Paul Hess

La terrible canonnade commencée hier soir ayant été suivie d’arrivées d’obus, dans la nuit, il nous a fallu nous relever et nous habiller lestement.

Réunis dans la salle à manger, quelques vêtements sous la main, prêts à évacuer de chez mon beau-père, nous envisagions la question d’aller nous abriter dans la cave de la rue Brûlée, où M. l’abbé Dage nous avait offert l’hospitalité en cas de besoin, lorsque le calme étant revenu, nous nous étions recouchés ; mais à 4 heures du matin, le bruit des mitrailleuses et une fusillade intense pouvait laisser supposer que l’on se battait vers le canal, nous avait alertés à nouveau, – et cela a duré assez longtemps pour compléter une très mauvaise nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 

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Cardinal Luçon

Silence et tranquillité. Canonnade rare à 7h. Visite au Préfet de la Marne, M. Chapron ; remerciements pour assistance aux obsèques du Général Battesti. Lettre du Général Foch, qui a perdu son gendre et son fils (9) ; et qui combat quand même.

Monseigneur de Châlons, et M. le Curé de Vitry proposés pour la Croix de la Légion d’Honneur. Mgr est allé au devant du Prince de Wurtembert et a demandé que Châlons soit épargné (le Prince est catholique). Le Général Foch a été arrêté, comme moi, pour la consigne (10).

Le Préfet m’a demandé si j’avais fait part au Pape du désastre de la Cathédrale. J’ai répondu non, à cause des difficultés de communication..

5 h. Bombes allemandes.

Visite de M. de Lacroze, qui est à Cormicy.

Nuit de bataille : toute la nuit le canon tonne, les bombes éclatent. Vers 4 h. longue mitraillade (11), et terrible à entendre.

 Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

(9) Le capitaine Becourt, époux de l’une des deux filles du Général et son fils, l’aspirant Germain Foch, ont été tués le même jour, 22 août 1914

(10) Remarque : phrase incompréhensible au sujet du général Foch ?

(11) La « mitraillade », sans doute produite par des tirs de fusils et de mitrailleuses, perçue au centre de Reims, montre bien la proximité de la ligne de feu (moins de 3000 mètres de l’Archevêché).

Gaston Dorigny

C’est toujours la canonnade. On finit par ne plus avoir aucun espoir. On en arrive même presque à se désintéresser de ce qui se passe tellement on est découragé. A dix heures ½ du matin un obus tombe encore dans la droguerie Lasnier causant des dégâts matériels, heureusement sans faire de victime. La journée se passe comme les précédentes au son du canon qui ne se tait que le soir pour faire place aux fusils et mitrailleuses, une fois encore. A quatre heures du matin le canon recommence. Plus cela vient et moins cela change.

Gaston Dorigny

Paul Dupuy

Agréable visite d’André Ragot, dont la Compagnie est à Trigny depuis 6/8 jours ; la santé est florissante et ne parait pas du tout se sentir des fatigues du métier.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

 

Mercredi 29 septembre

Nous continuons à gagner du terrain en Artois, pied à pied, sur les crêtes à l’est de Souchez. Nous avons atteint un point stratégique de la plus haute importance, la cote 140, point culminant des crêtes de Vimy, et l’un de nos principaux objectifs.
En Champagne, de nouveaux progrès ont été réalisés. 800 prisonniers ont été capturés au nord de Massiges.
En Argonne, l’attaque allemande contre le bois de Bolante a totalement échoué. L’ennemi a été expulsé des tranchées de première ligne où il avait réussi à s’installer. Il a subi de lourdes pertes. Il a dirigé sur nos positions un bombardement violent et auquel nous avons efficacement répondu.
Canonnade au bois Le Prêtre et dans la région du Ban-de-Sapt.
Les Anglais ont poursuivi leur progression à Hulluch et à l’est de Loos. Ils ont capturé 18 canons, 32 mitrailleuses et 2800 prisonniers.
Les Russes ont livré des combats heureux sur l’ensemble du front et un peu partout ont pris des Allemands et des Autrichiens : le total s’élèverait à plusieurs milliers d’hommes.
La Grèce semble délibérément prendre position contre la Bulgarie, et la presse officieuse allemande invective le cabinet d’Athènes et M.Venizelos.

 

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