Paul Hess

A 10 h, les employés de la mairie se réunissent dans le cabinet de l’administration municipale, et M. Raïssac, secrétaire en chef, se faisant leur interprète, présente à M. le maire les félicitations du personnel de l’hôtel de ville, pour la distinction que le gouvernement lui a décernée.

M. le Dr Langlet, ému de cette démarche spontanée et toute de sincérité, remercie par quelques paroles sans recherche, en déclarant simplement qu’il a accepté la décoration qui lui a été remise comme maire de la ville et qu’en cette qualité il en est fier, estimant ainsi que l’honneur doit s’en reporter sur ses collaborateurs et sur la vaillante population de Reims.

Réunion des plus touchantes, après laquelle chacun reprend aussitôt ses occupations, tandis que les obus se font entendre.

– Dans Le Courrier d’aujourd’hui, nous lisons :

Le Cardinal à Clairmarais

Samedi, dans la matinée, le cardinal Luçon a rendu visite à ses diocésains de la paroisse du Sacré-Cœur, à Clairmarais.

Le dévoué curé de la paroisse, M. l’abbé Abelé a guidé son Éminence dans ce quartier qui a été si particulièrement éprouvé.

Monseigneur s’est entretenu avec les pauvres gens, à la situation desquels il s’est vivement intéressé.

Son Eminence a reçu partout le meilleur accueil. Les habitants de Clairmarais conserveront le souvenir de cette visite toute paternelle et réconfortante pour eux.

Déjà le 28 octobre, le journal avait donné cette autre relation :

Une visite du Cardinal aux Trois-Piliers.

S.E. le Cardinal Luçon, toujours plien de sollicitude pour ses diocésains, par ces jours de bombardement, s’est rendu lundi dernier, vers onze heures du matin, rue des Trois-Piliers.

Les habitants, mères et enfants surtout, se sont empressés autour du paternel prélat, dont la bonté et la simplicité ont exercé sur tous un véritable charme. On était touché de l’entendre s’enquérir avec détails de l’absence du père, du mari, des frères, des enfants partis à la guerre ; des frayeurs qu’on avait dû éprouver et l’on se sentait réconforté. Voilà une visite dont on est fier aux Trois-Piliers et dont on vous dit, Monseigneur, merci du fond du cœur.

Un Trois-Piliers reconnaissant.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
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Quartier Clairmarais


Cardinal Luçon

Lundi 9 – A 7 h, messe clôture de la Neuvaine des Morts à S. Maurice. Journée tranquille, sauf quelques coups de canon, jour et nuit, mais lointains, pas de bombes sur la ville.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

 Paul Dupuy

Et cependant, elle s’est passée sinon sans grand vacarme, du moins sans nous mettre dans l’obligation de nous lever hâtivement.

Nos gros canons donnaient en feu rapide et nos vitres en tremblaient ; beaucoup de personnes se sont effrayées d’une telle intensité et se sont mises à l’abri.

Pour nous qui, dans ces formidables coups, n’entendions aucune détonation suspecte, nous sommes restés au lit ; si nous n’avons pas beaucoup dormi, du moins nous ne nous sommes pas refroidis.

On dit que la lutte a été très chaude, les Allemands ayant fait grand effort pour rentrer à Reims ; l’attaque venait de la direction de Berry-au-Bac.

Dans la matinée se termine le déménagement de la cave d’André, voici tout ce qui est venu au 23 :

– 135 B. Corbières rouge ordinaire
– 48 B. rouge sans indication de provenance
– 136 B.St-Estèphe rouge 1906
– 4 B. Pommard rouge 1911
– 30 B. blanc ordinaire
– 122 B. Graves blanc 1906
– 4 B. huile d’olives
– Bouteilles vides
– 1 Bidon essence pour auto
– 4 porte-bouteilles
– 2 chantiers
– 1 feuillette vide
– 2 tinettes – 1 planche à laver
– 1 Trépied – Tréteau
– 1 fourneau à lessiveuse
– 4 sacs environ de Houille

L’arrivée et la mise en place chez moi de ces épaves, représentant tout ce qui reste du foyer de nos enfants, me causent une poignante émotion.

Pauvre fille ! Quel courage il te faudra encore pour faire face aux nécessités de ta vie nouvelle dans la privation des souvenirs de ton cher mari.

De là-haut, André, soutiens-là et prie pour elle et pour nous tous qui te pleurons.

14H Amicale lettre de Mr et Mme Joët-Lagarde qui s’associent à notre deuil, dont un mot du 2 9bre leur avait fait part.

Ils disent avoir vu Marcel, de passage à Fère-Champenoise peu après la bataille de la Marne ; selon eux, leur garde-manger n’offrait pas beaucoup de ressources à ce moment, et ils n’ont pas pu ravitailler à leur gré notre grand cuirassier, qui a cependant emporté ce qui leur restait de chocolat.

 Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


 

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