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Jeudi 29 mars 1917

Clinique Mencière

Lois Guédet

Jeudi 29 mars 1917

929ème et 927ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Temps glacial, pluie, ondées, on souffre du froid humide après le froid sec. Lequel des deux le meilleur ? ni l’un ni l’autre !

Je travaille, j’écris, je déblaie fiévreusement toute la matinée. Y arriverai-je ? J’en ai des moments de découragement !! Plus j’en abats plus j’en ai à faire ! Au courrier d’aujourd’hui lettre de Labitte qui me rassure un peu sur le sort de mon pauvre enfant Robert. J’envoie cette lettre à Madeleine, la pauvre femme en sera peut-être un peu réconfortée. A 2h1/2 Réquisitions militaires, auparavant je vais à l’Hôtel de Ville porter mes 70 dossiers d’Allocations militaires en commission d’appel, réglés hier. Retiré ma carte de sucre pour moi et ma domestique. A l’audience de réquisition je vois le fils Veith qui me raconte le bombardement qu’ils ont subi hier. 150 obus sur son usine, la rue Goïot et l’asile de nuit. Son usine a des dégâts, mais elle peut remarcher. Ils étaient en 2ème caves, la machine a marché durant tout le bombardement et pour cause, c’est que le contremaître a voulu aller arrêter les feux et la marche, mais il n’avait pas compté sur les 150 et les 210 qui pleuvaient par 3 d’un coup.

André Veith (1894-1977) l’a empêché d’y aller à nouveau. L’asile de nuit n’est plus qu’une ruine, la rue Goïot est entièrement défoncée, avec des trous de 6m de diamètre !! Les batteries allemandes cherchent une batterie de nos 75 qui sont chez mon client Pol Leduc (Membre de la Société des amis du vieux Reims), boulevard Henry Vasnier n°90 et ne la trouvent pas, alors ce sont les voisins qui écopent !! Le fils Veith était vraiment courageux, et c’était avec beaucoup de simplicité qu’il me contait ses angoisses, ses impressions et ses craintes pour ses ouvriers toujours aussi courageux, si braves, travaillant sous les bombardements continuels et brassant à la barbe des allemands !! C’est beau tout de même. Et Dieu sait la quantité d’obus qu’ils ont reçus, affrontés…  C’est du courage froid, calme et noble, et il faut une réelle volonté et force de caractère pour qu’André Veith arrive à tenir tout ce monde, et il fait cela très simplement, comme tous les braves et les vaillants !! Je suis heureux d’écrire ces lignes pour l’histoire de Reims, pour ces humbles qui travaillent pour alimenter leurs concitoyens. Je crois que je puis me permettre de faire ce compliment, cet éloge. Je crois en avoir le droit !

Rentré chez moi ensuite, finir mon courrier qui n’est pas terminé, ce sera fini demain, à moins que…

Nos nuits sont blanches ou à peu près, on se bat formidablement de 2h à 4h à peu près régulièrement, et ajoutez à cela les bombardements comme ceux d’hier !! avec victimes à la clef. Aujourd’hui bataille terrible vers Berry-au-Bac, Le Godat. Quelques obus, des gros, assez près d’ici. J’arrête, j’ai encore ma simple police à voir, mais (rayé) et Cie la clique. J’ai juste 7 procès nouveaux avec 5 anciens = 12 !!! Non ! (rayé) et les bruits (rayé) et les hauts galonnés qui les commandent. Je réclame (rayé) !!! Les Gendarmes et les brutes de (rayé) qui (rayé) font grève !! Je crois que je les ai trop bien dressés…  à la grande joie de mes chers justiciables et surtout de leur tranquillité.

9h  Calme ce soir.

9h1/2  Voilà la sarabande qui recommence. Vais-je pouvoir dormir… ?…  Je suis cependant bien fatigué, mais avec ce tintamarre…  on dort mal, on dort comme dans un cauchemar…  toujours en éveil quoique dormant. Singulière impression, on dort mais le moindre bruit d’obus sifflant ou tapant de plus près, on l’entend, on pourrait appeler notre sommeil du sommeil en éveil, ce ne peut être du repos.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

29, 30, 31 mars 1917 – Bombardement chaque jour.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 29 – + 2°. Nuit tranquille, sauf vers 3 h. 1/2, violente canonnade française. Voyage de M. Compant à Binson pour les reliquaires du Car­mel. Mgr Neveux confirme à . Visite de M. Abelé pour son discours à l’Assemblée Constitutive de l’Association des Amis de la Cathédrale. Vers minuit, un bombardement a lancé des obus : 2 à Mencière ; 1 près de M. le Chanoine Renaud.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Clinique Mencière


Jeudi 29 mars

Entre Somme et Oise, grande activité des deux artilleries, notamment sur le front Essigny-Benay. Nos tirs ont dispersé des travailleurs ennemis au sud de Saint-Quentin. Aucune action d’infanterie.

Au sud de l’Oise, ainsi que dans la région au nord de Soissons, escarmouches de patrouilles et vives fusillades en de nombreux points du front.

En champagne, à la suite du violent bombardement dirigé sur nos positions a l’ouest de Maisons-de-Champagne, les Allemands ont lancé une forte attaque et ont pu prendre pied dans quelques-uns de nos éléments de première ligne. Toutes les tentatives sur Maisons-de-Champagne ont été brisées par nos feux qui ont infligé des pertes sanglantes à l’ennemi. Deux coups de main sur nos petits postes à l’est de la route de Saint-Hilaire, Saint-Souplet et au nord de Tahure ont complètement échoué.

Sur la rive gauche de la Meuse, tirs de destruction efficace sur les organisations du secteur cote 304-Mort-Homme.

En Macédoine, nous avons brisé une attaque ennemie à l’ouest de Monastir. Le total de de nos prisonniers pour les derniers jours est de 2104.

Des torpilleurs allemands ont tiré une soixantaine de projectiles sur Dunkerque. Le bombardement a fait deux victimes. Les torpilleurs se sont retirés à grande vitesse.

Un destroyer britannique a été coulé.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 15 mars 1917

Montfaucon

Louis Guédet

Jeudi 15 mars 1917

915ème et 913ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Beau temps, froid, les jours allongent. J’écris sans lumière, mis mon retard à jour. Demain je verrai aux quelques actes à faire faire. Pas de nouvelles, si ce n’est la démission du général Lyautey, ministre de la Guerre. Où allons-nous ?? Quelle bande de Brutes que cette Chambre. Je reprends mon voyage à Épernay et St Martin. A Épernay le 7 mars j’ai donc déjeuné chez le Président du Tribunal avec M. Bouvier le Vice-Président, M. Fournier de la Maison Werlé et le nouveau Procureur M. Osmont de Courtisigny, ancien avocat Général à Caen. Il a été charmant avec moi. C’est un homme distingué, un peu froid, tenant ses distances, mais il m’a semblé foncièrement bon. L’apparence est celle d’un vrai Procureur, très froid, mais aussitôt qu’on cause avec lui, c’est la courtoisie même. Il a perdu sa femme récemment et en parait fort triste (leur fils Pierre avait été tué aux Éparges le 22 juin 1915, à l’âge de 20 ans). Il m’a complimenté de mon attitude durant cette Guerre. Le Président et le Vice-Président m’ont couvert de fleurs. Bref j’ai bonne presse. M. Bossu m’a présenté à lui comme un héros…  mettons plutôt, (comme le disait avec humour le bon M. Bouvier, vice-président) un vaillant. A la fin du déjeuner est arrivé le Commandant Lallier, qui était gêné avec moi. Je l’ai tenu à distance ce pierrot-là, en attendant que je lui dise son fait. Il venait chercher une recette de sauce poivrade pour un morceau de cerf que lui avait donné le Président. Il ne pense qu’à son ventre cet imbécile-là. Il nous a appris que son co-aliboron Girardot allait quitter Reims. Il croyait que j’allais marcher, il en a été pour ses frais. Donc j’ai mes sanctions pour mon Affaire de simple police, Colas et Girardot sont débarqués. Quand à Lallier, je m’en charge. Les Gendarmes d’ici exultent et me porteraient en triomphe. Il est vrai que je leur ai tiré une « rude épine du pied. »

Après déjeuner je suis allé voir mon cher Procureur Bossu que j’ai trouvé dans son lit mais très bien, nous avions tous deux les larmes aux yeux en nous revoyant. Causé nécessairement de son successeur, et avec son fin sourire ! il me dit : « Ce n’est pas un Procureur que M. de Courtisigny, c’est un clergyman, il est vrai qu’il est protestant !! »

J’avouais que j’avais eu la même pensée que lui sur son successeur. Nous en avons bien ri. Il m’a causé de lui comme étant un parfait magistrat. Il lui a fait mon éloge et il m’a parlé de ma proposition pour le ruban qui a reçu un avis très favorable d’Herbaux, et transmis au Garde des Sceaux. Il m’a conseillé d’en prévenir le Préfet de la Marne par Dagonet qui m’avait dit que j’étais déjà sur une liste. C’est fait. Je n’ai donc plus qu’à attendre.

En tout cas je serais enchanté d’être promu avant le jugement de Reims, sous les canons de l’Ennemi. Autrement cette décoration n’aurait plus la même valeur pour moi.

Après avoir longuement causé nous nous sommes quittés, et mon cher Procureur a voulu m’embrasser. Nous nous sommes donc donnés une accolade toute fraternelle. Je lui ai demandé d’être mon parrain s’il était encore à Épernay lors de ma nomination, si celle-ci allait vite. Il a accepté…  Nous reverrons-nous ?

Le soir je me suis rencontré à l’Hôtel de l’Europe, où j’étais descendu, avec M. de Courtisigny, qui m’a offert de dîner en face de lui. Nous avons encore causé très longuement de Caen, de Reims, des Rémois, et il m’a appris qu’il était allié aux Krug, bref il a été très aimable et m’a dit qu’il n’hésiterait pas à me mettre à contribution pour tous renseignements, etc…  etc…  J’ai accepté, d’autant qu’ainsi je pourrais rendre bien des services à mes compatriotes et à mes confrères.

Le lendemain matin je quittais Épernay par une neige épouvantable à 5h du matin, et arrivais à St Martin vers 8h. Trouvé ma chère femme bien accablée, amaigrie. Dieu sait ce qu’elle aura souffert cet hiver. Marie-Louise était au lit à la suite d’une chute sur la glace qui lui a provoqué un petit épanchement de synovie. Il n’y avait que Maurice d’à peu près valide. Le pauvre petit a souffert cruellement du froid, il parait qu’il pleurait parfois tellement il souffrait. Mon Père assez souffrant d’une bronchite, d’emphysème…  et de vieillesse, 82 ans demain !! Durant mon séjour Robert, voyant son tour pour aller au front approcher, nous a demandé de l’autoriser à devancer son tour et de partir comme volontaire. C’est fait le pauvre enfant !!! il voulait être affecté à la 42ème Division, ou est le fils de mon confrère Labitte, de Verzy (Lucien Labitte, notaire (1862-1951)), qui est attaché à l’État-major du colonel. Labitte doit le recommander à son fils (Pierre Labitte, polytechnicien (1896-1962)). Robert va sans doute venir pour 7 jours de congé à St Martin avant de partir. Pourrais-je aller l’embrasser une dernière fois ? Je ne sais !! Jean est très fatigué, il se classe 2ème et 3ème de sa brigade, mais il n’a plus que 15 jours à passer à Fontainebleau. Et puis lui aussi partira pour le front !! Deux enfants…  c’est beaucoup. Encore bien des souffrances et des angoisses pour ma pauvre femme !! Quand en verrons-nous la fin ?!!

André qui travaille près d’eux et a de bonnes places est venu passer près de nous la journée de dimanche dernier. Il se plait toujours bien à St Étienne de Châlons (c’était encore son avis plus de 50 ans après). Je suis rentré hier, assez désemparé. Que de tristesses je laisse derrière moi, ma femme, mes enfants…  c’est trop.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 15 – Nuit tranquille ; + 4°. Visite à l’ambulance de Sainte-Gene­viève. Aéros allemands : tir contre eux.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 15 mars

Au cours de la journée, nous avons continué à progresser à la grenade dans la région de Maisons-de-Champagne, malgré un violent bombardement de l’ennemi qui a fait usage d’obus lacrymogènes.

Sur la rive gauche de la Meuse, l’artillerie française a exécuté des tirs de destruction sur les organisations ennemies. Un observatoire a été détruit près de Montfaucon.

Sur le front belge, violente lutte de bombes dans la région de Steenstraete~Hetsas.

Les Anglais ont avancé leur ligne, au nord de l’Ancre, sur un front de 2500 mètres au sud-ouest et à l’ouest de Bapaume. Une nouvelle progression a été également réalisée sur un front d’environ 2 kilomètres au sud-ouest d’Achiet-Le-Petit. Les troupes britanniques ont pris possession d’environ 1000 mètres de tranchées au sud-ouest des Essarts {nord-ouest de Gommécourt).

Un raid ennemi au nord-est d’Arras n’a pu parvenir jusqu’à leurs lignes.

Nos alliés ont exécuté un coup de main sur les tranchées allemandes à l’est d’Armentières.

Le vapeur américain Algonquin a été torpillé par un sous-marin allemand. L’équipage a été sauvé.

La Chine a proclamé la rupture avec l’Allemagne.

Le général Lyautey, ministre de la Guerre, donne sa démission.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Montfaucon

Montfaucon

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Vendredi 2 mars 1917

Louis Guédet

Vendredi 2 mars 1917

902ème et 900ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Je suis éreinté. Temps de giboulées de mars, neige fondue, etc… Bombardement la nuit. Conseil de famille au Palais ce matin. Déjeuné au Cercle rue Noël, invité par Charles Heidsieck. Il y avait Charles Demaison, Lelarge, docteur Simon, Robinet, Farré, de Bruignac et moi. Causé d’un tas de choses, affaire Goulden, de Mumm, Langlet, etc…  potinages de Cercles, ce n’est pas cela qui me convertira à cette vie de Cercles !! En rentrant lettre désolée de ma pauvre femme pour Robert qui va bientôt partir au front. J’écris à Labitte pour lui demander conseil. Lettre de Madame Gambart m’annonçant que René Mareschal (fils de Maurice Mareschal, industriel (1898-1967)) va partir au front, il y a 2 mois 1/2 qu’il s’est engagé, cela ne me parait guère possible ! Nous verrons. Travaillé en rentrant à mes dossiers d’appels d’allocations militaires. Causé avec Jacques sur nos départs et absences, et d’Adèle qui est une grosse patraque quia le cafard. Je suis de cet avis, bref je vais demain déclencher mon voyage, après avoir vu Dondaine au sujet du Président et de mes Procureurs Bossu et Osmont de Courtisigny (Charles-Alfred (1861-1930)). Impossible d’avoir de l’essence minérale, j’ai pu arracher à Raïssac 5 litres pour ma pauvre femme. Avec tous mes travaux, ennuis, soucis, embêtements…  je suis absolument assommé de fatigue et d’abrutissement. Quelle vie de misère et puis les forces s’en vont.

10h  Je reprends mes notes pour donner le menu de Guerre du Cercle, rue Noël, en l’an du Seigneur sous les Boches 1917, 2ème du mois de Mars, le Dieu de la Guerre : Bouchées à la Reine, ______, Filet purée de marrons haricots verts, salade chicorée, fromage, mandarines, biscuits de Reims Tarpin (de l’ancienne biscuiterie de Reims Ch. Tarpin), café, liqueurs (Chartreuse, Bénédictine, Cognac), Champagne Charles Heidsieck, etc…

Bref, sans le manque de pétrole, essence minérale de houille, etc…  la vie Rémoise sous les bombes est encore…  supportable, mais malgré tout, ce confortable me froisse quand je songe à ceux qui souffrent, et à ma chère femme qui aurait été si heureuse d’avoir pareil menu, et à mes petits et mes pauvres 2 grands aussi qui vont aller au front !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 mars 1917 – Hier, à 20 h, certaines de nos pièces du 4e canton ont commencé à tirer, ainsi que chaque soir. La riposte est venue, comme depuis plusieurs jours, où les pièces allemandes avaient l’air de chercher les batteries en action.

Le quartier du haut de l’avenue de Laon a dû être fortement éprouvé ces jours-ci.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Vendredi 2 – Nuit tranquille sauf quelques coups de canon et mitrailleu­ses. 0°. Temps couvert. Prières à la Cathédrale. N’ai pu faire le Via Crucis parce que accès impossible. Sol jonché de débris des voûtes, enduits et pierres. Visite de M. Schmidt vicaire de Mézières, croix de guerre et fourragère. Visite d’un lieutenant envoyé par Colonel Nieger. Reçu photo­graphies et images. A 4 h. flocons de neige. Visite de M. Heidsieck et de M. Demaison de la visite de Courcelles {supra).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 2 mars

En Champagne, un coup de main effectué par nous sur une tranchée allemande, dans la région de Tahure, nous a permis de ramener des prisonniers. Action d’artillerie assez violente sur le front les Chambrettes-Bezonvaux.
Sur le front belge, violente lutte d’artillerie dans la région de Ramscapelle, Dixmude, Steenstraete, Hetsas. Le chiffre des prisonniers faits par les Anglais s’élève à 2133 pour février, dont 36 officiers.
Les Allemands ont continué à se retirer sur l’Ancre. Nos alliés ont encore progressé au nord de Miraumont de 540 mètres sur un front de 2400 mètres.
Un raid exécuté à la suite d’une émission de gaz, au sud de Souchez, leur a permis de faire un certain nombre de prisonniers. Un de leurs détachements a également pénétré dans les tranchées allemandes, au nord-est de Givenchy et la Bassée et ramené 9 prisonniers. Des détachements ennemis étaient parvenus, à la faveur d’un violent bombardement, à atteindre les positions britanniques vers Ablaincourt et Haucourt. I1s en ont été rejetés par des contre-attaques.
Les Russes ont repris une partie des positions qu’ils avaient perdues sur la chaussée Jacobeni-Kampolung.
L’Associated Press américaine publie un document prouvant que l’Allemagne voulait pousser le Mexique contre les Etats-Unis.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Tahure

Tahure

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Dimanche 18 février 1917

Louis Guédet

Dimanche 18 février 1917

890ème et 888ème jours de bataille et de bombardement

9h1/4 soir  Temps de dégel supportable, pas de pluie, pas ou peu de soleil. Ce matin Grand-messe à 8h1/2 à la rue du Couchant, notre église métropolitaine maintenant !! Cardinal absent, lecture du mandement (notification publiée par un évêque dans son diocèse) de Carême. Rentré à la maison 9h1/2. Je muse, je lis le roman de Pol Neveux jusqu’à midi, « La douce enfance de Thierry Seneuse ». Depuis hier soir je suis empoigné, c’est bien notre Champagne, ma Champagne ! qu’il décrit, oui, il a l’éther de notre belle Province, il l’a comprise, et certaines pages me transportent dans mon cher village natal au bord de la Guenelle et de la Marne, avec le loisir de jeter un regard amoureux sur la vallée langoureuse de la Coole, soit au Printemps et surtout à l’Automnale saison, si douce, si langoureuse, si aimante, si prenante qu’on n’en peut s’en détacher par ces après-midis crépusculaires, où couché sur un « terme (à vérifier)» au sommet d’une colline on se réchauffe aux doux rayons du soleil couchant, à travers ces lumineux horizons qui ont pour base les guérets et les chaumes crayeux de nos plaines surlignées des fils de la Vierge qui s’accrochent aux « éteules » (chaumes laissés sur place après la moisson), en patois aux « étoulles » argentant de neige les plaines alourdies et endormies. Avec quelle joie je rentrais à la nuit tombante aux derniers rayons, fusil en mains, chien fidèle dans mes pas, chargé de grives ou de merles (nous sommes en octobre, la vraie chasse du vrai chasseur), un perdreau ou 2 à la clef, rarement un lièvre, traversant ces chaumes en fauchant ces fils de la Vierge dont nos guêtres étaient enlacées. L’angélus sonne ! et sa plainte m’accompagnait jusqu’au seuil de la maison Paternelle… Oui Pol Neveux vous comprenez, vous avez compris la Champagne, la Champagne des champenois, du « champenot ! » comme on dit chez moi, et plus vulgairement des « Gourlus ! » C’est si bon de sentir son pays comme il le sent et moi aussi…  Quelle saveur ! quelles délices ! Toutes les scènes qu’il dépeint, je les ai vécues avec les mêmes frissons de jouissances, de « moursance » si je puis ainsi m’exprimer…  de tendresse, d’amoureuse tendresse de la terre qui nous a vus naître. Je me détache difficilement de ma lecture, il faut bien que je distille ma jouissance, que je la ménage durant ces dures heures de Guerre. Comme un avare. J’en compte les pages qui restent à lire. Je les supporte, les soupèse…  et elles seraient, seront trop vite dévorées. Je revis La fontaine, de Chevigné, tous champenois et avec quel renouveau de sensations, tendres, douces et voluptueuses…  La Fontaine était un de mes aïeux. Je ressens doublement l’atavisme aussitôt déjeuné. Je lis mon courrier arrivé en retard et dans lequel je trouve le fameux « Victoire » qui me donne enfin le mot de l’énigme des éloges d’un confrère…  inconnu aux tranchées…  Laissons cela, ce sont les broutilles de la Gloire !!…

Je sors faire quelques courses, et je vaque à travers nos rues désertes. Je rentre, assez tard, je finis un travail de séquestre quand une automobile s’arrête…  Qu’est-ce encore ? Il repart et on m’apporte une lettre. J’ouvre. C’est le principal clerc de mon pauvre ami Lefebvre, notaire à Aÿ, notre président de chambre (Louis Lefebvre, né en 1859, décédé le 17 février 1917), qui m’annonce sa mort subite hier à 6h1/2 du soir. Ce fut un coup pour moi, car c’était un ami qui comme Labitte, avait su reconnaitre les abus dont j’avais été victime de la part de certains confrères malhonnêtes.

Il faut que j’avise et c’est ce que je fais immédiatement. Je commande une voiture pour ce mercredi 21 courant afin d’arriver vers 10h à Aÿ, les obsèques ayant lieu à 11h. Heureusement je n’ai aucun rendez-vous mercredi. Je commande une couronne et me voilà condamné à préparer un discours, une oraison funèbre, car de tous les membres de la Chambre des notaires je serai le seul présent, les autres sont mobilisés, sauf Jules Peltereau-Villeneuve qui est à Paris.

(Rayé)!! Comme secrétaire je crois qu’il faut que je me dévoue et puis ce sera moi qui écoperai encore la corvée de la suppléance de la Présidence que du reste je remplissais déjà depuis la Guerre. Pauvre ami, qui laisse une femme d’une santé physique délicate, 2 belles jeunes filles et 2 fils au front. Quelle triste fin et quelle triste destinée. Je verrais donc tout disparaître autour de moi. Je suis fort impressionné, et demain il me va falloir travailler, préparer et aviser et puis mercredi faire un voyage en voiture et Dieu sait dans quelles conditions… !! Une voiture à travers une armée !…  quelle expédition et par le dégel. Il le faut et du reste je le fais avec facilité et plus que volontiers, car j’aimais Lefebvre qui avait appris à m’estimer et sur le tard m’avait, ainsi que Labitte rendu justice. Je ne sais si je pourrais rentrer le soir à Reims, car peut-être serais-je obligé d’aller coucher à Épernay pour conférer avec le Président et le Procureur de la République. Je m’arrête, je suis brisé d’émotions…  Que n’aurais-je vu ???? Que n’aurais-je vécu ??!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 18 – Nuit tranquille, pluie, brouillard. + 9°. Assisté aux Messes militaires : premièrement à Champigny. Colonel Marc-Antoine ; l’aumônier est parent de M. Farelicq ; à 9 h. 1/2 – 11 h. 1/2, deuxièmement à Courcelles ; Colonel Niéger, aumônier bisontin. Dîner avec le Colonel et les officiers. Photographies. Les rues sont des ruisseaux de boue (dégel).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 18 février

En Champagne, activité des deux artilleries, dans le secteur de Maisons-de-Champagne. Dans la région de Verdun (Bezonvaux), un coup de main ennemi a échoué sous nos feux. Un autre coup de main ennemi a échoué aux Eparges. En Alsace, après un vif bombardement, un de nos détachements a pénétré dans le saillant allemand d’Amertzwiller, complètement bouleversé, et a constaté que l’ennemi avait subi des pertes sensibles. Nous avons ramené des prisonniers.

Sur le front russe, fusillade et reconnaissances d’éclaireurs. Bourrasques de neige dans les Carpates. Fusillade et combats d’avant-postes sur le front roumain. Tempête de neige dans le Caucase.

Sur la côte d’Anatolie, les navires russes ont détruit 16 goélettes à voiles.

L’emprunt anglais, d’après les dernières évaluations, donnerait plus de 25 milliards de francs.

Le commerce américain est presque complètement paralysé par le blocus allemand.

Une canonnière américaine a été coulée devant Constantinople.

Le gouvernement helvétique a demandé des éclaircissements à son ministre à Washington, M. Ritter, sur le rôle que celui-ci a tenu entre les Etats-Unis et l’Allemagne.

De violents combats ont eu lieu à Cuba entre les troupes gouvernementales et les insurgés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

bezonvaux

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Vendredi 25 août 1916

Louis Guédet

Vendredi 25 août 1916  Saint Louis

713ème et 711ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Triste fête, la tristesse au cœur. Les soucis présents et à venir. J’aurais pleuré toute la journée si j’avais osé. Seul, abandonné, que c’est dur ! loin des siens. Quel calvaire ! Reçu lettre de Marie-Louise, répondu à la pauvre petite. Reçu lettre de Labitte qui me donne la marche à suivre pour les 2 grands afin qu’ils passent leur examen d’aspirant, et ils auront ainsi chance de se retrouver à Fontainebleau. Je l’envoie à leur Mère pour qu’elle leur en envoie une copie. Je n’en n’ai plus le temps.

Audience civile ce matin, peu d’affaires. Demain matin : Caisse d’Épargne. Après-midi écrit nombreuses lettres, fait des courses, été aux allocations militaires pour signer une lettre au Maire pour signaler trois malheureuses femmes qui touchent des allocations et les emploient à boire et à se mal conduire avec des militaires, voire même des officiers. Je demande leur expulsion et j’ai fait suspendre leurs allocations : elles ont déjà été condamnées en simple police.

Reçu visite de M. Albert Benoist, causé d’affaires et des événements. Il a bon espoir pour que la France soit dégagée à la fin de l’automne. La Roumanie va marcher, ce sera un apport de 4/500 milliers d’hommes, et la porte de Constantinople ouverte à la Russie. Qu’il dise vrai.

Rentré travailler. Il va faire de l’orage, il fait une lourdeur pénible.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 25 – Nuit tranquille. Aéro dès le matin. Visite à M. Prévoteau. Via Crucis in cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 25 août

Au nord de la Somme, nos troupes ont attaqué hier les positions allemandes de la région de Maurepas, et, après avoir enlevé d’un seul élan, la partie du village que l’ennemi occupait encore et les tranchées avoisinantes, ont porté leur ligne à 200 mètres au-delà sur un front de 2 kilomètres, de la voie ferrée au nord du village jusqu’à la croupe 121 au sud-est. Nous avons capturé 200 hommes et 10 mitrailleuses.
Sur la rive droite de la Meuse, l’ennemi a contre-attaqué notre nouveau front, entre Thiaumont et Fleury. Il a été arrêté par nos feux.
Les Anglais ont repoussé une puissante attaque allemande entre la gare de Guillemont et la Carrière. Cette attaque a été suivie d’un bombardement intense. Un coup de main allemand a échoué près de la redoute Hohenzollern. Un coup de main anglais a réussi a la Bassée.
Les Russes ont arrêté une attaque austro-allemande sur le Stokhod. Dans la direction de Mossoul, ils ont détruit une division turque.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Mossoul

Mossoul

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Dimanche 20 août 1916

Louis Guédet

Dimanche 20 août 1916

708ème et 706ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Temps gris brumeux ce matin. Déjà l’automne, aussi ai-je l’âme triste comme tous les ans à pareille saison, je n’ai jamais pu résister à cette mélancolie poignante que l’automne produit en moi, et c’est la saison que je préfère. J’en souffre et je la désire.

Après-midi le temps s’est ensoleillé, pâlement. Cela m’attriste et dire que voilà l’hiver ! L’hiver ! serai-je condamné à le passer comme les 2 précédents, en aurai-je la force ? N’y succomberai-je pas ?… !! J’en tremble. J’en frissonne d’angoisse d’avance.

Messe de 7h. Travaillé, écrit, reçu au courrier lettre de Labitte à qui je réponds pour lui demander de voir à la mutation de Jean au 61ème pour se retrouver avec Robert. Le pauvre grand serait si heureux ! Mais cependant je ne veux pas que cela nuise à son avancement. Enfin attendons. Sorti après-midi pour mon courrier et quelques courses. M. Charles Heidsieck est parti retrouver Mme Heidsieck. J’enverrai un message pour la Mère supérieure de Roederer qui aurait bien voulu le voir au sujet du projet des Hospices de faire une clinique de cet hospice. Ce n’est ni dans l’idée de la fondatrice Mme Roederer, ni dans celle de la Supérieure. Enfin je vais en écrire à M. Charles Heidsieck. Rentré pour écrire quelques lettres et voilà ma journée finie. Que vais-je faire jusqu’à 7h1/2 ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 20 – Nuit tranquille ; matinée item. + 13° à 6 h. ; temps couvert. Confirmation à Trigny par Mgr Neveu, à Jonchery par moi. Le général Mazel était absent17. Visite à l’ambulance.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Dimanche 20 août

Au nord de la Somme, nos feux ont brisé plusieurs tentatives de contre-attaques ennemies; nous avons fait des prisonniers. Après quoi, nous avons enlevé, au cours d’un brillant assaut, une notable partie du village de Maurepas, ainsi que le calvaire situé au sud-est. Nous avons, durant cette opération, capturé 200 Allemands valides. Entre Maurepas et la Somme, nous avons élargi nos positions à l’est de la route de Maurepas à Cléry.
Sur la rive droite de la Meuse, après un violent combat, nous avons chassé les Allemands de la partie du village de Fleury qu’ils occupaient. Quelques fractions ennemies se maintiennent encore à la lisière est, dans un pâté de ruines. Nous avons fait 50 prisonniers dont un officier. Nous avons ensuite continué notre offensive en chassant l’ennemi de deux redoutes fortifiées au nord-ouest de l’ouvrage de Thiaumont. Ici, nous avons fait 100 prisonniers parmi lesquels 5 officiers. Nous avons progressé aux abords de la route du fort de Vaux, à l’est du bois de Vaux-Chapitre.
Les Anglais ont continué leur avance dans la direction de Guinchy et de Guillemont. Ils ont fait plus de 200 prisonniers dont un certain nombre d’officiers.
Les Italiens ont repoussé une attaque dans la zone du Tonali et deux autres offensives sur le Fredo et le Cedro. Ils ont bombardé la gare de Sillian, dans le Pusterthal.
Les Russes ont refoulé avec de grosses pertes pour l’ennemi une attaque autrichienne sur la Zlota-Lipa. Ils ont progressé sur le Bistrica.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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