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Vendredi 9 novembre 1917

Paul Hess

novembre 1917 – Attaque allemande, sur Loivre et le Godât.

A 19 h, au moment où je m’apprête à quitter les camarades, dans le sous-sol des mines de l’hôtel de ville, afin de regagner la rue du Cloître, un tir formidable de nos pièces se déclenche dans cette direction ; il dure jusqu’à 19 h 3/4 et après un court temps d’arrêt, la canonnade reprend, très violente, pour se calmer à 20 h 3/4.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Vendredi 9 – + 8°. Nuit tranquille. Visite de M. Perot, vicaire de Saint- Jacques. Via Crucis in Cathedrali à 3 h. 50. Violents combats dans la direc­tion de Cormicy (?), Saint-Thierry ? pendant environ une heure ; recom­mencé à 7 h. pendant 1 heure. Bombes nombreuses pendant 1 h. 30 autour des Trois-Fontaines.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 9 novembre

Vives actions d’artillerie sur tout le front au nord de l’Aisne, dans le secteur au sud de Corbeny et en Haute-Alsace.
Notre attaque des positions allemandes du Schoenholz a fait subir à l’adversaire de lourdes pertes. Le nombre des prisonniers capturés par nous s’élève à 120, dont 2 officiers. En outre, un important matériel, qui n’a pas encore été dénombré, est tombé entre nos mains.
Nos escadrilles de bombardement ont lancé 2300 kilos d’explosifs sur les gares de Thourout, Cortemark, Roulers et Lichtervelde. Tous les objectifs ont été atteints.
Les Anglais ont poursuivi sans aucune tentative d’intervention de la part de l’ennemi, l’organisation de leurs nouvelles positions de Passchendaele et des hauteurs avoisinantes. Le chiffre des prisonniers faits par eux dépasse 400, dont 21 officiers. Ils n’ont eu que des pertes légères.
Les Italiens continuent leur retraite en Vénétie.
Une insurrection a éclaté à Petrograd. Les maximalistes, qui sont maîtres du télégraphe central, de la Banque et du palais Marie, déclarent qu’ils triomphent, que la résistance a été à peu près nulle et qu’ils ont déposé Kerenski et le gouvernement provisoire.
Le garde-côte français Requin a coopéré à la prise de Gaia.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 5 décembre 1916

Louis Guédet

Mardi 5 décembre 1916

815ème et 813ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Neigé ce matin, pluie, grand froid humide et pénétrant. Journée triste comme hélas beaucoup d’autres. Je suis las. Les événements ne sont pas là pour vous donner espoir, par ce que je vois aussi autour de moi et entend. Tout à l’heure en allant faire une course je traversais la place Royale et regardais les travaux de protection qu’on établissait autour des statues de Pigalle autour du soubassement de la statue de Louis XV, un mur en briques circulaire dans l’intérieur duquel on coulera du sable ou de la terre. 3 ouvriers passaient et se mirent à déblatérer sur ces travaux, disant qu’ils se moquaient pas mal qu’on protège cette œuvre d’art, qu’on n’en ferait pas autant pour eux, etc…  etc…  et qu’on verrait bien si on la démolirait quand on fouterait en bas les « borgeois ». Des soldats faisaient chorus… !! C’est la première fois que j’entends de semblables propos depuis la Guerre. C’est mauvais signe, hélas !! Tous ces bas-fonds bouillonnent, gare quand cela débordera !

La demi-page suivante a d’abord été rayée, puis découpée.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 5 – + 2°. Nuit tranquille. A 2 h. neige qui fondit dans la nuit et ne paraissait plus à 10 h. matin. Visite des Architectes de la Marne (qui proje­taient de doter la Cathédrale de nouvelles cloches). Visite de M. Perot. Visite à l’école de la rue du Barbâtre, S. Maurice.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Mardi 5 décembre

Au sud de la Somme, deux coups de main tentés par l’ennemi sur nos petits postes de la région de Barleux ont été aisément repoussés.

En Alsace, un autre coup de main, dirigé après un vif bombardement sur une de nos tranchées de l’Hilsenfirst (sud-est de Metzeral), a également échoué.

En Macédoine, les Serbes ont enlevé les hauteurs au nord de Grunista. L’ennemi s’est replié en désordre sur Slasavina.

Les Roumains ont reperdu le terrain qu’ils avaient regagné au sud de Bucarest. Une offensive germano-bulgare a été repoussée par nos alliés en Dobroudja.

Une crise a éclaté dans le cabinet britannique. La cause en est la réorganisation du Conseil de la guerre proposée par M. Lloyd George, M. Asquith a annoncé aux Communes qu’un remaniement ministériel serait opéré.

Lord Cecil a déclaré à Westminster que la responsabilité de Constantin Ier était établie dans les événements d’Athènes. Il a refusé de répondre à une question sur ce point: la dynastie sera-t-elle sauvegardée?

La canonnière française Surprise a été coulée à Funchal (Madère) par des sous-marins allemands. La ville de Funchal a été bombardée. Les forts ont répondu.

Le président Wilson et le pape Benoit XV ont prononcé deux allocutions qui constituent la condamnation des crimes allemands.

Source : La guerre au jour le jour

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Mardi 30 mars 1915

Paul Hess

Dans le Courrier de la Champagne du 26 mars, nous trouvons le compte-rendu d’une séance du conseil municipal, suivi de quelques détails complémentaires dans le journal du 27 :

Conseil municipal

Le conseil municipal s’est réuni avant-hier soir, sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire.

Étaient présents : MM. Em. Charboneaux, de Bruignac, Perot, Bataille, Drancourt, Guernier, Gustave houlon, P. Lelarge, Jallade, Chezel, Rohart et Gougelet. MM. Lemaison, Ch. Heidsieck et Mennesson-Dupont s’étaient fait excuser.

Après avoir examiné et liquidé les pensions des veuves de quelques employés municipaux tués au feu ou à Reims, le conseil examine la situation des ouvriers et employés qui ont quitté leur poste au moment de l’invasion.

Sur le rapport de M. P. Lelarge et après une très longue discussion à laquelle prennent part MM. Langlet, Jallade, Rohard, Guernier, Chezel, le conseil décide que, d’une façon générale, ces ouvriers et employés, quelles que soient les fonctions qu’ils remplissaient, seront mis en disponibilité. Ils pourront, le cas échéant, être réembauchés, mais dans les emplois qui se trouveront vacants à ce moment et sans qu’il soit tenu compte, pour fixer leurs appointements, qu’il auront passé auparavant au service de la mairie.

Communication avait été faire au conseil de la liste des employés municipaux tués à l’ennemi ou pendant leur service à Reims. Ce sont : MM. Villain Achille, géomètre au service de la voirie ; Brenon, agent de la sûreté ; Demitra-Beuvelet, cantonnier-terrassier ; Ferry, employé du Mont-de-piété ; Lasseron, conservateur du cimetière du Nord ; Caron E., cantonnier-terrassier ; Renaudin, chef de brigade paveur ; Lonoir, gardien du musée.

Le conseil décide en outre de « mettre en sommeil » (l’expression est du Dr Langlet), le théâtre, la musique municipale, l’école de musique, c’est-à-dire d’en supprimer les budgets.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 30 – Nuit tranquille pour la ville, sauf coups de canons, fusillades.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hortense Juliette Breyer

Mardi 30 Mars 1915.

Ce matin en me réveillant je suis allée rue de Beine, mais rien de nouveau. J’ai enlevé ma garniture de cheminée. Cet après-midi je suis revenue chez ton parrain et là une lettre m’attendait, du soldat Henri Lande. Il me disait comme les autres que tu avais été blessé et sans doute soigné par les Allemands. Il ajoutait que c’était un jeune homme de Crugny qui le lui avait dit et il ajoutait qu’il me remerciait beaucoup pour la petite pièce que j’avais ajoutée à sa lettre. Dix sous de timbres, ce n’est pas une affaire. Pauvre diable.

Mon coco, bonne nuit et à bientôt.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Dimanche 30 mai

Dans la région au nord d’Arras, la nuit du 28 au 29 avait été marquée par une lutte d’artillerie très violente, l’ennemi ayant spécialement bombardé les pentes de Lorette. Au jour, nous repoussons d’abord une attaque sur Ablain-Saint-Nazaire, puis nous prenons l’offensive et enlevons les dernières maisons de ce village encore occupées par nos adversaires. C’était une affaire très chaude, au cours de laquelle nous anéantissions et mettions en fuite trois compagnies. A Neuville-Saint-Vaast, de même, nous conquérions un nouveau groupe de maisons. Près de Thiescourt, aux abords de Lassigny, nous avons abattu un aviatik, qui a pris feu en tombant en avant de nos lignes. Les Italiens, par leur feu d’artillerie, ont endommagé plusieurs forts autrichiens du côté du col de Torsala. Ils ont enlevé la ville d’Ala, à la frontière du Tyrol, entre Vérone et Trente, continué leur pénétration en Carniole et en Frioul. Ils ont capturé un hydravion autrichien. M. de Bethmann-Hollweg a prononcé un discours d’une extrême violence au Reichstag, discours dirigé surtout contre l’Italie. L’Allemagne a remis sa réponse à la note américaine au sujet du Lusitania. Un sous-marin a coulé le vapeur anglais Éthiopie. Les marins du Léon-Gambetta, internés en Italie et libérés par cette puissance, vont rentrer en France. L’armée russe, maîtresse de Van, a occupé aussi Ourmia, en Arménie. 

 

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Vendredi 12 février 1915

Abbé Rémi Thinot

12 FEVRIER – vendredi –

Toute la nuit, les troupes ont circulé, sont montées… Mon Dieu, ayez pitié de tous ceux qui tomberont aujourd’hui !

5 heures soir ;

Il n’y a pas eu d’attaque ; la neige s’est mise 4 tomber, très dense, vers 8 heures. Contre ordre est arrivé. Regrets amers des commandants, des hommes qui étaient décidés, bien en train, mais vraiment l’artillerie ne pouvait pas donner. Il paraît que sur un front assez restreint, il y avait 1600 bouches à feu, prêtes à donner. Quel carnage c’aurait été, mon Dieu !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Paul Hess

La journée d’hier s’est passée en canonnades de notre part. Aujourd’hui, les détonations de l’artillerie m’ont éveillé brusquement à 7 h, après une bonne nuit, ce qui devient rare.

Le Courrier donne le compte-rendu succinct d’une réunion du Conseil municipal qui a eu lieu avant-hier, sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire et à laquelle assistaient : MM. Em. Charbonneaux, de Bruignac, Bataille, Drancout, Perot, Guernier, Gve Houlon, Jallade, Chezel, Gougelent, P. Lelarge, Mennesson-Dupont, Rohart et Demaison.

Entre autres choses, le Conseil a décidé, sur le rapport de M. Mennesson-Dupont, que les veuves et orphelins des employés et travailleurs municipaux, toucheront la moitié des traitement ou salaire de ces employés et travailleurs tués au feu ou par suite du bombardement ; et sur la proposition de M. Guernier, il est ajouté au rapport que les veuves ou orphelins des ouvrier s, même employés temporairement, jouiront de la même faveur.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 12 – Nuit tranquille, sauf coups de canons de temps en temps.

Le matin, 7 h 1/2, coups de canons de gros calibre. Envoyé réponse à Cantorbéry. Écrit à Mgr Touchet, Évêque d’Orléans (Recueil, p. 31)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

12/2 – vendredi.

Il neige très fort et dès 7 h du matin une très violente canonnade se fait entendre de notre part à Reims et ses abords. A 8 h, un peu de repos. Une centaine de bombes sur les 2e et 4e cantons. Dégâts matériels, pas de victimes. Nuit assez calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Vendredi 12 Février 1915.

Ton parrain est revenu. Je suis allée le voir à son bureau et sa première parole a été de me dire : « Vous ne resterez pas ici. Vous reviendrez à la maison. Vous prendrez André avec vous, et voilà tout ».

Il est bon ton parrain, un vrai cœur d’or. Mais je ne sais ; de savoir que je prendrai André, j’ai peur.

Tout mon cœur à toi.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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vendredi 12 février

Les Allemands bombardent Nieuport, sans grand résultat, tandis que notre artillerie leur répond efficacement. L’ennemi, dans le Nord, fait sortir des avions qui opèrent sans effet aucun au-dessus de nos lignes. Il attaque vainement, en Champagne, nos positions près de Mesnil-les-Hurlus: il envoie une brigade contre l’ouvrage Marie-Thérèse dans l’Argonne, mais cette brigade est décimée par le feu de notre artillerie et de notre infanterie et laisse de très nombreux cadavres sur le terrain.
L’affaire qui s’était engagée au Ban-de-Sapt(Vosges) s’est terminée à notre avantage, nos troupes ayant finalement repris ce qu’elles avaient d’abord perdu. Au nord du col de Sainte-Marie-aux-Mines, nous avons enlevé une tranchée.
Le conclave des jésuites a élu général le père Ledochowski, Polonais germanisant, dont le frère est un général autrichien. Il remplace un Allemand, le père Wernz.
Les États-Unis ont envoyé une note à l’Angleterre pour faire des observations sur l’emploi par la marine marchande britannique, du pavillon neutre. Ils ont envoyé une autre note à l’Allemagne en disant que l’attaque d’un navire américain par un sous-marin allemand pourrait entrainer de graves complications.
M. Asquith, Premier Ministre du Royaume-Uni, déclare aux Communes qu’il étudie l’application de mesures plus sévères contre le commerce allemand, l’ennemi violent systématiquement toutes les lois de la guerre.
Le ministre de Bulgarie à Rome, M.Risof, prétend que le cabinet de Sofia, en contractant un emprunt à Berlin et à Vienne, n’a nullement aliéné sa liberté politique.

 

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Jeudi 31 décembre 1914

Abbé Rémi Thinot

31 DECEMBRE – jeudi –

11 heures 3/4 soir ; Toute la soirée avait été calme. Voici qu’un gros coup de Canon retentit… C’est pour finir 1914.

L’aiguille tourne ; je ne sais pas que j’achève une année ! Année de deuil et de tristesse… La guerre.. ! et quelle guerre… ! Au moins, est-ce l’aube des nécessaires résurrections ?

Mais il me semble bien qu’il faudra d’autres catastrophes que celle-là… pour que la France, pourrie d’anticléricalisme, ressuscite et revive dans l’auréole de la vertu et de la fidélité à Dieu… ou bien, c’est que nos gouvernants actuels feront amende honorable, feront l’acte de foi désiré.

Ils ne le feront pas. Mon Dieu ! ayez pitié de nous selon votre grande miséricorde.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Jeudi 31 décembre 1914

110ème et 108ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Rien de saillant, journée de pluie, froid maussade. Vu M. Renaudat, officier automobiliste comme lieutenant près le général Franchet d’Espèrey, commandant la 1ère Armée ! qui venait presque me faire ses adieux, attendu qu’ils allaient partir tous pour une destination…  inconnue. Il paraissait avoir bon espoir et me disait que cela allait très bien pour nous et pour Reims, et que s’il n’était pas revenu dans 2 jours, je veuille bien m’occuper du courrier de M. Legrand, rue Thiers. Il m’a paru très sûr de lui ! Dieu l’entende et Dieu le protège ainsi que moi ! et que l’Aurore de 1915 éclaire notre Délivrance et soit pour moi joie, bonheur, tranquillité, sécurité et conservation de tous les miens, de mon Jean. Surtout qu’il ne soit pas pris et ne parte pas avant que la Paix soit faite !! Que Dieu m’exauce !! je l’ai bien mérité ! J’ai tant souffert !! mais j’offre ces souffrances à Dieu pour m’exaucer et me conserver sains et saufs tous mes chers aimés. Femme, enfants petits et grands, et mon Vénéré Père. Dieu protégez-nous ! Délivrez-nous ! Donnez-nous une année 1915 plus qu’heureuse !!! Et de plus que la France soit victorieuse, vite et bien ! Pour que mes chers aimés jouissent tout le reste de leur Vie, de la Paix et de toutes les joies qu’elle entraîne ! J’offre pour cela tout ce que j’ai souffert et que j’ai enfin une vieillesse heureuse !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit calme. Bombardement qui a fait des victimes, dans la matinée, rue Jacquart.

Le Courrier de la Champagne de ce jour, donne le compte-rendu d’une séance du conseil municipal qui, dit-il, a eu lieu hier, sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire, à laquelle étaient présents : MM. Gougelet, Chezel, Lecat, Perot, Guernier, Bataille, Jallade, Demaison, Ch. Heidsieck, Gustave Houlon, de Bruigac, Rohart, Emile Charbonneaux, Pierre Lelarge et Mennesson-Dupont*.

Les délibérations prises, portaient sur l’adoption de divers crédits et du compte administratif du maire pour l’exercice 1913, ainsi que sur le vote du budget communal de 1915.

– Des bruits pour le moins singuliers et, naturellement, diversement commentés se sont fait jour en ville, aujourd’hui, au sujet de faits qui se seraient passés dans la nuit du 24 au 25 décembre. Je les ai entendus en confidence et j’ai lieu d’hésiter à les noter, en raison de leur caractère de gravité et de leur nature trop exclusivement militaire ; on a déjà colporté tant de bobards, dans Reims… Et quoique la source puisse fort bien être unique, c’est de différentes parts cependant que j’aurais pu les recueillir, à propos de réveillons fêtés sur le front, entre soldats français et allemands.

On précise qu’en un endroit peu éloigné, après être entrés en communication de tranchées à tranchées, certains d’entre eux en seraient arrivés à danser ensemble autour d’un arbre de Noël.

Comme suite à ces événements – est-ce leur triste confirmation – des coupables auraient été traduits devant le conseil de guerre, et il paraît que huit chasseurs à pied ou fantassins auraient payé ces instants d’égarement devant le peloton d’exécution.

Je ne puis me résoudre à faire mention de pareils « on-dit » que sous toutes réserves

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

* M. L. Rousseau, adjoint au maire, a été appelé sous les drapeaux vers la mi-novembre 1914.


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Cardinal Luçon

Jeudi 31 – Nuit tranquille. Canons français dans la matinée.

Visite du Général Rouquerol et du Commandant de Place.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

31 – jeudi. Mauvais temps, pluie et vent. Toujours les grosses pièces et quelques bombes en ville. Nuit calme

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Jeudi 31 Décembre 1914.

Je ne veux pas finir l’année sans te dire que j’espère que l’autre qui va commencer me rendra celui qui est toute ma vie, et qu’elle ne se passera pas sans que nous soyons réunis.

Bons baisers et un adieu à 1914 qui m’a fait tant souffrir. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Jeudi 31 décembre 1914

Nous avons encore progressé le long de la côte de Flandre, enlevé un point d’appui près de Zonnebeke; marqué une avance en Champagne et aussi dans l’Argonne, près du Four-de-Paris, repoussé une attaque au col du Bonhomme, consolidé nos positions en Alsace.
Les communiqués russes indiquent non seulement que les allemands ont vu arrêter leur offensive sur les lignes de la Bzoura, de la Pilica, de la Nida, mais encore qu’ils sont réduits partout à la défensive. Des milliers de prisonniers leur ont été faits. De leur côté, les Autrichiens ont été contraints à fuir si vite vers les Carpates qu’ils ont laissé 50000 hommes aux mains des armées du tsar. En somme, le grand plan d’attaque élaboré par von Hindenburg a complètement échoué. Le contact a été rompu entre les forces autrichiennes et les forces allemandes. La Hongrie est ouverte une fois de plus à l’invasion.
Battus en Arménie par l’armée du vice-roi du Caucase, les Turcs se vengent en commettant d’odieuses atrocités.
Les États-Unis ont remis une note d’ailleurs conçue en termes très amicaux, au ministère anglais des Affaires étrangères. Ils y insistent sur les difficultés que la police des mers, telle qu’elle est exercée par le gouvernement britannique, crée au commerce des neutres.
Essad pacha a refusé de faire la guerre à la Serbie et d’acheter à ce prix la soumission des rebelles albanais.

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Samedi 7 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

7 NOVEMBRE ; – samedi –

Brouillard intense ; j’en profite pour monter sur la tour Nord et enlever le téléphone établi le lendemain de la catastrophe du dirigeable… Il a été enlevé par quelqu’un qui a eu la même idée que moi, mais qui a eu la maladresse de laisser des fils à l’extérieur, vers l’Est.

Je les enlève ; autre maladresse ; l’entrée des tourillons porte encore à la craie ; téléphone, bombes, magasin, bombes… Bombes veut sans doute dire marrons pour signaux, se rapportant à l’installation du projeteur électrique bien avant l’invasion. J’efface ces inscriptions.

Le général de Frontignan a fait descendre le téléphone jeudi dernier par le concierge de l’ancien archevêché. L’Abbé Andrieux avait descendu les fusées le 9 septembre (de l’occupation), la veille du jour où les allemands demandèrent à occuper la Tour.

…les allemands installèrent un téléphone portatif avec fil dans l’escalier, pendant les derniers jours de l’occupation. Ils emportèrent le tout ; on trouva juste là-haut, le pétrole et des débris de victuailles.

…les 14 et 15 septembre, les Français établissent un poste téléphonique portatif… qui ne fut pas maintenu. Ceux-là refusèrent de passer par les échafaudages – il eût fallu des lanternes pour l’ascension des échelles la nuit ; ils passèrent par la cathédrale ; les fils passèrent dans l’escalier, puis directement depuis l’étage de la Galerie des Rois (vitraux) vers la rue du Trésor ; des hommes étaient en bas, l’instrument aux oreilles, pour transmettre les ordres… Il n’est rien resté de cette installation.

Copie d’une lettre insérée dans les mémoires de l’^Abbé (auteur inconnu) probablement un prêtre??

Je vous envoie un journal « La Presse de Turin » Il y a en Suisse et en Italie une polémique au sujet d’une déclaration, puis d’un démenti de l’abbé Landrieux, à propos d’un poste d’observation sur la cathédrale. Eh ! bien, il faut dire ce qui est !

Jusqu’au 2 septembre, tout Reims a vu le poste de T.S.F. installé tour Nord. Le 13 ou le 14 plutôt, lundi, c’est cela, j’étais sur le Parvis entre 5 et 7 heures du matin. Un brigadier d’artillerie, petit, gros, portant en bandoulière un appareil ressemblant à un appareil photographique, m’aborda et me dit ; « Pour aller à la tour, s.v.p. ? » « Oh ! Monsieur, lui dis-je, le grand portail n’ouvre pas ce si matin ; faites le tour par le petit ; entrez et demandez le sacristain ». Il me répond ; « C’est ennuyeux ; je suis pressé ; il faut que je monte là-haut pour observer ! »

Eh ! bien, à mon sens, ces gens (les allemands) doivent connaître ces choses. Pourquoi les déguiser ?

Disons-le ; on nous a volé nos églises, on a dépensé nos deniers en inventaires et en liquidations au lieu de faire des canons et des ballons d’observation… et maintenant, après avoir laissé en ruines nos églises, on est bien content de s’en servir pour des choses et des usages absolument contraires à leur pieux objet.

Après tout, les Prussiens ne font qu’achever l’œuvre de destruction si bien (hélas) commencée par nos farouches radicaux. Pauvre France ! punie par où elle a pêché !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Samedi 7 novembre 1914

56ème et 54ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  On s’est battu la majeure partie de la nuit, mais nous n’avons pas été bombardés. Ce matin, journée de novembre, sombre, grise, lugubre. Ce n’est pas cela qui met du soleil et de l’espoir au cœur !…

11h3/4  Eté posté à la Poste une lettre à l’Étude de Rousseau-Dumarcet, notaire à Nantes, passé de là jusqu’à St Joseph, rue de Venise. Rue des Capucins, près du coin de la rue du Jard, je rencontre Ronné avec lequel j’ai été hisser nos couleurs sur la tour Nord de la Cathédrale le 13 septembre 1914 au matin. Nous causons, il me dit qu’il va bientôt partir pour Guingamp. Alors je lui reparle de notre escalade et escapade du 13 septembre 1914, et lui demande : « Ronné, c’étaient-ils bien 2 petits bidons et un gros bidon de pétrole que les prussiens avaient laissés là-haut sur la dernière plateforme de la tour Nord de la Cathédrale, sous la plateforme en bois ? – «  Oh ! non ! Monsieur Guédet, c’étaient deux gros bidons et un petit. » (2 de 10 litres et 1 de 5 litres). « C’est moi qui ai descendu les 2 gros et M. l’abbé Dage le petit. » – « Dites donc ! Ronné, on prétend que ce sont les Français qui les auraient laissés là ces bidons le 2 ou le 3 septembre, quand ils se sont retirés devant les Prussiens ? » – « Çà, ce n’est pas vrai, M. Guédet, car ces bidons là n’étaient pas où nous les avons trouvés avec vous quand je suis allé avec l’abbé Andrieux arborer le Drapeau blanc des allemands, lorsqu’on nous canardait le 4 septembre 1914 à 10h du matin. Pour çà non, ils n’y étaient pas ! Je les aurais bien vus, puisque nous sommes restés un moment sur la dernière plateforme et sous la plateforme en bois où nous avons trouvés ensemble le 13, en attendant que çà siffle moins. Je les aurais bien vus ! Pour çà non ! Ce sont les allemands qui les ont mis là depuis et les ont laissés. Çà ne prend pas çà avec moi ! »

Voilà donc le point d’Histoire fixé par le témoin oculaire du 4 septembre, et par nous 3 les témoins du 13 septembre.

Il était 10h du matin quand j’ai eu cet entretien avec Ronné pris au coin de la rue du Jard, 2 ou 3 maisons côté pair avant le coin de la rue du Jard qui descend vers le canal, devant les numéros 72, 74 et 76. Ce que (rayé) être si bien (rayé) ???

En tout cas je suis enchanté de cette déclaration de Ronné qui fixe ce point, point impartial et historique en premier chef.

Dans un autre ordre d’idée, tout en s’en rapportant, je bondis de rage quand chaque fois que je sors je trouve et rencontre des tas d’automobiles garnies de fanions de toutes les couleurs et de toutes natures, des Croix-Rouges, et qui sont là devant des cafés, des brasseries, des bouibouis et attendent mélancoliquement leurs… Seigneurs et Maîtres qui sont là devant des hommes en des boui-bouis qui s’amusent à boire, à rire avec des femmes de toutes espèces !… Oh ! ceux-là on ne verra que rarement leurs autos stationner devant les Hôpitaux, les Lazarets, ou les maisons ou établissements où leur devoir les appelle, et d’où ils ne devraient jamais sortir ni quitter !

Je viens de recevoir la visite de M. Tassinier (à vérifier), commissaire spécial à la gare de Longwy, détaché ici et adjoint en ce moment à M. Mailhé, commissaire à la gare de Reims où il demeure 13, rue Blondel, chez M. Letellier, qui est venu me dire qu’il pouvait m’avoir un permis (passeport) pour Paris, aller et retour pour la semaine prochaine, mais il m’a demandé instamment de ne pas dire comment je me le suis procuré. J’irai donc voir le Procureur de la République lundi pour m’entendre avec lui sur le jour de mon départ. Mon Dieu ! merci et pourvu que je puisse faire ce voyage sans arrière pensée et sans le souci de ma maison, de mon étude. Je souhaiterais plutôt qu’en partant je sache que les allemands sont partis de Reims. Enfin, à la Grâce de Dieu.

Nos artilleurs disaient ces jours-ci à Jules Meunier, mon petit employé des chemins de fer, que les allemands envoyaient des obus qui avaient 1m05 de hauteur, rien que l’obus, sans la gargousse.

8h10 soir  J’ouvre la fenêtre du cabinet de toilette, une lueur et un éclatement vers l’Hôtel de Ville. Un deuxième, un troisième. Je referme et vais chercher mes affaires, et au moment de descendre un bruit formidable, c’est tout près. Nous descendons à la cave. A 8h40 je n’y tiens plus, nous remontons, et par la porte vitrée du jardin une lueur formidable d’incendie derrière le grand mur de notre voisin M. Legrand. C’est dans la direction de la rue Noël, mais de la chambre de Marie-Louise ce doit être plus loin.

9h  Faut-il se coucher ou pas ?? oser attendre ? encore ?

En tout 6 à 8 obus pour ce moment !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Bombardement sur le centre.

Le conseil municipal s’étant réuni à Reims, le jeudi 5 courant, on peut lire le compte-rendu de sa séance, dans Le Courrier de ce jour. En voici le résumé :

Conseil municipal
Séance du 5 novembr
e 1914

La séance est ouverte à 3 h25, sous la présidence de M. Langlet, maire.

Etaient présents : MM. Gougelet, Drancourt, Lesourd, Chezel, Tixier, Rousseau, Perot, Guernier, Bataille, Jallade, Demaison, Charles Heidsieck, G. Houlon, Em. Charbonneaux, P. Lelarge, Mennesson-Dupont.

Absents et régulièrement excusés : MM. de Bruignac, Chevrier, Lejeune, Mennesson-champagne, Demorgny, Rohart et les conseillers à l’armée.

Le conseil vote divers crédits et ratifie les traité conclu avec M. Elie Gaissier, pour exploitation de la vente à la criée (2e lot-viande), pendant l’absence de Me Bonnars, commissaire-priseur, adjudicataire, appelé sous les drapeaux.

La séance est levée à 3 h 55.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 7 : Nuit du 6-7 tranquille ; matinée silencieuse.

Visite à Clairmarais et tout un circuit de rues, en compagnie du R.P. Abelé. Soir, à 8 h bombardement terrible ; commençant loin, puis plus près, puis très près, puis tout près, comme avant hier. Cette méthode fut suivie pendant longtemps. Une fois arrivé à la ville, le bombardement semblait pilonner un quartier, une rue. Incendie du bureau du service médical de la gare. On ne parle pas de victimes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Collection : Véronique Valette

Collection : Véronique Valette


Paul Dupuy

À 8 heures nous allons à l’Hôtel-de-ville chercher l’autorisation de circuler dans les ruines et d’en emporter ce que nous y trouverons, mais c’est le Commissariat du 2e Canton qui, seul, a qualité pour nous la délivrer et nous nous rendons boulevard Jamin.

Munis du papier qui nous donne toute liberté nous revenons au but de notre course. Mais là, la forte émotion m’étreint en mettant le pied sur ces ruines dont l’amoncellement recouvre les cendres de ce qu’a été le nid de nos enfants, et j’éclate en sanglots en pénétrant à la cave que notre cher André tenait en si parfait état.

Hénin respecte ma douleur ; il est impressionné lui-même.

L’inspection des lieux à laquelle il se livre avant moi, lui révèle des traces d’effraction aussi bien sur la porte d’entrée que sur le grillage de sûreté d’un porte-bouteilles maintenant vide, et les nombreux papiers gisant à terre témoignent que tout le Champagne a disparu.

Il y a donc urgence à enlever de suite ce que les maraudeurs ont laissé, et c’est dans cette intention que je viens demander l’aide de Sohier pendant que Henri file chercher caisses et brouette.

Retenu à la maison, je laisse mes employés commencer l’opération du déménagement, et au cours de leur travail ils voient se confirmer les soupçons déjà germé sur la personnalité des maraudeurs : deux groupes de deux pompiers, qui se cachent aussitôt découverts, affirmant par leur présence insolite à cet endroit qu’il n’y a pas lieu de chercher les coupables ailleurs.

Ces tristes sires profitent ainsi de la liberté d’allure que leur procure leur uniforme occasionnel pour dépouiller les sinistrés ! pouah !

Je signalerai le fait à M. de Bruignac, en le prévenant que j’ai cru bien faire en remisant aussi au 23 onze bouteilles champagne trouvées dans la cave de l’Action libérale, voisine de celle d’André.

Le transfert du vin restant se poursuit dans l’après-midi sans pouvoir être terminé ; pour laisser place nette, 3 voyages seront encore nécessaires.

À 17H1/2, Mme Gillet, rémoise émigrée à Épernay, où elle s’est rencontrée avec les nôtres, vient dire qu’elle prendra volontiers les commissions dont on voudra bien la charger pour là-bas, nous préparons donc lettre et boîte de poires qui lui seront portées le lendemain pour 8H rue de Thillois 32.

20H1/4 Forcés encore de nous abriter, nous passons une heure en cave pendant que brûle une maison annexe de la gare entre cette dernière et la rue de Courcelles.

Du 7 au 8, nuit de demi-sommeil qui fatigue plus qu’elle ne repose.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de laVille de Reims, archives municipales et communautaires


Samedi 7 novembre

C’est surtout autour d’Arras que l’ennemi porte actuellement ses efforts. Il semble au surplus, qu’il modifie une fois de plus son plan d’attaque et aussi la composition de ses effectifs.
Un convoi a été détruit par notre artillerie au nord de la forêt de Laigue. Vive action à la baïonnette, victorieuse pour nous, dans l’Argonne.
Le généralissime russe, grand-duc Nicolas, signale dans deux dépêches au général Joffre et à lord Kitchener, une victoire des Russes, remportée en Galicie par ses troupes. Jaroslaw a été reprise par celles-ci qui ont fait plusieurs milliers de prisonniers.
Les forces russes du Caucase ont brisé une contre-attaque turque. Elles marchent en deux corps sur Van et Erzeroum, deux des places importantes de l’Arménie.
Les universités françaises adressent aux universités des pays neutres une série de questions d’où se déduit la responsabilité écrasante du gouvernement allemand dans tous les méfaits commis par les envahisseurs teutons en Belgique et en France. Cet appel se termine en ces termes :  » Comme les armées alliées, les universités françaises défendent pour leur part, la liberté du monde. »
Rien n’est encore venu confirmer la nouvelle de la victoire navale allemande dans le Pacifique, victoire annoncée jusqu’ici par les seuls Allemands. Par contre, il est avéré que le Yorck, le croiseur germanique qui a coulé devant Wilhelmshaven, a été détruit par un sous-marin anglais.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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