Abbé Rémi Thinot

2 OCTOBRE – Vendredi –

Le Cardinal est venu dire la messe à 8 heures à la Mission ce matin et a donné l’instruction.

Dans une première partie, il a expliqué qu’étant à Rome, les journaux lui apportaient – ainsi les envoyées au saint-homme Job – tous les jours la nouvelle d’un malheur plus grand dans son diocèse et sa ville épiscopale ; comme Jérémie, il est rentré pour pleurer sur des ruines, partager les épreuves de son peuple. Comme David, il faut dire le Miserere, le Miserere de la France qui devra réintégrer Dieu partout avant de mériter la victoire.

Dans une deuxième partie, le Cardinal a raconté l’élection de Benoit XV.

Quelques obus de campagne à 5 heures 1/4 ; par séries de 4, pour répondre à des batteries. Je continue à croire que le rideau qui demeure cache une retraite à quelques kilomètres en arrière, où ils se retranchent à nouveau. Nous ne sommes pas à la fin.

Hier, un aéroplane allemand a jeté plusieurs bombes ; une est tombée sur les Promenades, l’autre rue du Marc. Pas de victimes.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Gilles Guédet

Vendredi 2 octobre 1914

21ème et 19ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Cette nuit a été relativement calme, et contrairement à mes espoirs de la soirée il y a eu un combat vers 1h1/2 du matin, et ensuite un aéroplane est venu survoler la ville, poursuivi par la fusillade de nos troupes.

Depuis ce matin pas un coup de canon, pas un coup de fusil.

J’ai préparé le projet de convention demandé par M. Charles Heidsieck et M. Raoul de Bary pour s’engager solidairement (les 8 négociants en vins de Champagne) entre eux à rembourser et se porter caution des 800 000 Francs que les banques locales leur font pour faire des avances aux vignerons, leur verser des acomptes sur le prix de leurs vins et payer leurs ouvriers, et ensuite la porter chez M. Charles Heidsieck rue St Hilaire 8. Hier soir vers 5h, au coin de cette rue et de la rue de l’Échauderie (rue disparue en 1924 à la création de la place Léon-Bourgeois) est tombé un obus lancé par un aéroplane, dégâts insignifiants. Il en a été lancé une rue de Vesle également.

Vu Heckel qui est installé chez M. Georgin. Il me dit qu’on lui aurait appris que Louis Leclerc, mon clerc liquidateur, soldat au 151ème de ligne aurait été blessé à Verdun. Pourvu que ce ne soit pas grave, car c’est un bien brave garçon si dévoué ! De tous mes clercs partis combien m’en reviendra-t-il !!??

Depuis le 4 septembre on estime de 600 à 700 les victimes civiles des bombardements. Je reçois à l’instant de M. le Procureur de la République une invitation à me rendre à la salle d’audience du Tribunal (Augustins) aujourd’hui à 2h de l’après-midi : « Audience de rentrée ». « Discours » porte la lettre. J’irai, mais c’est la première fois que je reçois semblable invitation.

1h1/2  Toujours rien, pas un bruit, pas un coup de fusil ni un coup de canon ! C’est singulier ! Allons au tribunal. Nous trouverons peut-être à glaner quelque chose et à avoir des nouvelles !!

3h  Je rentre de l’Audience de Rentrée, présidée par M. le Procureur de la République Bossu qui a prononcé le discours d’usage devant les 3 sièges vides du Président et de ses 2 assesseurs. Villain, greffier du tribunal civil était à son siège.

Étaient en outre présents :

  1. Mennesson-Dupont, avocat, bâtonnier sortant
  2. Huc, avocat
  3. Dargent, avoué, le seul restant à Reims comme moi comme notaire.
  4. Lottin, juge de Paix des 1er et 3ème cantons de Reims
  5. Guédet, notaire à Reims, seul resté à Reims.

M.M. Mathieu, Jonval, Charpentier, greffiers auxiliaires du tribunal.
M.M. Poterlot et Lepage, anciens huissiers.
Et Touillard (à vérifier), concierge du Tribunal

En tout treize présents.

La séance est levée après le discours du Procureur et quelques mots de remerciements de M. Mennesson-Dupont et M. Dargent.

Procès-verbal de l’Audience de Rentrée du Tribunal de 1ère instance de Reims

2 octobre 1914

Reims Typographie et Lithographie de l’Imprimerie Nouvelle  11, rue du Cloître, 11  –  1914

L’an mil neuf cent quatorze, le vendredi deux Octobre, à deux heures de relevée :

  1. le Procureur de la République a fait son entrée dans l’auditoire et a déclaré ouverte l’audience solennelle de rentrée,

Étaient présents :

  1. Louis Bossu, Procureur de la République, chevalier de la Légion d’Honneur ;
  2. Gustave Villain, greffier ;

Mathieu, Jonval et Charpentier, commis greffiers.

Absents à l’armée :

  1. Lyon-Caen, substitut ;

Grenier, Lucas, Braibant et Mathieu, juges suppléants ;

Laurent et Mayot, commis greffiers.

Absents et empêchés par les événements de rejoindre leur poste :

  1. Hù, président, chevalier de la Légion d’honneur ;

Bouvier, vice-président ;

Delaunay et Baudoin-Bugnet, juges d’instruction ;

Creté, Texier et Hautefeuille, juges.

Absent comme délégué à un autre tribunal :

  1. de Cardaillac, substitut.
  2. le Procureur de la République a déclaré l’audience solennellement ouverte et a prononcé le discours suivant :

« Nous sommes bien peu nombreux, Messieurs, pour solenniser aujourd’hui une audience de rentrée.

» Cinq d’entre nous, et c’est à eux que doit aller notre première pensée, sont à ce moment devant l’ennemi : M. le substitut Lyon-Caen, MM. Les juges suppléants Grenier, Lucas, Braibant et Mathieu, sans compter nos deux commis greffiers MM. Laurent et Mayot, font bravement leur devoir de Français à la frontière et nous les connaissons assez pour être sûr qu’ils le font tout entier.

» Nos autres collègues attendent, pour la plupart, depuis huit jours, dans la ville voisine, que les communications avec Reims soient autorisées et qu’il leur soit permis de reprendre leur poste.

» Pourquoi avons-nous pensé cependant qu’il convenait de ne point laisser passer la rentrée des Cours et Tribunaux sans solenniser cette audience ? C’est, Messieurs, pour un double motif.

» Tout d’abord, parce que nous avons jugé indispensable que la réunion, si tronquée puisse-telle être, d’une compagnie judiciaire française, vienne purifier l’air de notre Palais de Justice éventré par les obus allemands et effacer la souillure que lui avait infligée une occupation de dix longs jours par l’ennemi national.

» Et en outre aussi, parce qu’au moment où le droit international comme le droit privé sont odieusement violés par un peuple qui a la prétention – ô ironie, – de se croire à l’avant-garde de la civilisation ; au moment où une ville ouverte râle bouleversée par les obus, détruite par les bombes incendiaires, mutilée dans ses monuments les plus chers et les plus sacrés, frappée dans ses habitants, femmes, enfants, vieillards, innocentes victimes de la guerre sauvage qui lui est faite, il est nécessaire de rappeler à tous qu’au-dessus de la force brutale, au-dessus de l’ultima ratio du canon qui tonne encore à nos portes à l’instant même où nous parlons, il existe l’idée intangible de la Justice et du Droit qui eux auront un jour leur revanche, et je l’espère dans un avenir prochain.

» Sous les obus de l’ennemi, il convient de crier bien haut que la justice immanente aura son heure et que le moment est proche où, grâce à notre valeureuse armée et à celles de nos alliés, grâce à la force que nous donne la sainteté de notre cause et des grandes idées que nous défendons, idées d’indépendance nationale, de liberté et de justice, le droit, à son tour, viendra primer la force brutale et reprendre dans le monde la place prépondérante qui doit être la sienne.

» Et je ne parle pas seulement ici du droit privé et des luttes paisibles de nos prétoires, mais aussi du droit des gens outrageusement violé, de ce jus gentium défini déjà il y a vingt siècles par les Romains et foulé aux pieds aujourd’hui comme autrefois par les armées de la Germanie, – de ce droit qui impose un frein aux brutalités de la guerre, qui police les armées, leur impose la loyauté et le respect des innocents et des faibles et qui est le frein indispensable aux sauvageries des combats et aux débordements de la soldatesque, – de ce droit enfin que notre cher pays de France a toujours proclamé et hautement pratiqué depuis des siècles sur tous les champs de bataille du monde entier.

» Et je veux parler aussi, Messieurs, de ce droit plus nouveau qu’ont les peuples de ne plus être traités comme un vil troupeau et de n’appartenir qu’au pays auquel va leur piété filiale, ce droit né au milieu du siècle dernier, éclipsé sur sa fin et qui, j’en ai la conviction, à notre aurore du XXème siècle, refleurira de nouveau en rendant à notre France nos malheureuses provinces mutilées.

» Voilà, Messieurs, pourquoi nous estimions indispensable que cette audience fut tenue.

« Aussi, au bruit du sifflement des obus allemands, du fracas de la bataille qui se livre depuis dix jours à nos portes et jusque dans nos faubourgs, du grondement de nos batteries installées sur nos boulevards même et sur nos places publiques, est-ce avec fierté devant vous tous qui avez bravement supporté ces dix-huit jours de bombardement sans précédent dans l’histoire d’une ville non fortifiée, je déclare ouverts les travaux de l’année judiciaire 1914-1915, espérant que cette fiction va devenir à un très prochain jour une réalité.

» Et vous, Monsieur et cher Bâtonnier sortant, vous avez noblement représenté le barreau dans les jours sombres qui viennent de s’écouler : votre présence à cette barre est pour nous une joie et il nous est doux de saluer en vous le Français patriote et l’avocat scrupuleux et délicat que vous fûtes toute votre vie.

» Nous saluons avec vous, Messieurs les Juges de Paix, Avocats, Officiers publics et ministériels présent qui, eux aussi, ont fait vaillamment leur devoir et bien mérité de la Patrie. »

Maitre Mennesson-Dupont, bâtonnier sortant de charge, s’est alors levé et s’est associé en quelques paroles élevées au discours de M. le Procureur de la République.

  1. le Procureur de la République a ensuite levé l’audience solennelle.

Assistaient à l’audience sur convocation :

  1. Lottin, juge de paix des 1er et 3ème cantons ;

Huc, suppléant, faisant fonction de juge de Paix des  2ème et 4ème cantons ;
Mennesson-Dupont, avocat, ancien bâtonnier ;
Dargent, avoué ;
Guédet, notaire ;
Lepage et Poterlot, huissiers suppléants ;

Seuls magistrats cantonaux, avocats et officiers publics ou ministériels présents à Reims à ce jour.

De tout quoi il a été fait et dressé le présent procès-verbal qu’ont signé le Procureur de la République et le Greffier du Tribunal.

Signé : Louis Bossu, G. Villain

Comme j’allais rue des Augustins pour cette audience, on entendait le canon très, très loin, vers Sommepy.

3h1/2  6 lettres. Une de ma femme du 15 septembre, une racontant son exode vers Granville. Quel voyage ! mon Dieu, 5 jours pour y arriver !! Enfin ils sont bien portants, Dieu soit béni ! mais toujours pas de nouvelles de mon Pauvre Père !

8h1/2 soir  Canon très lointain, mais rien près de Reims. Que cela veut-il dire ? Je suis si triste ce soir !! Tout me fait mal.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

L’Éclaireur de l’Est, qui avait dû cesser sa publication par suite de dégâts considérables occasionnés par des obus, dans son immeuble, 11, rue du Cloître, reparaît aujourd’hui.

Il parle ainsi de e qui s’est produit au parc d’artillerie, mercredi dernier 30 septembre :

« De la poudre aux moineaux. En guise d’adieu (s’il pouvait être définitif !) les Allemands ont dirigé leur feu, avant-hier soir, sur ce qui fut, avant la guerre, le parc d’artillerie de Reims. Ce parc reçut un nombre très respectable d’obus, qui ne parviennent à détruire que quelques centaines de vieilles cartouches à blanc, qui étaient devenues même inutilisables pour les exercices des sociétés de tir et de préparation militaire. Ce piteux exploit n’ajoutera rien à la gloire des soldats de Guillaume. En France, nous appelons cela : « Jeter de la poudre aux moineaux »

Le Courrier de la Champagne, de ce jour, annonce la nouvelle sur un autre ton, disant :

Deux obus tombent sur le parc d’artillerie qui est incendié. Avant-hier soir, vers 6  heures, deux obus allemands venaient tomber sur le parc d’artillerie, route de Neufchâtel, déterminant un incendie dans les locaux de l’Arsenal. Il n’y avait là que de vieilles munitions et un lot de cartouchez servant au tirs d’instruction.Le bruit intense produit par l’éclatement de ces munitions a provoqué la fuite des habitants du quartier, qui d’ailleurs sont rentrés en grande majorité la nuit à leurs domiciles respectifs.

M. le général Cassagnade et les officiers organisèrent les secours avec l’aide des soldats et de pompiers et le feu put être circonscrit, à l’arsenal, dans un bâtiment qui est complètement en ruines.

Il n’y a, heureusement aucun accident de personnes à déplorer.

Ainsi, le rédacteur de l’Éclaireur nous parle, d’un air détaché, de la destruction de « quelques centaines de vieilles cartouches devenues même inutilisables pour les exercices des sociétés de tir et de préparation militaire ».

Pour admettre cela, il faudrait n’avoir pas été assourdi, pendant une demi-heure au moins, par le roulement des détonations qui a épouvanté les voisins et précipité leur fuite et n’avoir pas entendu parler du sauve-qui-peut qu’il a provoqué dans tout le quartier.

Nous ne désirons certes pas que l’on dramatise des événements ; les faits parlent d’eux-mêmes, depuis deux mois et des dramatisent suffisamment, mais nous aimerions être plus exactement renseignés, afin de pouvoir accorder quelque confiance aux journaux.

Reconnaissons toutefois que leur rôle n’est pas facile dans Reims, car il ne nous faut pas perdre de vue qu’ils ont, certainement d’abord, le souci d’éviter de fournir des renseignements à l’ennemi.

– De nouvelles précisions sur le fonctionnement du Service des Postes sont données par Le Courrier de la Champagne ; les voici :

Le Directeur des Postes et Télégraphes de la Marne, a l’honneur d’informer le public, qu’un service postal ne comportant provisoirement que la vente de timbres-poste, l’expédition et la réception des lettres ordinaires, fonctionne à dater du 1er octobre, dans les locaux de l’école maternelle de la rue Libergier n° 32. Le départ des courriers aura lieu chaque jour, au moyen de voitures automobiles spéciales, à 10 heure du matin et à 16 heures ; les dernières levées seront faites au bureau de la rue Libergier, une demi-heure avant les départs. Une distribution sera faite en ville à partir de midi ; toutefois, les quartiers faisant partie de la zone dangereuse ne seront pas visités par les facteurs. Les habitants de ces quartier pourront se présenter au bureau de poste, où les correspondances qui leur sont destinées leur seront remises. Les levées de boîtes, dans ces mêmes quartiers, ne pourront être effectuées, il ne devra donc donc être déposé aucune correspondance. L’organisation de ce service a été réalisée en vue de donner à la population éprouvée de Reims les moyens, même sommaires de correspondre avec l’extérieur. Le Directeur des Postes et des Télégraphes compte donc que le public voudra faciliter la tâche très lourde qu’un personnel dévoué a consenti à assurer, malgré les dangers de l’heure présente.

A. Dorlhac de Borne.
Le même journal publie les avis suivants :

Croix-Rouge Française, Société de secours aux blessés militaires.
A Messieurs les médecins, administrateurs, comptables et à mesdames les infirmières-majors, c’est-à-dire aux chefs de service, le Comité a l’honneur de rappeler qu’il compte toujours sur leur concours qui sera utilisé dès que pourront rouvrir les formations temporairement fermées.
Le président par intérim : M. Farre.

Avis important. Les propriétaires, locataires ou entrepreneurs qui ont besoin de faire des recherches dans les décombres des maisons incendiées ou bombardées, doivent être munis d’une autorisation du commissaire de police de leur canton.
Cette autorisation mentionnera, avec le nom de la personne autorisée, la désignation précise de la maison ou de la partie de la maison ou de l’immeuble à explorer.
Toutes les personnes rencontrées sans autorisation sur les décombres ou dans les maison abandonnées, seront livrées à l’autorité militaire qui leur appliquera les peines les plus rigoureuses.

Paroisse Notre-Dame. Messe du dimanche
A la Mission, rue Cotta, 3 : 5 n 1/2n 6 h 1/2, 7 h 1/2, 8 h et 11 h avec instruction.
A la Chapelle de St Vincent-de-Paul, rue du couchant, 5 : 6 h, 7 h, 8 h, 9 h, messe des enfants ; 10 h grand’messe avec instruction.
Les messes en semaine. Elles seront assurées, dans la mesure du possible, aux heures habituelles.
Avis – M. Le curé de la cathédrale convoque les paroissiens, dimanche 4 octobre, tout particulièrement aux messes de 8 h et de 11 h à la Mission et à la messe de 10 h, rue du Couchant, pour leur faire connaître la nouvelle organisation du service paroissial.
Vendredi 9 octobre – A la chapelle de la Mission, à l’occasion du premier vendredi du mois, la messe sera dite par son Éminence le Cardinal. Instruction, salut du Très-Saint-Sacrement.
Prière instante de se donner rendez-vous à la Mission, à cette messe de 8heures, pour entourer Son Éminence le Cardinal.

Il donne encore les prix sur les denrées, au marché du mercredi 30 septembre :

Sur les marchés.
Le grand marché de mercredi était peu approvisionné, en dehors des légumes apportés par les maraîchers.

Peu de pommes de terre, dont le cours est relativement élevé.
Les rondes sont vendues 0,25 le kilo, les longues jaunes et les blaffs 0,35 le kilo
Les œufs peu abondants, sont livrés à 2,25 et 2,75 la douz.
Volailles et lapins sont rares et à les prix variables, mais sensiblement chers
A la criée municipale, la viande de bœuf est vendu de 1.60 à 2 F le kilo.

Enfin, il a inséré une déclaration particulière, suffisamment caractéristique, en ce qu’elle dénote certaine inquiétude dans laquelle vit actuellement une partie de la population, à Reims.

En voici le texte :

Mme Eug. Bernier, place Luton 79, dont la maison a été en partie détruite par une bombe prussienne, soupçonnée injustement parce qu’elle connaît l’allemand, avertit qu’elle est née à Forbach (Lorraine) ; que son mari, Eug. Bernier, Français, a fait son service militaire en France et que son fils, Gabriel Bernier, soldat au 164e de ligne, est peut-être actuellement tombé au service de la France. Si l’on désire plus amples renseignements, prière de l’adresser à Mme Bernier elle-même.

– Dans la nuit dernière, les coups de canon avaient paru plus éloignés que précédemment ; la journée avait été assez calme, mais, sur le soir, le bombardement a repris ou plutôt continué.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
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Cardinal Luçon

Messe à 8 h. à la Mission. 1er vendredi du mois ; allocution, calme, sauf quelques coups pendant la nuit ; et dans l’après-midi quelques bombes. à 4 h, Visite aux Aumôniers militaires ‘ils étaient 45) et aux officiers et soldats cantonnés à Thillois : allocution et Salut du St Sacrement à l’église ; prière sur les tombes des soldats tués les derniers jours. Allocution aux prêtres à la Chapelle des Frères de Thillois. Journée calme ; nuit tranquille du 2 au 3.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

La journée passe encore une fois dans un silence relatif. Toutefois il est encore tombé quelques obus dans le quartier Cernay. La nuit quelques bruits de mitrailleuse au loin. Le recul de l’ennemi doit s’accentuer.

Gaston Dorigny

Paul Dupuy

Réception à 18H d’une lettre confirmant les projets de rapatriement déjà arrêtés la veille, et disant que toute liberté d’allure est maintenant laissée sur route.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

 Juliette Breyer

Vendredi 2 Octobre 1914.

Ce matin on nous a prévenus que la Poste reprenait son cours, mais les facteurs ne vont que dans les quartiers qui ne sont pas dangereux. Donc les 2e et 4e cantons doivent aller chercher leurs lettres eux-mêmes. La Poste a été transférée rue Libergier à l’école maternelle.

En partant, nous deux Charlotte à 2 heures de l’après-midi, M. Guerlet nous dit : « Ne sortez pas, ils bombardent sur la ville ». Qu’est-ce que cela peut nous faire, ce que nous voulons, ce sont des lettres. Nous ne craignons rien. Nous arrivons donc sans encombre. C’est triste la ville : on ne voit que des murs noircis. Pour le moment nous ne nous arrêtons pas à regarder. Enfin nous voici à la Poste. Il y a une foule énorme. Nous ne passerons pas de bonne heure, et encore ça ferme à 4 heures. Il faudra pourtant que j’y arrive. On voit quelques femmes qui sortent avec des lettres, mais d’autres ont des figures navrées. Elles n’ont rien eu . Il faut que je passe. Il y a deux entrées, dont une pour les facteurs. Je guette si j’aperçois celui qui venait chez nous et je lui fais signe d’approcher. « Vous venez pour les lettres, me dit-il, mais il est inutile que vous attendiez ; on va fermer les portes, le triage n’est pas fait pour le 2e. Revenez demain ».

Ainsi il nous fait repartir sans rien avoir. Nous étions venues, l’espoir au cœur, et nous repartons la mort dans l’âme. Ton papa est venu aussi et il s’en retourne aussi triste que nous.

Pauvre Charles, que dois-tu penser aussi puisque pendant un mois je n’ai pu t’envoyer aucune lettre. Je suis navrée mais je m’arrête car je n’ai plus de courage.

Bons baisers. Ta petite femme qui t’aime toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Vendredi 2 octobre

Progrès des troupes alliées au nord de la Somme, une attaque furieuse des Allemands ayant été écrasée à Roye. Avance marquée de nos troupes dans l’Argonne et dans la Woëvre.
L’offensive allemande a été décidément vaincue sur le Niémen. Guillaume II qui croyait s’emparer facilement des forteresses russes dans la région de Grodno a été déçu. De grandes forces austro-allemandes ont été toutefois concentrées, sous les ordres du général de Hindenburg, dans la région de Cracovie, pour empêcher les Russes de prendre cette place et de s’infiltrer en Silésie. Mais les effectifs russes ne sont pas inférieurs à un million d’unités.
Des Serbes et des Monténégrins, peu de choses à dire, sinon qu’ils cheminent régulièrement vers Sarajevo.
Deux Taubes qui venaient sur Paris ont été arrêtés par nos aviateurs et ont fait demi-tour.
M. Venizelos, président du Conseil grec, a déclaré que son pays serait aux côtés de la Serbie et tiendrait tous ses engagements en cas de guerre balkanique. C’est un avertissement pour la Turquie.
L’Italie a fait relever les mines que l’Autriche-Hongrie avait déposées dans l’Adriatique et qui avaient fait sauter déjà plusieurs navires marchands. La navigation a d’ailleurs été arrêtée dans cette mer.
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