Louis Guédet

Mercredi 13 juin 1917

1005ème et 1003ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Temps lourd, orageux, mais beau. Nuit assez calme. Rien de saillant. De la lassitude, et même de l’affaissement. Courrier assez volumineux, répondu. Vu Albert Benoist, causé, lui aussi en a assez. Il m’a causé de Paris et de son indifférence. Cependant les Parisiens sont assez déconfits de l’échec du mois dernier, mais cela ne les empêche pas de s’amuser.

Reçu ce matin visite de Triquenot (restaurateur 5, rue Pluche) qui a été prévenu indirectement que demain l’autorité militaire avait l’intention de l’enlever demain, lui et sa femme, à Branscourt (près de Jonchery-sur-Vesle). Il ne sait toujours pas pourquoi. Il est assez inquiet et il y a de quoi. Encore un coup de force et de brutalité. Ils risquent peut-être de tomber cette fois sur un… « bec de gaz » qui se nomme Lenoir ! Alors je ne réponds pas de la casse !

Rentré rompu, annihilé. Je suis comme une loque. Tout me brise, tout me rompt le cœur. Je n’en puis plus. Mon Dieu ! Mon Dieu ! Quelle agonie !… Mon vieil expéditionnaire, M. Millet, me racontait qu’un porteur de journaux, M. (en blanc, non cité) passant devant les bureaux de la Division installés en face de la Brasserie de Courlancy, au n°135, et où demeure le Général de Division, un officier d’État-major fait monter ce porteur, lui demanda un journal qu’il porta au général en le priant d’attendre, et quelques instants après l’officier revint et rendit au porteur son journal en le priant de déguerpir ! On ne peut être plus goujat !… Il y a ce cela 2 ou 3 jours…  le papa Millet doit me donner les noms et date.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

13 juin 1907 – A 22 h, attaque allemande, vers Courcy.

Bombardement la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 13 – + 17°. Nuit tranquille sauf gros coups de canon et quel­ques bombes sifflantes au loin. Visite du Père Pfliger et du P. Griesbach, et du Père qui a desservi Clairmarais. Visite du Capitaine du Temple, qui a été à l’Orphelinat de Bethléem pendant les grands bombardements, à Cormontreuil, à…, ami de Charles Desormeaux, de Pierrefitte. Visite du Général de Bouyer à Villers-Allerand, et du Général des Vallières, et d’un Capitaine.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Mercredi 13 juin

Activité moyenne des deux artilleries sur la plus grande partie du front. Au cours d’incursions dans les tranchées allemandes, vers la butte du Mesnil et dans la région de la Haute-Chevauchée, nous avons effectué des destructions nombreuses et ramené une dizaine de prisonniers.

Un avion allemand a été abattu en Lorraine par nos canons spéciaux; les deux aviateurs ont été faits prisonniers.

Les Anglais ont avancé sur un front de 3 kilomètres et capturé un nouveau village.

Les Belges ont repoussé un parti ennemi qui les attaquait près de Dixmude. Action d’artillerie sur ce front, dans le secteur de Steenstraete-Hetsas.

Un des avions de chasse belge a abattu un appareil allemand qui est tombé près de Boerst.

Au front d’Orient, nous avons repoussé plusieurs coups de main de l’ennemi sur la rive droite du Vardar. Dans la boucle de la Cerna, lutte d’artillerie au cours de laquelle nous avons incendié une batterie ennemie. Les avions britanniques ont bombardé Patuo.

A la suite d’une communication qui fut faite au cabinet d’Athènes par le haut commissaire des puissances protectrices, Constantin 1er a abdiqué en faveur de son second fils Alexandre.

La France et l’Angleterre ont répondu au sujet de leurs buts de guerre à la récente proclamation du gouvernement russe.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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