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Mardi 5 octobre 1915

Louis Guédet

Mardi 5 octobre 1915

388ème et 386ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Nuit relativement calme. Ce matin et toute la journée silence, temps nuageux et gris, le froid diminue, on dit qu’il y aurait quelques obus qui seraient tombés faubourg Cérès. Rien entendu. Du reste dès ce matin j’ai été fort occupé à me mettre en règle avec la régie pour le transport de mes vins de ma cave, 37, rue de Talleyrand, à la cave de Mme Gambart 20, rue de Chativesle. Que d’histoires. Enfin Jacques, mon dévoué, avec trois ouvriers de la maison Charles Heidsieck me font ce déménagement, à savoir de 4 voyages de 2 voitures (de 125 chaque) par jour, soit 250 x 4 = 1000 bouteilles. J’en ai donc pour 3 – 4 jours. Ce sera un bon débarras et je pourrai envisager l’abandon complet de mes ruines, dont je ne puis revoir les débris sans frémir et pleurer ! Quand donc je n’y retournerai plus et ne les reverrai plus !!

Ai eu pas mal de travail pour ma justice de Paix, reçu l’Officiel du 1er octobre 1915 contenant le décret du 26 septembre 1915 me nommant définitivement suppléant de la justice de Paix du 3ème canton de Reims en remplacement de ce malheureux Chappe, démissionné. Et dire qu’il y a un peu plus d’un an, le 1er septembre 1914, je le voyais fuir comme un pleutre de Reims, dans l’auto de Georges Ravaud, abandonnant lâchement ses postes d’honneur.

On m’a dit que Châlons-sur-Marne avait reçu ces derniers jours des obus de 420 dans le Jard près du barrage de la Marne, et des bombes d’avions et de Zeppelins vers le dépôt de la gare. Quelques maisons démolies. Je ne plains pas les Châlonnais, c’est leur tour, car c’était la cohue civile et militaire des…  Embusqués. Cela les décidera peut-être à faire un effort pour nous délivrer nous Rémois qui sommes si peu intéressants et qui vivons cette vie de bombardés depuis 387 jours !! Ils voient, comme c’est amusant. Je voudrais que toutes les villes en aient autant. Ils trouveraient peut-être que vraiment nous sommes à plaindre. Ma pauvre femme me signale ce bombardement sans précision, et disant que cela doit être confirmé…  c’est exact, il n’y a pas de doute.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit et journée tranquilles, sauf quelques coups de canons. Visite du Comte d’Arpazon, qui dîna avec nous (midi). Il raconte que le Général de Castelnau s’attristait en disant : le Ciel est contre nous ; parce que la bataille de Champagne qui avait fait concevoir l’espoir d’une percée propre à Vouziers, avait finalement échoué : l’aviation ne pouvait remplir sa mission à cause de la pluie. Mort de M. Mimil, à Villedommange.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

Mardi 5 octobre

La lutte s’est poursuivie en Artois. A la cote 119, nous occupons le carrefour des Cinq-Chemins, puis l’ennemi y reprend pied. Partout ailleurs, les Allemands sont repoussés, malgré la violence de leurs contre-attaques réitérées.
Lutte d’engins de tranchées au sud de la Somme, dans le secteur de Lihons et de Chaulnes, ainsi qu’au nord de l’Aisne, dans la vallée de la Miette et aux environs de Sapigneul.
Nous avons abattu un taube et capturé les deux aviateurs.
En Champagne, bombardement réciproque près de la ferme Navarin. L’ennemi dirige des obus suffocants sur notre arrière-front. Deux contre-attaques ont été par nous dispersées près de Mesnil.
Dans l’Argonne orientale, nos batteries lourdes ont pris sous leur feu une colonne ennemie en marche de Baulny sur Apremont.
Une attaque allemande a été refoulée à Celles-sur-Plaine, dans les Vosges. Bombardement à l’Hartmannswillerkopf.
Une escadrille de nos avions a jeté 400 obus sur la gare des Sablons, à Metz.
Les Anglais, attaqués par les Allemands, près d’Hulluch, ont tenu ferme. Mais plus au nord, ils ont reperdu la plus grande partie de la redoute Hohenzollern.
La situation des Russes se consolide sur tout le front oriental. Ils ont détruit des canons et capturé des prisonniers.
La Russie a adressé au cabinet de Sofia une note très énergique à laquelle les autres puissances de la Quadruple Entente se sont associées et qui laisse prévoir le rappel des agen
ts diplomatiques.

Source : la Grande Guerre au jour le jour


 

Mardi 5 octobre 1915, la bataille de Champagne qui avait fait concevoir l’espoir d’une percée propre à Vouziers, avait finalement échoué
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Jeudi 16 septembre 1915

Louis Guédet

Jeudi 16 septembre 1915

369ème et 367ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Nuit de canon. Journée calme, avec canon du côté de Godat, Sapigneul (Le Godat, Sapigneul sont des villages disparus, non reconstruis après la guerre), Cormicy, Berry-au-Bac. Temps lourd et pluvieux. Jolivet est venu me surprendre à 8h1/2 du matin. Habillé rapidement je file chez lui, ou plutôt chez ce qu’il reste de chez lui. Il paraissait fort ému en voyant tout cela. Descendu à la cave et mis 3h pour ouvrir, forcer son coffre-fort. Tout l’intérieur était intact. Cela a été un soulagement pour moi et…   pour lui.

Déjeuné rapidement. Vu le Procureur de la République (ensemble) qui paraissait heureux de voir Jolivet.

Parlé du séquestre Louis de Bary et vu à tâcher d’arriver à rendre les valeurs de cette Maison pour pouvoir payer les droits de mutation par décès dus à l’Enregistrement. En partant mon bon ami se mit à dire : « Oh ! le Procureur de la République, vous pouvez être sûr que beaucoup auront la Croix de Guerre qui ne l’auront pas méritée autant que Guédet. » Alors M. Bossu de répondre : « Oui certes, mais nous ferons rougir M. Guédet ce qui voudra tout autant et je ne doute pas que cela ira tout seul…  Enfin nous verrons.

Reconduit Jolivet jusqu’en face de la propriété  (illisible, à vérifier) 9, avenue d’Épernay où se trouve le poste d’arrêt pour le Loring Jappés (à vérifier). Nous nous sommes quittés fort émus tous les deux. Nous reverrons-nous ??!! Bavardé avec le gendarme de garde, et rentré chez moi.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Jeudi 16 – Du 13 septembre soir, au 26 matin, nous avons entendu une violente canonnade ininterrompue, dans la direction de Berry-au- Bac.

  • Depuis une huitaine de jours, il n’est question, à Reims, que d’un « grand coup » en préparation sur le front.

Personne ne paraît savoir exactement de quoi il s’agira — mais on entend, à ce sujet, beaucoup de discussions dans le vague et bien des commentaires, qui semblent plus abracadabrants que sensés.

Toutefois, il est à noter que certains indices ou des mouve­ments qui ne nous sont pas passés inaperçus, font présumer une reprise d’activité dans nos environs.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 16 – Nuit tranquille à partir de 11 h. 1/2. Visite à l’Enfant-Jésus, à M. le Supérieur du Grand Séminaire. Visite de M. le Comte d’Arjazon et deux autres personnes. Il est près du général de Castelnau(1) qui communie tous les jours. Visite du Commandant Billard (12-17 sine die).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Général de Curière de Castelnau, à l’inverse du général Joffre, franc-maçon d’ailleurs très modéré, représente à l’État-major l’officier général de tradition catholique. Ancien combattant de 1871, il est en 1914 à la tête de la II e armée, perd la bataille de Mohrange mais sauve Nancy, Il défend Amiens avant de commander en 1915 le groupe d’armées du centre à la bataille de Champagne. En 1916 il est chef d’État Major de Joffre. Après avoir été témoin en Russie en 1917 de l’effondrement de l’armée russe, il commande le groupe d’armées de l’Est qui aurait dû attaquer en Lorraine le 14 novembre 1918. Il entre à Colmar le 22 novembre. Il avait perdu trois fils au cours du conflit.


Jeudi 16 septembre

Les luttes d’artillerie se sont poursuivies avec intensité au nord et au sud d’Arras, ainsi que dans la région de Roye.
Lutte à coups de bombes et de grenades sur le plateau de Quennevières, dans la région de Lihons, et au bois de Saint-Mard.
Sur le canal de l’Aisne à la Marne, l’activité des deux artilleries s’est concentrée sur le front de Berry-au-Bac à la Neuville, où l’ennemi attaque la tête de pont de Sapigneul. Canonnade un peu ralentie au nord du camp de Châlons.
Lutte de mines dans l’Argonne. Une batterie ennemie a été détruite sur les Hauts-de-Meuse. Actions d’artillerie en forêt d’Apremont, au bois Le Prêtre et dans la région de Saint-Dié.
La poussée allemande continue, plus ou moins retardée, sur le front oriental, dans la région de la Dvina. Mais plus au sud, les ennemis ont été à peu près partout refoulés, particulièrement près de Wisnewietz et en Galicie. Au total, ils ont perdu 12000 hommes en un jour, et leurs pertes en prisonniers, dans les deux dernières semaines, ont atteint 40000.
Les Italiens ont repoussé des attaques autrichiennes en Carnie et sur l’Isonzo. Ils ont forcé à la fuite une escadrille d’avions qui venait sur Ud
ine.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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