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Mardi 23 juillet 1918

Louis Guédet

Mardi 23 juillet 1918

1411ème et 1409ème jours de bataille et de bombardement

Soir  Pluie toute la nuit. Atteinte légère de goutte, je reste au lit toute la journée. André qui devait aller à Châlons ce matin ne l’a pas pu à cause d’un déraillement près de Vouciennes, simple accident. Rien de saillant, la situation tend à se tasser, hélas.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 23 – Visite de M. François Veuillot ; de M. le Curé de S. Sulpice. Visite à La Croix, à M. Feron-Grau, qui revient de captivité en Allemagne, qui nous raconte qu’au début de la guerre, il se mit à reprendre le travail. C’est bien, dirent les Allemands, continuez, nous vous protégerons. Quand la matière brute fut manufacturé, les Allemands la confisquèrent, s’emparèrent des matières, les envoyèrent en Allemagne, et brulèrent tout ce qu’ils ne pouvaient utiliser à leur profit ! Visite de M. le Commandant Dagonet et de sa femme. Reçu la Lettre Pastorale n° 108

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 23 juillet

Au cours de la nuit, l’ennemi s’est borné à réagir par son artillerie, au nord de l’Ourcq et entre la Marne et Reims, notamment dans les bois de Courton et du Roy.
Entre l’Ourcq et la Marne, nous avons brisé le fortes contre-attaques ennemies dans les régions de Grisolles et de Bézu-saint-Germain. Nous avons maintenu partout nos positions.
Les troupes britanniques ont gagné quelque terrain, au sud-est d’Hébuterne. Une attaque ennemie exécutée à la grenade dans cette région a été repoussée. Nos alliés ont capturé quelques prisonniers.
En coopération avec nous, ils ont exécuté avec succès un raid au sud de Villers-Bretonneux, capturant quelques prisonniers et des mitrailleuses.
Les patrouilles anglaises ont pénétré dans les tranchées ennemies à Neuville-Vitasse, à Calonne-sur-la-Lys, et au nord de Bailleul, ramenant des prisonniers. Un raid ennemi dans ce dernier secteur a été repoussé. L’artillerie ennemie a été active dans le secteur de Locre.
Les aviateurs anglais ont jeté 18 tonnes de bombes sur les voies ferrées de Courtrai et de Lille, les docks de Bruges, trois importants dépôts de munitions et des cantonnements ennemis sur divers points du front. Ils ont abattu quatorze apparei1s ennemis.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Lundi 8 avril 1918

Louis Guédet

Lundi 8 avril 1918
1305ème et 1303ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Pluie torrentielle toute la nuit, et battante ce matin, aussi ne suis-je pas allé à Vitry par ce temps. J’espère avoir plus beau temps demain. Rien de saillant. Jean nous a enfin écrit, sa lettre date du 30 mars, et il nous apprend qu’il va à Vendôme suivre un cours d’officiers orienteurs pendant 3 semaines. Lettre de Dagonet qui me demande de mes nouvelles, apprenant l’évacuation de Reims. Il est atteint par la limite d’âge renvoyé à l’arrière, il est en ce moment à Avize, d’après ce qu’il me laisse entendre. Je vais à Vitry demain quelque temps qu’il fasse. Pourvu qu’il ne fasse pas trop mauvais.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


Cardinal Luçon

Lundi 8 – Visite du Dr Fiessuiger. Madame la Generale Beaudemoulin et sa fille assistent ä ma messe. Re?u nouvelles de mon Mandement par M. Leconte et M. Helluy.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 8 avril
Notre artillerie a arrêté des tentatives d’attaques ennemies dans la région de Hangard-en-Santerre, et pris sous nos feux des rassemblements de troupes en divers points du front, au nord de Montdidier.
Nous avons repoussé une attaque dans la région de Grivesnes.
A l’ouest de Noyon, un fort détachement ennemi qui avait réussi à prendre pied dans notre ligne avancée en a été aussitôt rejeté par notre contre-attaque.
Sur le front de l’Oise, les Allemands n’ont pas renouvelé leurs tentatives dans la région de Chauny-Barisis.
Des coups de main ennemis au nord du Chemin des Dames sont demeurés sans résultat.
Reims à été violemment bombardée.
Sur la rive droite de la Meuse, une forte attaque allemande au nord-est de la cote 344 a été repoussée après un vif combat. L’ennemi a subi des pertes sérieuses et laissé entre nos mains vingt-trois prisonniers dont trois officiers.
Nos bombardiers ont jeté 5000 kilogrammes de projectiles sur les gares et cantonnements de la région de Roye.
Les Anglais ont fait 120 prisonniers dans la région d’Aveluy.
Ils ont repoussé un assaut allemand en face d’Albert, et brisé une attaque au sud d’Hébuterne.
Au sud de la Somme, ils ont amélioré leurs positions et fait quarante prisonniers.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 1 février 1918

Louis Guédet

Vendredi 1er février 1918

1239ème et 1237ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Hier soir de 7h à 10h bombardement avec des 105 vers Libergier, pont de Vesle, etc… Bref mauvais moment à passer, les éclats venaient jusqu’ici. Ce matin temps brumeux glacial pénétrant. Courrier assez chargé, j’y ai répondu. Lettre de Dagonet, à qui je réponds, Abbé Andrieux, ancien aumônier des fusiliers marins du régiment n°2, actuellement aumônier sur le « Jean Bart » de la 1ère Division navale, cinglant dans la Mer ionienne… Visite de Houlon qui me fera prendre par la Croix-Rouge quelques uns de mes cartons de dossiers que j’évacue, pour tranquilliser ma chère femme… Il est enchanté de son espoir pour le ruban et moi encore plus que lui, car vraiment j’étais presque honteux du mien auprès de lui, quoique nous ne l’ayons volé ni l’un ni l’autre ! Il m’a invité à déjeuner dimanche, j’ai accepté, car vraiment c’est un bon ami que je me suis fait.

Après-midi visite de mes voisins les anglais de la Croix-Rouge qui sont chez Houbart et cherchent un abri pour leurs bonnes. Je crois avoir trouvé avec eux, au coin de la rue Marlot et de la rue Boulard. Passé rue de Chativesle donner un coup d’œil à ma cave qui est bien gardée. De là passé jusqu’au cimetière du Nord. On couvre de fils barbelés les Promenades. Le cimetière du Nord fort abîmé depuis 3 semaines. Prié sur la tombe de Maurice et sur celle de ma belle-mère (rayé).

Il fait un soleil splendide. Les jours allongent. Je rentre à 5h, j’écris quelques lettres à Mme Schoen qui m’a envoyé un petit « Musset », charmant volume. Je la remercie et je joins à ma lettre un bout de mon ruban rouge en la priant d’en envoyer un fil à son mari exilé à Mulhouse. Ce sera la Goutte de sang du français de champagne au frère d’Alsace.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

1er février 1918 – Certaines marchandises deviennent difficiles à se procurer. En regagnant la mairie, à 14 h, je remarquais une dizaine de person­nes qui stationnaient avec leurs récipients, en attendant l’ouverture du magasin de quincaillerie tenu par A. Betsch, 4, rue Colbert (maison Camus), pour acheter un litre de pétrole chacune — car c’est tout ce qui leur sera délivré.

— Bombardement par rafales, sur le boulevard de Saint-Marceaux, de 17 h 3/4 à 18 h, puis le soir, sur le quartier Fléchambault — une trentaine d’obus — et reprise du bombardement la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Vendredi 1er – 0°. Temps couvert. Via Crucis in Cathedrali. Vu une belle tête de roi décapité, du transept sud, placée sur un chariot. Canonnade allemande, vers 8 h. à 9 h. 1/2 soir. Reste de la nuit tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 1er février

Lutte d’artillerie assez violente dans la région de Flirey.
Un avion allemand a été abattu par nos pilotes et trois autres sont tombés dans leurs lignes à la suite de combats.
Sur le front de Macédoine, près du lac Doiran, les troupes britanniques ont exécuté avec succès un raid qui leur a permis de ramener des prisonniers.
Actions d’artillerie réciproques dans la région de Monastir.
Un avion ennemi a été abattu dans la région de Doiran.
Sur le front de France et de Flandre, les troupes anglaises ont fait un certain nombre de prisonniers.
Nos alliés ont bombardé un aérodrome au sud de Gand, un important dépôt de munitions à l’est de Roulers et les voies de garage de Courtrai. Des troupes ont été prises sous leur feu. Quatre avions allemands ont été abattus.
Les Italiens ont continué des poussées énergiques au sud d’Asiago et à l’ouest du val Frenzela. Leurs batteries ont tenu sous leur tir les arrières de l’ennemi, battant sans arrêt les passages forcés. Activité d’artillerie dans le val Lagarina et entre l’Adige et l’Astico. Sept avions ennemis ont été abattus.
Les gothas ont accompli sur Paris et sa banlieue un raid qui a duré près de deux heures. Il y a eu trente-sept morts et cent quatre-vingt-dix blessés. Un gotha a été abattu près de Chelles.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Jeudi 15 mars 1917

Montfaucon

Louis Guédet

Jeudi 15 mars 1917

915ème et 913ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Beau temps, froid, les jours allongent. J’écris sans lumière, mis mon retard à jour. Demain je verrai aux quelques actes à faire faire. Pas de nouvelles, si ce n’est la démission du général Lyautey, ministre de la Guerre. Où allons-nous ?? Quelle bande de Brutes que cette Chambre. Je reprends mon voyage à Épernay et St Martin. A Épernay le 7 mars j’ai donc déjeuné chez le Président du Tribunal avec M. Bouvier le Vice-Président, M. Fournier de la Maison Werlé et le nouveau Procureur M. Osmont de Courtisigny, ancien avocat Général à Caen. Il a été charmant avec moi. C’est un homme distingué, un peu froid, tenant ses distances, mais il m’a semblé foncièrement bon. L’apparence est celle d’un vrai Procureur, très froid, mais aussitôt qu’on cause avec lui, c’est la courtoisie même. Il a perdu sa femme récemment et en parait fort triste (leur fils Pierre avait été tué aux Éparges le 22 juin 1915, à l’âge de 20 ans). Il m’a complimenté de mon attitude durant cette Guerre. Le Président et le Vice-Président m’ont couvert de fleurs. Bref j’ai bonne presse. M. Bossu m’a présenté à lui comme un héros…  mettons plutôt, (comme le disait avec humour le bon M. Bouvier, vice-président) un vaillant. A la fin du déjeuner est arrivé le Commandant Lallier, qui était gêné avec moi. Je l’ai tenu à distance ce pierrot-là, en attendant que je lui dise son fait. Il venait chercher une recette de sauce poivrade pour un morceau de cerf que lui avait donné le Président. Il ne pense qu’à son ventre cet imbécile-là. Il nous a appris que son co-aliboron Girardot allait quitter Reims. Il croyait que j’allais marcher, il en a été pour ses frais. Donc j’ai mes sanctions pour mon Affaire de simple police, Colas et Girardot sont débarqués. Quand à Lallier, je m’en charge. Les Gendarmes d’ici exultent et me porteraient en triomphe. Il est vrai que je leur ai tiré une « rude épine du pied. »

Après déjeuner je suis allé voir mon cher Procureur Bossu que j’ai trouvé dans son lit mais très bien, nous avions tous deux les larmes aux yeux en nous revoyant. Causé nécessairement de son successeur, et avec son fin sourire ! il me dit : « Ce n’est pas un Procureur que M. de Courtisigny, c’est un clergyman, il est vrai qu’il est protestant !! »

J’avouais que j’avais eu la même pensée que lui sur son successeur. Nous en avons bien ri. Il m’a causé de lui comme étant un parfait magistrat. Il lui a fait mon éloge et il m’a parlé de ma proposition pour le ruban qui a reçu un avis très favorable d’Herbaux, et transmis au Garde des Sceaux. Il m’a conseillé d’en prévenir le Préfet de la Marne par Dagonet qui m’avait dit que j’étais déjà sur une liste. C’est fait. Je n’ai donc plus qu’à attendre.

En tout cas je serais enchanté d’être promu avant le jugement de Reims, sous les canons de l’Ennemi. Autrement cette décoration n’aurait plus la même valeur pour moi.

Après avoir longuement causé nous nous sommes quittés, et mon cher Procureur a voulu m’embrasser. Nous nous sommes donc donnés une accolade toute fraternelle. Je lui ai demandé d’être mon parrain s’il était encore à Épernay lors de ma nomination, si celle-ci allait vite. Il a accepté…  Nous reverrons-nous ?

Le soir je me suis rencontré à l’Hôtel de l’Europe, où j’étais descendu, avec M. de Courtisigny, qui m’a offert de dîner en face de lui. Nous avons encore causé très longuement de Caen, de Reims, des Rémois, et il m’a appris qu’il était allié aux Krug, bref il a été très aimable et m’a dit qu’il n’hésiterait pas à me mettre à contribution pour tous renseignements, etc…  etc…  J’ai accepté, d’autant qu’ainsi je pourrais rendre bien des services à mes compatriotes et à mes confrères.

Le lendemain matin je quittais Épernay par une neige épouvantable à 5h du matin, et arrivais à St Martin vers 8h. Trouvé ma chère femme bien accablée, amaigrie. Dieu sait ce qu’elle aura souffert cet hiver. Marie-Louise était au lit à la suite d’une chute sur la glace qui lui a provoqué un petit épanchement de synovie. Il n’y avait que Maurice d’à peu près valide. Le pauvre petit a souffert cruellement du froid, il parait qu’il pleurait parfois tellement il souffrait. Mon Père assez souffrant d’une bronchite, d’emphysème…  et de vieillesse, 82 ans demain !! Durant mon séjour Robert, voyant son tour pour aller au front approcher, nous a demandé de l’autoriser à devancer son tour et de partir comme volontaire. C’est fait le pauvre enfant !!! il voulait être affecté à la 42ème Division, ou est le fils de mon confrère Labitte, de Verzy (Lucien Labitte, notaire (1862-1951)), qui est attaché à l’État-major du colonel. Labitte doit le recommander à son fils (Pierre Labitte, polytechnicien (1896-1962)). Robert va sans doute venir pour 7 jours de congé à St Martin avant de partir. Pourrais-je aller l’embrasser une dernière fois ? Je ne sais !! Jean est très fatigué, il se classe 2ème et 3ème de sa brigade, mais il n’a plus que 15 jours à passer à Fontainebleau. Et puis lui aussi partira pour le front !! Deux enfants…  c’est beaucoup. Encore bien des souffrances et des angoisses pour ma pauvre femme !! Quand en verrons-nous la fin ?!!

André qui travaille près d’eux et a de bonnes places est venu passer près de nous la journée de dimanche dernier. Il se plait toujours bien à St Étienne de Châlons (c’était encore son avis plus de 50 ans après). Je suis rentré hier, assez désemparé. Que de tristesses je laisse derrière moi, ma femme, mes enfants…  c’est trop.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 15 – Nuit tranquille ; + 4°. Visite à l’ambulance de Sainte-Gene­viève. Aéros allemands : tir contre eux.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 15 mars

Au cours de la journée, nous avons continué à progresser à la grenade dans la région de Maisons-de-Champagne, malgré un violent bombardement de l’ennemi qui a fait usage d’obus lacrymogènes.

Sur la rive gauche de la Meuse, l’artillerie française a exécuté des tirs de destruction sur les organisations ennemies. Un observatoire a été détruit près de Montfaucon.

Sur le front belge, violente lutte de bombes dans la région de Steenstraete~Hetsas.

Les Anglais ont avancé leur ligne, au nord de l’Ancre, sur un front de 2500 mètres au sud-ouest et à l’ouest de Bapaume. Une nouvelle progression a été également réalisée sur un front d’environ 2 kilomètres au sud-ouest d’Achiet-Le-Petit. Les troupes britanniques ont pris possession d’environ 1000 mètres de tranchées au sud-ouest des Essarts {nord-ouest de Gommécourt).

Un raid ennemi au nord-est d’Arras n’a pu parvenir jusqu’à leurs lignes.

Nos alliés ont exécuté un coup de main sur les tranchées allemandes à l’est d’Armentières.

Le vapeur américain Algonquin a été torpillé par un sous-marin allemand. L’équipage a été sauvé.

La Chine a proclamé la rupture avec l’Allemagne.

Le général Lyautey, ministre de la Guerre, donne sa démission.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Montfaucon

Montfaucon

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Mercredi 14 mars 1917

Louis Guédet

Au mercredi 14 mars 1917 914ème et 912ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Rentré à 9h fatigué…  et surtout très attristé du départ volontaire au front de mon second fils Robert au 61ème d’artillerie. J’en recauserai, il va partir au front et aller pour quelques jours à St Martin, où je n’aurai pas la consolation de pouvoir l’embrasser une dernière fois, rentré que je suis de tout à l’heure. Trouvé un courrier formidable en rentrant. Je reprendrai ces huit jours demain, ce soir je suis trop éreinté. Avant-hier bombardement de 8h du soir à 8h du matin, surtout sur La Haubette. (Rayé) !! A demain si j’ai le temps la relation de tout ce que j’ai vu, fait, entendu depuis 8 jours.

En ce moment le calme.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 14 – Nuit tranquille, + 7° ; à 11 h, + 10°. Vers 9 h. quelques bombes sifflent (sur batteries ?). A 1 h. bombes sifflantes jusqu’à 2 h. 1/2. Aéroplanes français : tir contre lui. Visite de M. le Commandant Dagonet et de sa femme. Visite de M. Sainsaulieu, pour parler de la « Société des Amis de la Cathédrale ».

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 14 mars

En Champagne, l’artillerie ennemie, énergiquement contrebattue par la nôtre, a bombardé les secteurs de Maisons-de-Champagne et de la Main-de-Massiges. Les Allemands ont fait sans succès des tentatives à la grenade contre la cote 185, que nous continuons à tenir.

Sur la rive gauche de la Meuse, assez grande activité des deux artilleries. Nos tirs de destruction ont paru efficaces, notamment dans la région Avocourt-cote 304 et sur la rive droite au nord-ouest de Bezonvaux.

Les Anglais ont continué à progresser dans la Somme, les Allemands cédant à leur pression. Nos alliés ont gagné une profondeur de 1600 mètres sur un front de 1600. Ils ont occupé à l’ouest de Bapaume, le village de Grévillers et le bois Loupart. Ils ont également avancé dans le secteur de Gommécourt.

Canonnade sur le front du Trentin. Petites rencontres de patrouilles dans les vallées de Guidicaria et de Posina. Canonnade sur le front des Alpes juliennes, dans la conque de Tolmino. Les Italiens ont réussi un coup de main sur le Carso. Ils ont pris 24 hommes et une mitrailleuse.

M. Wilson a notifié aux puissances sa volonté d’armer les navires de commerce.

Le tsar a ajourné au 17 avril la réunion de la Douma et du Conseil de l’empire.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

avocourt

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Lundi 1er mai 1916

Louis Guédet

Lundi 1er mai 1916

597ème et 595ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Rien de saillant. Temps orageux. Reçu lettre triste de ma pauvre femme qui souffre de voir notre Jean partir. Il aura quelques indications par M. Dagonet ensuite par Hémard qui lui a demandé de lui envoyer les noms des officiers pour voir s’il en connaîtrait. Tout cela nous attriste quand même et c’est bien dur. Quand donc aurons-nous un jour de bonheur ! Résistera-t-il à cette fatigue ?

Été ce matin à la profession d’une religieuse à l’Hospice Roederer, Melle Lefebvre, sœur Ste Marie. M. Guichard, vice-président des Hospices, a dit un mot très gentil au Cardinal Luçon. Peu de monde connu, M. Houlon, administrateur des Hospices, M. Charles Mennesson (1845-1931), M. Bataille, M. Renard, teinturier (Fernand Renard (1874-1923)), chanoine abbé Campan, chanoine abbé Quantelot, abbé Remy, aumônier de l’Hospice Roederer, M. Georges Houlon (1865-1937), abbé Maitrehut, abbé Debout, chanoine Frézet curé de St Jacques. R.P. Lacroix, toujours très affectueux.

Été à la Maison de retraite avec M. Houlon pour des chambres de pensionnaires décédés à débarrasser par description.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 1er – Nuit tranquille en ville, sauf bordées de temps en temps entre batteries. 4 h. 1/2 soir un aéroplane laisse tomber une bombe (ou torpille ?) qui blesse ou tue un homme et démolit 10 maisons. Profession d’une reli­gieuse à Rœderer. Température matin + 12° ; midi à l’ombre + 23°. A 4 h. rafales de 4 ou 5 bombes sur les batteries ; 6 h. bombes sifflent. Vers 4 h. aéroplane (français, je crois).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 1er mai

Dans la région au sud de Lassigny, les Allemands, après une vive canonnade, ont dirigé une petite attaque sur nos positions, entre Attiche et le Hamel. Après avoir pris pied dans un élément de tranchée, ils en ont été rejetés par une contre-attaque.
A l’ouest de la Meuse, bombardement du secteur d’Avocourt et de la région d’Esnes. Nous enlevons une tranchée au nord du Mort-Homme, en faisant 53 prisonniers, dont un officier. Nous enlevons également une tranchée au nord de Cumières, en faisant 30 prisonniers.
Activité intermittente d’artillerie sur la rive droite de la Meuse et en Woëvre.
Dans les Vosges, nous repoussons l’ennemi avec pertes pour lui, au bois de Sapt, à la Tête-de-Faux et au sud de Largitzen.
Nous avons abattu un fokker près de Roye et contraint un autre à atterrir dans la même région. Deux fokkers ont été abattus, l’un près des Eparges, l’autre au sud de Douaumont. Trois taubes ont été descendus près de Verdun.
Les Allemands, après avoir attaqué le front anglais à l’aide de gaz asphyxiants, ont dû reculer.
Le général Smuts continue la poursuite de l’ennemi en Afrique orientale.
Succès russe dans la région d’Erzindjian, en Asie Mineure.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Source : http://museevirtuelmilitaire.centerblog.net/rub-cpa-et-photos-guerre-de-14-18–32.html

 

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Jeudi 12 août 1915

Louis Guédet

Jeudi 12 août 1915

334ème et 332ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Toujours le calme, en même temps lourd et orageux. Fait quelques courses le matin avenue de Paris, Enregistrement, Recette des Finances où j’ai rencontré le Receveur Fréville, mon compagnon d’otage du Prince Henri, qui vient tous les jeudis ici et refile à 2h à Épernay. Cette après-midi rattrapé du courrier en retard et mis celui de la journée à jour. Reçu un mot charmant de Dagonnet, commandant au 32ème Dragons, secteur postal 4, mon vieil ami qui m’annonce qu’il a la Croix de Guerre et que c’est de lui-même qu’il a écrit au Pr. (en blanc) d (en blanc) Ch. qu’il connait beaucoup pour me signaler et me recommander.

Celui-ci lui a répondu lui-même qu’il avait été déjà fait quelque chose pour moi dans ce sens, mais que de plus il inscrivait mon nom sur sa liste personnelle : je suis donc ainsi désigné des 2 côtés – c’est bon à savoir – mon Dieu je ne suis pas orgueilleux, mais je serais bien aise d’être décoré le plus tôt possible quoique civil sous le feu pour clore bien des…  becs et arrêter bien des mauvaises langues. Sera-ce possible ? mon Dieu accordez-le moi pour ma pauvre femme que cela encouragera et rendra bien heureuse, pour nos chers enfants et surtout pour mon vieux Père qui lui ne se contiendrait pas de joie, et je voudrais tant lui donner cette satisfaction le plus tôt possible à cause de son âge : 80 ans !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit bruyante de 9 h. à 11 h. Canonnade avec pièces de gros calibre et bombes allemandes, mais assez loin de nous. De 3 à 5 h. item. Coupe de cheveux. Après-midi. Orage vers 3 h.

Visite à L’Espérance au sujet du Bain-de-pieds de la rue de Saint-Thierry. Canonnade violente au loin, mais très bien entendue de Reims.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

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Rue Saint-Thierry, les tissages


Jeudi 12 août

Action d’artillerie, en Artois, au nord d’Arras.
Après avoir bombardé nos positions en Argonne et projeté sur elles des gazs asphyxiants, les Allemands lancent à l’assaut des régiments contre nos ouvrages, entre la route de Binarville-Vienne-le-Château, et le ravin de Houyette. Ils réussissent à pénétrer dans nos tranchées puis en sont rejetés par une contre-attaque. Nous faisons des prisonniers wurtembergeois. Plus à l’est, à la Fontaine-aux-Charmes, l’ennemi a été repoussé.
Canonnade au bois Le Prêtre et dans les Vosges.
Les communiqués russes attestent que l’échec des Allemands devant Kovno a été complet. Nos alliés n’en ont pas moins évacué les services civils de cette ville comme de Vilna. Ils contiennent toujours leurs agresseurs, à l’est de Riga et de Dvinsk.
Le grand-duc de Mecklembourg prend le commandement en chef aux Dardanelles.
Les Austro-allemands ont amené, parait-il, 120.000 hommes à la frontière serbe
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Source : La guerre au jour le jour

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Jeudi 5 août 1915

Louise Dény Pierson

5 août 1915 ·

Au début du mois d’août, ma sœur est avisée que son mari va bénéficier d’une permission de 6 jours, ce sont les premières que les poilus du front vont avoir depuis le début de la guerre ! Mais par une bizarrerie du règlement, les permissionnaires ne peuvent la passer dans la zone des combats.
Heureusement les beaux-parents de ma sœur ont des parents à Saint Mard-les-Rouffy qui s’offrent à nous recevoir tous. J’y vais avec toute la famille, 8 personnes, mais la permission est retardée… Je reviens à Reims avec mon père et ma mère, sans avoir vu mon beau-frère.
Ma sœur, ses filles et ses beaux parents restent à Saint Mard jusqu’à l’arrivée tant attendue du permissionnaire, après cette rencontre, personne ne le reverra…. jamais plus !
>> Sur cette photo (prise à l’occasion de cette permission), on voit ma sœur Émilienne, son mari et leurs deux filles

L’image contient peut-être : 4 personnes, personnes debout et enfant
Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Jeudi 5 août 1915

327ème et 325ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Aujourd’hui calme, temps orageux lourd. Travaillé à mettre tout mon retard et mon courrier à jour. Vu le Procureur qui est bien las ! au point de vue espoir, mais qui fait toujours face à l’Ennemi, nous sommes d’ailleurs d’accord sur ce point ! Tenir quand même ! C’est le Devoir.

Parmi toutes les lettres reçues, Dagonet mon vieux camarade de classe et ami de 40 ans m’annonce que je fais partie d’une liste de futurs décorés civils après la Guerre avec la certitude d’être parmi les élus. « Quelle sera la couleur ? me dit-il ? » – « Attend !! » Peu m’importe car le Devoir accompli n’a pas de couleur. Toutefois je préfèrerais la Croix de Guerre pour que l’on sache bien que le ruban que je porterai aura été cueilli sous le feu, sur le front. La Légion d’Honneur serait certes, plus belle mais je craindrais que l’on croit que civil je l’ai gagnée pour services…  politiques…  par…  platitudes ! Non, j’aimerais mieux n’en jamais porter ! plutôt qu’on crût cela. Bref la Croix de Guerre ! serait de mon choix parce que…  non achetée ! Tout plutôt que cela et plutôt ne jamais à avoir à découdre ma boutonnière gauche pour y mettre un ruban…  douteux, c’est-à-dire qu’on pourrait croire que je l’aurai reçu avant ou après la Guerre ! Je la veux pour Faits de Guerre sinon…  rien ! J’aurai le Devoir accompli pour moi.

Une décoration ne doit pas être mendiée, elle doit être donnée pure, loyale et sous le feu, sur le front, de façon que mes enfants ne puissent jamais en rougir. Et qu’ils sachent que le vieux sang de leur Père qui eut tant aimé avoir comme vos aïeux toujours une épée au côté, tenue claire et fière, tranchante et souple, brillante comme un éclair, mais qui veut tout au moins que sa plume ait la même noblesse, puisque ce sera par ma plume et ma prose que j’aurai gagné cette décoration devant l’Ennemi sous le feu quotidien, sur le front.

A Dieu Vat !  Momo !

Pour mes aimés chéris, mon vieux noble Père et ma tendre aimée Madeleine. Quoiqu’elle en dise !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille, sauf trois ou quatre bordées de gros canons ou bombes. Visite à S. J.B. de la Salle avec M. Camu : rue d’Alsace-Lorraine, de Cernay, de Jean de La Fontaine (50 enfants sont préparés à la lère Com­munion par M. Dardenne).

Visite aux enfants du catéchisme en retraite de lère Communion. Vers 9 h. du matin, aéroplane français, sur lequel tirent les Allemands. Vu à 17 h. des éclats des obus tirés contre les aéros ce matin même ; départ des hirondelles dans les premiers jours d’août, comme en 1914.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 5 août

Combats à la grenade, en Artois, près du château de Carleul. Lutte assez vive en Argonne. Les Allemands ont prononcé deux attaques : l’une entre la cote 213 et la Fontaine-au Charmes, l’autre à Marie-Thérèse. Ils ont été partout repoussés. Fusillade au Four-de-Paris et à la Haute-Chevauchée. Combats à coups de grenades et de pétards dans les Vosges, au Linge et au Schratzmaennele. Au Barrenkopf, nous repoussons une attaque ennemie.
Les Italiens ont refoulé, en Carnie, une nouvelle offensive contre le Monte Medatta. Dans le Carso, ils ont brisé également une offensive autrichienne au Monte Sei Busi. Ils ont fait environ 350 prisonniers dans cette affaire.
Les Russes ont remporté des avantages sur les Allemands dans la région de la Narew, mais dans l’ensemble, ils ont poursuivi, en infligeant de très lourdes pertes à l’ennemi, leur mouvement de repliement du saillant de Pologne. Leurs torpilleurs et contre-torpilleurs poursuivent la destruction systématique de la marine marchande turque, portant des renforts ou des munitions, dans la mer Noire.
La Roumanie accentue ses mesures de prohibition de transit de la contrebande de guerre à destination de l’empire ottoma
n.

Source : La guerre au jour le jour


 

ADN-ZB I. Weltkrieg 1914-1918 - Entrée de la cavalerie allemande le 5 août 1915 à Varsovie. (Wikipedia) Osteuropäischer Kriegsschauplatz: Deutsche Truppen besetzen am 5. August 1915 Warschau. 14639-15

Entrée de la cavalerie allemande le 5 août 1915 à Varsovie. (Wikipedia)

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Mercredi 14 juillet 1915

Louis Guédet

Mercredi 14 juillet 1915

305ème et 303ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  14 juillet 1915. Fête nationale !! Triste fête. C’est le canon de l’ennemi qui nous l’a annoncé !! Bref, triste, morne et lugubre journée !!

Je suis rentré hier soir (7h) de Suisse. Tout triste, tout endolori, par la suite je donnerai dans ces notes mes impressions sur nos amis les neutres. Ce serait intéressant à développer si on avait le temps. Trouvé une lettre (enfin) de ma pauvre femme ! Repris ma vie de reclus et de martyr !! Mon (rayé) bien entendu ne m’attendait pas sur le seuil de mon logis : ce ne sont que des ruines ! et pour ce (rayé) la vue de ruines trouble sa…  lourde…  digestion ! Passons il y en aurait tant à dire depuis (rayé) qui tombe… urbi et orbi que je suis … (rayé) avec la… (rayé)…  et avec un kimono (cela fait si bien dans un salon de Paris). « C’est bien malheureux !!… (rayé) suis toi (rayé) … !! »

Hier soir dans la nuit (10h) bombes et obus loin. Rien de changé dans la situation de notre malheureuse Ville, qui devient de plus une Ville de rêve… …une ville « à la Gustave Doré ».

Comme Angkor je ne désespère pas d’y voir pousser  dans les rues et les (palais) appartements luxueux : des herbes folles, des arbustes…  et…  des chênes !…  C’est la Ville Morte !

Quand enfant je rêvais sur les gravures et dessins des châteaux en ruines fantastiques des livres de Jules Verne ou des Contes de fées de Perrault, je ne pensais pas que 40 ans plus tard j’en verrai la réalité !!

Je voudrais que mes Petits voient cela !! Quel livre de réalité à feuilleter pour de jeunes imaginations !!

Me voilà rentré !! le piège du sépulcre s’est refermé sur moi et mes ruines avec un bruit sourd de canon !

Trouvé un courrier formidable depuis mon départ de plus de 80 lettres (à répondre) sans compter les notes du Parquet et les notes de services de justice de Paix pour mes 4 cantons !! J’ai déblayé et ce soir je puis dire : « Que ma journée n’a pas été perdue !! » Demain je n’aurai plus qu’à répondre aux lettres de mes chers aimés, ceux qui n’oublient pas le « solitaire ! (notarial) », l’abandonné, le bouc émissaire qui reste « quand même ! » face à l’ennemi ! au Front ! Oui mes chers amis, je vous répondrai demain longuement, cordialement, en soldat sur le front ! Jolivet, Dagonet, abbé Andrieux, Schültz, et …  vous me comprendrez et …  vous m’aurez consolé…  en vous écrivant !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille ! matinée tranquille. Retour de M. Compant. Consulter Mgr d’Arsinoé, M. archevêque, M. Compant sur l’opportunité d’une lettre… 3 h, bombes sifflantes

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Juliette Breyer

Mercredi 14 Juillet 1915. La fête nationale, triste cette année. On nous avait prédit que nous aurions une mauvaise journée et que nous serions bombardés. C’est pour cela que j’avais refusé à ton papa d’aller près d’eux à Sainte-Anne. Quand tu reviendras je suis sure que tu m’approuveras d’avoir pris des précautions. Ta maman n’est jamais sortie. Elle ne sait pas ce qui se passe dans les rues.

Mais la journée n’a pas été trop mauvaise. Il y a eu quelques bombes. Ce n’est pas comme dans la direction de Berry au Bac ou de Soissons. Si tu entendais depuis quatre jours le roulement du canon. C’est épouvantable. Cela me resserre le cœur d’entendre cela.

Voilà le 14 juillet mais toi, comment l’aurais-tu passé ? Mon pauvre Lou, si seulement l’année prochaine nous étions réunis.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Renée Muller

le 14 juillet toujours canonnade du côté de Soissons, (à 65 km de St Léonard)

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Mercredi 14 juillet 1915

Les Allemands bombardent les lignes françaises et britanniques en Belgique, en usant de gaz asphyxiants.
Ils tentent une attaque devant le « Labyrinthe », mais les assaillants sont décimés et rejetés. Dans le même secteur d’Arras, canonnade très violente. Arras même est à nouveau bombardé.
En Argonne, l’armée du kronprinz reprend l’offensive depuis la route Binarville-Vienne-le-Château jusqu’à la région de la Haute-Chevauchée, en subissant un nouvel échec; l’attaque a été menée en force, presque cinq régiments différents ont déjà été identifiés. Notre ligne a été maintenue telle quelle après diverses oscillations.
Canonnade entre Meuse et Moselle, dans la forêt d’Apremont et au bois Le Prêtre. Nous gagons du terrain entre Fey-en-Haye et la forêt, par des combats à la grenade.
Dans les Vosges, nous arrêtons une offensive allemande sur la Fecht.
A l’ouest de Varsovie, les Russes continuent, ayant achevé leur contre-offensive, ils ont occupé les positions qui leur avaient été indiquées sur la rive droite de l’Ourjenodvka. Sur le Bug supèrieur, ils dispersent une attaque, en infligeant de sérieuses pertes à leurs agresseurs. Même résultat sur la Zlota-Lipa.
Dans la prequ’île de Gallipoli, les alliés occupent deux collines dominant Krythia.
On apprend qu’aux Etats-Unis les germanophiles ont commis un attentat contre l’ambassadeur d’Angle
terre.

Source : La guerre au jour le jour

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