hommes les pertes des Austro-hongrois dans leur pays. On confirme la nouvelle de la disgrâce du général Potiorek, qui commandait l’armée d’invasion en Serbie.
L’Angleterre a proclamé son protectorat sur l’Égypte, c’est-à-dire la rupture de tout lien entre ce pays et la Turquie; elle nomme sir Arthur Henry Mac-Mahon haut commissaire au Caire. Elle reconnaît en même temps le protectorat français au Maroc, tel que l’a constitué le traité de 1912. C’est La mise à exécution complète de l’accord franco-anglais de 1904.
Les trois rois de Suède, de Norvège et de Danemark se sont réunis à Malmoë pour discuter des intérêts communs des neutres scandinaves dans la crise.
Des paroles de protestation contre la brutalité et la barbarie teutonnes ont été prononcées par des chefs de parti aux États généraux de Hollande.
On annonce que Guillaume II, rétabli, va retourner au front.

 

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De Louis Brauer à Joseph Kircher

Correspondance 14-18 - De Louis Brauer à Joseph Kircher Mes biens Chers
Aujourd’hui à midi, j’ai reçu votre bonne lettre qui m’a fait plaisir.
J’ai été heureux de vous savoir en bonne santé mais peiné du manque de nouvelles de nos chers exilés, espérons que Charles a pu passer la frontière et pu combattre pour notre sainte cause.
L’offensive est de nouveau reprise, Dieu aidant, ce sera une histoire décisive et la libération définitive de notre territoire ainsi que de l’immortelle Belgique.
Sur l’autre front, nos alliés russes font de la bonne besogne quant à la glorieuse subie, elle se couvre de gloire, nous pouvons reprendre en toute justice la phrase de Guillaume l’assassin « Dieu est avec nous ».
Courage donc, et confiance, encore quelques efforts et nous serons débarrassés de ce terrible cauchemar, et ceux qui survivrons pourront vivre en paix.
Oui cher Joseph, la manche a sonné pour nous et la grande victoire de la Marne a marqué un point dans l’histoire. Finissons avec plus d’énergie si possible l’œuvre commencée et après, il nous sera permis de reprendre notre place au foyer en continuant de travailler en paix à la gloire de notre chère patrie.
Redoublons de ferveur dans nos prières afin que le chant de Noël « peuple à genoux, chante ta délivrance » s’applique aux événements actuels.
Merci mes biens chers de votre délicate attention en joignant à votre lettre un mandat de 5 francs. Jusqu’à ce jour, je n’ai manqué de rien et notre solde vient d’être augmentée, aussi, je viens de retourner chez moi l’argent que j’avais emporté en y joignant quelques petites économies.
Petit Joseph va mieux, il se lève. Je suis en bonne santé et même inoculé contre la typhoïde et prochainement, contre la variole.
Marguerite doit être une grande et gentille fillette, je lui souhaite un gracieux Noël et de tout cœur je vous em
brasse toutes.
Louis

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Une fois n’est pas coutume, pas de carte postale… il s’agit ici d’une carte-lettre destinée à la correspondance des soldats et ce, sous franchise postale.
Même s’ils avaient la possibilité d’acheter de vraies cartes postales illustrées, ces cartes étaient également bien pratiques pour assurer un traitement aisé par l’administration militaire, le recto regroupant de manière rationnelle toutes les informations utiles au bon acheminement : nom – grade – régiment – compagnie ou bataillon, en ce qui concerne l’expéditeur… et bien sûr l’adresse du destinataire. Le verso était destiné à la correspondance, comme n’importe quelle carte postale, avec quand même en tête, les recommandations d’usage :
Cette carte doit être remise au vaguemestre. Elle ne doit porter aucune indication du lieu d’envoi ni aucun renseignement sur les opérations militaires passées ou futures.
S’il en était autrement, elle ne serait pas transmis
e.

En effet, ces cartes voyageant sans enveloppes, les services de censure pouvaient aisément assurer les contrôles, sans avoir à ouvrir les enveloppes.

Terminons par un petit commentaire sur le texte, sans entrer dans les détails.
Écrite fin décembre 1914, cette lettre est pleine d’espoir quant à une fin proche. Il faut dire que la victoire franco-britannique de la bataille de la Marne de septembre 1914 a dû galvaniser les esprits et renforcer ce sentiment de supériorité, et bien sûr, donner de l’espoir. Mais encore une fois, la fin est bien loin !
On peut voir que Louis est plutôt économe, au point de renvoyer ses économies à la maison !
Et la santé dans tout çà ? Louis a eu droit à une vaccination antityphoïdique ! Elle est obligatoire dans l’armée française depuis mars 1914.
Si les jeunes recrues reçoivent l’inoculation dès leur mobilisation, il n’en est pas de même pour ceux qui sont déjà au front, mais sera totalement systématique fin 1914, comme en témoigne Louis !

Laurent ANTOINE LeMog – AMICARTE 51

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Vendredi 18 décembre 1914

Abbé Rémi Thinot

18 DECEMBRE – vendredi –

Soir ; je rentre de Bétheny où j’ai passé une délicieuse journée avec les chasseurs… J’ai failli tirer sur les Boches du haut d’un observatoire, avec des balles et un fusil boche… J’ai reculé au dernier moment ; je n’ai pas le droit de tirer sur un homme.

Il y avait 8 ou 10 morts sur un champ vert, à droite de la petite station du C.B.R. Les allemands n’osent pas venir les relever…

Belle et reposante journée malgré les balles dans le clocher.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Bombardement encore, une partie de la matinée.

Le Courrier n’a pas de chance ! Hier, il protestait de nouveau contre la censure qui lui avait mutilé un article et, immédiatement derrière sa protestation, dans la même colonne, un texte d’une quarantaine de lignes était caviardé. Il devait suivre ce titre, laissé seul :

« Le Gouverneur de Verdun »

Aujourd’hui, tout un article lui a été supprimé, même avec le titre et dans le blanc existant à son emplacement, il a imprimé ceci, composé avec des grands espacements :

ici
a été violé par la censure
la loi du 5 août 1914

—-

Lecteurs rémois traités en paris,
Protestons ensemble contre cette iniquité !

On pourrait parier que cela ne servira à rien. Mais alors, que valent les tartines que nous servent les journaux de Paris ? Si nous en jugeons par ce qu’ils disent d’exact sur Reims !

Le Courrier de la Champagne fait preuve d’une belle opiniâtreté ; cela n’empêche qu’en la circonstance, il est le pot de terre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 18 – Toute la nuit, bombes sur la ville, 200 obus, dit « Le Courrier de la Champagne » du 19 ; vers les 4e, 3e et 2e cantons. Après-midi, visite aux Réfugiés rémois, à Tinqueux, Petit Séminaire et route de Bezannes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

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Eugène Chausson

18 – Vendredi – Même temps que la veille, temps gris avec quelques éclaircies.

Nuit assez calme

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Vendredi 18 Décembre 1914.

Oh mon Charles, quel parrain tu as ! Nous pourrons le bénir jusqu’à la fin de nos jours. Il est venu me voir cet après-midi et sais-tu ce qu’il m’a dit ? Après m’avoir embrassée « Pour quand attendez-vous la naissance de ce petit là ? me demanda-t-il. Vers fin janvier, donc le mois prochain. Et où comptez-vous aller ? »

« Pour commencer, lui répondis-je, j’avais pensé aller à l’hôpital, mais mes deux parents n’ont pas voulu. La maman Breyer m’a offert sa maison, mais je sais que ce n’est pas facile car Gaston est là. Malgré cela je suis allée voir Mme Louis et elle m’a dit qu’elle voulait bien venir rue de Metz, pas rue de Beine. Rue de Beine, je ne pourrais déjà pas y aller puisque ma maison est à tous les vents. Ce qu’il y a aussi, c’est que Mme Louis est peureuse et ne sort pas quand cela bombarde. Je ne peux pas dire que j’irai en chercher une autre, elles sont toutes parties ».

« Eh bien ! me dit ton parrain, Je viens vous offrir ma maison puisque Maria est chez vous ; elle vous soignera. D’abord Juliette doit vous écrire pour vous en parler. Acceptez-vous ? ».

« Je crois bien que j’accepte et c’est du plus profond de mon cœur que je vous remercie ».

J’en avais les larmes aux yeux et je t’assure que quand je l’ai embrassé à son départ, ça a été d’un bon cœur. Tu vois, mon Lou, dans mon malheur j’ai encore des amis. Reviens vite et nous serons deux pour le remercier. C’est la bonté même.

Je t’aime toujours. Ta Juliette.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Vendredi 18 décembre

Nos soldats ont enlevé des tranchées à la baïonnette entre Nieuport et Ostende et consolidé leurs positions à l’est d’Ypres, progressé à Vermelles, atteint Saint-Laurent-Blangy sur la route d’Arras à Douai, réalisé de sérieuses avances à Ovillers, Mametz et Maricourt, dans la région de Péronne-Bapaume, tandis que notre artillerie lourde affirmait sa supériorité sur l’Aisne, dans l’Argonne et sur les Hauts-de-Meuse.
On apprend que nos aviateurs, au cours de leur raid à Fribourg-en-Brisgau, ont déterminé des dégâts énormes.
Le raid des croiseurs allemands, qui n’a d’ailleurs nullement ému l’Angleterre a fait de nombreux morts et plus de 400 blessés.
M Sonnino a déclaré au Parlement italien que la Turquie donnait complète satisfaction au cabinet de Rome au sujet de l’incident d’Hodeidah (Arabie).
Des désordres éclatent dans les grandes villes de l’Autriche et de la Hongrie, Vienne, Prague, Budapest; la population est lasse de la guerre : elle souffre du manque et du renchérissement des vivres et se plaint aussi de l’incapacité des généraux qui laissent envahir le pays au nord-est et au sud-est.
La Serbie publie un Livre Bleu d’où il résulte qu’après le meurtre de l’archiduc François-Ferdinand elle avait fait une démarche spontanée à Vienne pour dégager sa responsabilité.
M. de Bulow est arrivé à Rome.
L’armée monténégrine a progressé au delà de Visegrad en Bosnie.

Source : La grande Guerre au jour le jour

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