Paul Hess

A 7 h, ce matin on entend déjà éclater des obus et nous en sommes au 48e jour de bombardement.

Combien de temps le supplice va-t-il encore durer ? Voilà la question qu’à Reims, chacun se pose tous les jours.

Au début du bombardement, la population a été exhortée à la patience, en raison de ce que l’ensemble des opérations exigeait qu’au centre, on se borne à maintenir l’ennemi, sans tenter de le repousser, et la patience si fortement éprouvée est devenue une sorte de résignation.

Cependant les Rémois sont avides de savoir quelque chose au sujet des déplacements considérables de troupes qu’ils ont remarqués plusieurs fois. Ils ont eu des jours d’espoir, lorsque sont arrivés les tirailleurs algériens, comme plus tard les Sénégalais et les Marocains. Ces braves soldats n’auraient-ils réussi qu’à se faire tuer dans les engagements dont les échos arrivaient si bien en ville. Pourtant, notre grosse artillerie n’a cessé de tirer depuis le 14 septembre. les 155 et les 120 dont nous percevons continuellement les détonations, après avoir entendu des pièces de marine, puis les rafales des 75 partant depuis longtemps de tous côtés, ne parviendront donc pas à déloger nos ennemis des hauteurs ou des forts où on les a laissés s’installer aussi solidement. Toujours est-il qu’ils sont parvenus à s’y cramponner pendant leur retraite, amenée par la bataille de la Marne, en arrêtant net, de ces positions, la poursuite qu’ils subissaient depuis la région de Montmirail.

Telles sont les réflexions que la situation inspire aux Rémois, qui ont lieu de déplorer également les conséquences de l’affaire de Charleroi, cause de l’envahissement par les départements de l’Aisne et des Ardennes, avec sa suite de désastres irréparables.

– Le communiqué annonce une recrudescence d’activité vers Reims. Nous nous sommes aperçu de cela, pendant deux jours et deux nuits, en entendant, presque sans interruption, le bruit assourdissant de la bataille proche et en recevant des projectiles de toutes catégories, gros calibres et 77, shrapnells et obus incendiaires.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 31 – Nuit tranquille en ville. Bombes le matin du 1er.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Ils se produisent, en effet, mais en s’éloignant et la nuit se passe sans autre incident.

Dès 4H nos canons de 75 se font entendre au loin et en feu rapide ; puis à 6H1/2 c’est le recommencement du bruit d’hier soir.

Vivement levé (Père étant déjà parti) je m’abouche avec Henri qui, déjà renseigné, m’explique que ce sont les projectiles des canons de campagne allemands qui nous ont ainsi troublés.

Très émotionné lui-même la veille, il s’était, ainsi que Madame, préparé à accepter l’hospitalité de ma cave dont il s’était attendu à me voir lui faire l’offre.

Il paraît que les dégâts que ces obus ont occasionnés hier et ce matin sont beaucoup moins considérables que ceux causés par leurs devanciers.

Les lettres reçues dans la journée émanent de Mme P.D. (27 8bre) Marie-Thérèse (28 8bre) Mr Legros (28 8bre) et n’apprennent rien de particulier.

De Paul Simon aussi arrivent de sympathiques condoléances.

Et la journée, aussi tapageuse que la présente, n’accuse aucun fait saillant.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

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Samedi 31 octobre
On avait raison d’espérer que les Allemands ne garderaient pas longtemps le succès partiel et tout relatif qu’ils s’étaient approprié en franchissant l’Yser, entre Nieuport et Dixmude. Ce succès limité les a conduits à un désastre d’une grave portée.
La région du nord-ouest de la Belgique, comme la Hollande méridionale, peut être aisément inondée en cas d’invasion. De même que les Hollandais, à maintes reprises, se sont fait de leurs eaux un rempart, de même les Belges ont tendu leurs inondations sur la rive gauche de l’Yser. Les Allemands se sont trouvés empêchés d’avancer au milieu des nappes liquides qui couvraient le sol et surtout d’entraîner leur artillerie. Après plusieurs jours de combats infructueux et couteux, ils se sont décidés à la retraite – mais cette retraite, qui s’est accomplie sous le feu des Français et des Belges, a été signalée pour nos ennemis par des pertes cruelles.
En même temps que les Allemands étaient contraints à se retirer sur la rive droite de l’Yser, ils étaient débusqués par nous de plusieurs points importants, entre Ypres et Roulers, et toutes les tentatives qu’ils multipliaient pour rompre la ligne anglaise étaient victorieusement repoussées par les troupes du maréchal French.
Les Russes sont littéralement sur les talons des soldats allemands en fuite vers la Silésie. Arrivés à l’ouest de Lodz, ils ont capturé plusieurs pièces d’artillerie aux troupes du kaiser tandis qu’à Tarnow, en Galicie, ils disloquaient une fois de plus les armées autrichiennes. Cette série de succès du grand-duc Nicolas sur ses adversaires coalisés est très caractéristique.
Le croiseur allemand Emden qui fait la guerre de course en extrême-Orient, s’est signalé par un nouvel acte de pitaterie. Après s’être maquillé et après avoir arboré le pavillon russe, recourant ainsi à un stratagème interdit, il est entré dans le port anglais de Poulo-Pinang (presqu’île de Malacca), où il a coulé un croiseur russe et notre contre-torpilleur Mousquet. Celui-ci, malgré l’infériorité de sa force, s’était vaillamment défendu.
La flotte ottomane qu’accompagnaient les deux croiseurs allemands Breslau et Goeben est sortie du Bosphore dans la mer Noire. Elle a bombardé les ports russes d’Odessa, de Théodosia en Crimée et de Novorossisk, sur la côte du Caucase. A Odessa, deux Français ont été tués à bord du paquebot Portugal. II y a lieu de rappeler que de longue date l’attitude de la Turquie avait paru suspecte aux puissances de la Triple Entente. Le général allemand Lieman von Sanders commandait l’armée turque et l’amiral allemand Souchon, la flotte. Le ministre de la Guerre, Enver bey, qui était en même temps le chef du comité Union et Progrés, et qui s’était jadis, au cours de la guerre balkanique, signalé par un assassinat politique retentissant, était complètement aux mains de l’Allemagne.
La France, l’Angleterre et la Russie ont acquiescé officiellement à l’occupation de l’Empire du nord par la Grèce – tout comme aux mesures de protection prises par l’Italie devant Vallona.
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