• Tag Archives: rue Tronsson-Ducoudray

Lundi 4 février 1918

Louis Guédet

Lundi 4 février 1918

1242ème et 1240ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 matin  Le camion militaire sort d’ici et vient d’enlever mes 8 cartons et une valise d’archives !! Pour moi c’est encore un déchirement ! Est-ce le dernier de cette épouvantable vie que je mène !! Me voilà encore plus seul, plus de papiers, plus de documents ou si peu qu’en cas de départ précipité je pourrais enlever ce qui me reste dans un sac de voyage !! me voilà donc avec quelques notes, quelques papiers indispensables, une plume et un peu d’encre !! Rien ne m’aura été épargné durant cette Guerre. Mon Dieu ! avez-vous pitié de moi !! et de ma misère !

6h soir  4/5 obus à 11h55 dans notre quartier, au-dessus de la maison, vers Clovis, 1 chez Melle Payard 40, rue des Capucins, 1 au 75, et un sur le théâtre en face du greffe Villain.

Audience Réquisitions à 2h, peu de monde. Rentré ici à 5h. On dit dans les rues que le Général Pétain serait ici. Que vient-il y faire ? nous amener des pillards, cela ne m’étonnerait qu’à demi, car en ce moment les sauterelles marocaines encombrent nos rues et nos ruines…  plus ou moins abandonnées ! (Rayé). En rentrant je passe chez Melle Payard, très émotionnée ainsi que Melle Colin. La pauvre fille, la seule commode à laquelle elle tenait a été pulvérisée ! C’est la veine !! Je connais cela.

Rien d’autre de saillant. Je pars toujours mercredi 9h (6ct (courant)), inquiet de laisser mon abri, sans savoir ce qu’il y adviendra durant mon absence. Quelle triste vie, sans suite, sans consistance, sans pouvoir être sûr du lendemain. Je pars, je sors d’ici et ne sais si quelques jours après, quelques heures, quelques instants après je retrouverai mon refuge intact.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

4 février 1918 – Sifflements et arrivées, dans le centre, à 12 h 1/2. Le premier obus tombe rue des Capucins ; le second rue Tronsson-Ducoudray, etc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi 4 – Nuit tranquille. + 4°. Temps semi-couvert. Midi bombes sifflent. Sur batteries ? Rue des Capucins, sur la maison de Mlle Collin. Après midi, tir contre avions ou sur batteries. Visite à M. Biaise.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 4 février

Activité marquée des deux artilleries sur le front au nord de l’Aisne et dans la région du Four-de-Paris.
Un de nos détachements a exécuté dans le secteur nord-ouest de Courtecon (région de l’Ailette) un coup de main sur un petit poste allemand qu’il a ramené tout entier dans nos lignes, faisant ainsi 13 prisonniers et capturant du matériel.
Des coups de main tentés par l’ennemi sur un de nos petits postes au sud de Lombaertzyde, sur la rive droite de la Meuse, au nord de la cote 344, en Lorraine, au nord de Bures et en Alsace, dans la région du canal du Rhône au Rhin, ont échoué.
Une tentative allemande dans le secteur de Poelcapelle a échoué sous le feu des mitrailleuses anglaises.
Des rencontres de patrouilles ont tourné à l’avantage de nos alliés dans la région de Méricourt, au sud de Lens.
Activité de l’artillerie allemande vers la Vacquerie et au sud de Lens.
Sur le front italien, action d’artillerie et activité aérienne.
En Macédoine, activité réciproque d’artillerie dans la région de Doiran et a l’ouest du Vardar.
Les avions navals britanniques ont bombardé l’aérodrome de Varssenaere, en Belgique. Un projectile a allumé un incendie.
La conférence interalliée de Versailles a clôturé ses travaux.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Lundi 16 avril 1917

Louise Dény Pierson

L’image contient peut-être : plein air

16 avril 1917

L’autorité militaire donnait beaucoup de facilités aux personnes désirant quitter la ville, notamment en assurant l’enlèvement des meubles.
C’est ainsi que nos amis Mavet purent rapidement déménager, ayant trouvé un logement à Malakoff : quatre grandes pièces, plus cuisine, pouvant convenir à deux ménages. Sitôt installés, ils insistèrent pour qu’Émilienne vienne les rejoindre avec les enfants, ce qui fut fait très peu après. Nous perdîmes momentanément nos amis, ma sœur et mes nièces qui, de Malakoff, nous conseillaient vivement d’en faire autant… Mais mes parents ne voulaient pas s’éloigner et laisser vide notre petite maison de Sainte-Anne.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Lundi 16 avril 1917

947ème et 945ème jours de bataille et de bombardement

7h matin  Hier soir il tombait une pluie fine. Ce matin, temps nuageux avec brise assez forte, de la neige sur le gazon. A 6h1/2 Nuit calme, pas entendu d’obus siffler, mais nos canons n’ont cessé de tirer. Il y a une batterie toute proche de la maison qui la fait trembler, et n’est pas sans m’inquiéter à cause des ripostes allemandes qui nécessairement nous éclabousseraient. Quand donc n’entendrai-je plus ces pièces aboyer comme des monstres. A 6h1/2 il faut se lever, la bataille fait rage et on ne s’entend pas. Les avions nous survolent et montent la garde.

7h  Les petites laitières sortent de leur dépôt de la rue des Capucins. Voilà des femmes qui ont été courageuses, héroïques, par tous les temps, au propre et au figuré, sous la mitraille elles ont toujours fait leur service. Bien des fois quand je les entendais rester tout en caquetant entre elles sous les obus, je pensais que je ne voudrais pas que mes bonnes sortissent sous une telle mitraille. Ce sont des humbles qui méritent l’admiration.

J’oubliais hier de conter que j’avais encore trouvé 2 russes ivres, comme des polonais quoique russes, à la sortie d’une autre maison place d’Erlon. Je fis le geste de mettre la main au revolver. Alors tous deux de lever les bras et de me crier : « Kamarad !! Niet ! Niet !! » Gesticulant, faisant des signes de croix (ils y tiennent) pour prouver l’innocence (!!?) de leurs intentions !! Bref ils se mirent à se sauver tout en titubant, c’était tordant ! Si je me souviens de cette scène, je crois qu’eux aussi en conserveront un…  mauvais souvenir de ce terrible…  « Fransouski » qui joue du revolver sur des pauvres soldats russes qui visitent des caves pour…  se désaltérer à nos frais !!

9h1/2 matin  La bataille continue toujours.

11h matin  Le combat semble se calmer, il dure depuis 6h du matin !! Un soldat aurait dit à ma bonne que cela allait bien ?

On m’a apporté le coffre-fort de la famille Valicourt. Le Père, la mère, la fille (morte la dernière) asphyxiés par les bombes asphyxiantes, hier 15 avril vers 1h du matin. J’en fais l’ouverture et la description : des valeurs dont je trouve la liste : une obligation Crédit Foncier qui est chargée de numéros, il manquerait une obligation Varsovie, mais elle semble avoir été remplacée par une Pennsylvanie. Du reste cette liste date de 1905, une pièce de 100 F or, 400 F en or et 290 F en billets de banque… On me laisse tout cela avec une caisse en carton Lartilleux (carton de la pharmacie de la place St Thimothée). Si cela continue je pourrais m’établir marchand de bric-à-brac !!

5h1/4 du soir  Reçu à midi encore des valeurs d’une dame Veuve Giot, asphyxiée, 59, rue Victor Rogelet. Je finis de déjeuner, prépare le pli Valicourt, et vais à la Poste du Palais prendre mon courrier. Lettre désolée de ma pauvre femme. Je la remonte comme je puis. Comme je descendais de mon cabinet du Palais, j’entends une altercation dans la salle des pas-perdus. Le R.P. Griesbach, rue Nanteuil, 6, à Reims et Pierlot, impasse St Pierre, discutaient avec un nommé Paul Alexis, employé de bureau aux Docks Rémois à Reims, mobilisé à la 6ème section, secrétaire d’État-major, planton cycliste à la Place de Reims, matricule 2247, qui avec un de ses collègues également attaché à la Place, le nommé Fernand Baillet, qui s’est lui défilé, aurait crié : « Couac ! Couac ! » (jeu douteux qui consistait, pour de jeunes anticléricaux, à imiter le cri du corbeau lorsqu’ils croisaient un religieux en soutane noire) en passant devant le R.P. Griesbach qui causait avec l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, vicaire Général, et l’abbé Haro, vicaire de la Cathédrale. Dupont se démène parce qu’un médecin major, capitaine à 3 galons, décoré de la Croix de Guerre étoile d’argent, lui a demandé son livret pour prendre son nom et le signaler à la Place. Je m’approche et comme je m’informe le Docteur me dit : « Vous êtes le commissaire de Police ? » Je lui réponds que non, mais juge de Paix de Reims. Alors il m’explique l’affaire et me remet le livret pour prendre les renseignements. Je fais monter mon homme avec le R.P. et Pierlot. (Robinet dentiste, témoin se défile !!) Il n’a pas le courage de son opinion celui-là. Comme je leur dis de me suivre un soldat de l’état-major à libellule vient se mêler de l’affaire et m’interpelle. Alors je le plaque en lui demandant de quoi il se mêle, et que cela ne le regarde pas, et qu’il me laisse la paix. Il rentre dans sa…  libellule aussi celui-là !!

Monté je prends note de toute l’affaire, le pauvre Couaceur Dupont fait dans ses culottes, et excuses sur excuses. Le R.P. tient bon…  et on s’en va. A peine Dupont est-il parti que le Brave Père Griesbach me prie de n’en rien faire et de ne rien signaler à l’armée, au G.Q.G. de la Vème Armée, trouvant que la leçon avait été suffisante. Je suis de cet avis, mais j’ai le citoyen sous la main. Gare s’il bronche !! Il était 2h1/2. Je file à la Mairie pour avoir des nouvelles, qui sont très bonnes parait-il ! Devant les Galeries Rémoises rue de Pouilly j’entre m’excuser de n’être pas allé déjeuner hier comme je l’avais à demi-promis sans m’attendre. Au moment de repartir, des bombes. A la cave, où je reste jusqu’à 4h1/2. Je rentre à la maison vers 5h où l’on était inquiet. Par ailleurs on a des nouvelles bonnes, Courcy, Brimont seraient pris. On serait à Auménancourt-le-Grand. On dit les troupes massées pour l’assaut de Cernay ce soir.

Curt me dit que les 2 petits meubles de Marie-Louise et de ma pauvre femme, fort abîmés par notre incendie et confiés aux Galeries pour être réparés sont réduits en miettes. Cela me serre le cœur. Nos ruines ne cesseront donc pas. J’ai dit qu’on mette tous ces débris en caisse. En rentrant on me dit que le Papa Morlet de chez Houbart s’est foulé le pied en tombant d’une échelle. Je vais aller le voir. Ce n’est qu’un effort. Ce ne sera rien.

8h35  En cave pour se recoucher. 10ème nuit couché sans se déshabiller. Je n’aurais jamais cru qu’on s’y faisait aussi facilement.

A 7h je finis de clore et sceller mes plis consignations Valicourt et Giot. A 7h1/2 je les porte à mon commissaire Cannet, qui est vraiment brave !! Je ne me suis pas trompé, cet homme-là est un homme de valeur…  Intelligent, de sang-froid et ne reculant pas devant les responsabilités. A signaler, c’est à mon avis un futur commissaire central dans une grande ville, ou commissaire à Paris. Il les remettra (mes plis) à la première voiture d’évacués demain à 8h… En allant je suis passé rue Clovis voir l’École Professionnelle. Atterré par les décombres, c’est épouvantable, c’est une crevaison de maison mise à jour. Je remonte rue Libergier. La maison Lamy, une dentelle, un autre 210 dans la rue, de quoi enterrer un cheval. Je continue toujours, rue Libergier, en face de la porte particulière de Boncourt, 2 trous d’obus côte à côte ont formé une cave de 10 mètres de diamètre au moins au milieu de la chaussée, perpendiculairement à la rue Tronsson-Ducoudray et à la statue de Jeanne d’Arc (en tirant 2 perpendiculaires) un trou de 5 mètres de profondeur !! On me dit que la Cathédrale a reçu 14 bombes semblables !! Jeanne d’Arc toujours glorieuse et triomphante n’a rien et dans la pénombre du ciel gris surveille la place et lève toujours son glaive vengeur.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

16 avril 1917 – Canonnade très sérieuse vers Brimont. C’est le déclenche­ment de la grande offensive de notre part, annoncée comme de­vant donner les résultats décisifs.

Nous avons dû encore abandonner le bureau et rester tout l’après-midi à la cave. Ainsi que les jours précédents, nous y res­sentons les fortes secousses des arrivées et des explosions lors­qu’elles se produisent au-dessus de nous, c’est-à-dire sur l’hôtel de ville et son voisinage immédiat.

Nous sommes groupés, à quelques-uns, du côté du calori­fère, qui n’a pas fonctionné depuis la guerre, et assis sur des lits, nous causons doucement. La situation considérée dans sa plus triste réalité, tandis que ne cessent de tomber les projectiles, par rafales, est jugée par tous comme véritablement tragique. On ne voudrait cependant pas s’avouer qu’il est de plus en plus clair que les chances d’en sortir sont moindres que les risques d’y rester tout à fait. On essaie tout de même de blaguer un peu, parfois, tout en bourrant une pipe, pour tuer le temps, mais la conviction n’y est pas. Guérin, lui-même, n’a jamais fumé sa petite « acoufflair » avec autant de gravité. Nous nous trouvons l’un en face l’autre, et, à certain moment, nos regards se croisent ; il me demande :

« Eh bien ! crois-tu que nous remonterons aujourd’hui ? »

Ma réponse est simplement

« Mon vieux, je ne sais pas. »

Nous avons eu certainement la même pensée : pourvu qu’un 210 ou qu’un percutant à retardement, comme les Boches nous en envoient maintenant, ne vienne pas nous trouver jusque là, dans ce pilonnage frénétique de gros calibres !

— Le soir, après avoir lestement dîné à la popote et appris, avec plaisir notre avance sur Courcy, Loivre, etc. je puis, malgré tout, retourner coucher dans la cave du 10 de la rue du Cloître ; ses occupants sont navrés du décès de Mlle Lépargneur, voisine, de l’immeuble mitoyen avec celui de mon beau-frère — qu’ils m’ap­prennent dès mon arrivée.

Cette malheureuse personne avait été intoxiquée hier matin dimanche, atteinte par les voies respiratoires, alors qu’elle gravis­sait sans méfiance les dernières marches de sa cave, où elle s’était abritée pendant le violent bombardement ; celui-ci prenait fin en effet, mais un obus à gaz avait éclaté quelques instants auparavant, dans la cour de la maison.

L’Éclaireur de l’Est, indique le chiffre de quinze mille obus, tirés sur Reims, au cours de l’effroyable avant-dernière nuit et de la matinée d’hier.

Pendant l’après-midi, aujourd’hui, le bombardement a été particulièrement dur sur le centre et la cathédrale, qui a été atteinte par une quinzaine d’obus de gros calibre, dont quatre sur la voûte. Son voisinage a été massacré. La cour du Chapitre, la place du Parvis, certaines maisons de la rue du Cloître sont méconnaissa­bles, dans cette dernière rue, derrière l’abside, M. Faux a été bles­sé mortellement, alors qu’il se trouvait dans l’escalier de la deuxième cave de la maison Gomont.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Place du Parvis


Cardinal Luçon

Lundi 16 – + 2°. Neige presque fondante sur la pelouse. Nuit extrême­ment agitée, mais entre batteries. Pas d’obus autour de nous, si ce n’est en petit nombre. A 6 h., activité d’artillerie qui nous a fait croire au déclenche­ment de l’offensive annoncée pour le printemps(1). Des bombes sifflent. A 9 h. 45, visite de M. le Curé de Saint-Benoît. Il m’apprend qu’hier, 15, trois personnes de sa paroisse, réfugiées dans son presbytère, y sont mor­tes des gaz asphyxiants. Son clocher est criblé par des obus et son église aussi ; la toiture est trouée ; le plafond écroulé, les murs percés de brè­ches. On dit que nous avons attaqué les tranchées ennemies et fait 200 pri­sonniers. Visite de M. le Curé de Saint-André : son clocher est démoli ; église incendiée, église en ruines. De 3 h. à 4 h. 1/2, Bombardement de la Cathédrale pendant 1 heure 1/2 avec des obus de gros calibre. Un ving­taine d’obus ont été lancés sur elle. Le 1er tomba à moitié chemin du canal ; le second se rapprocha de 200 mètres ; le 3ed’autant ; le 4e et les suivants tombèrent sur la Cathédrale ou dans les rues adjacentes, sur le parvis. Les canons allemands lancèrent un obus par chaque cinq minutes environ ; le temps de remplacer l’obus lancé par un autre obus. Un homme a la jambe coupée par un obus dans sa cave, rue du Cloître. L’abside de la Cathédrale est massacrée. 13 obus au moins l’ont touchée. Les rues sont jonchées de pierres, de branches d’arbres commençant à avoir des feuilles, de lames de zinc ou de blocs de plomb fondu projetés par les obus tombés sur les voû­tes. Tout le monde se terre dans les caves. En nous apercevant, M. Sainsaulieu vient à nous ; la terreur règne dans la ville : on dirait la fin du monde. Sept à neuf grands cratères sont creusés dans les rues et sur la place du parvis creusés par la chute des projectiles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Début de l’offensive Nivelle sur le Chemin des Dames et au Nord de Reims (premier engagement des chars de combat français à Juvincourt). En dépit de la discrétion du Cardinal, on perçoit  bien que cette action a fait l’objet d’innombrables bavardages avec son  déclenchement et qu’elle était donc attendue de pied ferme par l’adversaire sur un terrain particulièrement favorable à la défensive

Lundi 16 avril Deuxième bataille de l’Aisne

Activité d’artillerie au nord et au sud de l’Oise. Nos reconnaissances ont trouvé partout les tranchées ennemies fortement occupées.

En Champagne, violente canonnade. Escarmouches à 1a grenade à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Nos reconnaissances ont pénétré en plusieurs points dans les tranchées allemandes complètement bouleversées par notre tir.

Sur la rive droite de la Meuse, l’ennemi a lancé deux attaques : l’une sur la corne nord-est du bois des Caurières, l’autre vers les Chambrettes. Ces deux tentatives ont été brisées par nos feux.

En Lorraine, rencontres de patrouilles vers Pettoncourt et dans la forêt de Parroy. Nos escadrilles de bombardement ont opéré sur les gares et établissements du bassin de Briey et de la région Mézières-Sedan. Les casernes de Dieuze ont été également bombardées.

Les Anglais ont arrêté une forte attaque allemande sur un front de plus de 10 kilomètres de chaque côté de la route Bapaume-Cambrai. L’attaque a été repoussée sauf à Lagnicourt, où l’ennemi a pris pied, mais d’où il a été aussitôt chassé. Nos alliés ont enlevé la ville de Liévin et la cité Saint-Pierre. Sur tout le front de la Scarpe, ils se sont avancés à une distance de 3 à 5 kilomètres de la falaise de Vimy. I1s arrivent aux abords de Lens.

Les Belges ont pénétré dans les deuxièmes lignes ennemies qu’ils ont trouvées inoccupées, près de Dixmude.

Violente canonnade en Macédoine, entre le Vardar et le lac Prespa.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

Share Button

Samedi 10 février 1917

Cerny-les-Bucy

Louis Guédet

Samedi 10 février 1917

882ème et 880ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Toujours grand froid avec un beau soleil. On souffre tout de même et on voudrait bien que ce fut fini. Caisse d’Épargne ce matin, peu de monde. Après-midi sorti pour aller jusqu’aux caves Charles Heidsieck, 46, rue de la Justice, vu Braudel (à vérifier), toujours aussi convaincu de son importance, cet homme n’a jamais pu changer sa manière Boche !! Fondé de pouvoir, dans les caves où les bureaux sont parfaitement organisés. Rentré par un soleil splendide. Le cœur serré, comme toujours, et puis je n’ai goût à rien. Je me suis forcé à écrire mon courrier mais sans goût et avec lassitude.

Il y a 17 500 habitants, peut-être un peu plus à Reims. Je croyais qu’il n’y en avait que 15 000, mais il a été demandé plus de 17 500 cartes de sucre…  et…  Voilà ma journée et tout ce que j’ai appris…  Peu ou pas de canon.

J’ai été gelé hier dans mon cabinet au Palais de Justice, à tous vents. J’ai demandé à Touyard le concierge du Palais de me faire mettre du papier aux fenêtres afin qu’on gèle moins, juges, greffiers et justiciables. Je tiens mes séances dans mon cabinet, portes ouvertes sur la pièce donnant sur la rue Tronsson-Ducoudray. De même pour les audiences de simple police, la grande salle étant glaciale…  Bref on gèle, et je lis dans l’Écho de Paris que les juges se plaignent d’avoir froid dans leurs salles chauffées, je voudrais bien les voir ici dans mon Palais !! sans carreau ni fenêtre. Comme la maison de Cadet Rousselle (d’après les paroles d’une chanson populaire datant de 1792).

9h soir  J’ai froid. Je n’ai pas sommeil et ne peut me décider à me coucher. Je rêve, somnole près de mon poêle, mon esprit erre à un tas de souvenirs qui me font souffrir. Cet état est bien pénible. Je suis comme extériorisé. Je vais, je viens, j’écris plus comme si je n’existais pas, sans savoir bien, c’est comme un engourdissement. Après trente mois de ma vie, cela se conçoit un peu, je n’ai plus de vie humaine. C’est une vie de paria, de bête traquée, de machine. Une vie de veilleuse qui s’éteint. Mon Dieu ! c’est peut-être là la mort la plus douce !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 10 – Nuit tranquille. – 8°. Visite de trois officiers : Colonel M, Colonel Nieger, un Lieutenant-Colonel qui était à La Neuvillette quand les Parlementaires allemands s’y sont présentés (3 Septembre 1914), 1 Capitaine.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 10 février

Dans la région à l’est de Reims, nous avons réussi un coup de main et ramené des prisonniers.

Nos batteries ont exécuté des tirs efficaces sur les organisations ennemies du secteur de la cote 304. Un dépôt de munitions a explosé. Canonnade intermittente sur le reste du front.

Un de nos pilotes a abattu un avion allemand près de Cerny-les-Bucy (Aisne). Nos avions de bombardement ont lancé des projectiles sur les usines militaires et la gare de Bernsdorf, ainsi que sur la gare de Fribourg-en-Brisgau (grand-duché de Bade).

Canonnade sur le front belge, spécialement au sud de Nieuport.

Les Anglais ont exécuté des coups de main heureux à l’est de Vermelles et au sud-est d’Ypres. Un grand nombre d’abris ont été détruits et des prisonniers ont été faits.

Les Allemands, après un violent bombardement, ont tenté d’aborder les lignes britanniques, au sud d’Armentières. Ils ont été décimés et rejetés. 37 prisonniers ont été faits, dont 2 officiers. Nos tirs de contre-batteries ont provoqué deux explosions dans les lignes allemandes. Un groupe de travailleurs a été dispersé par le feu britannique, vers la butte de Warlencourt.

La Republique Argentine a remis à l’Allemagne une note de protestation énergique contre le blocus.

La Suède a décliné la proposition de M. Wilson tendant à instituer une action collective des neutres contre la guerre sous-marine.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Cerny-les-Bucy

Share Button

Dimanche 20 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

20 SEPTEMBRE ; 10 heures ; dans la cathédrale : Oh ! la triste nuit ! En quittant hier soir la cathédrale, c’était à l’heure où elle formait déjà un brasier immense…

Il était 3 heures 3/4 environ quand, sortant de la Réserve, je dis à M. le Curé ; « Je vais voir le feu ».

Les échafaudages brûlaient ; je reviens le dire à M. le Curé qui sort immédiatement. C’est l’horrible vérité, mais nous ne la croyions pas encore si horrible. Si les pompiers étaient intervenus une demi-heure auparavant, il eût été facile d’arrêter ce foyer, mais ils étaient occupés… chez eux, ayant reçu une bombe. Au témoigné de de M. Bossu, procureur, les pompiers auraient répondu ; « Le théâtre presse davantage, car, s’il brûle, tout Reims brûle » Mais encore au moment où je le constatais, les échafaudages brûlaient sur une grande hauteur. Il n’était pas loin de 4 heures. Je cours prendre un soldat sur le portail central. Nous enfilons la tour nord. Le foyer était très intense et immense déjà… les flammes mordaient profondément les poutres qui, en beaucoup d’endroits, n’étaient plus qu’une énorme braise éclatante ; en arrivant au niveau de la galerie des Rois (vitraux) l’atmosphère était irrespirable ; les flammèches volaient de çà et de là une ronde déjà très inquiétante. Avec le soldat, nous essayons de démolir les poutres placées à plat et formant divers étages de planches, mais c’est un monde à remuer… Nous précipitons deux ou trois planches, mais il en reste tant !

Nous redescendons, affolés, à travers les blessés allemands inquiets… à partir de ce moment, l’élément destructeur ne pouvait plus être modéré. J’ai du mal à faire comprendre aux blessés qu’il faut vivement se rejeter vers le grand autel ; toute la paille – une montagne – on va la jeter dans le chantier. Déjà, les papillons ardents traversent les clefs de voûte et entrent aussi par les vitraux ouverts… Les blessés sont occupés à les recevoir sur des linges mouillés tandis que les plus solides s’occupent du transport de la paille…

La situation prend dès lors une allure tout-à-fait tragique. Les curieux sont dès lors, malgré le danger, accumulés à distance de la cathédrale, devant les échafaudages. Le feu se développe, fait rage. Des fumées rougeoient au travers des vitraux, de la grande rose en particulier, dont la moitié environ à droite de la verticale s’écrase avec fracas et laisse s’allonger en langues rapides dans le vaisseau, un véritable tourbillon de flammes…

Fracas énorme des poutres qui s’écroulent, crépitement du feu, acharné après l’œuvre dévastatrice… Le soleil donne et projette au travers des immenses trous de la rosace des colonnes de lumière du plus haut tragique…

4 heures 1/4 ; Je me réveille après une heure et demie de sommeil que je ne pouvais absolument dominer. Je tombais en parlant, en priant, en écrivant comme en témoigne encore la page précédente…

Je disais donc tout à l’heure combien furent tragiques pour nous la filtration de la lumière du jour, rougeoyante et toute enfiévrée de fumée, à travers le réseau des pierres vidées de leurs joyaux.

le Curé, qui vient de sortir, rentre en disant qu’il faut s’occuper de sauver le trésor et les ornements principaux, parce que la toiture se prend et que tout va brûler. Je me jette vers les sacristies et on entasse dans les grands paniers à tentures les choses les plus précieuses – lesquelles quelques hommes de bonne volonté emportent au nouvel archevêché par la cour, derrière la sacristie. Les difficultés s’accumulaient à plaisir, comme toujours en de semblables occurrences ; la porte, entre la basse sacristie et les Salle des Rois, était bloquée par le bombardement ; la grille, sur la rue, ne s’ouvrait plus…

Les derniers transports se firent sous les flammèches et sous une fine pluie de plomb fondu très dense.

On m’assure que M. le Curé – qui s’est tant dévoué et a été tout-à-fait héroïque ces jours – est sorti. Je m’en inquiétais beaucoup ; il n’y avait plus d’issue en quelques minutes, que dis-je, en quelques secondes… elles étaient toutes bouchées…

Je lève les yeux sur le spectacle qui s’offrait. Des incendies partout ; une véritable couronne d’incendies se dressait tout autour de la cathédrale…

Les flammes montaient autour du clocher à l’Ange, le léchaient, l’enveloppaient Jusqu’à l’extrême pointe. Bientôt, très vite, ce n’est plus qu’une tragique armature de feu, qui dresse sa grâce et sa délicate architecture au milieu de je ne sais quelle apothéose… Tout le clocher s’incline lentement vers la Place Royale… ce sont les suprêmes instants ; il s’abattait peu de temps après vers la Chapelle de l’Archevêché.

Je tourne l’abside… des curieux sont massés à toutes les artères, remplis d’effroi et de haine contre les Barbares qui n’ont pas hésité à se déshonorer devant l’Humanité toute entière par un semblable méfait…

Je me dirige vers le portail nord… En sortaient plusieurs des 60 ou 80 blessés que nous avions, quelques heures auparavant, mis en sûreté dans la tour nord, et qui se trouvaient maintenant dans la pire situation.

« A mort ; à mort ; tuez-les ; tapez dessus ! » Le peuple, excité par les tragiques audaces de l’ennemi est sans pitié, sans mesure, sans possession de soi…

« A mort ; à mort les sauvages ! » Et les soldats sont tout disposés à suivre l’impulsion de la foule, d’autant qu’ils ont reçu l’ordre de tirer sur les prisonniers, impitoyablement, à la moindre alerte…

Mais, M. le Curé est là, à la tête de la colonne, au portail, stoïque, décidé ; « Non, non, non… Tirez sur moi d’abord ! »

Je devine ce qui se passe ; Je vais me ranger à ses côtés et, très ému par les évènements, J’exhorte de mon côté les groupes ; « Mon ami, c’est entendu, je vous comprends ; je partage votre ressentiment, vos révoltes, votre douleurs… mais de grâce, pas cela ! Sur un champ de bataille, oui, entre hommes valides, tirez et abattez jusqu’au dernier. Les allemands sont des bandits, des barbares, c’est entendu, mais de grâce et sans regretter notre générosité et notre confiance, ne faisons pas une chose que, demain, nous regretterions amèrement. Est-ce que de tuer, de les refouler dans le brasier ressuscitera vos enfants, vos frères ? ».

D’aucuns comprennent, d’autres continuent à hurler la mort. Il sera malheureusement impossible de conduire ces malheureux à l’Hôtel de Ville. Ils seraient lynchés auparavant. On les fait entrer dans l’imprimerie coopérative ; ils reçoivent quelques coups de poing… il y en a de couchés sur le pavé, dans l’impossibilité de se tenir debout, jambes broyées, pieds emportés… Dix fois, ils sont sur le point d’être piétinés… des hommes s’avancent avec des morceaux de bois… s’entraînant pour satisfaire, dans une boucherie, la haine qu’ils portent contre les frères des barbares qui brûlent notre cathédrale…

Enfin, les soldats aidant et l’état des malheureux inspirant une grande pitié aux moins exaltés, on arrive à les mettre à l’abri.

Le Clocher à l’Ange est tombé vers la chapelle de l’archevêché ; c’est cet effondrement qui a allumé l’incendie qui a dévoré tout le bâtiment, salle des Rois et le reste…

Je suis allé de divers côtés après l’incident des blessés. Revenu vers la rue du Cardinal de Lorraine, la maison Prieur était toute en flammes. On aurait pu couper le feu là, j’en ai la conviction ; je fais amener des tuyaux ; je grimpe sur le mur, sur le toit et je commence à inonder les parties sur le point d’être atteintes.

Mais le feu a tourné déjà et une partie de l’adoration Réparatrice est en feu. J’organise un autre terrain de combat chez les Religieuses qui, d’ailleurs, ont évacué la maison. Et ce, avec des hommes de bonne volonté… Je vois qu’il n’y a plus rien à faire là. Alors, il faut essayer de sauver la maison des Abelé… Je grimpe sur le toit… la situation est bonne, mais pas d’eau, ni de tuyaux. Enfin, on trouve le compteur, on trouve des rallonges. En avant ! Je passe ensuite rue St. Just, puis, rue de l’Université ; tout le pâté brûle par le milieu ; il faut vite faire la part du feu… Je grimpe à un cinquième et poste là un pompier… Je vais à diverses reprises au nouvel archevêché, très menacé, parce que tout l’ancien est en feu. C’est formidable ! Sous le vent, les fenêtres crachaient des flammes… L’enfer vomissait. Mgr Neveux très ému ; l’abbé Camus très impressionné (tous deux je ne les ai pas vus très braves ces jours !) arrosaient leurs murs avec des pommes d’arrosoir… Hélas !

Heureusement pour eux, comme pour nous dans le quartier, le vent a tourné. A une heure du matin, il paraissait que nous échappions au fléau. Cependant, jusqu’au jour, je me suis occupé à descendre à la cave ma musique, du linge etc…

Ce matin, je n’ai pas dit ma messe, mais suis allé à celle de 11 heures à la Mission. Il y avait deux personnes avec moi !

Et pour y aller, il m’a fallu traverser des ruines et des ruines. De ce que j’ai vu en circulant ce matin, je ne saurais rien dire. Dans la rue de l’Université, Place Royale, dans tout le pâté entre ces rues et les boulevards, ce ne sont que pans de muraille, ruines fumantes, poutraisons enflammées, amas de pierres transformées en chaux par une combustion encore active.

Le tourbillon de la mort et du désespoir a passé ; c’est effroyable, effroyable !

Je suis allé à la cathédrale recueillir les morceaux de vitraux que j’ai pu rencontrer parmi les cendres de la paille et des chaises, parmi les poutres calcinées qui sont tombées par les clefs de voûte et les débris d’architecture qui sont entrés par les vitraux, tant pendant le bombardement que pendant l’incendie.

J’ai recueilli aussi divers morceaux d’architecture près des portails, un certain nombre transformés en véritables morceaux de chaux par le feu…et c’est si dommage !

Dommage est en l’occurrence un mot presque plaisant. Puis, c’est une aile d’ange en bois du petit orgue ; c’est mon bâton de musique à demi-calciné sur mon pupitre demeuré seul debout au milieu du chœur pendant que les stalles flambaient (elles brûlaient encore hier soir avec des éclatements formidables). On a coupé les rangées de stalles aux abords du petit orgue, qui a été ainsi sauvegardé. Tous les lustres de cuivre de la nef se sont abattus, les contrepoids étant la proie des flammes au-dessus de la voûte. Le trône archiépiscopal brûlait ; la partie supérieure a été préservée ; les tapisseries des Gobelins et les toiles sont toutes sauvées ; on sait que toutes les tapisseries de la petite nef avaient été enlevées par ordre du Gouvernement et dirigées sur Paris, d’où un train entier d’objets d’art partait quelques jours après. On avait donc escompté même l’occupation de Paris par les Allemands ?

Toutes les chaises accumulées dans le chœur sont brûlées. Le grand orgue n’a rien que des éraflures. Mais tous les vitraux de la haute nef côté nord et coté midi sont saccagés. Ceux des côtés de l’abside sont ravagés par la mitraille, ceux du transept nord également. La moitié de la grande rose est vidée. Et les sculptures du portail – centre droit surtout – sont abîmées. Les échafaudages écrasés-là ont constitué un brasier épouvantable, alimenté par les bois des tambours (provenant de St.Nicaise) et la paille accumulée à l’intérieur. Les pierres sont calcinées lamentablement.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louise Dény Pierson

20 septembre 1914 ·

Cette catastrophe pour Reims et le fait qu’on entend des explosions sur la ville incitent mes parents à revenir voir si notre maison n’a pas souffert.
Nous prenons le chemin du retour, les traces de la bataille sont à peu près effacées.
Avant d’arriver à Ormes, le commandant d’une batterie d’artillerie en position près de la route, nous interdit de passer : il faut faire demi tour et ne pas insister car ils vont tirer.
Mais revenus un peu vers le village nous coupons à travers champs… en direction de Loison, nous trouvons bientôt un chemin de terre qui nous permet de regagner Reims sans autre incident.
Notre maison est intacte, le quartier Sainte-Anne est calme et n’a pas souffert.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Dimanche 20 septembre 1914

9ème  et 7ème jours de bataille et de bombardement

8h40 matin  Cette nuit vers deux heures du matin une alerte qui a durée 1/2 heure à 3/4 d’heure, mais c’était une canonnade roulante, il n’y avait pas d’intervalle, toujours vers Brimont. Je me rendors jusqu’à 6h, réveil au canon.

6h1/4  Je m’habille avec l’intention d’aller entendre la messe de 6h1/2, on ne sait ce que la journée nous réserve. Entendu la messe à St Jacques, peu de monde. Je pousse jusque chez Mareschal 52, rue des Capucins, où je rencontre Émile Français qui en sortait demander l’hospitalité pour lui et sa mère, sa maison brûlant avec le reste du quartier. Rien chez Maurice. Nous retournons ensemble vers chez moi par la rue des Capucins et c’est les larmes aux yeux que nous causons. Il me recommande sa femme et ses enfants au cas où il disparaitrait et me dit qu’il se considère comme mon client, et que du reste à la mort de sa mère il avait l’intention de me prendre pour notaire de sa sœur religieuse et ensuite, cette succession réglée me prendre définitivement. C’est délicat comme tout ce qu’il fait sans bruit en évitant toutes les susceptibilités. Cela me m’étonne en aucune façon de lui. Je lui promets que je me charge des siens, mais que j’espère bien que ce sera inutile. Arrivé devant St Jacques, comme il me parlait de quérir sa mère à Epernay, il me demande si l’on avait besoin de sauf-conduits (4) pour lui. Je lui réponds : « Etes-vous allé à la messe ? » – « Non ! » – « Eh bien il est 7h1/2, il y en a une à St Jacques, entendez-là et repassez chez moi, j’aurai vos sauf-conduits ». Je cours à la Ville, on n’en délivre plus ! On s’en va à ses risques et périls ! Je repasse chez Mme Collet que je vois dans sa cave fort inquiète, mais hésitant à partir de Reims ou à y rester. Comme elle n’a pas de pièce d’identité facilement disponible, je lui propose de lui faire une sorte de pièce d’identité, ce que je vais faire. Quand j’aurais fini ces quelques lignes et comme je quittais cette dame, M. Ravaud, pharmacien qui était réfugié chez elle, me dit qu’il vient d’éclater deux obus tout proche.  Je file à la maison.

La brave Adèle est déjà dans son réduit et me crie : « Je suis là avec M. Français ! » Je descends, explique à Emile Français qu’on peut s’en aller à ses risques et périls, qu’on ne délivre plus de sauf-conduits et qu’il n’a qu’à se servir de ses pièces d’identité.

Je fais transporter nos chaises et le matériel de bombardement dans un caveau jusqu’au fond à gauche de la grande cave, car cette nuit, en réfléchissant à ce que j’avais vu chez Charles Heidsieck je me rendis compte que si un obus passait par les soupiraux ou l’escalier de la rue il entrerait comme dans du beurre et nous serions frits ou cuits, comme vous voudrez ! Tandis que dans ce petit caveau en forme de réduit il a plus de matelassage de maçonnerie, maçonnerie qui est renforcée par des traverses en fer comme des rails. Nous serons ici comme dans un réduit blindé ! Quand je suis descendu, il était 8h10. Est-ce que le déluge d’hier va recommencer ? Nous bavardons, Français et moi, il me remet un pli fermé (dont il avait parlé rue des Capucins en faisant allusion à sa clientèle) contenant un second pli fermé pour sa femme et il me la recommande encore, ainsi que ses enfants. Nous pleurons !!

Plus de canon ! Il veut remonter et rejoindre sa mère qu’il a hâte de rassurer. Je le reconduis jusqu’au seuil de ma porte et nous nous disons au-revoir les larmes aux yeux ! Nous reverrons-nous ? Je lui renouvelle qu’il peut compter absolument sur moi pour les siens ! Oui, mon cher M. Français, vous pouvez compter sur moi, vous qui êtes maintenant sans abri ! C’est navrant. Il était 8h25.

9h  Canonnade insignifiante. C’est vraiment calme. Les allemands ne paraissent plus tirer sur la Ville. Ne le disons pas trop haut, car avec ces fauves on ne peut jamais savoir ce qu’ils ruminent dans leurs cerveaux diaboliques.

9h1/2  On sonne à ma porte. Je descends ouvrir. Adèle est à la messe. J’ouvre, c’est M. Price du Daily-Mail qui, accompagné d’un ami, vient me voir et…  oh ! bonheur ! oh ! joie me remet une dépêche qu’il n’a pas ouverte, lui ! Il a du tact plus que certains (rayé). J’ouvre en tremblant ! Je saute sur la signature : Madeleine Guédet !! Grand Dieu tous mes aimés sont sauvés ! Oh que j’ai pleuré avec joie ! mes deux anglais étaient eux-mêmes émus de voir ma joie et mes larmes. Je ne sais combien je les ai rémunérés, mais toujours pratique les chers. Price me dit avec son flegme habituel : « Je repars ce soir à 4h, je repasserai chez vous prendre vos lettres et dépêches et j’insiste, vous pouvez user de moi autant que vous le voulez, ainsi que du nom de notre journal ! » Entendu.

Je leur offre une flûte de Villers-Marmery 1906, Ch. Heidsieck, ils boivent la bouteille à eux deux tout en causant des événements d’hier, je leur donne quelques détails qu’ils notent et ils me quittent en me disant : « A ce soir 3h ». Price est le vrai type du reporter anglais que Jules Verne a si bien dépeint. Le mien (son collègue) lui a un signe particulier : il porte un monocle avec cordon encastré dans son œil droit qui fait corps avec sa figure : il doit coucher et dormir avec !

Enfin tous les miens, mes aimés sont à l’abri. Béni soit Dieu ! béni soit cet anglais qui si aimablement m’a apporté ce rayon de soleil dans ma vie d’Enfer que je subis, que je vis depuis 8 jours. Il n’y a plus que mon pauvre cher Père à 79 ans. Que devient-il ? mais j’espère avoir bientôt de ses nouvelles. Je lui écris une carte par Price.

Il y a certainement quelque chose qui ne va pas chez nos amis les allemands, car ça ne canonne plus comme ces jours passés. Ils doivent être gênés dans les entournures. Je crois qu’on les encercle. Oh ! Dieu des Armées, infligez-leur donc un Sedan formidable devant Reims…!!

Et qu’on les pende, eux qui n’ont que ce mot à la…  gueule, à la bouche, avec celui d’incendie. Ce sera la fin de la race, j’espère bien ! Encore des hirondelles ! Et dire que durant que les allemands étaient ici je n’en voyais pas une.

Ces gens-là sont comme la peste ! Ils font fuir tout ce qui n’est pas bon, noble, gracieux.

6H1/2  Voilà enfin depuis 9 jours une journée un peu calme. On est comme désorienté et on dirait qu’il me manque quelque chose ! Et cependant j’ai eu le grand bonheur, la grande joie d’avoir des nouvelles de mes aimés. Aussi ai-je peu bougé pour jouir de mon bonheur. Tous sont sains et saufs à Granville (Manche) rue du Calvaire, 9 (Avenue du Maréchal-Leclerc actuellement). Cette dépêche m’a été remise ce matin par M. Price, du Daily-Mail qui cependant devait venir prendre une lettre pour ma chère Madeleine. Il a sans doute oublié, cela m’étonnerait, il est peut-être plutôt resté coucher à Reims pour ne repartir que demain. Du moins il a une dépêche pour ma chère femme ! Demain je verrais à me débrouiller.

J’ai fait mon rapport au Procureur de la République pour l’Étude Jolivet et je m’occuperai des coffres-forts demain. Quel calme !! Quel calme !! J’en suis retourné. Vrai quelque chose me manque ! le son du canon ! Je crois, Messieurs les sauvages, que vous avez du plomb dans l’aile. Ce n’est pas trop tôt…!! Ah ! Gare à vous ! nos Gars sont lâchés et vous ne serez pas ménagés !! Il ne faut plus que vous existiez ! La Prusse, l’Allemagne doivent être rayées de la carte du Monde et ne plus exister. Quand on agit comme vous ! on doit vous supprimer comme on tue un chien enragé, ou écraser la tête d’un serpent !!

Notre Procureur de la République, M. Bossu, qui affirmait le 18 que les obus ne l’inquiétaient pas, et que cela ne l’empêchait pas de travailler et qu’ils ne l’effrayaient pas… (La suite du passage a été rayée, la demi-page suivante découpée).

8h20  Je n’ai pas encore agité ici la question nourriture. Depuis 3/4 jours nous vivons au jour le jour. Mon dernier beefsteak ou ma dernière côtelette a été mangée il y a 9 jours. Depuis on vit au petit bonheur. Angoissé  par le souci de mes aimés je n’ai nullement attaché d’importance à cela. Et si j’en parle c’est seulement à titre documentaire, car je me trouve pas mal du régime actuel qui est plutôt maigre…  Le pain se fait rare, on vit de saucisson, de pommes de terre, de sardines et des quelques derniers œufs que l’on a pu avoir. Mais les jours suivants il faut se rationner, moi je m’en moque, mais d’autres la trouve dure. C’est la famine d’ici quelques jours, à moins que nos troupes ne soient victorieuses, alors le ravitaillement pourra se faire. Je revois les queues devant les boulangeries comme je les ai vécues en 1870 au siège de Paris. Plus de boucheries ouvertes. A Paris… (La demi-page suivante a été découpée).

Que je vais bien dormir nos chéris sont sauvés. Tout mon monde dort bercé par la vague !! Dormez ! Dormez ! mes aimés !! Votre Père a souffert pour vous !! J’ai souffert toujours !!

8h3/4  Nuit blafarde rendue plus grise à cause des incendies qui s’éteignent, des fumées au ciel un peu partout ! mais pas un bruit. Nuit grise ! Calme. I Je croie qu’ils tremblent !! C’est l’heure de la réparation ! de l’Expiation qui a sonné pour eux aujourd’hui 20 septembre 1914. Pas de quartier !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

– Dans le courant de la journée du 20, le bombardement recommence et c’est encore sur le centre que tombent les obus de rupture dont je reconnais les sifflements et les formidables explosions. Les nausées et un violent mal de tête qui me rendaient malade, depuis notre retour, se dissipant un peu, j’ai hâte, sur la fin de l’après-midi, de revoir notre malheureux quartier.

Dehors, dès le premier tournant, le squelette de la cathédrale frappe ma vue.

L’accès des rues de la Grue et Eugène Desteuque est impossible, à travers les moellons, les blocs de pierre, les décombres de toutes sortes de matériaux ou les pièces de bois brûlant toujours. Le mont-de-piété, sur toute son étendue, achève de se consumer. De l’immeuble et ses dépendances, magasins, bureaux, il ne reste que des murs calcinés. A l’emplacement de notre habitation, rue de la Grue, plus rien ; quelques ouvertures béantes dans la façade demeurée debout.

Comment décrire l’aspect de désolation que donne cette partie si éprouvée de la ville, où ne se voient que des ruines fumantes.

A l’entrée de ce qui était l’Hôpital des Femmes de France, installé à l’École étrangère, rue de l’Université, un tronc humain complètement carbonisé gît là, en avant d’un amoncellement de débris, de ferrailles tordues ; à côté, sont encore deux autres têtes, toutes noircies.

De la sous-préfecture à la place royale, tout le côté impair de la rue de l’Université est détruit.

L’ancien palais archiépiscopal n’existe plus que par la carcasse de ses murs, de même que de l’autre côté, la rue du Cardinal-de-Lorraine, où se trouvait le couvent des Religieuses adoratrices et la maison Prieur.

Les incendies continuent à se propager dans les rues Saint-Symphorien, des Trois-Raisinets, du Levant, des Murs, Saint-Pierre-les-Dames et place Godinot, où je remarque un pompier seul, devant un immeuble en feu dans toute sa hauteur, tenant sa lance dont le jet ne va pas à trois mètres. L’eau fait défaut, de grosses conduites ont été crevées en maints endroits ; le dépôt central des pompes, rue Tronsson-Ducoudray, a brûlé avec une partie du matériel. Le feu, sur bien des points, devra s’éteindre de lui-même maintenant, lorsqu’il ne trouvera plus d’aliment, à l’extrémité des rues ; il est devenu impossible de le combattre. Quelles tristesses et quelle pitié !

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

Le mont de Piété et la rue de la grue :
Autochrome de Paul Castelnau (mars 1917)

Autochrome de Paul Castelnau (mars 1917)

Rue de la Grue

Rue de la Grue – Autochrome de Paul Castelnau


Gaston Dorigny

Le canon a tonné toute la nuit, aussitôt le petit jour le combat prend de l’intensité, pendant ce temps une grêle d’obus tombe dans nos parages, les allemands cherchent vraisemblablement à atteindre les réservoirs du gaz. Plusieurs morts et blessés rue des Romains, des obus rue du mont d’Arène, Place Saint Thomas, rue Saint Thierry. Apeurés par ces obus nous fuyons vers Saint Brice, puis vers Tinqueux pour revenir vers le faubourg de Paris.

Là, au moins quatre mille personnes, venant des différents quartiers de la ville qui sont bombardés, stationnent dans la rue, sans refuge et sans aliments, tous les magasins sont fermés faute de marchandises. Par chance, après être allés faire une prière à l’église de Tinqueux, nous avons trouvé un habitant du pays qui a bien voulu nous céder un pain .

Dans l’avenue de Paris nous trouvons un morceau de viande de cheval que nous allons faire cuire chez Truxler et nous voilà restaurés.

Sur le point de rentrer à Reims, nous ne pouvons passer, le canon fait rage sur notre route car les allemands essayent d’opérer une descente sur Courcy. Décidément on ne pourra donc jamais nous débarrasser de l’ennemi, il y a de quoi désespérer.

La situation ne paraissant pas très sûre, nous couchons à ’’Porte Paris’’ chez Bourgeois ou la nuit se passe dans le calme.

Sur le point de rentrer à Reims, nous ne pouvons passer, le canon fait rage sur notre route car les allemands essayent d’opérer une descente sur Courcy. Décidément on ne pourra donc jamais nous débarrasser de l’ennemie, il y a de quoi désespérer.

La situation ne paraissant pas très sûre, nous couchons à ’’Porte Paris’’ chez Bourgeois ou la nuit se passe dans le calme.

Gaston Dorigny

Juliette Breyer

Ce matin je suis allée chez nous car depuis plusieurs jours, tant qu’il n’est pas huit heures, ils ne bombardent pas. Comme il fait jour de bonne heure, nous partons avec papa à cinq heures et demie. Et puis ça fait plusieurs jours que je n’ai pas de nouvelles de tes parents depuis que je n’ai pas voulu donner André.

Ils sont heureux de me voir ; cela leur fait plaisir que je me sois dérangée. Ton papa n’avait pas pu venir depuis car ce jour là, en repartant, il avait reçu un éclat d’obus qui lui avait fait une blessure à la cuisse, insignifiante il est vrai, mais qui lui vaut quinze jours de repos. Je tremble en pensant que ce jour là, s’il avait eu ton coco, il aurait pu être tué. Enfin je les embrasse bien et je m’en vais.

Si tu voyais le quartier. Depuis la fruitière rue Croix Saint Marc jusque chez Mme Destouches, tout est brûlé. C’est triste. La pauvre fruitière n’a pas de chance : il y a peu de temps elle a enterré son petit garçon et aujourd’hui tout est brûlé chez elle. Et encore pire : Mme Destouches, ce jour là, va chez des amis aux Six Cadrans et pendant qu’ils étaient à table une bombe est tombée et ils ont tous été tués, le père, la mère et les deux enfants ; c’est épouvantable et sa maison à elle n’a rien eu. La maison de Mme Deschamps a reçu deux obus, un obus en face de chez nous a crevé la conduite d’eau chez M. Dreyer, deux chez Mme Taillet où il ne reste plus de premier, plus de meubles ; les cahiers d’école volent dans la rue chez Mme Commeaux ; la maison de Mme Pinel, tout le côté est tombé et je crois qu’elle va s’affaisser tout à fait chez Mme Jourdain, la fille au père Delevoix, et des éclats à toutes les maisons du boulevard. La maison à Rémy, il n’en est plus question et les jeunes gens qui se sont donnés tant de mal à la bâtir ont été très éprouvés aussi. Celle de Schmitt a ses deux côtés abimés.

Tu vois mon Charles, que la nôtre a été favorisée. Dans notre malheur, c’est encore une bonne chose. Mais que c’est triste quand nous repassons devant la maison de maman : il n’y a plus que les murs et, lamentable épave, une casserole est restée accrochée. C’est tout ce qu’il reste. Et dans tout ce décor triste on aperçoit le jardin encore tout riant et quelques fleurs.  Mais depuis Tassaut jusque Montcourant, tout est brûlé.

Encore une journée qui passe, mais celle que je ne t’ai pas racontée, c’est celle du 18. Elle n’est pas gaie.

Donc, le lendemain que nous étions chez Pommery, on vient nous dire qu’il y a des soldats du 348e arrivés à Reims, entre autre un jeune homme de la rue Croix Saint Marc qui est venu voir sa mère réfugiée aux caves. On m’indique où il est et je me trouve en présence du fils Journet qui était au même régiment que Gaston. Je lui demande des nouvelles de Gaston et tout ce qu’il peut me dire, c’est qu’il a disparu après le combat de Fumay le 26 août. Ce n’est pas rassurant. Il est navré de ce qu’il a vu à Reims et pleure même, car il n’a pu trouver ni sa femme, ni sa petite fille. Je pense à toi aussi. Je me promets, quand je retournerai chez nous, de marquer sur la porte où je suis.

La journée se passe, toujours des bombardements et des bombes incendiaires. Aussi à 5 heures du soir un murmure court parmi tout le monde : la cathédrale est en feu ! Tout le monde sort malgré les obus qui sifflent, et ce que l’on voit est inoubliable, surtout depuis la hauteur où nous sommes. Le grand monument est rouge jusqu’en haut. Les flammes le dépassent et sur la ville aussi coule comme une rivière de feu. C’est tout le quartier central, depuis la place Godinot jusque rue Libergier, et rue Céres jusqu’à l’hôtel de ville, qui est la proie des flammes. Si cela continue , il ne restera plus de Reims. Mais les yeux reviennent toujours sur la cathédrale. C’est beau et en même temps horrible à voir. On peut distinguer les dessins des vitraux. Par contre on n’oublie pas que la basilique était pleine de blessés allemands qu’ils avaient eux-mêmes installés pendant leur séjour à Reims.

Pendant ce temps là, nos canons tirent toujours mais ils ne les font pas partir. Mais mon plus grand ennui, vois-tu, c’est que tu me manques. Il faut tout accepter, résignons nous.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Victimes des bombardements à Reims ce jour là :


Lundi 20 septembre

La flotte britannique, en liaison avec notre artillerie lourde de la région de Nieuport, a bombardé les organisations allemandes du littoral belge.
Le tir de l’ennemi a diminué sur le front d’Artois, où notre artillerie continue à bombarder les ouvrages allemands. Canonnade et lutte de bombes près de Roye.
Trois attaques allemandes échouent à Sapigneul (canal de l’Aisne à la Marne). En Champagne, l’ennemi ne riposte que faiblement à notre feu; par contre, il bombarde avec violence la région entre Aisne et Argonne.
Nous avons détruit certaines de ses organisations sur les Hauts-de-Meuse (tranchée de Calonne), en forêt d’Apremont, à Flirey et dans les Vosges. Quatre de ses dépôts de munitions ont explosé.
Nous avons abattu un taube près de Saint-Mihiel.
L’artillerie belge a obtenu des succés près de Knoke.
Les Anglais et les Allemands se bombardent mutuellement près d’Ypres.
La ligne russe tient fortement en Volhynie, où les Autrichiens subissent des échecs répétés. Les Allemands, par contre, redoublent d’efforts dans la région de Dwinsk.
Les communications ont été rétablies, après une suspension de quelques jours, entre la Roumanie et la Hongrie.
M. Lloyd George, dans un discours, a affirmé une fois de plus sa certitude de la victoire.

 

Share Button