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Jeudi 23 mai 1918

Louis Guédet

Jeudi 23 mai 1918

1350ème et 1348ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Chaleur torride durant ces 3 derniers jours. Aujourd’hui vent de tempête. Resté au lit ces trois jours, cloué par la grippe et la fièvre. Levé aujourd’hui quand même pour rattraper mon retard et m’enforcer (me rendre plus fort) pour demain, étant obligé d’aller à Épernay. Ce sera dur et pénible. Enfin nous verrons.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 23 – Arrivée d’un camion. Deux sœurs de St-Vincent de Paul, St Thérèse et St Geneviève l’ont accompagne elles-mêmes pour m’apprendre que notre maison, rue du Cardinal de Lorraine, a été détruite hier 22 mai par les Allemands qui l’ont incendiée. Dans la matinée, elles étaient avec les soldats dans la cour (emballant nos livres et nos meubles, faisant des caisses et des paquets). Des avions allemands survolèrent très bas, très bas la cour et la maison. A l’heure de la soupe militaire, les soldats s’en allèrent ; les Sœurs aussi, vers 10 h. 1/2. A 2 h, un bombardement violent se déclencha. A 4 h. la maison est en feu. M. Lacourt voit l’incendie de chez lui. II accourt avec les hommes qui travaillaient à la Cathédrale, on emporta ce qu’on put dans la Cathédrale pour le sauver. Les Sœurs n’apprirent que vers 7 h. du soir que le feu est chez nous. Elles viennent et, avec M. Lacourt et les hommes de la Cathédrale, elles mettent les paquets et les caisses à l’abri du feu. Elles ont ainsi travaille jusqu’à 10 heures du soir. Grace à M. Lacourt, aux Sœurs et aux hommes de la Cathédrale, tout notre mobilier (encaissé et empaqueté) est sauve. Le reste, ce qui reste dans la maison, notamment la bibliothèque de l’archevêché, le meuble et les livres qu’il contenait encore, une bibliothèque à moi qui était dans un petit réduit derrière la cheminée sont la proie des flammes. J’ai perdu là une Bible incunable que m’avait donnée M. Prévoteaux, et que je gardais pour l’Archevêché, et bien d’autres objets dont la perte est irréparable. Mais toute la maison est en ruines, seule l’aile de bâtiment à gauche en entrant dans la cour échappe aux flammes; mais c’est la partie la plus dévastée de la maison : les bombardements l’ont rendue inhabitable. Le sous-sol est brûlé avec tout ce qu’il abritait. Les parquets sont en cendres, les poutres de fer qui les portent plient, ramollies par le feu, tout s’effondre du grenier à la cave, tout flambe, par suite de l’effondrement des voûtes sous le rez-de-chaussée. II ne reste que des pans de murs. Les pompiers et les ouvriers de la Cathédrale se sont montres très dévoués et très sympathiques pour nous. On dit que les Allemands ont fait cela par représailles de la Cathédrale de Cologne…

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 23 mai

Actions d’artillerie assez violentes dans la région de Hailles, du bois Sénécat, de Rouvray et du Plémont.
Activité de patrouilles et de reconnaissances sur le front de l’Ailette.
Nous avons effectué une incursion dans les lignes ennemies à 1’ouest de Maisons-de-Champagne.
Deux coups de main allemands ont été repoussés en Woëvre et en Lorraine.
Les Anglais ont effectué avec succès des coups de main sur plusieurs points du front. Dans le secteur au sud-est d’Arras, les troupes britanniques, ayant pénétré en deux endroits dans les tranchées allemandes, ont fait quatorze prisonniers et capturé une mitrailleuse. D’autres détachements ont ramené des prisonniers des positions ennemies dans le voisinage de Locon, et du secteur forêt de Nieppe-Meteren.
Un détachement ennemi a été repoussé au nord d’Albert.
Activité d’artillerie dans le voisinage de Dernancourt.
Le secteur au nord-est de Béthune a été bombardé intensivement par des obus à gaz.
Violente canonnade sur le front occupé par l’armée belge.
Une escadrille aérienne britannique a bombardé la base de sous-marins de Cattaro.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Reims 14-18… Bien chère Marraine

ob_dd8317_amicarte51-100Deux cartes qui se suivent, à 11 jours d’intervalle.

Le 23 mai 1918
Bien Chère Marraine,
je suis sortie de l’ambulance depuis avant-hier, mais sans avoir une perme.
Pour la malchance, je l’ai toujours.
Maintenant, je suis au dépôt divisionnaire mais pas pour longtemps, d’ici quelques jours, j’aurai rejoint mon ancienne compagnie.
Autre chose de guerre intéressante, ce soir, nous embarquons pour une direction inconnue, probablement la Somme.
Voilà deux jours que le régiment est parti, donc, on va aller les rejoindre.
Je n’ai pas eu de lettres depuis dix jours, mais quand j’aurai rejoint ma compagnie, j’aurai de quoi faire la lecture.
Je termine chère Marraine, en vous envoyant un affectueux bonjour.
Votre filleul.
(à présent, vous pouvez m’écrire)

Le 4 juin 1918
Bien Chère Marraine,
avec un grand plaisir, j’ai reçu votre lettre du 30 mai, mais les cartes que vous m’annonçaient, je n’en ai reçu aucune.
J’ai reçu celle du 10 mai le 14, c’est-à-dire avant que je sois évacué.
Votre lettre, c’est la seule depuis trois semaines, il en viendra encore de ces retardataires, je l’espère.
Je vous dirai, chère Marraine, que nous sommes partis à temps de Berry-au-Bac.
Je crois que si on y était restés encore quelques temps, on serait peut-être à Berlin à présent.
Jamais on aurait cru qu’ils seraient venus nous attaquer dans ce secteur.
Si seulement ça pouvait amener la fin tant désirée. Il n’y a plus rien à faire avec ces boches, et puis, si on pouvait compter sur nos alliés, mais non, ils sont tous à l’arrière !
Voilà tout, nous sommes toujours à côté de Dunkerque.
Hier, nous sommes allés voir la mer, c’est très chic, mais il faudrait que ce soit en temps de paix.
Je termine mon entretien en souhaitant que la présente vous trouve, comme elle me quitte, en bonne santé.
Amitiés et bons souvenirs de votre filleul.
Emile.

Remercions Émile pour ces deux courriers forts intéressant.
Comme toujours, on court après les correspondances et les nouvelles… mais toutes n’arrivent pas.
Émile pense être envoyé dans la Somme, il se retrouve dans le Nord, à Dunkerque, en plein dans la fameuse offensive du printemps 1918, sur le front occidental.
Bien sûr, il n’y a pas d’informations sur les combats et les horreurs… comme souvent, le soldat se veut rassurant, mais aussi, il ne faut pas donner de détails trop précis dans ses courriers, et risquer de divulguer des renseignements capitaux.
Une petite note assez drôle, la découverte de la mer… »très chic »… évidemment, nous sommes loin d’une visite touristique.

Deux cartes rémoises d’un même quartier, et qui se suivent, 288 et 289 éditées par Georges Dubois

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288. Faubourg Cérès, entre St-André et le Boulevard Jamin.

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289. Faubourg Cérès – Le Commissariat et la Bibliothèque municipale.

On reconnaît la bibliothèque Holden, en bien triste état. Mais qui a été bien heureusement reconstruite à l’identique, et que nous pouvons toujours apprécier aujourd’hui.
C’est la première bibliothèque construite à Reims. Grâce à l’initiative de Jonathan Holden, négociant en laine à Reims, elle a été construite par l’architecte rémois Ernest Brunette, fils du célèbre architecte Narcisse Brunette (ils construisirent tous deux de 1863 à 1880 la façade de l’Hôtel de Ville de Reims, rue de la Grosse Écritoire).

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Intégration de la bibliothèque détruite, dans l’environnement d’aujourd’hui.

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La Bibliothèque municipale du Faubourg Cérès, avant guerre.

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Façade de la bibliothèque Holden de Reims, en 2014.

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