Dans le courant de la nuit, huit ou dix détonations de grosses pièces se sont fait entendre.

– Vers 11 h, ce matin, un Taube a laissé tomber plusieurs bombes, l’une rue de Venise, une deuxième sur la maison 21, rue Marlot et une autre sur la perception de la rue du Couchant. Cet aéro a jeté également deux banderoles qui, vues de la rue du Jard, descendaient dans la direction du canal.

Après-midi, vers 16 h 1/2, reprise du bombardement par pièces. Une vingtaine d’obus arrivent encore en ville et tombent sur l’usine des Vieux-Anglais, l’usine Collet et la lithographie Debar, boulevard de la Paix. A la même heure, un autre aéroplane jette encore une bombe qui tombe chaussé du Port.

L’inquiétude et l’appréhension se font de nouveau très vives pour beaucoup d’habitants.

– En revendant de mon travail, vers 18 h je suis très surpris de remarquer sur le parcours, deux ou trois magasins laissant voir, du dehors, une clarté à laquelle on n’est plus accoutumé ; l’électricité y a été réinstallée, ou l’usine fonctionne-t-elle à nouveau ? Au contraste, le reste des rues, où n’existe aucun autre éclairage, paraît encore plus sombre que d’habitude.

Dans L’Éclaireur de ce jour, on peut lire un court article portant ce titre, qui marquerait quelque impatience : « Qu’attend-on pour rétablir le mont-de-piété ? ».

La question ne nous laisse pas indifférent ; nous trouvons même qu’elle devrait attirer l’attention de qui-de-droit sur un établissement dont on ne parle plus et, si nous étions qualifiés pour cela, nous répondrions, en disant :

« Pour rétablir le mont-de-piété, il faudrait d’abord qu’une autorité prît l’initiative de battre le rappel :

  1. pour ses administrateurs, dont deux seulement, MM. P. Lelarge et Griessmann, sont encore à Reims (1) ;
  2. pour son directeur-caissier, parti le soir du 31 août, sans que personne n’ait encore pu savoir ce qu’il est devenu;
  3. pour son personnel. Ajoutons tout de suite que nous serions moralement certain de pouvoir le regrouper, quoique depuis son dispersement le 3 septembre, jour de l’arrivée des premiers allemands, nous n’en ayons eu guère de nouvelles. »

Avec un local et de nouveaux moyens, puisque rien ne subsiste de l’organisation antérieure au désastre du 19 septembre, le mont-de-piété pourrait être provisoirement reconstitué par son conseil d’administration.

Une autre question, cependant, vient subsidiairement d’elle-même à l’esprit. Le moment serait-il choisi pour faire de la rénovation ?

Un particulier énergique et entreprenant, qui aurait la volonté de se réinstaller, y parviendrait certes, avec une foi inébranlable et une persévérance tenace dans les idées – à moins qu’il ne lui arrivât malheur.

Mais un établissement public en tutelle ! entravé par des réglementations très prévoyantes, mais qui n’ont pas prévu l’état de guerre – ni la désorganisation, ni les dévastations, les situations inextricables en résultant – se trouvant même, malgré tout cela, dans l’impossibilité de se soustraire aux formalités obligatoires, n’en sortirait pas aussi vite. Il devrait, avant toutes choses, faire prendre par une majorité à réunir en conseil des décisions rapides et, dans les conjonctures actuelles, il y aurait des responsabilités probablement très graves à endosser ?

Nous croyons que, sauf exceptions, on n’est  généralement pas entraîné à ce genre de sport, en administration. Il faudra évidemment le temps de s’y mettre.

Le correspondant  du journal n’aurait-il pas, par hasard, un plan à lui, en dehors des lois, décrets et règlements concernant la comptabilité publique dont il lui est permis d’ignorer l’existence ? En ce cas, il ne pourrait le faire prévaloir, car un mont-de-piété ne peut pas fonctionner sur la simple idée d’ouvrir un bureau au public.

Dans tous les cas, puisque nous restons attachés à l’établissement par le contrat qui nous lie à son conseil d’administration depuis vingt-huit ans, tenons-nous prêt, attendons les événements et la suite pouvant être amenée par cette question.

Mais, nous serions surpris qu’elle puisse recevoir une réponse immédiate, sous forme de réalisation

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

(1) Le vice-président, seul mobilisa le du conseil d’administration, a été appelé comme médecin-major de réserve.

vendredi 23 – A 2h. nuit, canonnade gros canons français ; pas de réponse. Matin tranquille. Après-midi, à 1 heure, bombes jetées par un aéroplace, rue Hincmar (1). À 4 h, bombes lancées après le passage de deux aéroplanes, l’un français, l’autre allemand en deux directions différentes : l’un du Nord-Ouest au Sud-Est, l’autre obliquement de l’Est à l’Ouest, me semble-t-il. Des bombes sont tombées rue Marlot, rue du Couchant à vue à Mencière.

Vers cette époque, peut-être ce jour-là même un canon allemand lança des fléchettes (2), avec des banderoles sur lesquelles on lisait ces paroles : Anvers est tombée ! Rien ne nous résiste. Rémois, rendez-vous, sans quoi votre ville sera détruite. Je n’en ai pas vu. On me l’a raconté.

Bombes de 11 h à minuit

 Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

(1) Il s’agit de tout petits projectiles d’artillerie lancés à la main par les aviateurs, et peut-être tout simplement de fléchettes d’acier, vite abandonnées

(2) Ces fléchettes sont des projectiles aériens. Anvers est tombé le 9 octobre.

 

Réception d’affectueuses condoléances de Monsieur et de Madame Dechéry qui, en termes émus s’unissent à nous pour pleurer le cher disparu.

À 11 h ½ deux bombes d’aéroplane tombent avec grand fracas, rue Marlot et rue du Couchant ; et à 14H c’est une lutte d’avions, au-dessus même de la ville, qui se termine sans que personne ait paru en tirer avantage.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

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Le Mont de Piété à Reims

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