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Dimanche 13 janvier 1918

Louis Guédet

Dimanche 13 janvier 1918

1220ème et 1218ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Neige la nuit. Dégel… Bombardement dans la soirée de 6h à 8h, des victimes m’a-t-on dit ce matin, 4 ou 5 civils et militaires, et 3 sauveteurs blessés dont un grièvement au coin de la rue Jeanne d’Arc. Cet arrosage nous est dû par un coup de main des nôtres vers Courcy et les allemands ont voulu se venger ce soir-là…  contre la formation qui leur a donné une…  leçon, et qui savent que l’État-major réside dans le quartier Buirette – Drouet d’Erlon. Tuyaux donnés par le charmant lieutenant Neuville-Ronsin, un rémois de la Division Leroux actuellement ici (Pierre Gabriel Jules Neuville, Editeur d’Art (1885-1961), époux de Madeleine Marie Aline Zoé Ronsin (1889-1990)), et Éloire, adjudant des Pompiers qui a eu la chance que son fils n’écope pas. Ils étaient 4, et il est le seul indemne des sauveteurs blessés.

Messe à 7h1/2. Félicitations du bon abbé Divoir, une 15aine (quinzaine) de personnes. L’abbé me dit le contentement général de ma promotion, et le cri unanime : « Ah ! enfin, au moins celui-là ne l’a pas volée !! Il y a longtemps qu’il devrait l’avoir ! » Vox populi, vox Dei, dit-on !

Déjeuné au Cercle, avec Lelarge mon invitant qui voulait arroser mes galons ! non mon ruban, soyons modeste !! Cordieu ! Nous étions 6, Farré de la Croix-Rouge, Mme André Lambert, Robinet de chez Mumm, très bon et supérieur, et le lieutenant Neuville ci-dessus nommé, un rémois. Causé beaucoup et de différentes choses. Bref, l’autorité militaire met les pouces (cesser de résister, s’avouer vaincu, céder) avec les Rémois, et cherche à faire « Kamarad ! Oui, mais les Rémois demandent à voir « patte blanche », ce pourquoi ils n’ont pas tort ! Ensuite pour la grande attaque Boche !!?? L’Inconnu ! soit ! mais du bluff de l’avis de tous ! Neuville nous a affirmé que les 10aines (dizaines) de Divisions ramenées de Russie sur notre front depuis 3 mois se résumaient tout juste à 4 Divisions !! Il croit comme nous du reste que les allemands ne feront rien de sérieux devant nous (Reims) et même devant notre front en général. Nous nous sommes quittés vers 3h, de là je suis allé voir ma bonne Supérieure des sœurs de l’Hôtel-Dieu de Reims à Roederer pour la remercier de ses félicitations et aussi pour causer avec elle de la Bonne Nouvelle que l’abbé Maitrehut, de St Remy, leur aumônier, m’avait annoncé qu’une rapatriée de Belgique était arrivée à Issy-les-Moulineaux, laquelle arrivait de Cras-Avernas où elle était cantonnée près des Religieuses de l’Hôtel-Dieu de Reims, expulsées depuis 1906.

Nous allons avoir des nouvelles sûres de ces braves Religieuses, moi de la bonne Supérieure Mère Ste Pauline (Marie Caroline Loriquet, chanoinesse hospitalière de Saint-Augustin (1849-1921)), et de la fameuse Mère St Jean, la Mère de tous mes anciens amis de jeunesse à Reims. Charles Decès, Maurice Mareschal et Minelle. Que tout cela est loin, loin, loin !…

Rentré avec l’abbé Maitrehut à 5h1/2 pour travailler. J’ai fini ma correspondance. Il me reste à voir mon retard de simple police et d’allocations militaires, sans compter mes affaires d’Étude !!

Voilà 8 jours où je ne fais rien pour cela, et je n’ai aucun souvenir de mon existence que d’avoir écrit remerciement sur remerciement.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 13 – + 2°. Nuit tranquille. Couche de neige. M. Charlier m’offre les tableaux de la Chapelle du Couchant. Arbre de Noël et Vêpres à Ste-Geneviève. Obus sur ravitaillement et ville par intervalles, toute la soirée. Visite de M. Bertrand de Mun.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 13 janvier

Au nord-est de Reims, vers Courcy, nous avons réussi un coup de main sur une tranchée allemande et fait un certain nombre de prisonniers.
En Champagne, notre artillerie a exécuté des tirs de destruction efficaces dans la région d’Auberive.
Sur la rive droite de la Meuse, une violente lutte d’artillerie a été suivie de deux tentatives ennemies sur le front du bois Le Chaume. Malgré l’emploi de lance-flammes, les Allemands, qui attaquaient en deux endroits, ont été contraints de se retirer sous la violence de nos feux, après avoir subi des pertes sensibles.
L’activité d’artillerie reste vive dans toute cette région.
En Macédoine, rencontre de patrouilles anglaise et bulgare au nord-ouest du lac Put-Kovo.
Activité de l’artillerie serbe à l’est de la Cerna et de l’artillerie française au nord-est du lac Prespa.
Bombardement par notre aviation des campements et rassemblements ennemis au nord-est de Doiran et dans la région de Monastir.
Les Anglais ont exécuté un coup de main heureux à l’est de Loos et ramené des prisonniers.
Quelques rencontres sur le front italien. L’adversaire a dû, sous le feu de l’artillerie de nos alliés, évacuer plusieurs tranchées, en subissant des pertes sensibles.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 19 avril 1917

Louise Dény Pierson

19 avril 1917

L’image contient peut-être : maison, ciel et plein air

A Reims la vie continuait avec ses alertes et ses avatars, le train blindé revint le lendemain au même endroit. Entre deux tirs, les artilleurs venaient bavarder avec des civils qui regardaient la batterie depuis le passage à niveau.
Par leurs conversations, nous apprîmes qu’ils tiraient à 19 km sur la gare de Bazancourt, que le calibre des obus était de 340 et qu’ils pesaient près de 400 kg et étaient destinés à détruire les voies du triage de Bazancourt qui desservait quatre lignes de chemin de fer. Des aéroplanes allemands essayèrent à plusieurs reprises de venir jusqu’au dessus des pièces mais furent chassés par nos appareils qui veillaient à la sécurité de la batterie.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Jeudi 19 avril 1917

950ème et 948ème jours de bataille et de bombardement

10h1/2 matin  Le temps a l’air de vouloir se remettre au beau ! Temps gris clair froid.

Bombardement toute la nuit avec gaz asphyxiants un peu partout, et notamment tout près d’ici au 8 et 10 de la rue du Jard, chez les Dames de l’Espérance.

Été à la Ville. On ne sait rien. Vu Paillet, commissaire central qui prétend que notre grande attaque est ratée et a fait long-feu, Houlon, Raïssac avec lequel je m’entends pour me débarrasser des valeurs pour la Caisse des Dépôts et Consignations à Épernay. Revenu avec Houlon qui retournait aux Hospices, en route je lui contais l’histoire des injures faites par Dupont aux abbés Camu, Haro et Griesbach. Quand j’ai fini il me rappela que je connaissais bien ce Dupont que nous avions vu aux allocations militaires cantonales. En effet c’est ce même Dupont que nous avions vu aux allocations militaires cantonales. En effet c’est ce même Dupont qui nous avait demandé il y a quelques mois de supprimer l’allocation militaire accordée à sa femme, sous prétexte que celle-ci se conduisait mal. Or enquête faite, on constate que cette femme avait une conduite irréprochable. Et qu’au contraire le joli Monsieur, le mari, avait une conduite déplorable et vivait avec une maîtresse ! Il avait voulu tout simplement nous faire retirer l’allocation à sa femme pour nous la faire reverser quelques temps après sur la tête de sa…  maîtresse !!! C’était parfait ! Vous voyez que ce citoyen a toutes les qualités requises pour faire le parfait embusqué qu’il est. Il est complet… Cela ne m’étonne plus, attendu le milieu d’embusqués dans lequel il vit à la Place.

Voilà comment la Place de Reims est gouvernée par un tas de fripouilles ! coureurs de cotillons et insulteurs de Prêtres : tout cela va bien ensemble.

1h  Nous sommes à la cave. A 11h20 3/4 obus dans les environs. Nous descendons, à midi nous remontons déjeuner. A midi 1/2 nouveaux obus, à peine notre déjeuner terminé, redescente à la cave où je finis mon café. Les obus tombent régulièrement vers le centre, Palais de Justice, Cathédrale, toutes les 5 minutes, et ce sont des gros. Et toujours le même aboiement. Quand donc n’entendrai-je plus ce martelage !

4h soir  A 2h1/2 nous remontons. Je vais aussitôt au Palais prendre mon courrier. Une lettre affolée de ma chère femme. Je vais à l’Hôtel de Ville remettre à Raïssac les 2 plis Valicourt et Giot pour la Caisse des Dépôts et Consignations à confier à Charles, notre receveur Municipal, s’il veut bien s’en charger. J’écris un mot à ma chère aimée pour la tranquilliser et la remonter un peu. Pourvu qu’elle ne tombe pas malade ! Son tourment pour Robert, pour moi et bientôt pour Jean m’effraie. Mon Dieu, ayez pitié d’elle et faites cesser ces épreuves, et que nous soyons tous sauvés bientôt, et réunis sains et saufs tous ! (Une bombe, il faut descendre). Je continue dans la cave.

Ma lettre écrite, je la confie à Houlon qui la donne pour que Charles la mette à la Poste à Épernay ou à Paris. Nous partons ensemble avec Houlon voir les dégâts faits à la Cathédrale. Il en est tombé 4/5 sur le côté sud, un obus devant la grande porte du Lion d’Or, faisant un trou énorme de 4/5 mètres de diamètre et autant de profondeur, les pavés sont pulvérisés. 3 ou 4 chez Boncourt, la maison est en miettes. Je quitte Houlon rue Hincmar où il continue vers les Hospices…  Je rentre fort impressionné. Il est temps que Dieu se montre et nous délivre. Le Cardinal a protesté auprès du Pape contre le bombardement de la Cathédrale d’avant-hier. Il ne risque rien de le faire avec la dernière énergie pour aujourd’hui encore. Ils visent à n’en pas douter les tours qu’ils veulent abattre.

Avec Houlon nous faisons la remarque qu’avec cette recrudescence de rage des allemands, le sentiment anticlérical haineux se faisait sentir aussi ici. Témoin l’affaire Dupont de l’autre jour. Tout à l’heure dans la grande salle d’attente de l’Hôtel de Ville, Charlier des allocations militaires relève de la belle manière Deseau, employé à l’État-civil qui, apprenant que la Cathédrale a été bombardée, se mit à dire : « Çà n’a pas d’importance que la Cathédrale soit démolie, je ne m’en inquiète pas plus que d’une… , mais c’est nous qui sommes à plaindre !! »…  Voilà bien la haine anticléricale et radicale. Tout périra plutôt que leurs idées, leur parti. C’est ignoble.

Les obus continuent à tomber vers notre pauvre Cathédrale. Arrêtez-les ces bandits, mon Dieu !! Épargnez-là, et qu’ils partent tout de suite.

8h10 soir  Nous sommes remontés de cave vers 5h1/2 du soir. J’ai dormi…  on dîne à 6h1/2 du soir, au cas où il faudrait descendre plus tôt…  La bataille fait rage jusqu’à maintenant. Cela parait ralentir. Il pleut. Je suis las, désemparé. Je ne vois aucune solution à notre situation. Serons-nous même dégagés cette fois-ci…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

19 avril 1917 – Bombardement, au cours de la nuit, vers le boulevard de la Paix, les rues de Contrai et du Jard.

A partir de 11 h, bombardement de la cathédrale par obus de 305. De vingt à vingt-cinq de ces énormes projectiles sont tombés, dont plusieurs l’ont atteinte ; d’autres ont formé sur la place du Parvis des entonnoirs de dimensions effrayantes et inconnues de nous jusqu’alors — 6 à 7 mètres de diamètre et 2,50 m environ de profondeur. Il existe encore un de ces entonnoirs dans le jardinet du Palais de Justice, derrière les grilles de la place du Palais.

La tour nord de la cathédrale a été très fortement entamée à sa base et la voûte crevée, paraît-il.

— Aujourd’hui, j’ai pu réussir à me rendre à Épernay, afin d’aller rassurer ma famille à mon sujet. Supposant qu’elle avait dû s’alarmer beaucoup en apprenant les tristes nouvelles de ces temps derniers, dont j’ai eu soin cepen­dant de parler le moins possible, dans mes correspondances, mais qui sont colportées là-bas par les évacués de passage venant de Reims, j’avais pu m’organiser pour partir de la permanence de la Croix-Rouge, rue de Vesle 18, sur une voiture d’ambulance emme­nant des blessés civils, étendus sur des brancards.

Le voyage a été trop court mais n’en a pas moins procuré et fait ressentir à tous une grande joie, un véritable bonheur.

Parti à 11 h 1/2, j’étais rentré à 18 h sans encombre, car pour le retour — qu’il me fallait risquer sans le laissez-passer obligatoire de plus en plus rigoureusement exigé, mais que je n’avais pas demandé parce que je me le serais vu refuser — le chauffeur, près de qui je me tenais sur le siège, à l’aller, avait pris la précaution de m’enfermer dans son fourgon sanitaire, qu’il était censé ramener à vide, ainsi qu’il le faisait fréquemment. Il s’agissait simplement d’éviter surtout de me laisser voir aux gendarmes, postés de dis­tance en distance sur la route et j’éprouvais une certaine satisfac­tion, quand nous avions passé devant eux en vitesse, à voir leurs silhouettes s’éloigner, l’une après l’autre, lorsqu’il m’arrivait de jeter un coup d’œil rapide, par l’arrière du véhicule.

— L’Éclaireur de l’Est de ce jour fait connaître les noms des différents commerçants des quatre cantons de la ville, chez les­quels on peut s’approvisionner. Voici la copie de la liste, telle qu’elle est donnée :

Le ravitaillement de la ville.

Boulangeries

1er canton : Ast ; d’Hesse.
2e canton : Lejeune.
3e canton : Clogne, Cochain, Philippe, Schick, Lefevre, Lambin.
4e canton : Barré, Lalouette, Laurain..

Boucheries Charcuteries

1er canton :Taillette, Schrantz, boucherie chevaline, boucherie municipale (viande frigori­fiée). Charcuterie Dor, charcuterie Alsacienne.
2e canton : Gaston Taillet (Foisy).
3ecanton Wiart, Hamart, Blin aîné, Fourreur.

Pétrole – Essence

1er canton : Maroteaux& Camus (A. Betsch) Ravitaillement municipal, au local habituel ; nos conci­toyens n’ont plus à se faire délivrer de bons

Farine – Charbon : Ravitaillement municipal

Épiceries et Vins

Comptoirs français (succursales ouvertes)
1er canton : Maison Félix Tonet (gros) ; Maison Gouloumès ; Maison Burguerie (maison coloniale Fillot) ; Maison Garnier ; Succursale des Comptoirs français tenue par M. & Mme Darier, pour conserves, charcuterie, vin, œufs, de 8 h du matin à 6 h du soir ; Maison Desruelles ; Maison Boscher.

Lait

Darlin est toujours à Reims. Son vaillant personnel continue ses distributions le matin.

Beurre, œufs, fromages et cafés.

1er canton : Maison Jacques.

Charcuterie, Conserves.

1er canton : Maison Fouan.

Restaurants et débitants.

1er canton : Dricot, Café Jean, Mathias (Maison histori­que), Triquenot, Charles Barlois, Café Fernand, Daimand, La Tour-Eiffel, Wanlin, Café-restaurant parisien (Maison Gau­thier).
3e canton Café Ernest.

Papeteries

1er canton Mlle Eppe ; Maison Lepargneur (Pailloux) ; Mme Thomas, Mme Feuchères, M. Richard.

Tabac – Papeterie.

3e canton M1™ Lambin.
4e canton : Berlemont.

Tailleur et nouveautés

1er canton : Maison Barrachin.

Marchands des quatre-saisons.

1er canton : Mmes Fortin, Hulot, Olive-Desroches, Jésus, Lebeau, Guillaume, M. Schenten.

Coiffeurs.

1er canton : Florent.
3e canton : Couttin, Vesseron.

Parfumerie fine, produits photographi­ques et chimiques.

Piequet de la Royère.

Menuiserie (cercueils).

1er canton :  Fontaine.

Louage de voitures

1er canton : Varet.

Sur les quatre colonnes, recto et verso compris, du nouveau format du journal (20 x 30 environ), le communiqué en occupant une et demi, l’énumération reproduite ci-dessus à peu près autant, les 3/4 du reste étant tenus par des renseignements sur le fonc­tionnement actuel des services hospitaliers à Reims, l’emplacement accordé aux nouvelles proprement dites, est donc forcément restreint.

Encore, dans cet emplacement, la rubrique portant comme ti­tre en gros caractères : « Le bombardement« , a-t-elle été en grande partie censurée après le maintien de l’information suivante, si sim­plifiée qu’on aurait pu tout aussi bien la caviarder que le reste de l’article, sans nous priver le moins du monde : dans la nuit de mardi à mercredi, nombre important d’obus. Ceci ne nous a rien appris, en effet.

Après avoir lu, au recto, sous le titre « Regrets » : Nous avons le regret d’annoncer la mort de M. Mellet, puis au verso : « M. Lenoir à Reims » : M. Lenoir, député de Reims, est depuis trois jours dans notre ville et terminé par l’annonce suivante, venant après la liste des commerçants : La Grande pharmacie de Paris est ouverte tous les jours, de 8 h 1/2 à midi et de 2 à 5 h, nous avons épuisé toute la substance contenue le 19 avril 1917, dans L’Éclaireur de l’Est nouveau modèle, qui fait certainement ce qu’il peut, dans les cir­constances présentes, pour nous renseigner, malgré les difficultés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 19 – Toute la nuit agitée autour de Reims. Entre minuit et 2 h. violent bombardement. Gaz asphyxiants rue du Jard et chez les Sœurs de l’Espérance. A 11 h. cinq obus tirés sur la Cathédrale ; de 12 à 1 h. 30, un grand nombre d’obus, un par cinq minutes ; tous ne touchent pas l’édifice, mais ceux qui ne la touchent pas tombent tout près, dans les ruines de l’ar­chevêché, dans les chantiers sur la place du parvis ; tous la visent évidem­ment ; une dizaine la frappent et la blessent très gravement. – 3e séance de bombardement de 3 h. à 4 h. La voûte de la plus haute nef est percée devant la chaire ; l’abside est atteinte. Notre maison est arrosée d’éclats d’obus, de pierres ; des pavés tombent dessus et dans le jardin. Le crucifix de l’autel de notre oratoire et un chandelier sont renversés (dans notre oratoire). Des arbres de la place du parvis sont déracinés par les obus lancés dans l’air et s’en vont, par dessus les maisons, retomber dans des rues assez éloignées. Les pavés et fragments de pierre lancés par les obus dans les airs, montent plus haut que les tours ; ils me semblaient atteindre la région du vol des hirondelles. Ail h., bombardement sur la ville. Lutte d’artillerie, à l’est et au nord de Reims, à Moronvillers et à Brimont.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 19 avril

Les Allemands ont attaqué nos positions au sud de Saint-Quentin. Ils ont réussi à pénétrer dans nos éléments avancés, mais tous les occupants ont été ensuite tués ou capturés. Notre ligne est rétablie.

Entre Soissons et Auberive, notre action s’est poursuivie. Au nord de Chavonne, nous avons pris Ostel et rejeté l’ennemi à un kilomètre. Braye-en-Laonnois a été conquis ainsi que tout le terrain aux abords de Courtecon. L’ennemi s’est replié en désordre, abandonnant ses dépôts de vivres. Un seul de nos régiments a fait 300 prisonniers. Nous avons capturé 19 canons.

Au sud de Laffaux, nos troupes ont culbuté l’ennemi et pris Nanteuil-la-Fosse.

Sur la rive sud de l’Aisne, nous avons pris la tête de pont organisée entre Condé et Vailly, ainsi que cette dernière localité. Deux contre-attaques lancées par les Allemands ont été brisées par nos mitrailleuses.

A l’est de Courcy, la brigade russe a enlevé un ouvrage. Au total, nous avons capturé dans cette région, 27 canons, dont 3 de 150. En Champagne, nous avons pris 20 canons et 500 hommes. Le chiffre global des prisonniers est de 17.000, celui des canons déjà dénombrés de 75. Les Anglais ont progressé vers Fampoux.

Une crise gouvernementale a éclaté à Vienne.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mardi 10 avril 1917

Louis Guédet

Mardi 10 avril 1917

941ème et 939ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 soir  Toujours le même temps avec bourrasques de neige, de grésil, etc…  il fait réellement froid. Toute la nuit nos canons ont grondé et parfois je croyais que c’était des obus qui nous arrivaient dans le voisinage, aussi étais-je inquiet et ai-je mal dormi. Et puis cette vie de cave !! Des rayées de beau soleil. Toute la matinée assez calme…  mais la Bataille vers Brimont ne discontinue pas depuis hier midi. Aussitôt levé, je déjeune rapidement. Je dis levé !! c’est une manière de parler, car voilà 4 jours que je ne me déshabille pas !! aussi toilette fort sommaire, on économise l’eau qui nous est refusée puisque les conduites sont toutes coupées. Hier nous avons pu en ravoir un peu, mais de l’eau de ruisseau.

Je vais au Palais de Justice porter une lettre pour ma chère femme et prendre ce qui m’est arrivé de courrier. En route je remarque de nouvelles étiquettes sur les portes, priant de s’adresser à la maison d’à côté ou d’en face, à M. X ou Y…  Combien en aurais-je vu de ces avis, tristes comme un adieu.

A la Poste je trouve des lettres, une de ma femme qui s’inquiète beaucoup de moi, elle me donne de bonnes nouvelles de Robert du 7/8, me dit que Jean est reçu aspirant 143ème sur 600, et qu’il est affecté au régiment de son frère au 61ème d’artillerie. Puisse ces deux grands se retrouver, eux qui ne s’étaient jamais quittés avant il y a 1 an. Je termine ma lettre commencée et je tâche de rassurer ma pauvre chère femme. Quand donc pourrais-je aller la rassurer complètement, définitivement. Et cependant, quand j’y songe, je ne puis croire que cela dure encore longtemps, et que les allemands ne tardent pas à se retirer et déguerpir. Je cause avec les employés des Postes, de braves gens. Rencontré le sous-préfet…  vaseux comme toujours. Je vais jusqu’à la Mairie où je vois le Docteur Langlet, de mauvaise humeur plutôt, çà passera. Houlon, Raïssac, soucieux comme toujours, rencontré aussi Charlier, Honoré, qui protestent contre les pillages éhontés des troupes ; Cette nuit Honoré a presque été obligé de se battre avec ces saoulards.

Il a préparé un rapport pour la Place. Ce qu’il vient de me dire tout à l’heure a fait du bruit, qu’on en fusille quelques uns, que les officiers, au lieu de faire la noce avec des femmes tiennent leurs hommes cela n’en tarde que mieux, sinon il y aura des rixes et des bagarres. Certains ne parlent rien moins que de tirer sur les soldats quand ils en trouveraient en train de piller.

Je repasse chez Michaud prendre le Matin et l’Echo, puisque nous ne pouvons plus avoir de journaux du soir, ceux de Reims ne paraissant plus ! Le Courrier de la Champagne depuis quelques jours et l’Éclaireur de l’Est à partir de demain. Je redescends au commissariat du 1er canton, où stationne toujours la même foule d’émigrants, calmes, résignés. Pas un mot, pas un cri. Ces embarquements se font sans bousculade et sont parfaitement réglés et opérés par le Commissaire de Police Carret, son secrétaire et Camboulive. Je signale la conduite de M. Carret qui a été parfaite, homme de sang-froid et de tête. C’est le meilleur de nos commissaires de Police. Speneux, 3ème canton, un brave homme qui boit. Gesbert, 2ème/4ème canton, un policier qui ne se compromettra jamais, pas franc et auquel je ne me fierais pas. Le vrai type de policier cauteleux et fourbe. Je cause avec le brigadier Camboulive qui me dit qu’à chaque voyage on peut prendre 275 voyageurs, 25 par voiture. Il estime que pour le canton il y a déjà 2000 départs. J’entre chez Mme Regnault où j’écris un mot à ma pauvre femme pour la rassurer, que je remets à une évacuée qui la mettra à la Poste à Épernay. Je repasse chez Melle Payart qui pleure, ainsi que sa compagne Melle Colin. Je ne sais que leur dire, c’est délicat de donner un conseil. Elles craignent un départ par ordre et filer à pieds. J’ai beau m’évertuer à leur dire que cela n’est pas possible d’après ce que je sais. Rentré pour déjeuner, j’écris des lettres, vers 2h je retourne à la Poste. Rien de nouveau. Le sous-préfet s’est installé dans le cabinet du Président, près du greffe de Commerce. Je pousse jusqu’à la Ville. Dans le cabinet du Maire Raïssac et Houlon. A peine entré le Général Lanquetot, commandant la Division, entre. Je me retire et attend qu’il soit parti. Quand il sort je cause quelques instants avec Houlon qui me dit que le Général venait dire au Maire : « Qu’il avait reçu l’ordre formel du Gouvernement de ne faire aucune évacuation par ordre ou par la force, que cette évacuation était laissée à l’initiative individuelle et de la municipalité qui pouvait, si elle voulait, user de persuasion et même de légère pression si bon lui semblait, mais que néanmoins (malgré le délai annoncé, 10 avril 1917 comme dernier délai de rigueur) il se tiendrait à la disposition de la municipalité pour leur fournir des automobiles militaires s’il y avait de nouveaux départs !… » Bref on laisse libre les habitants de rester ou de partir. C’est ce qu’on voulait.

Je demande à Houlon s’il a parlé au général des pillages de ces jours derniers et d’hier ? Non. Je le regrette, et lui signale la scène scandaleuse que j’avais vue hier après-midi sous le péristyle du Théâtre vers 3h1/2 à 4h en quittant l’abbé Camu, une 10aine (dizaine) de soldats du 410ème de ligne cantonnés là qui étaient ivres comme des Polonais. Ce n’était pas avec leur quart de vin qu’ils avaient pu se mettre dans cet état. Quand donc serons-nous débarrassés de ces gens-là. Il parait que ce matin, place des Marchés, devant chez Pingot, on trouvait des bouteilles de Champagne vides et pleines dans la rue… !!

En parlant d’évacuation, voyant 2 officiers d’intendance suivre 2 filles et chercher un refuge pour leurs amours de passage, je dis à Houlon et Charles : « Tenez, ce ne sera pas ces femelles-là qu’on évacuera ».

Ce sera plutôt des honnêtes gens comme nous ! Il était de mon avis. Il me demande de noter tout cela sur mes notes, car, ajouta-t-il, « on en aura besoin, ainsi que de votre témoignage après la Guerre. Vous avez été un témoin impartial parce que pas dans la municipalité, et vous pourrez dire ceux qui ont été courageux et ceux qui auront été lâches. Je le lui promets. En le quittant je repasse par l’archevêché, où je vis Mgr Neveux à qui je rapportais la déclaration du Général Lanquetot. Il me confirma que nul des prêtres de Reims n’avait songé à quitter la Ville, et que du reste Son Éminence avait donné ordre que chacun restât à son poste. Il n’y a que l’abbé Dardenne qui faisait l’intérim de Saint Jean-Baptiste, sa paroisse n’existant plus, à qui on a conseillé de partir. Je le quitte pour aller voir Melles Payart et Colin et leur dire ce que je viens d’apprendre sans commentaires. Je paie à Melle Payart les provisions qu’elles m’avaient remises ce matin, un jambon entouré, du sucre, du chocolat pour 29,35 F…  Nous causons, elles sont très hésitantes. Je rentre chez moi et me mets à ces notes. Vers 4h1/2, voilà mes braves filles Melles Payart et Colin souriantes, la bouche en cœur, ce ne sont plus les larmes de tout à l’heure, qui me déclarent ! Eh ! bien nous restons !! Alors je leur rendais leurs provisions. Je taquine Melle Payart et lui reproche de m’avoir mis l’eau à la bouche avec son jambon que je n’aurais même pas goûté…

Pourvu qu’elles aient une bonne inspiration et que rien ne leur arrive. Ce serait un remord de les avoir presqu’engagées à rester. Et puis surtout que nous soyons bientôt dégagés. On dit le communiqué très bon. Les Anglais auraient avancés de 3 à 4 kilomètres entre Arras et Lens, fait 5 à 6000 prisonniers dont 377 officiers, et quantité de matériels. Allons-nous avoir enfin la victoire…? Et pour nous la Délivrance. Délivrance à laquelle je n’ose presque plus croire ni penser.

8h soir  Vers 7h, Ovide, le gardien des maisons de Louis de Bary, vient de me prévenir que des soldats du 1er Génie, logés près de l’immeuble de la rue Lesage sont ivres morts, ayant pillé du vin soit chez la voisine, soit chez Louis de Bary. Je lui ordonne d’aller à la Place et de faire arrêter les pillards. 1h après il revient me dire que les gendarmes ont arrêté sous ses yeux 6 soldats du 1er Génie ivres. 3 qu’on est obligé de mettre dans une voiture, incapables qu’ils sont de pouvoir marcher, les 3 autres ont pu partir à pied ! J’écris cela à Raoul de Bary, mon co-séquestre, en le priant d’en référer à nos députés et au Ministre de la Guerre.

II faut que ces pillages honteux cessent, pillages tolérés pour ne pas dire suscités par les officiers. Il n’y a qu’un moyen de faire cesser cela, non pas sévir contre le soldat, mais punir rigoureusement (peine de mort ou dégradation) l’officier ou le sous-officier immédiat de ces hommes. Deux ou 3 cas comme cela et les galonnés musèleront leurs soldats et les tiendront. Mais ces officiers immédiats en profitent et forcément ferment les yeux.

Ovide me disait que rue Pluche l’autre jour lors des incendies des soldats attendaient, cachés derrière les coins des rues que les pompiers fussent partis et que les décombres soient éteintes pour courir aux caves et les piller.

L’insistance de l’autorité militaire à vouloir faire partir les habitants est toute expliquée par ces quelques faits. C’est un soufflet pour eux dont ils ne se laveront jamais. Si je survis, mon témoignage vécu sera là pour le rendre plus retentissant, en plein jour, et en pleine lumière.

Je verrai demain si je n’aurais pas à écrire au Procureur de la République.

Nous sommes descendus en cave à 8h, les obus sifflaient, mais cela parait avoir cessé. Il est 8h25. Je vais me coucher, n’ayant rien de mieux à faire. Mes 3 Parques dorment déjà. Hélas ! Quand pourrais-je sortir des ce tombeau et reprendre un peu une vie humaine et civilisée, vie de bête traquée…  par la mort. Quelle vie, quel martyr, quelle agonie.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

10 avril 1917 – Départ de ma sœur, Mme Montier, à 6 h, pour Châlons s/Marne. Au point de vue de son propre intérêt, de sa sécurité, c’est avec la plus grande satisfaction que je la vois s’éloigner de Reims.

Quelle va être dès aujourd’hui ma nouvelle organisation per­sonnelle ? Nous verrons. Pour le moment, je pense pouvoir, au pis aller séjourner provisoirement à l’hôtel de ville, où vivent déjà, jour et nuit, quelques employés, et lorsque l’heure est venue de me rendre au bureau, j’y transporte mes effets, déménagés de la place Amélie-Doublié, c’est-à-dire un sac à main avec une musette con­tenant un peu de linge.

La mairie est encore une fois l’hôtel du plein air, avec ses grandes fenêtres où flottent les lambeaux du dernier calicot — posé déjà à trois ou quatre reprises, en remplacement des vitres. Il y fait froid ; temps de giboulées. Le vent enlève et fait voltiger les débris de matériaux.

La canonnade terrible qui tonnait au loin depuis plusieurs jours, redouble d’activité ; elle est assourdissante aujourd’hui, au point que, dans le bureau, nous ne nous comprenons pas en nous parlant à l’oreille. En même temps, le bombardement est toujours très dur et serré. Nous en arrivons vite à examiner la question de notre installation à demeure à l’hôtel de ville. Cullier décide d’y coucher dans la partie du sous-sol où ont déjà pris place des se­crétaires, inspecteurs, brigadiers ou agents de la police, ainsi que des employés ou appariteurs. Un emplacement m’y est réservé pour le cas où il me serait impossible de regagner, le soir, le n° 10 de la rue du Cloître, maison de mon beau-frère, où je crois pouvoir élire domicile à partir de demain.

Depuis le 6, c’est-à-dire en quatre jours, on compte une qua­rantaine de victimes civiles, qui doivent être enterrées d’une façon des plus sommaires, par les soins de M. Adam, employé à la So­ciété des Pompes Funèbres, resté seul à Reims, de ce service, ad­judicataire de l’entreprise des inhumations et aidé en cela par le petit groupe des courageux brancardiers volontaires, pour les pré­paratifs ou les formalités indispensables d’identification, avant l’acheminement vers le cimetière.

Le journal Le Courrier de la Champagne a cessé de paraître le 7, samedi dernier. Aujourd’hui, L’Éclaireur de l’Est, annonce, lui aussi, qu’il arrête sa publication.

— Après avoir dîné à la popote de la « comptabilité » je re­tourne aux caves hospitalières de la maison Abelé, où ma foi, je vais passer encore une nuit, pour répondre à l’offre aimable qui m’en avait été faite et que j’avais acceptée éventuellement, car il faut compter, surtout maintenant et de plus en plus, avec le peu de possibilité de circuler que les Boches ne se font pas faute d’inter­dire absolument, en faisant intervenir brutalement leur artillerie, d’un moment à l’autre. Chemin faisant, c’est avec surprise que je vois brûler, du haut en bas, l’hôtel Olry-Roederer, 15, boulevard Lundy, par suite, certainement de l’arrivée d’un obus incendiaire. Sans les crépitements produits par les flammes qui le dévorent, mon attention n’aurait pas été attirée à ma gauche, tandis que je traversais le boulevard pour gagner la rue Coquebert, car il n’y a même pas un curieux pour le regarder flamber.

La ville offre un aspect lugubre, celui des plus mauvais jours ; personne dans les rues. Les risques augmentent journelle­ment ; la population s’est réduite à vue d’œil. Reims est déserte comme elle ne l’a pas été encore. Ceux des habitants qui restent savent que les précautions, même les plus sérieuses sont insuffi­santes pour leur donner la moindre garantie, mais ils espèrent fermement que l’offensive dont on a parlé va bientôt les libérer et leurs espoirs sont d’autant plus tenaces, actuellement, que voilà deux ans et demi qu’ils les nourrissent en persistant dans l’opiniâ­treté.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 10 – Nuit moins terrible ; grande activité de notre grosse artille­rie. Les Allemands lancent moins de bombes. Aéroplanes dès le matin ; + 4°. A 8 h. matin, quelques bombes sifflent. Violent travail de notre artillerie sur Brimont (?). Dans l’après-midi bombes continuellement lancées par les Allemands sur… Dans la journée giboulées de grêle et de neige. Violents bombardements ; violente canonnade toute la nuit. Incendie place Godinot. Couché dans mon bureau.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 10 avril

De la Somme à l’Aisne lutte d’artillerie et rencontres de patrouilles.

Au nord-ouest de Reims, une attaque allemande sur nos positions, en face de Courcy, a échoué sous nos tirs de barrage. Au sud de cette localité, deux détachements ennemis ont été repoussés après un vif combat à la grenade.

Dans la région de Maisons-de-Champagne, nous avons réalisé quelques progrès.

L’armée britannique a attaqué l’ennemi sur un large front. Du sud d’Arras au sud de Lens, elle a pénétré partout dans les lignes ennemies, réalisant sur tout les points une progression satisfaisante. Vers Cambrai, elle a enlevé les villages de Hermies et de Boursies et pénétré dans le bois d’Havrincourt. Du côté de Saint-Quentin, elle s’est emparée de Fresnoy-le-Petit et avancé sa ligne au sud-est de Verguier. Le chiffre des prisonniers paraît considérable.

L’Allemagne se refuse à reconnaitre l’état de guerre entre elle et l’Amérique.

La république de Cuba, après avoir déclaré la guerre à l’empire germanique, a prescrit la saisie de tous les bâtiments allemands qui se trouvaient dans ses eaux.

Goutchkof a révoqué deux généraux responsables de l’échec russe du Stokhod.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Lundi 9 avril 1917

Louis Guédet

Lundi 9 avril 1917  Lundi de Pâques

940ème et 938ème jours de bataille et de bombardement

2h  Temps gris, maussade, du grésil, neige fondue. Toute la nuit bataille, bombardement, incendies. On affiche que tout le monde, tous ceux qui ne sont pas retenus par leurs fonctions doivent partir avant demain 10 courant midi, des trains C.B.R. et des voitures sont organisés pour cela. Devant le 1er Canton (Commissariat) de longs troupeaux d’hommes, femmes, enfants stationnent, attendant les autocars militaires et autres qui doivent les évacuer. C’est triste, lugubre, sinistre.

Un document est joint, c’est une feuille imprimée, avec en tête la mention manuscrite à droite :

Affiché le 9 avril 1917 au matin

AVIS

La Ville se trouvant, par suite des circonstances, dans l’impossibilité d’assurer le ravitaillement de la population, l’évacuation décidée par le Gouvernement et dont les habitants ont été prévenus DOIT S’EFFECTUER IMMEDIATEMENT.

NE POURRONT RESTER A REIMS, à partir du 10 avril, que les personnes qui y sont contraintes par leurs fonctions.

Des trains seront assurés à PARGNY, à partir de 6 heures du matin.

Les voitures pour EPERNAY continueront à fonctionner les 9 et 10 avril.

REIMS, le 8 avril 1917

§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§

Je vais à l’Hôtel de Ville où je trouve Raïssac  et Houlon, Charlier, Honoré. C’est encore le désarroi. J’apprends que des incendies ont été allumés rue du Marc, faubourg Cérès, Mumm, Werlé, etc…  et pas d’eau !!!  Raïssac dit aux employés groupés autour de nous qu’ils les laissent libres de rester ou de partir. Alors un petit maigriot s’avance, disant qu’il préfèrent rester et qu’ils comptent sur la Municipalité pour les garder et les empêcher d’être compris dans l’évacuation, étant considérés comme étant obligés de rester de par leurs fonctions, selon les indications de la circulaire préfectorale et municipale dont j’ai parlé plus haut. A ce propos Houlon me confie que le sous-préfet Jacques Régnier est envoyé en disgrâce comme secrétaire Général de Marseille. Hier encore il était ivre à se tenir aux murs.

Restent à la Municipalité : le Maire Dr Langlet, les 2 adjoints Charbonneaux et de Bruignac, les conseillers municipaux Houlon, Albert Benoist, Pierre Lelarge, Guichard des Hospices, Raïssac secrétaire général de la Mairie, laquelle va s’installer, a été installée dans les celliers de Werlé, rue du Marc. Et moi, pour la Justice !!!! Tous les commissaires (central et cantonaux) restent aussi. La Caisse d’Épargne est partie ce matin. La Poste n’a pas fait de distribution, du reste le service de ses bureaux est déplorable au possible, c’est la peur dans toute sa laideur, ces ronds-de-cuirs si arrogants d’ordinaire ne songent qu’à fiche le camp. Il n’y a eu de réellement courageux que les facteurs, et on a cité à l’ordre ces lâches, mais pas les petits piétons qui seuls méritent cette citation.

En rentrant chez moi, tout le monde nous raccroche, Houlon, qui va aux Hospices et moi, pour nous demander s’il faut partir ou si l’on y est obligé. Ceux qui ne sont pas intéressants on leur dit de partir, aux autres on laisse entendre qu’ils peuvent rester, à leurs risques et périls. Rencontré Guichard rue Chanzy, devant le Musée. On cause. Nous poussons à la roue son auto qui ne veut plus repartir…  Elle démarre et il file.

Houlon me dit que l’entraide militaire nous assurera le pain – et les biscuits – Je réclame pour mon voisinage bien réduit : Melle Payart et Melle Colin, 40, rue des Capucins. Morlet et sa femme gardiens de la maison Houbart, rue Boulard, et mes 3 compagnes d’infortune Lise, Adèle et Melle Marie, qui est une commensale (personne qui mange habituellement à la même table qu’une ou plusieurs autres) de la maison Mareschal, c’est elle qui nous a donné les lits sur lesquels nous couchons à la cave. Je les rassure, elles ne veulent pas me quitter et se reposent sur moi. Rentré à midi, on mange vite, car la bataille qui grondait vers Berry-au-Bac s’étend vers nous. Bombardement. On s’organise et notre refuge peut aller, avec la Grâce de Dieu et sa protection.

Ce matin j’ai demandé à l’Hôtel de Ville et au Commissariat central la copie d’une affiche. Tous ces braves agents de police sont heureux de me voir et de savoir que je reste avec eux. De tous ceux-là c’est encore mon commissaire du 1er canton M. Carret et son secrétaire, qui me parait le plus calme.

1h après-midi  Neige, grésil, sale temps. J’esquisse une sortie, mais comme je causais avec le papa Carret au milieu de la foule qui attend les autos, des obus sifflent. Flottement, courses vers les couloirs pour s’abriter. Je reviens sur mes pas et rentre, c’est plus prudent. Çà siffle, çà se rapproche, shrapnells, bombes, etc…  Nous sommes tous en cave, groupés l’un près de l’autre. J’écris ces notes pour tuer le temps et me changer les idées qui sont loin d’être couleur rose !!

Ci-après une Note manuscrite rédigée dans les caves de l’Hôtel de Ville sur une feuille de 8,5 cm x 11 cm au crayon de papier.

9 avril 1917  11h

Sous-préfet nommé en disgrâce comme secrétaire général de Marseille. Incendies partout, impossible de distinguer ou dénombrer. Marc – Cérès – Werlé – Moissons –

C’est la panique du haut en bas. Restent le Maire, 2 adjoints, Houlon, Guichard et moi, la police, Raïssac, beaucoup s’en vont.

La Caisse d’Épargne part, et la Poste ne promet plus rien.

12h Bataille et bombardement

12h20 La Bataille cesse. Nous déjeunons en vitesse, car gare le choc en retour.

Affiche conseillant l’évacuation avant le 10. Tout le monde s’affole. Les autos militaires se succèdent. Devant le Commissariat du 1er canton ou le peuple se groupe pour partir, le service se fait bien grâce à M. Carret qui lui ne perd pas le nord ni son secrétaire.

1h la bataille recommence. Du grésil, de la neige, tout s’acharne contre nous, j’ai froid, il fait froid.

Les laitières font leur service.

Reprise du journal

Pas de courrier à midi. Nous voilà coupés du reste du monde et demain à midi le tombeau sera refermé sur nous !

9h  La bataille continue toujours et sans cesse. Avec Houlon nous nous sommes bien amusés avec le Père Blaise, rue des Telliers, qui nous arrête pour nous demander s’il est obligé de partir. Il gémit, et dans ses lamentations il nous dit qu’il a des provisions pour un mois et qu’il veut rester, nous lui répondons que cela le regarde, mais qu’il vaudrait peut-être mieux qu’il parte. Il ne veut rien entendre, puis il ajoute : « Pouvez-vous me dire si çà durera longtemps ??!!!… !! » Nous lui éclatons de rire au nez, comme si nous le savions !!!!

Le curé de St Jacques et ses vicaires partent, parait-il, cela m’étonne !! L’abbé Camu et les vicaires généraux, Mgr Neveux, restent avec son Éminence le cardinal Luçon. Je m’en assurerai dès que je pourrais.

Écris à ma femme, ce qu’elle doit être inquiète… !! J’écris aussi à mon Robert qui est vers Berry-au-Bac. Pauvre petit, chaque coup de canon que j’entends de ce côté et combien me résonne au cœur. Je crois que nous allons ravoir de l’eau, un souci de moins, cela m’inquiétait. Elle recommence à couler un peu.

8h1/2 soir  A 5h je n’y tiens plus, du reste la bataille cesse à 5h1/2. Je vais au Palais et je visite l’organisation des Postes, dans la salle du Tribunal (audiences civiles). Dans la crypte dortoir des facteurs et des employés, rien ne leur est refusé. Je trouve Touyard, le concierge, qui fait sa cuisine auprès du bureau du Directeur des Postes !! Ce qu’il y a dans cette crypte c’est effrayant !! Dossiers, mobiliers, cuisines, bureaux, dortoirs, etc…  etc…  l’Arche de Noé. Je me renseigne sur Villain dont j’ai trouvé le greffe fermé, il paraitrait qu’il partirait demain, cela m’étonne ! Je veux mon courrier non distribué aujourd’hui. Impossible de la trouver. Je laisse 2 lettres à la Poste. Je quitte le Palais, vais aux journaux, on n’en distribue plus chez Michaud. C’est le désert dans tout Reims ! Je me suis renseigné sur le service des Postes. Il faut que les lettres soient remises au Palais avant 9h, et il faut aller y chercher soi-même son courrier à partir de 10h. Les facteurs ne distribuent plus les lettres à domicile. Mais aurons-nous encore une Poste ces jours-ci.

Je vais pour voir l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, et je rencontre M. Camuset, nous causons un moment et il me confirme ce que je savais par la Municipalité, le Général Lanquetot qui est son ami lui a déclaré ce matin qu’il ne pouvait obliger qui que ce soit à partir de Reims. La question est donc réglée. Je vois un instant l’abbé Camu qui me dit que le Cardinal a donné l’ordre à son clergé de rester, sans exception. Donc ce qu’on m’avait dit du curé de St Jacques et ce qui m’avait étonné était faux. J’en suis heureux. Je rencontre Melle Payard et son Antigone Melle Colin, navrée la première, furieuse la 2ème de ce que leur curé veut qu’elles partent. Elles me proposent leurs provisions, j’accepte. Elles doivent me les apporter ce soir si elles partent définitivement. Je rentre à la maison par le calme, les avions et les quelques rares coups de canon n’ayant pas d’intérêt. C’est la même monnaie courante.

Restent encore comme conseillers municipaux Albert Benoist, Pierre Lelarge.

Après le grésil, une vraie tempête, de 3h1/2. Le temps est splendide, mais froid. A ce moment-là tout s’emmêlait, la tempête des éléments et celle des hommes.

Rentré chez moi, je trouve Adèle dans le marasme, le cafard, la peur je crois. Nous causons avec ses 2 compagnes. On met la table et nous dînons rapidement, on ne sait jamais !! Mon monde devient moins triste et moins lugubre. Après dîner je fais un tour dans le jardin, je vois la brèche du mur et je décide d’aller m’entendre avec Champenois, le menuisier, rue Brûlée. C’est entendu, il clôturera cette brèche d’ici 2 ou 3 jours. Je repasse par la rue du Jard remplie de décombres ou sont les Déchets (usine de traitement des déchets de laine). C’est lamentable. Je cause avec Mme Moreau la fleuriste et lui demande si son mari pourra venir replanter 2 ou 3 thuyas et arbustes déplantés par l’obus qui est tombé dans la fosse à fumier près de la serre, et qui a fait une brèche dans le mur mitoyen qui nous sépare de la société de Vichy. Mais ils partent demain. Je ferai ces plantations avec un aide quelconque, le Père Morlet, brave concierge des Houbart, et Champenois au besoin.

Rentré à 8h. A 8h1/4 nous descendons nous coucher. Ordinairement on monte se coucher, mais hélas c’est le contraire aujourd’hui et pour combien de temps ??

Voilà ma journée. Je vais aussi me coucher, nos voisins dorment déjà, il est 9h. Le calme, puisse-t-il durer, durer toujours !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

9 avril 1917 – A la mairie, dans la matinée, suite du déménagement des ar­chives du bureau de la comptabilité, dans les pénibles conditions de la veille.

Des collègues, Cachot et Deseau de l’Etat-civil, Montbmn, du Bureau militaire, s’inquiètent également et trouvent prudent, à leur tour, de ne pas laisser en place, au rez-de-chaussée de l’hôtel de ville, les plus importants documents de leurs services. Ils les des­cendent aussi pour les déposer dans un endroit du sous-sol.

— Nouveau bombardement très serré, au cours de l’après- midi, dans le quartier de la place Amélie-Doublié. Pendant les préparatifs de départ de ma sœur, vers 17 h 1/2, les obus se rap­prochent et, un aéro venant à se faire entendre alors que nous sommes fort occupés dans la maison n° 8, nous descendons rapi­dement, par instinct de méfiance, avec l’intention de gagner direc­tement la cave, sans courir ainsi que les jours précédents jusqu’à celle du n° 2. Bien nous a pris de ne pas sortir au dehors, car nous sommes arrivés à peine au bas de l’escalier que cette maison n° 2 reçoit un nouvel obus, qui éclate dans le grenier, déjà mis à jour par celui d’hier, et projette au loin les pierres de taille de son cou­ronnement.

Aussi, après être retournés bâcler prestement quelques pa­quets, nous quittons définitivement, ma sœur et moi, la place Amélie-Doublié vers 18 heures. Pour mieux dire, nous nous sau­vons de l’appartement qu’elle y occupait au n° 8, en abandonnant son mobilier. Elle a pu retenir une voiture qui viendra la chercher demain matin, aux caves Abelé, où nous nous rendons, mais elle désirerait emporter de Reims tout le possible en fait de linge ; cela ne facilite pas les choses, en ce sens que notre course qui devrait être très rapide en est considérablement ralentie. Le trajet que nous voudrions beaucoup plus court et que nous devons effectuer en vitesse, sous le bombardement, par l’impasse Paulin-Paris, le talus du chemin de fer à descendre et les voies à franchir est bien retar­dé par l’encombrement et le poids des colis à porter. Celui que j’ai sur les épaules me gêne terriblement, car les obus tombent tout près et il m’empêche d’accélérer l’allure ; j’ai des velléités de l’en­voyer promener sur les rails, dont la traversée ne finit pas. Enfin, nous parvenons au but vers lequel nous nous dirigions, le 48 de la rue de la Justice, où grâce à l’obligeance d’un excellent voisin qui nous attendait là, en cas de danger imminent, nous pouvons nous reposer dans une installation confortable offrant, en outre, des garanties de sécurité que nous sommes à même d’apprécier.

Nous dînons aux caves Abelé, puis nous y passons la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi de Pâques, 9 – Faubourg Cérès incendié totalement, Maison des Sœurs du S. Sauveur y compris. Tout le monde fuit. M. Dardenne dit qu’il est bien tombé 10 000 obus ; 30 au Petit Séminaire. A 2 h. reprise du bom­bardement ; canonnade française. Continuation du bombardement un peu loin de nous. Je n’entends pas siffler les obus. A 2 h. nuée de grêle ; à 3 h. 1/2, nuée de neige. Nos gros canons commencent à se faire entendre. Ils ton­nent depuis trois heures jusqu’à 7 h. et reprennent encore après. Presque toute la nuit ils parlent de temps en temps. Les Allemands envoient quel­ques bombes, mais beaucoup moins que les jours précédents. Un ou deux incendies. Évacuation prescrite.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 9 avril….début de la bataille d’Arras

En Belgique, nos troupes ont pénétré sur deux points dans les positions ennemies de la région de Lombaertzyde. De nombreux cadavres allemands ont été trouvés dans les tranchées bouleversées par notre tir. Une tentative ennemie sur un de nos petits postes, au sud du canal de Paschendaele, a été repoussée à coups de grenades.

De la Somme à l’Aisne, actions d’artillerie intermittentes et rencontres de patrouilles en divers points du front.

Les Allemands ont lancé 1200 obus sur Reims : un habitant civil a été tué, trois blessés.

Dans les Vosges, coup de main sur une de nos tranchées de la région de Celles a été aisément repoussé. Une autre tentative ennemie sur Largitzen a coûté des pertes aux assaillants sans aucun résultat.

Des avions allemands ont lancé des bombes sur Belfort : ni dégâts ni pertes.

Les Anglais ont progressé vers Saint-Quentin, entre Selency et Jeancourt, et atteint les abords de Fresnoy-le-Petit. Canonnade très vive vers Arras et Ypres.

Guillaume II, par un rescrit, annonce qu’il opérera des réformes après la guerre dans la constitution prussienne, en révisant la loi électorale et en réorganisant la Chambre des Seigneurs sur une base nouvelle.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Jeudi 5 avril 1917

Louis Guédet

Jeudi 5 avril 1917

…pauvres petits. Que faire ? Que dire ? Que décider ?

Vu M. et Mme Becker qui m’ont dit grand bien de mon grand Jean, son capitaine en dit beaucoup de bien, et son collègue le capitaine Cornet. Il est très bien noté par ses chefs.

Ce soir audience de réquisitions militaires, à 2h1/2.

6h1/4 soir  Vu ce matin à l’Hôtel de Ville M. Charlier, le chef de bureau des allocations militaires, commission cantonale, qui m’apprend que sa maison rue de Courcy, 52, (rue Roger-Salengro depuis 1946) a été broyée hier par le bombardement, 3 ou 4 obus. Vu Camuzet qui me dit les ruines des terribles bombardements, rue St André (rue Raymond Guyot depuis 1946), rue Jacquart, place de Bétheny (place du Docteur Knoëri depuis 1927) qui n’est plus qu’une ruine, rue Coquebert, rue de Savoye, clinique Lardenois, clinique Lardenois, rue Werlé, maison Girardin fort abîmée (rayé). Enfin de tout cela des ruines, toujours des ruines. Beau champ d’expériences militaires, comme le disait avec tant…  d’humour nos galonnards. C’est tout ce que trouvent à dire ces soudards à qui il ne manque plus que l’uniforme allemand pour être complets.

Les Postes Muire et Vesle sont installées au Palais de Justice dans la Chambre civile. Là j’y rencontrais hier l’un des Directeurs (rayé) qui hier, blanc de peur  me dit : « oh ! mais si çà bombarde…

La demi-page suivante a été découpée.

Audience de réquisition militaire, 2 affaires, dont l’affaire Janin, entrepreneur de bois de construction. Son frère, clerc de notaire est venu pour lui. J’ai saisi l’occasion de dire à celui-ci que je n’admettais pas que son frère qui ne jugeait pas à propos de se présenter, accusant Payen d’avoir voulu se dérober au danger il y a un mois lorsqu’il avait été convoqué la première fois !! Payen n’était pas venu à cause du verglas, et parce que l’autorité militaire ne lui avait pas permis de venir à Reims… Non ces gens-là sont inconscients. Ce sont eux qui se défilent depuis 1914 et accusant les autres de se dérober !! C’est un comble !!! Janin a senti la leçon ! Il pourra la répéter à son pleutre de frère.

Je ne pars pas demain. Je n’ai pas de voiture. Dois-je partir samedi ou dimanche ??? Je ne sais !! Cette incertitude me fait réellement souffrir. Je suis pris entre le Devoir civique et le Devoir paternel, l’affection paternelle ! Celui-ci, celle-ci, il est vrai doit passer après celle-là ! C’est dur ! Mon Dieu, éclairez-moi. Et faites que je puisse aller à St Martin embrasser mon père et ma femme et mes Petits. Il n’y aura que mon Robert qui me manquera. Pauvre Petit. Aucune épreuve ne m’aura été épargnée, aucun sacrifice !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Le communiqué en date de Paris, 4 avril, 7 h, que nous lisons ce matin dans les journaux, annonce notamment ceci :

L’ennemi a violemment bombardé la ville de Reims, qui a reçu plus de 2 000 obus ; plusieurs personnes de la population civile ont été tuées.

— Aujourd’hui, au cours de l’après-midi, des obus tombent à proximité des voies du chemin de fer, impasse Paulin-Paris, rue Duquenelle et, la nuit, les sifflements se font entendre de nouveau

à plusieurs reprises, tandis que les projectiles éclatent vers la porte de Paris, l’avenue de Laon, les Promenades, la rue de Cormicy,

— Le Courrier donne les différentes communications ou formations suivantes :

Nouvel avis à la population.

En raison de la fréquence et de l’intensité des bon dements, le sous-préfet de Reims, au nom du gouvement par son ordre, engage les habitants de Reims qu’une obligation impérieuse ne retient pas, à quitter la ville pour quelques temps. Il insiste principalement sur le devoir absolu des chefs de famille de mettre sans retard en sécurité leur femme et leurs enfants.

Ainsi qu’il a été dit, toutes facilités seront donnée: le retour des personnes qui se trouvent actuellement à Reims, dès que les circonstances le permettront.

Le sous-préfet de Reims : Jacques Regnier

Ville de Reims.

Le service du ravitaillement dispose de deux mille de cassoulet (viande et haricots) qui peuvent être cédées immédiatement à la population aux prix de :

– 0,85 F la boite de 500gr.
– 1,55 F la boîte de 1 kg.
et d’une petite quantité de morue.

S’adresser à l’abattoir municipal et aux soupes populaires de Melle Foubiaux et de Mme Perottin.

Départs.

Les autos militaires qui conduisent à Epemay nos concitoyens n’étant pas toutes remplies par les vieillards et les jeunes enfants, les places restantes seront mises à la disposition des autres personnes désirant quitter Reims.

On devra s’inscrire, à partir de 5 h du soir au commissariat central.

Contre les gaz asphyxiants. Conseils.

Des personnes ayant été incommodées en portant secours à d’autres personnes victimes d’accident, il est rappelé que le premier soin à prendre est de revêtir son propre masque, et, si possible, d’appliquer celui du blessé.

Revêtir également son masque lorsqu’on pénètre dans une maison qui a reçu des obus asphyxiants.

L’adieu aux partants.

M. le maire de Reims était présent au premier convoi automobile emmenant des vieillards et des enfants.

Il les a salués en termes pleins d’émotion et avec un at­tendrissement visible.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi-Saint – Jeudi 5 – + 3°. Nuit assez agitée ; bombardement violent jusqu’à 10 h. soir. Ronflement lointain de la canonnade toute la nuit, Berry- au-Bac et la Neuvillette, attaque allemande. Le matin, silence jusqu’à l’heure de la messe à 8 h. Visite à Clairmarais ; autel et abside anéantis. Retrouvé sept hosties sur 10. Les personnes pieuses ont demandé d’être communiées avec ces 7 hosties retrouvées. Ciboire écrasé sous le piédestal de la statue du Sacré-Cœur. Bombardement à partir de 2 h. Visite à Saint-Remi : un obus est entré par une fenêtre du chœur (Nord-Est à peu près) ; est tombé près du tombeau de Saint Remi, y a projeté des débris de maçon­nerie d’une arcature du triforium, sans faire aucun mal au tombeau. Bom­bes toute la soirée. Canons français de 10 h. à minuit. Bombes allemandes jusqu’à 4 h., sur l’abattoir où elles font une brèche à la maison du con­cierge ; le Café du XXe siècle a sa devanture brisée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 5 avril

Nos troupes ont continué à refouler l’ennemi sur le front de la Somme à l’Oise et l’ont rejeté au delà d’une position dominante très importante, jalonnée par les villages de Grugies, Urvillers, Moy, qui ont été enlevés brillamment par nos troupes.

Au nord de la ferme de la Folie, les Allemands, bousculés par une attaque irrésistible de nos soldats, ont lâché précipitamment trois lignes de tranchées précédées de réseaux de fils de fer en abandonnant des blessés, et un important matériel; trois obusiers de 150 et plusieurs camions d’escadrille sont tombés en notre possession.

Au sud de l’Ailette, aucun changement dans la situation.

Violente lutte d’artillerie dans la région de Margival et de Laffaux.

En Woëvre, nos pièces à longue portée ont pris sous leurs feux des détachements signalés en gare de Vigneulles.

Dans les Vosges, un avion allemand a été abattu par le tir de nos canons spéciaux.

Les Anglais ont infligé un échec aux Allemands à 1’ouest de Saint-Quentin.

Les Russes ont été refoulés sur le Stokhod par les Austro-Allemands.

Jusserand, ambassadeur de France, a été longuement acclamé par la foule à New-York.

Goremvkine, ancien premier ministre russe, qui avait été emprisonné, est devenu fou.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Samedi 14 octobre 1916

Louis Guédet

Samedi 14 octobre 1916

763ème et 761ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Beau temps, mais toujours couvert. Journée agitée. Vu Honoré, comme il me l’avait promis. Il est chargé de faire des rapports confidentiels au Général de la Ve Armée à l’insu des autorités militaires de Reims, même donc de Colas. Il m’a lu plusieurs de ses rapports parfaitement faits, qui sont fort intéressants et amusants au possible. On voit tous les dessous de ces intrigues, compromissions, le jeu de cette police occulte qui se déchire comme un voile. Il m’a recausé de Colas qui ne décolère pas et qui écrit à qui veut l’entendre que j’ai eu la tête lavée par le Commissaire Central, un peu plus il dirait qu’il m’a donné la fessée comme un bébé pas sage qui a manqué de respect à son papa. Imbécile. C’est entendu qu’Honoré va me donner les noms des personnes à qui il a dit cela, et alors j’écrirai au Général de la Ve Armée une lettre qui ne sera pas dans une musette, et Colas en prendra encore pour son rhume (être réprimandé, recevoir des reproches). Il n’a pas fini avec moi le citoyen.

Honoré m’a lu le rapport qu’il a fait sur « Casque d’or », la maitresse dudit Colas, à qui il donnait tous les soirs le mot d’ordre de la Place !! pour permettre à cette fille de sixième ordre de se promener dans Reims. Elle a été expulsée en 5 sec malgré ses menaces d’en référer au susdit Colonel Colas !! Il m’a lu son rapport fait sur ma fameuse audience du 3 octobre. Il avait vraiment touché juste, et il n’hésitait pas à conclure que si je m’étais élevé ainsi contre les abus des gendarmes, c’était pour en finir une bonne fois, et il concluait à dire que je désignais comme les vrais fautifs Colas et Girardot, ce qui était vrai. Il doit encore faire un rapport sur cette affaire, alors je lui ai donné quelques renseignements et il doit conclure au déplacement simple de ces 2 citoyens. La troupe est aussi exaspérée que la population rémoise.

Vu le maire, Raïssac, de Bruignac et Chézel, à qui j’ai raconté toutes ces histoires. Le brave Docteur Langlet s’amusait beaucoup de ce que je disais, je crois vraiment qu’il m’estime et m’aime. Tous du reste m’approuvent haut la main. Ce n’est (rayé) qui ne sont rien (rayé)!!…  Enfin nous verrons à le (rayé) un de ces jours !

Rentré chez moi. Et après-midi vu le président Hù au Lion d’or où il déjeunait avec le sous-préfet et 2 journalistes. Nous avons mis au point mes considérants généraux, en particulier du procès du Dr Simon que la Place réclame pour être remis au Général de la Ve Armée. En tout cas ils ne peuvent rien faire contre moi et ils ne peuvent même plus aller en cassation. Ils ont ramené une forte bûche déjà. C’est un colonel de Gendarmerie et un officier d’État-major de Châlons qui sont venus voir M. Mathieu, substitut, pour lui demander de me laver la tête, etc…  ce que des galonnards qui n’admettent pas qu’on leur résiste pensent demander et exiger. Ils ont été plutôt reçus fraichement par le brave M. Mathieu qui leur a tout simplement dit, avec son calme imperturbable qu’il n’avait pas d’observations à me faire, et encore bien moins de réprimandes ! Tête des 2 galonnés qui dirent qu’ils allaient alors en référer au Président du Tribunal ! Mathieu bon prince leur a dit qu’ils n’auraient pas plus de succès après du bon papa Hù, et qu’ils feraient mieux de s’abstenir, ce qu’ils ont fait du reste. Le brave Président m’a fait une musique là-dessus ! « Eh bien, je les aurais bien arrangés. J’ai même dit à Mathieu qu’il avait eu tort de les empêcher de venir me voir, ils auraient été bien reçus ! » Bref les pandores et aiguilleteurs ont rentré leurs honneurs dans leurs musettes et sont repartis bredouille à Châlons ! C’était bien la peine de les déranger pour ce joli résultat !!… Mais cela a eu un avantage, c’est qu’ils ont déchargé leur bile et leur colère sur le citoyen capitaine Girardot qui, parait-il, a été arrangé de la belle façon ! C’était déjà cela. En attendant sans doute le reste. Bref, pour une bûche, c’est un vrai bûcher qu’ils ont pris ! Remis à Valot mes attendus, et enfin rentré me reposer un peu. J’en ai besoin. Je suis rompu et fort nerveux. Pourvu que je dorme cette nuit. J’en ai bien besoin. Pas de nouvelles de ma pauvre femme. C’est à peine si j’ai eu le temps de lui écrire 2 mots. Vais-je enfin avoir un peu de bonheur et de réussite ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 14 – Nuit tranquille à Reims ; mais violent combat au loin de 10 h. à minuit. Visite de M. Charlier avec sa fille qui apporte des aquarelles de la Cathédrale en feu. A 11 h. 1/2 des bombes sifflent sur batteries. Visite à M. Camuset ; à Mme Rogelet.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Samedi 14 octobre

Au sud de l’Ancre, violent bombardement ennemi au cours de la journée, particulièrement dans les secteurs de Gueudecourt et de Martinpuich et au nord de Courcelette.
Un détachement ennemi qui tentait un coup de main contre les tranchées anglaises, au nord-est de Wulverghen, a été rejeté. Au nord de la Somme, une attaque allemande avec lance-flammes a repris quelques éléments de tranchées à la lisière du bois Saint-Pierre-Vaast.
Activité d’artillerie intermittente de part et d’autre dans la région de Verdun.
Sur la Strouma, l’ennemi tient le front Sérès-Savgak-Barakli-Djousah-Senimah. Les forces britanniques sont en contact. Duel continu d’artillerie au centre et à gauche.
Les Roumains repoussent une série d’attaques austro-allemandes du nord au sud des Alpes transylvaines.
Les Italiens ont à nouveau progressé sur le Carso. Ils ont fait 400 prisonniers.
M. Venizelos organise le gouvernement de Salonique : il y aura un Triumvirat qui prendra la régence, et à côté de lui un ministère responsable.
40 avions français et anglais ont jeté 1340 kilos de projectiles sur la fabrique de fusils d’Oberndorf (Wurtemberg).

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 27 juillet 1916

Louis Guédet

Jeudi 27 juillet 1916

684ème et 682ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Temps très beau, lourd, chaud. Temps de saison. Hier soir jusqu’à 1h du matin canonnade incessante et très forte, impossible de dormir. Aucune réponse allemande sur la Ville, c’est étonnant. Je suis toujours décidé à partir lundi à St Martin. Demandé mon laissez-passer, vu à l’Hôtel de Ville Raïssac, Commandant Rousseau (à vérifier) mon client, causé longuement. Vu Charlier des allocations militaires très excité contre la citation à l’ordre du jour de Loriquet (Henri Loriquet, archiviste-paléographe, archéologue (1857-1939)) comme bibliothécaire de la Ville. C’est Émile Charbonneaux qui a mijoté cela avec le Dr Langlet qui laisse faire bien des choses ! De Bruignac et Beauvais qui étaient là trouvaient cela choquant, comme moi du reste ! Il y a d’autres fonctionnaires de la Ville à citer que Loriquet. Simple police à 1h1/2, peu d’affaires, 30 jugées sur 33. Toujours des abus de la part des Gendarmes. Il me va falloir encore réagir et sévir contre eux !

En entrant au Palais, rencontré le Procureur tout guilleret, il est heureux de recevoir M. Herbaux, le Procureur général, dimanche. Et surtout rencontrer le susdit de nouveau, causé ensemble jusqu’à la rue des Capucins en descendant la rue de Vesle. Pour dimanche, tenue de jour en veston. C’est une simple présentation intime. Rentré à 4h. Je suis fatigué, et la tristesse s’empare de moi malgré moi.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

27 juillet 1916 – Sifflements vers 16 h. Quelques obus tombent rue Landouzy, dont un au n° 11, chez M. Charbonneaux ; un autre projectile arrive sur le talus du chemin de fer, derrière la maison n° 16. rue Lesage.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 27 – Visite chez le dentiste.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 27 juillet

Au cours du combat qui nous a permis d’enlever l’îlot de maisons situé au sud d’Estrées, nous avons fait 117 prisonniers. Nous avons pris 4 canons de 105 et un nombreux matériel. Un coup de main nous a rendus maîtres d’une maison fortifiée.
Sur la rive droite de la Meuse, grande activité de l’artillerie dans le secteur de Fleury. Nous avons pris sous notre feu et dispersé des détachements ennemis au nord de la chapelle Sainte-Fine.
Les Anglais ont occupé tout le village de Pozières. Les troupes territoriales ont poursuivi leur progression à l’ouest de la localité; elles ont enlevé deux tranchées fortement tenues et ont fait des prisonniers, parmi lesquels 5 officiers.
Les Russes ont pris Erzindjan, complétant ainsi leur conquête de l’Arménie. Les Turcs sont en pleine déroute.
Le général Zakharof, au sud de la Lipa, a remporté un succès signalé, faisant plus de 4000 prisonniers aux Austro-Allemands. Brody est menacé et, plus loin, Lemberg.
Les Italiens out repoussé plusieurs offensives dans la région de Posina-Astico.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

lesage

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Mercredi 5 juillet 1916

Louis Guédet

Mercredi 5 juillet 1916

662ème et 660ème jours de bataille et de bombardement

6h1/4 soir  Temps gris froid le matin, pluie diluvienne jusqu’à 2h et temps clair mais lourd et orageux. Ce matin Caisse d’Épargne et Allocations militaires. Trouvé un homme pour les foins de mon Père. Très bons renseignements sur lui. Obtenu son laissez-passer, suspendu son allocation chômage jusqu’à son retour, il partira vendredi. Cet après-midi fait quelques courses après mon courrier. On dit que demain on doit déclencher une attaque vers La Pompelle, Prunay. Gare les éclaboussures et les représailles (?) !!

Dimanche denier le faubourg de Laon a reçu plus de 500 obus ! On tirait sur nos batteries assez maladroitement établies par notre État-major, de la place qui est pleine de lumières, dans les cours mêmes des maisons des rues extérieures du la Ville. M. Charlier, notre chef de service des allocations militaires, a reçu pour son compte 2 bombes qui lui ont démoli à moitié sa maison rue de Courcy, 52 (rue Roger-Salengro depuis 1946).

Voilà encore une journée passée, toujours le cœur serré et de souffrances morales.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cadinal Luçon

Mercredi 5 – Pluie toute la journée. Pas dit messe. Nuit et journée tranquilles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 5 juillet

Au sud de la Somme, malgré le mauvais temps, nous avons étendu au cours de la journée nos positions vers le sud et vers l’est. Nous avons pris les bois entre Assevillers et Barleux, ainsi que le village de Belloy-en-Santerre. Estrées est également tombé presque totalement en notre pouvoir. Nous y avons fait 500 prisonniers.
Canonnade sur la rive gauche de la Meuse, dans la région d’Avocourt et de la cote 304.
Sur la rive droite, les Allemands ont dirigé toute une série d’attaques sur l’ouvrage de Thiaumont qu’ils ont fini par réoccuper. Nos troupes demeurent aux abords immédiats de l’ouvrage. Nous avons réalisé des progrès aux lisières sud-est du bois Fumin.
Nous avons repoussé une attaque près d’Aspach, en Haute-Alsace.
Les Anglais ont cédé un peu de terrain au nord de la Somme, près de la Boisselle, mais ils en ont gagné à peu de distance de là.
Les Russes ont capturé 50 officiers allemands, 2700 hommes et 11 canons près de Baranovitchi.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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