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Jeudi 11 mai 1916

Louis Guédet

Jeudi 11 mai 1916

607ème et 605ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Temps couvert mais beau. Réglé la situation de la pauvre Lise qui ne veut toujours pas comprendre qu’elle est Lorraine annexée et non allemande, elle répond invariablement : « Je suis Prusse ! » On ne peut la sortir de là. En tout cas je l’ai sortie du guêpier où elle s’était mise par son ignorance, son entêtement et sa…  bêtise. La voilà en règle comme étrangère. Cet après-midi levée de scellés et descriptions de mobiliers de pensionnaires décédés à la Maison de Retraite. J’en ai saisi 6 avec inventaire du mobilier, moi, mes 2 greffiers et Jonval, tout ce monde-là a travaillé ferme. Il ne me reste plus que 3 descriptions et une levée de scellés. J’espère en avoir fini avant quinze jours. Voilà ma journée. Je suis très fatigué. Vu au Commissariat central ce matin notre député Camille Lenoir. Il était venu à cause de la visite de Malvy, ministre de l’Intérieur (Louis Malvy, 1875-1949) qui venait s’entendre avec notre…

Absence du feuillet 321, le feuillet 322 se résume en un morceau de feuillet d’une dizaine de lignes recopiées ci-après par Madeleine Guédet.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

11 mai 1916 – Le Courrier de la Champagne donne le compte-rendu d’une importante réunion du Conseil municipal qui a eu lieu avant-hier mardi, sous la présidence du Dr Langlet, maire.

Jamais, dit-il, nos conseillers ne furent si nombreux depuis les hostilités. Assistaient à la séance : MM. Bataille, Em. Charbonneaux, Chezel, Chevrier, de Bruignac, Demaison, Drancourt, Gougelet, Guernier, Ch. Heidsieck, Gustave Houlon, Jallade, Lapchin, P. Lelarge, Mennesson-Dupont, Rohart et Tixier.

Et pour la première fois, depuis 21 mois, le public a pu s’in­téresser aux débats.

Après avoir mentionné quelques dons à la ville annoncés par M. le maire et donné l’énumération des pensions de retraite liqui­dées par le Conseil, le journal dit :

Enfin, arrive le clou de la séance.

M. le maire ayant exposé la situation déficitaire des budgets de 1914, 1915 et 1916 de la ville, qui se traduisent par six millions pour les deux premiers et quatre millions pré­vus pour celui actuel, informe ses collègues que de ses démar­ches auprès du ministère, il résulte que le gouvernement ac­cepte de participer pour moitié dans le déficit de l’année pré­sente, mais que pour les pertes passées, il ne peut intervenir davantage qu’il ne l’a fait par ses diverses subventions, se montant à 2 196 000 F jusqu’ici.

Et une lettre qui arrive, comme par hasard, à ce mo­ment, annonce qu’une dernière subvention de 500 000 F sera accordée pour solde, si une délibération municipale accepte cette solution.

Comme la ville a besoin d’un fonds de roulement et comme certaines dettes deviennent impérieuses, M. le maire propose au Conseil d’émettre un emprunt de deux millions, au taux de 5,73 %, que la Société des prévoyants de l’avenir s’en­gage à souscrire sous certaines conditions.

M. Rohart s’élève, avec sa vigueur accoutumée, contre l’abandon par l’Etat de ses devoirs dans la circonstance : il n’accepte pour le moment aucun emprunt municipal et de­mande que ce refus soit notifié à l’Etat pour lui rappeler son rôle impartial. Il ne faut pas, dit-il, qu’il y ait deux France, l’une qui souffre, qui pleure et qui brûle, l’autre qui travaille au ravitaillement, aux munitions et qui s’enrichit.

MM. Mennesson-Dupont, G. Houlon et Jallade appuient énergiquement la thèse de M. Rohart.

Le vote de l’emprunt proposé serait une acceptation de la décharge de l’Etat et créerait un grave précédent de son irres­ponsabilité pour les dommages financiers et autres préjudices causés par la guerre. Si une pareille soumission était acceptée, Reims, qui a tenu tête depuis vingt et un mois au bombarde­ment quotidien en maintenant sa vie municipale ne serait plus la plus courageuse des villes martyres, ce serait la plus grande des villes sacrifiées.

MM. Drancourt et de Bruignac essaient d’adoucir la dis­cussion en arguant que le trésor municipal a besoin d’argent, que des réserves peuvent être faites, qui seront transmises au gouvernement pour lui exposer l’état d’esprit du conseil. Celui- ci estime qu’une fois l’opération faite, les discussions n’auront pas de point d’appui, et M. le maire propose une suspension de séance pendant laquelle les idées sont échangées.

Finalement, à la reprise de la séance, la motion suivante est votée, dans laquelle il n’est plus question d’emprunt :

Le Conseil municipal de Reims,

Considérant que les déficits constatés dans les budgets de communes victimes de leur situation sur la ligne de feu doi­vent être supportés par l’ensemble de la nation, au même titre que toutes les autres dépenses inhérentes à la guerre, ne peut accepter les sommes proposées par l’Etat que comme à-compte sur le paiement complet de ces déficits.

Passe à l’ordre du jour…

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Jeudi 11 mai – Obsèques du Cardinal Sevin. Discours à table. Visite de Ch. Givelet (de Courcy) et de M. Veith et de M. le Curé de Cernay lès Reims, réfugié à Lyon

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 11 mai

Entre Oise et Aisne, un coup de main sur une de nos tranchées de Moulin-sous-Touvent a complètement échoué.
Sur la rive gauche de la Meuse, à la suite d’un violent bombardement, les Allemands ont lancé une forte attaque sur nos positions aux abords de la cote 287. L’attaque a été complètement repoussée, nous avons fait des prisonniers. Une action offensive menée par nos troupes sur les pentes ouest du Mort-Homme nous a permis d’occuper quelques éléments d’une tranchée allemande. Nous avons fait 62 prisonniers et pris des mitrailleuses.
En Haute-Alsace, une reconnaissance ennemi qui tentait d’enlever un de nos petits postes près de Hirzbach, au sud d’Altlkirch, a été repoussée avec des pertes.
Lutte d’artillerie sur le front belge.
Un sous-marin français a coulé dans l’Adriatique un transport autrichien chargé de matériel.
L’Allemagne a reconnu que le Sussex avait été torpillé par un sous-marin. Le capitaine du sous-marin a été puni.
On annonce qu’à la suite des troubles de ces derniers jours, causé par la cherté des vivres, le ministre de l’Intérieur, M. Delbruck a démissionné à Berlin. Certains journaux disent tout simplement que M. Delbruck se retire pour raison de santé.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 10 septembre 1915

Louis Guedet

Vendredi 10 septembre 1915

363ème et 361ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Je suis rentré le 8 à 18h du soir ici, 52, rue des Capucins, me voilà installé, réfugié. Pour combien de temps ? Y serais-je moins exposé et plus heureux que rue de Talleyrand 37 ?? J’ai visité hier nos ruines. Tout est vidé, il n’y a plus que des ruines, des bois brûlés, des ferrailles brisées, tordues, sans nom !!… Ici je suis comme désorienté ! Je suis enfin de cet après-midi à peu près installé. J’ai pu m’atteler à la besogne. Et Dieu sait si cela manque, seul sans aide passer à la correspondance, aux visites, démarches nécessitées par mes doubles fonctions de notaire et de juge de Paix, plutôt celui-ci que celui-là, car les actes sont nués ! Hier j’ai tenu une audience de conciliation avec l’intendant Racine pour des réquisitions militaires, nous avons commencé à 1h de l’après-midi et fini à 7h3/4 du soir !!! Cet intendant (3 galons) est fort intelligent et assez arrangeant. Entre-temps nous avons bavardés et il paraissait aussi écœuré que moi des faits et gestes de la gendarmerie, entre autres il me contait qu’un jour il avait été arrêté par un gendarme qui ne voulait pas le laisser continuer sa route et retourner à Châlons, sous prétexte que son sauf-conduit n’avait pas 72 lignes d’écriture ou d’imprimé comme tous les autres passeports de ce genre qu’il avait vérifié jusqu’à ce jour !! Le Pandore ne voulait pas en démordre ! Et il a fallu à ce brave intendant parlementer pendant une heure et discuter !! pour enfin pouvoir continuer son chemin !! Je savais les gendarmes bêtes, mais pas à ce point là !!!

Il m’est arrivé à cette audience une réflexion assez cocasse de la part d’une jeune femme qui avait assigné en conciliation un brave homme à qui elle avait loué il y a un an pour 4/5 jours une voiture. L’un et l’autre ne s’en étaient plus inquiétés et la voiture était toujours restée en location !! à 1Fr par jour !! = 369 Fr !! après une assez âpre discussion, on arriva à trouver que pour 200 Fr, c’était assez coquet vu à mon avis le peu de bonne foi de la fine mouche ! Enfin elle accepta tout en rechignant et en partant je lui dis : « Vous avez eu raison d’écouter votre juge de Paix, cela vaut mieux qu’un procès ! » – « Vous n’êtes pas un juge de Paix, oh non ! » me réplique-t-elle en riant, mi-figue, mi-raisin, « Alors, que suis-je donc ? » – « Oh ! vous n’êtes que la moitié d’un juge de Paix ! » – « Et pourquoi cela ? » – « Parce que vous n’êtes pas assez raide !! »

Et voilà !!

A St Martin trouvé mon monde assez bien portant, mais ma pauvre femme n’en peut plus !! Elle est d’une tristesse !! Il est temps que cette vie cesse pour elle… Nous avons eu sur la fin troupes sur troupes à cantonner. Vu le Général de Division Gramat (Antoine Gramat 1866 – 1924), ancien colonel du 132ème qui m’a dit qu’il y avait encore 400 survivants présents au régiment de la première partie du 132ème lors de la mobilisation ! et non 17 comme on me l’avait dit, n’empêche que cela fait 2600 tués !! Vu M. Maurice Walbaum (1886 – 1956), enchanté de causer de sa ville qu’il a quitté depuis plus d’un an. Il venait de recevoir sa nomination comme élève aviateur, il paraissait enchanté de quitter son automobile. Le lendemain, logé le général Brigaud (à vérifier), avec des chasseurs à pied, presque tous décorés de la Croix de Guerre, homme charmant. Rencontré M. Grignon, substitut du procureur de la Seine, ancien substitut au Parquet de Reims. Il logeait sous un hangar, nous lui avons offert la chambre de ma fille Marie-Louise, il était enchanté et s’extasiait sur les draps blancs. Nous avons causé longuement et il disait qu’on avait fait l’impossible pour faire du tort à M. Bossu, mon Procureur ! Il l’estime beaucoup, il a raison ! Tous s’attendent d’ici la fin du mois à une offensive générale. Réussira-t-elle ?…   Dieu le veuille !!

Vu tout à l’heure le Procureur, toujours charmant avec moi qui me faisait remarquer que nous étions les 2 seuls officiers publics restés à leur Poste, et il ajoutait même que j’avais la prédominance et l’avantage sur lui puisque j’étais resté durant l’occupation prussienne ! Il en a profité pour me dire qu’il demandait au Procureur Général que je sois nommé premier suppléant titulaire des 1er canton de Reims et 3ème, à la place de Chappe. Voulant me donner le pas sur les autres plus anciens qui avaient fuis. « Ce sera un titre honorifique de plus pour vous en attendant d’autres » me dit-il avec son fin sourire ! « Mais je tiens à ce que vous soyez nommé devant l’ennemi ». Je l’ai remercié.

Tout ici se prépare formidablement, pourvu que nous ne recevions pas trop d’éclaboussures ! Le Procureur nous a donné ordre de mettre toutes nos archives en sûreté : J’ai donné les ordres nécessaires à Landréat, mon greffier, pour mettre en sûreté les archives des deux greffes des 1er et 3ème cantons de Reims, dont les titulaires sont mobilisés. Celles des 2ème et 4ème cantons sont aux abris de justice. Me voilà donc en règle et paré. A la Grâce de Dieu.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

10 septembre – Nous entendons siffler un seul obus à 9 h 3/4 ; peu de temps après, nous apprenons qu’il est  tombé près du pont de l’avenue de Laon, à l’entrée de la rue Lesage.

Un boucher, M. Welfringer, qui s’engageait sur le pont en voiture attelée, un petit marchand de journaux se tenant d’habitude dans ces parages et un passant ont été tués, ainsi que deux che­vaux. Trois autres personnes ont été blessées.

A midi, en m’en revenant du bureau, je remarque tout de suite le point de chute et les traces des éclats de ce projectile sur les maisons voisines.

  • Le Courrier donne le compte-rendu d’une séance du con­seil municipal tenue avant-hier, sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire, à laquelle étaient présents : MM. Bataille, de Bruignac, Em. Charbonneaux, Chezel, Demaison, Drancourt, Guernier, Gustave Houlon, Pierre Lelarge et Rohart.

M. Jallade faisait fonction de secrétaire.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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 Cardinal Luçon

Vendredi 10 – Nuit tranquille, sauf – comme dans les précédentes – de violents coups de canons de temps en temps, vers 9 h. 1/2, 1 h. 1/2, 2 h., 3 ou 4 h. Cette nuit à 3 h. Dans la matinée, canonnade active. Via Crucis in Cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

Vendredi 10 septembre

Lutte de grenades et fusillade en Artois (Neuville et Roclincourt). Canonnade autour d’Arras et de Roye. En Argonne (la Fontaine-aux-Charmes), les Allemands, après avoir vainement renouvelé leurs attaques acharnées ont cessé toute offensive d’infanterie. Ils se sont bornés à faire tonner leurs batteries. Nous avons fait des prisonniers.
Quelques engagements à notre avantage dans la forêt de Parroy (Lorraine).
Dans les Vosges, combat à la grenade près de Metzeral.
Canonnade en Woëvre, au bois d’Apremont et au bois Mortmare.
Sur le front russe, la situation reste stationnaire dans le secteur nord (régions de Dwinsk-Vilna et Riga). Dans la région de Grodno, l’offensive allemande a été arrêtée. En Galicie, nos alliés ont remporté plusieurs brillants succès près de Tarnopol. Ils ont pris en tout 12.000 officiers et soldats ainsi qu’un certain nombre de canons.
M. Bark, ministre des Finances de Russie, est parti pour Londres.
Les Anglais ont eu à subir encore un raid de zeppelins (comtés de l’Est, district de Londres), qui a fait vingt morts et quatre-vingt-six blessés.
L’Allemagne, à la suite d’incidents de piraterie navale, a dû exprimer ses regrets à la Hollande et au Danemark.
Le canon tonne violemment dans la presqu’île de Gallipoli
.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 27 août 1915

Paul Hess

Sifflements à 16 h 1/2.

Nous avons appris hier, à la mairie, que M. Guernier, conseiller municipal, a été blessé par un éclat d’obus, alors qu’il circulait à bicyclette, place d’Erlon.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Vendredi 27 – Nuit tranquille. Visite de M. l’abbé Thomas appelé sous les drapeaux, de Madame Gérard, directrice du Pensionnat de la rue du Trésor. 4 h. 1/2, bombes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

Juliette Breyer

Vendredi 27 Août 1915. J’ai reçu une lettre de Charlotte. Elle a appris qu’à Paris il y avait une famille qui était nos cousins et dont le fils s’appelle Paul Deschamps, de Sainte Suzanne. Ce serait donc celui-là dont j’aurais reçu l’avis de la Croix rouge. Tu vois, on serait peiné pour quelqu’un qui ne serait pas des nôtres. Ils ont invité Charlotte à aller les voir et elle a été saisie en entrant. Il y avait une jeune fille qui était tout mon portrait.

Mon pauvre tit Lou, Les jours passent quand même. Je me rappelle tous nos bons moments. Je nous revois encore avec le bocal de cerises que nous avions. Ta petite femme, tant qu’il n’a pas été vide, t’en donnait un petit verre tous les soirs et le dimanche matin nous nous levions à 10 heures et nous causions tous deux dans notre lit. Et quand j’ai été malade la première fois, tu ne pouvais pas manger. Tout cela, ce sont des souvenirs qui ne s’effacent pas et que l’on regrette. Notre bonheur a été trop court.

Aujourd’hui j’ai un peu d’espoir et je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


 

Vendredi 27 août

Canonnade assez vive en Artois, autour de Souchez et de Neuville. Actions d’artillerie aussi dans la région de Roye et dans la vallée de l’Aisne, où nous avons visé les organisations allemandes au nord de Soissons.
L’ennemi bombarde Reims, tandis que nous exécutons un tir efficace sur ses tranchées à Cernay-les-Reims.
Lutte de grenades et de pétards en Argonne. Duels d’artillerie à Flirey, en Woëvre, à la Fontenelle, et à Lusse, dans les Vosges, dans la vallée de la Doller, en Alsace.
Grande activité de nos avions. L’un d’eux opère au-dessus de la gare d’Offenbourg (grand-duché de Bade); 62 au-dessus des hauts fourneaux de Dillingen, près de Sarrelouis; nos appareils bombardent des cantonnements à Pannes et à Baussant, en Woëvre, à Grandpré, Châtel, Cernay et Fléville, en Argonne; à Tergnier, la gare; à Vitry-en-Artois, le parc d’aviation; à Boisleux, la gare a reçu des obus. 60 avions français, anglais et belges ont allumé des incendies dans la forêt d’Houthulst. 127 obus ont été lancés par une escadrille sur la gare de Noyon.
Les italiens ont remporté un succès dans la région de Tonale.
Les Russes maintiennent les Austro-Allemands, qui tachent de converger vers Brest-Litovsk.
M. Pachitch, premier ministre serbe, s’est rendu auprès du régent de Serbie pour arrêter, d’accord avec lui, les termes de la note a remettre à la Quadruple Ent
ente.

Source : La guerre au jour le jour

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Samedi 5 juin 1915

Paul Hess

5-6 juin – Sifflements et explosions le soir du 5, à 19 h 1/2 et le matin du 6, à 9 h.

– Dans le courrier du 6 juin, nous lisons le compte-rendu d’une réunion du Conseil municipal qui a eu lieu le vendredi 4 à 15 heures.

M. le Dr Langlet, maire, présidait la séance à laquelle assistaient : MM. Bataille, de Bruignac, Em. Charbonneaux, Chezel, Demaison, Ch. Heidsieck, Drancourt, Gougelent, Guernier, Gustave Houlon, Jallade, P. Lelarge et Rohart.

A propos de l’inscription au budget d’un 3e crédit de 500 000 F, pour l’achat de denrées de ravitaillement, M. Jallade demande au maire d’exposer le système de ravitaillement de la population civile et de rassurer le public contre toute éventualité de crise, soit en viande, soit en farine.

M. Em. Charbonneaux, adjoint chargé du ravitaillement, détaille la façon d’opérer de la ville, à l’aide des crédits ouverts, et la facilité de transport d’accord avec les commissions de réseau qui accordent toute latitude.

Le manque de farine qui a failli se produire et a été conjuré le soir même, ne vient pas de sa rareté mai du défaut de parole d’un ou deux fournisseurs auxquels il a fallu suppléer sans délai…

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 5 – Nuit tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
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Vendredi 23 avril 1915

Paul Hess

Le Courrier d’aujourd’hui donne le compte-rendu d’une réunion du conseil municipal qui a eu lieu hier, sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire et à laquelle étaient présents : MM. Jallade, Drancourt, Bataille, Guernier, Demaison, de Bruignac, Gustave Houlon, P. Lelarge, Rohart, Em. Charbonneaux, Chezel, Gougelet.

M. Regnier, le nouveau sous-préfet de Reims, assistait également à la séance.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 23 – Du 22-23, nuit tranquille pour la ville. Journée assez paisible. Réponse à Rome pour l’Évêché de Beauvais.

Visite de M. Telllier pour messe aux Caves Chauvet.

Visite de M. Debeauvais, aumônier militaire.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hortense Juliette Breyer

Vendredi 23 Avril 1915.

Sept mois mon Charles que l’on t’a dit tué. Je ne peux m’y faire et je deviens de plus en plus triste. Il y a des moments où le courage m’abandonne. Hier j’ai encore reçu une lettre d’un de tes camarades à qui j’avais écrit. C’est un dénommé Ternet, de Crugny, et comme les autres il me dit que tu as été blessé et pas ramassé par eux. Il me dit de reprendre espoir. Que veux-tu, après chaque lettre que je reçois, je suis encore plus découragée, mais je veux savoir.

Hier je suis sortie faire quelques courses. Cela bombardait violemment ; on ne rencontrait personne. J’en étais à souhaiter d’être frappée à mon tour car ce n’est pas une vie que je mène. Mais mes pauvres petits, les tiens mon Charles, je n’ai pas le droit de les laisser. Pauvres cadets, ils sont si beaux.

J’arrête car je crois que j’arroserais le cahier. Je sens les larmes qui coulent. Je t’aime mon Lou, plus que tout.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


le 23 le colon des territoriaux arrivent, c’est encore un vrai tremblement

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog : Activités de Francette: 1915 : janvier à juillet : 2e carnet de guerre de Renée MULLER


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Mardi 30 mars 1915

Paul Hess

Dans le Courrier de la Champagne du 26 mars, nous trouvons le compte-rendu d’une séance du conseil municipal, suivi de quelques détails complémentaires dans le journal du 27 :

Conseil municipal

Le conseil municipal s’est réuni avant-hier soir, sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire.

Étaient présents : MM. Em. Charboneaux, de Bruignac, Perot, Bataille, Drancourt, Guernier, Gustave houlon, P. Lelarge, Jallade, Chezel, Rohart et Gougelet. MM. Lemaison, Ch. Heidsieck et Mennesson-Dupont s’étaient fait excuser.

Après avoir examiné et liquidé les pensions des veuves de quelques employés municipaux tués au feu ou à Reims, le conseil examine la situation des ouvriers et employés qui ont quitté leur poste au moment de l’invasion.

Sur le rapport de M. P. Lelarge et après une très longue discussion à laquelle prennent part MM. Langlet, Jallade, Rohard, Guernier, Chezel, le conseil décide que, d’une façon générale, ces ouvriers et employés, quelles que soient les fonctions qu’ils remplissaient, seront mis en disponibilité. Ils pourront, le cas échéant, être réembauchés, mais dans les emplois qui se trouveront vacants à ce moment et sans qu’il soit tenu compte, pour fixer leurs appointements, qu’il auront passé auparavant au service de la mairie.

Communication avait été faire au conseil de la liste des employés municipaux tués à l’ennemi ou pendant leur service à Reims. Ce sont : MM. Villain Achille, géomètre au service de la voirie ; Brenon, agent de la sûreté ; Demitra-Beuvelet, cantonnier-terrassier ; Ferry, employé du Mont-de-piété ; Lasseron, conservateur du cimetière du Nord ; Caron E., cantonnier-terrassier ; Renaudin, chef de brigade paveur ; Lonoir, gardien du musée.

Le conseil décide en outre de « mettre en sommeil » (l’expression est du Dr Langlet), le théâtre, la musique municipale, l’école de musique, c’est-à-dire d’en supprimer les budgets.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 30 – Nuit tranquille pour la ville, sauf coups de canons, fusillades.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hortense Juliette Breyer

Mardi 30 Mars 1915.

Ce matin en me réveillant je suis allée rue de Beine, mais rien de nouveau. J’ai enlevé ma garniture de cheminée. Cet après-midi je suis revenue chez ton parrain et là une lettre m’attendait, du soldat Henri Lande. Il me disait comme les autres que tu avais été blessé et sans doute soigné par les Allemands. Il ajoutait que c’était un jeune homme de Crugny qui le lui avait dit et il ajoutait qu’il me remerciait beaucoup pour la petite pièce que j’avais ajoutée à sa lettre. Dix sous de timbres, ce n’est pas une affaire. Pauvre diable.

Mon coco, bonne nuit et à bientôt.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Dimanche 30 mai

Dans la région au nord d’Arras, la nuit du 28 au 29 avait été marquée par une lutte d’artillerie très violente, l’ennemi ayant spécialement bombardé les pentes de Lorette. Au jour, nous repoussons d’abord une attaque sur Ablain-Saint-Nazaire, puis nous prenons l’offensive et enlevons les dernières maisons de ce village encore occupées par nos adversaires. C’était une affaire très chaude, au cours de laquelle nous anéantissions et mettions en fuite trois compagnies. A Neuville-Saint-Vaast, de même, nous conquérions un nouveau groupe de maisons. Près de Thiescourt, aux abords de Lassigny, nous avons abattu un aviatik, qui a pris feu en tombant en avant de nos lignes. Les Italiens, par leur feu d’artillerie, ont endommagé plusieurs forts autrichiens du côté du col de Torsala. Ils ont enlevé la ville d’Ala, à la frontière du Tyrol, entre Vérone et Trente, continué leur pénétration en Carniole et en Frioul. Ils ont capturé un hydravion autrichien. M. de Bethmann-Hollweg a prononcé un discours d’une extrême violence au Reichstag, discours dirigé surtout contre l’Italie. L’Allemagne a remis sa réponse à la note américaine au sujet du Lusitania. Un sous-marin a coulé le vapeur anglais Éthiopie. Les marins du Léon-Gambetta, internés en Italie et libérés par cette puissance, vont rentrer en France. L’armée russe, maîtresse de Van, a occupé aussi Ourmia, en Arménie. 

 

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Vendredi 12 février 1915

Abbé Rémi Thinot

12 FEVRIER – vendredi –

Toute la nuit, les troupes ont circulé, sont montées… Mon Dieu, ayez pitié de tous ceux qui tomberont aujourd’hui !

5 heures soir ;

Il n’y a pas eu d’attaque ; la neige s’est mise 4 tomber, très dense, vers 8 heures. Contre ordre est arrivé. Regrets amers des commandants, des hommes qui étaient décidés, bien en train, mais vraiment l’artillerie ne pouvait pas donner. Il paraît que sur un front assez restreint, il y avait 1600 bouches à feu, prêtes à donner. Quel carnage c’aurait été, mon Dieu !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Paul Hess

La journée d’hier s’est passée en canonnades de notre part. Aujourd’hui, les détonations de l’artillerie m’ont éveillé brusquement à 7 h, après une bonne nuit, ce qui devient rare.

Le Courrier donne le compte-rendu succinct d’une réunion du Conseil municipal qui a eu lieu avant-hier, sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire et à laquelle assistaient : MM. Em. Charbonneaux, de Bruignac, Bataille, Drancout, Perot, Guernier, Gve Houlon, Jallade, Chezel, Gougelent, P. Lelarge, Mennesson-Dupont, Rohart et Demaison.

Entre autres choses, le Conseil a décidé, sur le rapport de M. Mennesson-Dupont, que les veuves et orphelins des employés et travailleurs municipaux, toucheront la moitié des traitement ou salaire de ces employés et travailleurs tués au feu ou par suite du bombardement ; et sur la proposition de M. Guernier, il est ajouté au rapport que les veuves ou orphelins des ouvrier s, même employés temporairement, jouiront de la même faveur.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 12 – Nuit tranquille, sauf coups de canons de temps en temps.

Le matin, 7 h 1/2, coups de canons de gros calibre. Envoyé réponse à Cantorbéry. Écrit à Mgr Touchet, Évêque d’Orléans (Recueil, p. 31)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

12/2 – vendredi.

Il neige très fort et dès 7 h du matin une très violente canonnade se fait entendre de notre part à Reims et ses abords. A 8 h, un peu de repos. Une centaine de bombes sur les 2e et 4e cantons. Dégâts matériels, pas de victimes. Nuit assez calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Vendredi 12 Février 1915.

Ton parrain est revenu. Je suis allée le voir à son bureau et sa première parole a été de me dire : « Vous ne resterez pas ici. Vous reviendrez à la maison. Vous prendrez André avec vous, et voilà tout ».

Il est bon ton parrain, un vrai cœur d’or. Mais je ne sais ; de savoir que je prendrai André, j’ai peur.

Tout mon cœur à toi.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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vendredi 12 février

Les Allemands bombardent Nieuport, sans grand résultat, tandis que notre artillerie leur répond efficacement. L’ennemi, dans le Nord, fait sortir des avions qui opèrent sans effet aucun au-dessus de nos lignes. Il attaque vainement, en Champagne, nos positions près de Mesnil-les-Hurlus: il envoie une brigade contre l’ouvrage Marie-Thérèse dans l’Argonne, mais cette brigade est décimée par le feu de notre artillerie et de notre infanterie et laisse de très nombreux cadavres sur le terrain.
L’affaire qui s’était engagée au Ban-de-Sapt(Vosges) s’est terminée à notre avantage, nos troupes ayant finalement repris ce qu’elles avaient d’abord perdu. Au nord du col de Sainte-Marie-aux-Mines, nous avons enlevé une tranchée.
Le conclave des jésuites a élu général le père Ledochowski, Polonais germanisant, dont le frère est un général autrichien. Il remplace un Allemand, le père Wernz.
Les États-Unis ont envoyé une note à l’Angleterre pour faire des observations sur l’emploi par la marine marchande britannique, du pavillon neutre. Ils ont envoyé une autre note à l’Allemagne en disant que l’attaque d’un navire américain par un sous-marin allemand pourrait entrainer de graves complications.
M. Asquith, Premier Ministre du Royaume-Uni, déclare aux Communes qu’il étudie l’application de mesures plus sévères contre le commerce allemand, l’ennemi violent systématiquement toutes les lois de la guerre.
Le ministre de Bulgarie à Rome, M.Risof, prétend que le cabinet de Sofia, en contractant un emprunt à Berlin et à Vienne, n’a nullement aliéné sa liberté politique.

 

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Jeudi 31 décembre 1914

Abbé Rémi Thinot

31 DECEMBRE – jeudi –

11 heures 3/4 soir ; Toute la soirée avait été calme. Voici qu’un gros coup de Canon retentit… C’est pour finir 1914.

L’aiguille tourne ; je ne sais pas que j’achève une année ! Année de deuil et de tristesse… La guerre.. ! et quelle guerre… ! Au moins, est-ce l’aube des nécessaires résurrections ?

Mais il me semble bien qu’il faudra d’autres catastrophes que celle-là… pour que la France, pourrie d’anticléricalisme, ressuscite et revive dans l’auréole de la vertu et de la fidélité à Dieu… ou bien, c’est que nos gouvernants actuels feront amende honorable, feront l’acte de foi désiré.

Ils ne le feront pas. Mon Dieu ! ayez pitié de nous selon votre grande miséricorde.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Jeudi 31 décembre 1914

110ème et 108ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Rien de saillant, journée de pluie, froid maussade. Vu M. Renaudat, officier automobiliste comme lieutenant près le général Franchet d’Espèrey, commandant la 1ère Armée ! qui venait presque me faire ses adieux, attendu qu’ils allaient partir tous pour une destination…  inconnue. Il paraissait avoir bon espoir et me disait que cela allait très bien pour nous et pour Reims, et que s’il n’était pas revenu dans 2 jours, je veuille bien m’occuper du courrier de M. Legrand, rue Thiers. Il m’a paru très sûr de lui ! Dieu l’entende et Dieu le protège ainsi que moi ! et que l’Aurore de 1915 éclaire notre Délivrance et soit pour moi joie, bonheur, tranquillité, sécurité et conservation de tous les miens, de mon Jean. Surtout qu’il ne soit pas pris et ne parte pas avant que la Paix soit faite !! Que Dieu m’exauce !! je l’ai bien mérité ! J’ai tant souffert !! mais j’offre ces souffrances à Dieu pour m’exaucer et me conserver sains et saufs tous mes chers aimés. Femme, enfants petits et grands, et mon Vénéré Père. Dieu protégez-nous ! Délivrez-nous ! Donnez-nous une année 1915 plus qu’heureuse !!! Et de plus que la France soit victorieuse, vite et bien ! Pour que mes chers aimés jouissent tout le reste de leur Vie, de la Paix et de toutes les joies qu’elle entraîne ! J’offre pour cela tout ce que j’ai souffert et que j’ai enfin une vieillesse heureuse !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit calme. Bombardement qui a fait des victimes, dans la matinée, rue Jacquart.

Le Courrier de la Champagne de ce jour, donne le compte-rendu d’une séance du conseil municipal qui, dit-il, a eu lieu hier, sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire, à laquelle étaient présents : MM. Gougelet, Chezel, Lecat, Perot, Guernier, Bataille, Jallade, Demaison, Ch. Heidsieck, Gustave Houlon, de Bruigac, Rohart, Emile Charbonneaux, Pierre Lelarge et Mennesson-Dupont*.

Les délibérations prises, portaient sur l’adoption de divers crédits et du compte administratif du maire pour l’exercice 1913, ainsi que sur le vote du budget communal de 1915.

– Des bruits pour le moins singuliers et, naturellement, diversement commentés se sont fait jour en ville, aujourd’hui, au sujet de faits qui se seraient passés dans la nuit du 24 au 25 décembre. Je les ai entendus en confidence et j’ai lieu d’hésiter à les noter, en raison de leur caractère de gravité et de leur nature trop exclusivement militaire ; on a déjà colporté tant de bobards, dans Reims… Et quoique la source puisse fort bien être unique, c’est de différentes parts cependant que j’aurais pu les recueillir, à propos de réveillons fêtés sur le front, entre soldats français et allemands.

On précise qu’en un endroit peu éloigné, après être entrés en communication de tranchées à tranchées, certains d’entre eux en seraient arrivés à danser ensemble autour d’un arbre de Noël.

Comme suite à ces événements – est-ce leur triste confirmation – des coupables auraient été traduits devant le conseil de guerre, et il paraît que huit chasseurs à pied ou fantassins auraient payé ces instants d’égarement devant le peloton d’exécution.

Je ne puis me résoudre à faire mention de pareils « on-dit » que sous toutes réserves

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

* M. L. Rousseau, adjoint au maire, a été appelé sous les drapeaux vers la mi-novembre 1914.


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Cardinal Luçon

Jeudi 31 – Nuit tranquille. Canons français dans la matinée.

Visite du Général Rouquerol et du Commandant de Place.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

31 – jeudi. Mauvais temps, pluie et vent. Toujours les grosses pièces et quelques bombes en ville. Nuit calme

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Jeudi 31 Décembre 1914.

Je ne veux pas finir l’année sans te dire que j’espère que l’autre qui va commencer me rendra celui qui est toute ma vie, et qu’elle ne se passera pas sans que nous soyons réunis.

Bons baisers et un adieu à 1914 qui m’a fait tant souffrir. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Jeudi 31 décembre 1914

Nous avons encore progressé le long de la côte de Flandre, enlevé un point d’appui près de Zonnebeke; marqué une avance en Champagne et aussi dans l’Argonne, près du Four-de-Paris, repoussé une attaque au col du Bonhomme, consolidé nos positions en Alsace.
Les communiqués russes indiquent non seulement que les allemands ont vu arrêter leur offensive sur les lignes de la Bzoura, de la Pilica, de la Nida, mais encore qu’ils sont réduits partout à la défensive. Des milliers de prisonniers leur ont été faits. De leur côté, les Autrichiens ont été contraints à fuir si vite vers les Carpates qu’ils ont laissé 50000 hommes aux mains des armées du tsar. En somme, le grand plan d’attaque élaboré par von Hindenburg a complètement échoué. Le contact a été rompu entre les forces autrichiennes et les forces allemandes. La Hongrie est ouverte une fois de plus à l’invasion.
Battus en Arménie par l’armée du vice-roi du Caucase, les Turcs se vengent en commettant d’odieuses atrocités.
Les États-Unis ont remis une note d’ailleurs conçue en termes très amicaux, au ministère anglais des Affaires étrangères. Ils y insistent sur les difficultés que la police des mers, telle qu’elle est exercée par le gouvernement britannique, crée au commerce des neutres.
Essad pacha a refusé de faire la guerre à la Serbie et d’acheter à ce prix la soumission des rebelles albanais.

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Samedi 7 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

7 NOVEMBRE ; – samedi –

Brouillard intense ; j’en profite pour monter sur la tour Nord et enlever le téléphone établi le lendemain de la catastrophe du dirigeable… Il a été enlevé par quelqu’un qui a eu la même idée que moi, mais qui a eu la maladresse de laisser des fils à l’extérieur, vers l’Est.

Je les enlève ; autre maladresse ; l’entrée des tourillons porte encore à la craie ; téléphone, bombes, magasin, bombes… Bombes veut sans doute dire marrons pour signaux, se rapportant à l’installation du projeteur électrique bien avant l’invasion. J’efface ces inscriptions.

Le général de Frontignan a fait descendre le téléphone jeudi dernier par le concierge de l’ancien archevêché. L’Abbé Andrieux avait descendu les fusées le 9 septembre (de l’occupation), la veille du jour où les allemands demandèrent à occuper la Tour.

…les allemands installèrent un téléphone portatif avec fil dans l’escalier, pendant les derniers jours de l’occupation. Ils emportèrent le tout ; on trouva juste là-haut, le pétrole et des débris de victuailles.

…les 14 et 15 septembre, les Français établissent un poste téléphonique portatif… qui ne fut pas maintenu. Ceux-là refusèrent de passer par les échafaudages – il eût fallu des lanternes pour l’ascension des échelles la nuit ; ils passèrent par la cathédrale ; les fils passèrent dans l’escalier, puis directement depuis l’étage de la Galerie des Rois (vitraux) vers la rue du Trésor ; des hommes étaient en bas, l’instrument aux oreilles, pour transmettre les ordres… Il n’est rien resté de cette installation.

Copie d’une lettre insérée dans les mémoires de l’^Abbé (auteur inconnu) probablement un prêtre??

Je vous envoie un journal « La Presse de Turin » Il y a en Suisse et en Italie une polémique au sujet d’une déclaration, puis d’un démenti de l’abbé Landrieux, à propos d’un poste d’observation sur la cathédrale. Eh ! bien, il faut dire ce qui est !

Jusqu’au 2 septembre, tout Reims a vu le poste de T.S.F. installé tour Nord. Le 13 ou le 14 plutôt, lundi, c’est cela, j’étais sur le Parvis entre 5 et 7 heures du matin. Un brigadier d’artillerie, petit, gros, portant en bandoulière un appareil ressemblant à un appareil photographique, m’aborda et me dit ; « Pour aller à la tour, s.v.p. ? » « Oh ! Monsieur, lui dis-je, le grand portail n’ouvre pas ce si matin ; faites le tour par le petit ; entrez et demandez le sacristain ». Il me répond ; « C’est ennuyeux ; je suis pressé ; il faut que je monte là-haut pour observer ! »

Eh ! bien, à mon sens, ces gens (les allemands) doivent connaître ces choses. Pourquoi les déguiser ?

Disons-le ; on nous a volé nos églises, on a dépensé nos deniers en inventaires et en liquidations au lieu de faire des canons et des ballons d’observation… et maintenant, après avoir laissé en ruines nos églises, on est bien content de s’en servir pour des choses et des usages absolument contraires à leur pieux objet.

Après tout, les Prussiens ne font qu’achever l’œuvre de destruction si bien (hélas) commencée par nos farouches radicaux. Pauvre France ! punie par où elle a pêché !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Samedi 7 novembre 1914

56ème et 54ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  On s’est battu la majeure partie de la nuit, mais nous n’avons pas été bombardés. Ce matin, journée de novembre, sombre, grise, lugubre. Ce n’est pas cela qui met du soleil et de l’espoir au cœur !…

11h3/4  Eté posté à la Poste une lettre à l’Étude de Rousseau-Dumarcet, notaire à Nantes, passé de là jusqu’à St Joseph, rue de Venise. Rue des Capucins, près du coin de la rue du Jard, je rencontre Ronné avec lequel j’ai été hisser nos couleurs sur la tour Nord de la Cathédrale le 13 septembre 1914 au matin. Nous causons, il me dit qu’il va bientôt partir pour Guingamp. Alors je lui reparle de notre escalade et escapade du 13 septembre 1914, et lui demande : « Ronné, c’étaient-ils bien 2 petits bidons et un gros bidon de pétrole que les prussiens avaient laissés là-haut sur la dernière plateforme de la tour Nord de la Cathédrale, sous la plateforme en bois ? – «  Oh ! non ! Monsieur Guédet, c’étaient deux gros bidons et un petit. » (2 de 10 litres et 1 de 5 litres). « C’est moi qui ai descendu les 2 gros et M. l’abbé Dage le petit. » – « Dites donc ! Ronné, on prétend que ce sont les Français qui les auraient laissés là ces bidons le 2 ou le 3 septembre, quand ils se sont retirés devant les Prussiens ? » – « Çà, ce n’est pas vrai, M. Guédet, car ces bidons là n’étaient pas où nous les avons trouvés avec vous quand je suis allé avec l’abbé Andrieux arborer le Drapeau blanc des allemands, lorsqu’on nous canardait le 4 septembre 1914 à 10h du matin. Pour çà non, ils n’y étaient pas ! Je les aurais bien vus, puisque nous sommes restés un moment sur la dernière plateforme et sous la plateforme en bois où nous avons trouvés ensemble le 13, en attendant que çà siffle moins. Je les aurais bien vus ! Pour çà non ! Ce sont les allemands qui les ont mis là depuis et les ont laissés. Çà ne prend pas çà avec moi ! »

Voilà donc le point d’Histoire fixé par le témoin oculaire du 4 septembre, et par nous 3 les témoins du 13 septembre.

Il était 10h du matin quand j’ai eu cet entretien avec Ronné pris au coin de la rue du Jard, 2 ou 3 maisons côté pair avant le coin de la rue du Jard qui descend vers le canal, devant les numéros 72, 74 et 76. Ce que (rayé) être si bien (rayé) ???

En tout cas je suis enchanté de cette déclaration de Ronné qui fixe ce point, point impartial et historique en premier chef.

Dans un autre ordre d’idée, tout en s’en rapportant, je bondis de rage quand chaque fois que je sors je trouve et rencontre des tas d’automobiles garnies de fanions de toutes les couleurs et de toutes natures, des Croix-Rouges, et qui sont là devant des cafés, des brasseries, des bouibouis et attendent mélancoliquement leurs… Seigneurs et Maîtres qui sont là devant des hommes en des boui-bouis qui s’amusent à boire, à rire avec des femmes de toutes espèces !… Oh ! ceux-là on ne verra que rarement leurs autos stationner devant les Hôpitaux, les Lazarets, ou les maisons ou établissements où leur devoir les appelle, et d’où ils ne devraient jamais sortir ni quitter !

Je viens de recevoir la visite de M. Tassinier (à vérifier), commissaire spécial à la gare de Longwy, détaché ici et adjoint en ce moment à M. Mailhé, commissaire à la gare de Reims où il demeure 13, rue Blondel, chez M. Letellier, qui est venu me dire qu’il pouvait m’avoir un permis (passeport) pour Paris, aller et retour pour la semaine prochaine, mais il m’a demandé instamment de ne pas dire comment je me le suis procuré. J’irai donc voir le Procureur de la République lundi pour m’entendre avec lui sur le jour de mon départ. Mon Dieu ! merci et pourvu que je puisse faire ce voyage sans arrière pensée et sans le souci de ma maison, de mon étude. Je souhaiterais plutôt qu’en partant je sache que les allemands sont partis de Reims. Enfin, à la Grâce de Dieu.

Nos artilleurs disaient ces jours-ci à Jules Meunier, mon petit employé des chemins de fer, que les allemands envoyaient des obus qui avaient 1m05 de hauteur, rien que l’obus, sans la gargousse.

8h10 soir  J’ouvre la fenêtre du cabinet de toilette, une lueur et un éclatement vers l’Hôtel de Ville. Un deuxième, un troisième. Je referme et vais chercher mes affaires, et au moment de descendre un bruit formidable, c’est tout près. Nous descendons à la cave. A 8h40 je n’y tiens plus, nous remontons, et par la porte vitrée du jardin une lueur formidable d’incendie derrière le grand mur de notre voisin M. Legrand. C’est dans la direction de la rue Noël, mais de la chambre de Marie-Louise ce doit être plus loin.

9h  Faut-il se coucher ou pas ?? oser attendre ? encore ?

En tout 6 à 8 obus pour ce moment !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Bombardement sur le centre.

Le conseil municipal s’étant réuni à Reims, le jeudi 5 courant, on peut lire le compte-rendu de sa séance, dans Le Courrier de ce jour. En voici le résumé :

Conseil municipal
Séance du 5 novembr
e 1914

La séance est ouverte à 3 h25, sous la présidence de M. Langlet, maire.

Etaient présents : MM. Gougelet, Drancourt, Lesourd, Chezel, Tixier, Rousseau, Perot, Guernier, Bataille, Jallade, Demaison, Charles Heidsieck, G. Houlon, Em. Charbonneaux, P. Lelarge, Mennesson-Dupont.

Absents et régulièrement excusés : MM. de Bruignac, Chevrier, Lejeune, Mennesson-champagne, Demorgny, Rohart et les conseillers à l’armée.

Le conseil vote divers crédits et ratifie les traité conclu avec M. Elie Gaissier, pour exploitation de la vente à la criée (2e lot-viande), pendant l’absence de Me Bonnars, commissaire-priseur, adjudicataire, appelé sous les drapeaux.

La séance est levée à 3 h 55.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 7 : Nuit du 6-7 tranquille ; matinée silencieuse.

Visite à Clairmarais et tout un circuit de rues, en compagnie du R.P. Abelé. Soir, à 8 h bombardement terrible ; commençant loin, puis plus près, puis très près, puis tout près, comme avant hier. Cette méthode fut suivie pendant longtemps. Une fois arrivé à la ville, le bombardement semblait pilonner un quartier, une rue. Incendie du bureau du service médical de la gare. On ne parle pas de victimes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Collection : Véronique Valette

Collection : Véronique Valette


Paul Dupuy

À 8 heures nous allons à l’Hôtel-de-ville chercher l’autorisation de circuler dans les ruines et d’en emporter ce que nous y trouverons, mais c’est le Commissariat du 2e Canton qui, seul, a qualité pour nous la délivrer et nous nous rendons boulevard Jamin.

Munis du papier qui nous donne toute liberté nous revenons au but de notre course. Mais là, la forte émotion m’étreint en mettant le pied sur ces ruines dont l’amoncellement recouvre les cendres de ce qu’a été le nid de nos enfants, et j’éclate en sanglots en pénétrant à la cave que notre cher André tenait en si parfait état.

Hénin respecte ma douleur ; il est impressionné lui-même.

L’inspection des lieux à laquelle il se livre avant moi, lui révèle des traces d’effraction aussi bien sur la porte d’entrée que sur le grillage de sûreté d’un porte-bouteilles maintenant vide, et les nombreux papiers gisant à terre témoignent que tout le Champagne a disparu.

Il y a donc urgence à enlever de suite ce que les maraudeurs ont laissé, et c’est dans cette intention que je viens demander l’aide de Sohier pendant que Henri file chercher caisses et brouette.

Retenu à la maison, je laisse mes employés commencer l’opération du déménagement, et au cours de leur travail ils voient se confirmer les soupçons déjà germé sur la personnalité des maraudeurs : deux groupes de deux pompiers, qui se cachent aussitôt découverts, affirmant par leur présence insolite à cet endroit qu’il n’y a pas lieu de chercher les coupables ailleurs.

Ces tristes sires profitent ainsi de la liberté d’allure que leur procure leur uniforme occasionnel pour dépouiller les sinistrés ! pouah !

Je signalerai le fait à M. de Bruignac, en le prévenant que j’ai cru bien faire en remisant aussi au 23 onze bouteilles champagne trouvées dans la cave de l’Action libérale, voisine de celle d’André.

Le transfert du vin restant se poursuit dans l’après-midi sans pouvoir être terminé ; pour laisser place nette, 3 voyages seront encore nécessaires.

À 17H1/2, Mme Gillet, rémoise émigrée à Épernay, où elle s’est rencontrée avec les nôtres, vient dire qu’elle prendra volontiers les commissions dont on voudra bien la charger pour là-bas, nous préparons donc lettre et boîte de poires qui lui seront portées le lendemain pour 8H rue de Thillois 32.

20H1/4 Forcés encore de nous abriter, nous passons une heure en cave pendant que brûle une maison annexe de la gare entre cette dernière et la rue de Courcelles.

Du 7 au 8, nuit de demi-sommeil qui fatigue plus qu’elle ne repose.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de laVille de Reims, archives municipales et communautaires


Samedi 7 novembre

C’est surtout autour d’Arras que l’ennemi porte actuellement ses efforts. Il semble au surplus, qu’il modifie une fois de plus son plan d’attaque et aussi la composition de ses effectifs.
Un convoi a été détruit par notre artillerie au nord de la forêt de Laigue. Vive action à la baïonnette, victorieuse pour nous, dans l’Argonne.
Le généralissime russe, grand-duc Nicolas, signale dans deux dépêches au général Joffre et à lord Kitchener, une victoire des Russes, remportée en Galicie par ses troupes. Jaroslaw a été reprise par celles-ci qui ont fait plusieurs milliers de prisonniers.
Les forces russes du Caucase ont brisé une contre-attaque turque. Elles marchent en deux corps sur Van et Erzeroum, deux des places importantes de l’Arménie.
Les universités françaises adressent aux universités des pays neutres une série de questions d’où se déduit la responsabilité écrasante du gouvernement allemand dans tous les méfaits commis par les envahisseurs teutons en Belgique et en France. Cet appel se termine en ces termes :  » Comme les armées alliées, les universités françaises défendent pour leur part, la liberté du monde. »
Rien n’est encore venu confirmer la nouvelle de la victoire navale allemande dans le Pacifique, victoire annoncée jusqu’ici par les seuls Allemands. Par contre, il est avéré que le Yorck, le croiseur germanique qui a coulé devant Wilhelmshaven, a été détruit par un sous-marin anglais.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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