Vers 4 h 1/2, les détonations de nos grosses pièces, installées à « La Villageoise », nous réveillent. Les Allemands ripostent et pendant quelque temps ce duel d’artillerie, dans un bruit de tonnerre, donne à croire qu’une sérieuse bataille est engagée.

Plus tard, on entend éclater des obus en ville et lorsqu’à 8 h 1/2 je passe chez P. Simon, 10 rue du Cloître, j’apprends que les shrapnells ont tombé dru sur la partie du centre avoisinant la place Royale ; une balle, qui a traversé une vitre, a été ramassée dans l’escalier de la maison. D’autres obus, 77 et gros calibres, ont été envoyés encore vers le faubourg de Laon et le quartier du Barbâtre.

L’ennemi cherche évidemment à entretenir un état de frayeur permanent parmi la population.

Toute la vile est lasse et fatiguée d’avoir supporté déjà quarante-six jours de ce continuel bombardement, qui accumule les ruines et augmente chaque jour le nombre des victimes civiles.

Les journaux en ont annoncé, ces jours-ci de 6 à 700.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 

jeudi 29 – Canonnade violente, et 51 bombes (?) à 5 h du matin. Matinée tranquille.

Visite à S. Remi, église, patronage ; Hôtel-Dieu, où j’ai été reçu par l’Économe, le D. Hanel, la Directrice, qui tous m’ont fait le meilleur accueil, et m’ont fait visiter toutes les salles. Je voulais voir M. Maruchet. On alla le prévenir ; et l’Économe lui fit savoir que Mgr voulait visiter l’hôpital. Je ferais plaisir aux malades, aux infirmières et aux Docteurs.

C’est ainsi que je fus amené à entrer à l’Hôtel-Dieu.

M. Guichard me remercia, et me dit quelques jours après à Roederer, si je ne me trompe, que je pouvais visiter tous les hôpitaux et hospices, que cela ferait plaisir à tout le monde, que je serais très bien accueilli. Tout le temps de la guerre, il en fut ainsi.

Le 29 octobre, on me dit visiter toutes les salles, à commencer par les caves où sont installés les malades, tout le grand bâtiment, et les appartements où étaient soignés les petits enfants, atteints alors de maladies contagieuses.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

 

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Le réveil est sonné à 4H par nos gros canons qui pendant 2 heures, font un vacarme infernal ; ils recommenceront d’ailleurs à 19H1/2 et à 22H, mais en abrégeant leur sérénade.

Entre 6 et 7 heures, une variante survient, qui n’est pas précisément une amélioration à notre régime ; c’est la réapparition de bombes incendiaires qui accomplissent leur sinistre mission en 6 endroits différents. Heureusement, des secours arrivés en temps opportun ont permis d’arrêter l’extension du feu.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

Jeudi 29 Octobre 1914.

Mon Charles,

Une nouvelle, si tu pouvais la savoir, qui te ferait plaisir : ton parrain est revenu à Reims, et pour tout à fait. Il est réformé, rapport à sa vue. Il est venu pour me voir aux caves et justement je n’étais pas là (j’étais chez nous). Il a pleuré, à ce que maman m’a dit, quand il a su par quelles misères nous étions passés. Comme il doit revenir pour travailler chez Pommery, il ne veut pas que sa femme revienne à Reims. Elle est à Guidel, près de Guingamp, mais comme elle s’ennuie, il va la conduire à Paris chez Mme Allard. Elle est triste aussi la pauvre Juliette, elle n’a pas de nouvelles de M. et Mme Lagarde. Ils étaient à Signy au début de la guerre et comme ces pays ont été envahis par les Allemands, ils se demandent ce qu’ils sont devenus.

Moi, j’irai voir le parrain demain après-midi. Je serai peut-être un peu consolée. J’en ai tant besoin et je sais qu’il t’aime tant. Lui, à son tour, pourra faire quelques démarches Je reprends un peu confiance. Vivement à demain.

Bons baisers à toi mon Charles. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

Jeudi 29 octobre

Les Allemands doivent réellement s’être affaiblis dans la région de l’Yser où, d’après toutes les relations anglaises, ils ont subi d’effroyables pertes – car leurs attaques sur tout le front du Nord se sont faites moins violentes. Nous avons progressé au nord et à l’est d’Ypres, c’est-à-dire dans la direction de Dixmude, où l’ennemi avait jusque-là, concentré ses efforts. De même nous poussons une offensive vigoureuse dans une toute autre direction, entre la Bassée et Lens. En Woëvre nous avançons entre Apremont et Saint-Mihiel.
Les bulletins de l’état-major russe, toujours remarquables par leur sobriété et leur discrétion, indiquent que la bataille entre les troupes de nos alliés et les Austro-Allemands s’est déployée sur un front colossal. Les troupes russes sont maintenant entrées à Lodz, qui est la seconde ville de la Pologne (elle a 600.000 âmes) et l’un des plus grands centres manufacturiers de l’Europe orientale.
Le cabinet de Vienne semble d’ailleurs complètement découragé par les résultats de la campagne en Galicie. Il porterait tous ses efforts vers la Serbie et le Montenegro, laissant à l’Allemagne – déjà incapable de le soutenir,- tout le poids de la lutte contre les armées du grand-duc Nicolas.
M. Venizelos a fait d’importantes déclarations à la Chambre d’Athènes pour justifier l’occupation de l’Empire du nord par les troupes grecques. Cette occupation qui, en d’autres temps, eût peut-être mécontenté l’Italie, ne soulève maintenant à Rome aucune irritation.
Le général von Beseler, le chef de l’armée allemande qui prit Anvers, un théoricien et un tacticien remarquable, d’après les écrivains militaires allemands, s’est suicidé à Bruges. Il aurait eu à se plaindre des procédés de l’état-major de Guillaume II qui multiplie les actes de favoritisme.
Le prince de Battenberg, cousin du roi d’Angleterre George V et frère de la reine d’Espagne, a succombé aux blessures qu’il avait reçues sur le champ de bataille. Les intellectuels allemands prodiguent les manifestations pour soutenir la justice de la cause que défend leur pays. Mais ils se heurtent partout au dédain et à la colère.

 

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