Paul Hess

La mobilisation a apporté immédiatement une brusque perturbation dans la vie paisible de la population civile, à Reims comme ailleurs. un bouleversement complet en est résulté dans l’industrie, le commerce, les établissements, bureaux et ateliers divers, où les vides nombreux ont rendu le travail beaucoup plus difficile, quand ils ne l’ont pas entièrement interrompu

Le départ précipité des réservistes appelés à rejoindre leurs corps de troupes, a laissé toutes les affaires en suspens, quelquefois même dans un véritable désarroi et ce n’est que peu à peu que des conditions nouvelles d’existence pourront peut-être s’organiser

L’aspect de la ville, dans une agitation exceptionnelle de départs, d’arrivées, est sans doute celui de tous les grands centres de la région. Nous avons l’impression que sa situation géographique pourrait nous mêler directement aux événements ; mais quels seront-ils ? Personne n’en sait rein. En famille, nous évoquons le souvenir de nos parents habitant Pont-à-Mousson, nous demandant ce qu’ils sont devenus, eux, si près de la frontière.

Les gens aimant la discussion se groupent devant les affiches. il en est qui affirment déjà que la campagne ne sera pas longue ; ils expliquent qu’elle durera quelques mois au plus et à l’appui de leurs dires, ils citent des militaires de carrière, des hommes des réserves qui sont partis en leur faisant part de cette belle conviction. D’autres plus posés, plus réfléchis ou mieux renseignés ne prévoient pas une issue aussi rapide à la guerre. De ces conversations dans le vague, il reste peu à retenir, sinon que certains paraissent s’illusionner eux-mêmes.

Un « Appel à la Population Rémoise », signé par le Maire a été placardé sur les murs. En voici le texte :

« Mes chers Concitoyens,

Les événements actuels ont provoqué dans la population rémoise une émotion facile à comprendre.

Dans une pareille situation, le devoir des Pouvoirs publics est de n’épargner aucun effort pour assurer le maintien de l’ordre.

Aussi, la Municipalité fait-elle appel au sang-froid de tous les citoyens pour éviter tout incident susceptible de créer des difficultés ou de compromettre la sécurité publique.

C’est ainsi que notre ville reçoit chaque jour un grand nombre d’étrangers appartenant, pour la plupart, à des pays neutres, auxquels nous devons l’hospitalité la plus large, une correction et l’attitude dignes de notre bon renom.

C’est donc un devoir certain, de la part d’une grande population comme la nôtre, d’éviter toute mauvaise action de nature à compromettre la cause de la paix.

Votre municipalité fait donc un pressant appel à vous tous, mes chers Concitoyens, pour assurer l’ordre public, en vous garantissant que rien ne sera négligé pour vous protéger et vous aider.« 

Reims, le 2 août 1914,
Le Maire de Reims, Dr J.-B. Langlet

Source : Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918 - Notes et impressions d'un bombardé

 

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Affiche dont le texte est recopié de la main de Paul Hess


Gaston Dorigny

Dimanche 2 et jours suivants. La mobilisation continue. Une grande quantité de trains bondés de troupes animées du plus beau courage et chantant la Marseillaise et le chant du départ passent à Reims sans arrêt, il y en a de toutes les régions, de l’ouest et du centre. On attend les grands combats…

Source : Gaston Dorigny

Lundi 2 août

Nous repoussons, autour de Souchez, en Artois, quelques attaques allemandes à la grenade.
Nos batteries d’artillerie déciment un rassemblement ennemi en formation dans la Haye, entre Moselle et Meuse. Nous refoulons des offensives au Sobratzaennele et au Reichackerkopf, dans les Vosges, en infligeant de lourdes pertes à l’ennemi.
Nos avions ont lancé trente obus sur le camp d’aviation de Dalheim, près de Morhange et six obus sur un train militaire, près de Château-Salins.
Guillaume II, à l’occasion de l’anniversaire de la guerre, a adressé à ses troupes un manifeste où, une fois de plus, il prétend que l’Allemagne et l’Autriche ont été attaquées. Il a le mensonge tenace!
Les Italiens ont réalisé toute une série de progrès. Ils ont repoussé des attaques dans le val Camonica, au Freikopel, en Carnie; ils ont avancé dans la zone du Pal Piccolo, et auprès de Plava, sur l’Isonzo. Ils se heurtent maintenant, de ce côté, à la seconde ligne de défense des Autrichiens. On sait que les généraux austro-hongrois ont vainement demandé des renforts à Vienne, où sans doute les réserves sont épuisées.
Les Russes contiennent toujours les Allemands sur la Narew et en Courlande et les Austro-Hongrois à la frontière de Galicie. Ils n’en exécutent pas moins le plan de repliement stratégique conçu par leur généralissime. Lublin a été évacué.
Un sous-marin allemand a canonné le paquebot anglais Iberian, qui avait des passagers américains. Deux de ces derniers ont été tués. Voilà un nouvel incident entre Washington et Berlin.

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