• Daily Archives: 1 mars 2019

L’abbé Rémi Thinot au front (5) : semaine du 26 au 28 février 1915, secteur de Suippes

26 FEVRIER – vendredi –

Je suis monté à « 204 », puis à Maison Forestière. Il y avait attaque sur le Pan Coupé. Terrible !

Le 101ème [1], du 4ème Corps, a horriblement « trinqué » J’ai vu bien des blessés.

Rencontré M. D… qui, farceur à froid, me rappelle quelques-uns des commandements de la vie militaire ;

1°) ne jamais faire le jour-même, ce qu’on peut faire faire le lendemain par un autre.
2°) avant d’exécuter un ordre, attendre le contre-ordre
3°) s’en foutre et rendre compte
4°) ne jamais chercher à comprendre etc.. etc..

Le pis est que… c’est souvent d’application pratique, ce décalogue.

Et le service de santé ; Mon Dieu, que c’est lamentable.. !

[1] 101e RI 13e brigade, 7e division d’infanterie4e corps d’armée.

27 FEVRlER – samedi –

Suis allé déjeuner avec le colonel Perié d’Hauterive[1], du 83ème, dans la tranchée, au poste de commandement. Le lieutenant Deltheil, commandant une section de mitrailleuses, m’a conduit après déjeuner faire un grand tour dans les tranchées, au-delà de la Corne du Bois, près de Perthes.

J’ai assisté, de là, à une attaque de la 33ème division, ou plutôt aux rafales d’artillerie qui la préparait. C’était atroce ; la suie des percutants se mêlait à la neige et au chrome des fusants. Un tourbillon de fumées bouillonnantes, puis enchevêtrées, puis échevelées… dans lequel des flammes éclataient…

Des cadavres partout. Et vraiment beaucoup de négligence dans leur ensevelissement…

Les tranchées, dans ces régions, ont été recreusées jusqu’à 2 et 3 fois, l’artillerie ayant soulevé des chaos véritables. On croirait à un tremblement de terre ! Perthes est une ruine.

[1] Colonel Perier d’Hauterive qui a remplacé le Colonel BRETON, est chargé de diriger les attaques de son Régiment sur les tranchées du bois 211.

28 FEVRlER – dimanche –

Je dis la messe ce matin et je parle sur la Prière, dans le Pavillon, à Nantivet.

Pendant le déjeuner, 3, puis 2, puis 2 obus arrivent… tout près de nos cagnas. Effarement ; effroi ! C’est la saucisse qui avait repéré le 83ème et le 14ème se rendant au repos à La Cheppe, et passant par Nantivet… pour éviter la route bombardée.

Un obus est tombé dans le parc vers les tracteurs ; d’autres dans la pièce d’eau et au bord, tuant pas mal de poissons.

J’y cours, demandant s’il y a des blessés… Non, aucun. Je veux rapporter à la formation des poissons tués… Ziii Pan ! à un mètre de moi, accroupi contre l’arbre, un « 210 » arrive. Je suis couvert de terre, enveloppé de fumée ; je me retire en bon ordre…

Si vous voulez  lire l’ensemble du journal de Thinot en version pdf avec notes de Thierry Collet et index : tapuscrit de G. Carré

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Samedi 1er mars 1919

Louis Guédet

Samedi 1er mars 1919

1632ème et 1630ème jours

Midi  Beau temps, du soleil ! Je vais tâcher de sortir un peu par cette journée printanière ! Les cloches de St Maurice sonnent pour le Docteur Henrot, ancien maire opportuno-radical de Reims, beau-père d’Émile Charbonneaux notre adjoint (le Docteur Henri Alfred Henrot est décédé à Paris le 25 février 1919). C’est la première fois que j’entends sonner les cloches à Reims depuis fin août 1914 !! Cette sonnerie lente et mélancolique m’impressionne énormément par ce soleil printanier ! Tout vibre en moi, les souvenirs s’agitent tumultueusement en moi ! Des cloches sonnent le glas ! mais des cloches sonnent dans Reims et leur son berce nos ruines ! et nos cœurs !!

8h soir  Demain heure d’été, il serait donc 9h. Courrier chargé. Visite de Bruneteau notaire à Fismes qui venait d’Épernay porter des testaments ! en même temps que ceux de Cailteaux. Sorti ensemble pour voir le sous-préfet pour rapatrier les archives de Cailteaux évacués par les allemands à Rethel. Nous nous sommes mis d’accord avec le secrétaire du Sous-préfet pour y arriver. En sortant tombé sur Thiénot, causé un instant.

Cette nuit, anniversaire de mon incendie de 1915 !! Quelle nuit !!… Comment n’y suis-je pas resté !!!…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 1 – Visite à S. Benoît. Visite de M. Gernelle.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 1er mars

 

Le Comité des Dix a décidé qu’une commission centrale serait créée pour délibérer sur les questions territoriales. Il a entendu ensuite un exposé de la question sionique.
La Chambre a voté la prime de démobilisation.
M. Clemenceau est retourné au ministère de la Guerre où il a repris la direction des services.
La commission du budget de la Chambre a continué à délibérer sur la question financière. Elle s’est prononcée contre l’impôt du capital.
Un nouveau mouvement révolutionnaire se dessine en Allemagne. Il y a des troubles à Augsbourg et à Dusseldorf; la grève générale a été proclamée en Saxe et en Thuringe et Weimar est, en quelque sorte, isolée. Ludendorf demande a être traduit devant un tribunal.
Les mineurs anglais ont décidé d’ajourner au 22 mars la proclamation de la grève. La conférence industrielle s’est ouverte à Londres.
M. de Romanones, en présence des difficultés intérieures et extérieures, a décidé de suspendre les Cortes. Cette décision est très commentée à Madrid, où l’on parle de l’éventualité d’une crise ministérielle. La situation a d’ailleurs empiré à Barcelone.
Les bolchevistes mettent Petrograd en état de défense. Les Lituaniens annoncent qu’ils ont remporté une victoire sur eux.

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