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Dimanche 13 février 1916

Louis Guédet

Dimanche 13 février 1916

519ème et 517ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Journée assez calme, froide, pluvieuse, de saison. Trois grosses marmites sont passées au-dessus de la maison à 10 minutes d’intervalle à 1h comme je déjeunais. C’est tout. Travaillé d’arrache-pied pour rattraper mon retard. Ma correspondance est à jour. Il me faut attaquer maintenant le résumé de mon voyage et mettre tout au point, avec la vie coutumière, les dérangements, les audiences, etc… Pas de nouvelles des miens. Écrit à M. Georget à l’occasion de la mort de mon jeune confrère Montaudon (Albert Montaudon, notaire à Reims, né en 1880, tué à l’ennemi le 27 janvier1916 à Neuville-Saint-Vaast(62)). C’était un brave cœur, un bon confrère. Vu Dondaine, mon dévoué confrère de Beine qui m’est d’un bien grand secours comme avoué suppléant,  greffier de Paix et clerc de l’Étude Jolivet. Si je ne me trompe, c’est un garçon de valeur et qui fera son chemin. C’est (ce sera) une bonne recrue pour notre corporation.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 13 février 1916 – Quelques projectiles sifflent dans la matinée.

—- Vers 13 h 1/4, quatre ou cinq obus tombent à la Haubette ; il y a des blessés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche l3 – Nuit tranquille dans l’ensemble sauf violente canonnade à certains moments ; + 3 ; Bombes sifflantes sur la ville, et à Sainte-Clotilde à 8 h. 1/2. Violente canonnade française à 9 h. De midi à l h., toutes les 10 minutes, grosses bombes sur la ville, Pont de chemin de fer à l’embranchement de la route d’Épernay ; abattoir, Pont de Muire. Nuit bruyante un peu au loin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Dimanche 13 Février 1916.

Je crois que le bombardement va reprendre comme auparavant. Aujourd’hui dimanche j’étais partie à 6 heures du matin pour aller dire bonjour à la marraine et à Jean-Pierre. Ils s’ennuyaient après moi. En sortant de chez eux je suis allée dire bonjour à M. Cristé et à Mme Mitouard. Au moment de repartir le bombardement commençait sur le quartier Cernay et la batterie Walbaum.

J’ai attendu un moment mais voyant que cela n’arrêtait pas je me suis décidée à revenir. Je t’assure que je n’ai pas été longtemps. Si je venais à être tuée, pense donc, mes deux pauvres tout petits ! Enfin je suis rentrée sans mal mais ils ont bombardé une partie de la journée. Ils ont fait des victimes jusqu’au pont d’Épernay. Les demoiselles Malaizé qui étaient réfugiées porte de Paris ont été blessées toutes deux. C’est un vrai cauchemar.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Dimanche 13 février

En Belgique, après une préparation d’artillerie assez violente, les Allemands ont plusieurs fois tenté de franchir le canal de l’Yser, près de Steenstraete et d’Hetsas. Ces tentatives ont échoué sous le feu combiné de notre artillerie et de nos mitrailleuses.
En Champagne, vive canonnade près de la butte du Mesnil et de Navarin. Dans la région de Navarin, après un bombardement de plusieurs heures, l’ennemi a pu pénétrer dans un petit saillant de notre ligne. Au nord-est de la butte du Mesnil, où nous avions pris environ 300 mètres de tranchées, les Allemands ont procédé à une contre-attaque. Ils ont été repoussés, puis nous avons progressé de nouveau, en faisant des prisonniers.
Lutte de mines à notre avantage en Argonne (Four de Paris).
Dans les Vosges (nord de Wissembach, est de Saint-Dié), nous avons, par nos feux d’infanterie, brisé une attaque.
Une note officielle italienne annonce que L’Italie participera prochainement à une conférence des alliés tenue à Paris.
Une troupe anglaise a été assaillie par les Arabes en Mésopotamie.
M. Sasonof déclare que la guerre ne peut plus durer longtemps.

 

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Reims 14-18 – Ces petits souvenirs…

ob_dd8317_amicarte51-100Le Dimanche 13 février 1916
Ma bien chère Jeannette, bien chère Maman.
Aujourd’hui, pas de lettre de ma petite femme chérie; mais en revanche une mignonne carte accompagnée d’une charmante lettre de Germaine.
Je t’envoie ci-joint les deux; mais il ne faudrait pas que Germaine se formalise, la pauvre enfant, si je te renvoie la carte.
C’est dans le but de pouvoir la conserver, car sur moi, avec tous les papiers et tous les carnets que je suis obligé de conserver dans une poche, dans un autre, tous ces petits souvenirs risqueraient fort de s’égarer.
Le temps qui s’était mis au froid vif ce matin a subitement changé et maintenant, nous voilà revenu à la pluie fine et persistante qui provoque l’humidité et nous procure dans les boyaux et les tranchées, de la boue
en quantité.

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Même si cette carte est bien rémoise, on ne peut pas du tout être certain qu’elle a été envoyée de notre région. La photo nous montre une patrouille allemande, au pas de parade, rue Cérès, pendant la courte occupation « boche » de septembre 1914, le courrier a été écrit un an et demi plus tard.

C’est encore une carte de l’éditeur Georges Dubois, vraiment très prolifique tout le long de cette période de grand trouble. Un éditeur-photographe qui se distingue souvent par la qualité de ses cadrages, nous proposant des vues très originales et soignées, même si quelques fois la qualité de la phototypie reste perfectible, mais ne l’oublions pas, il faut faire face à des tirages de masse… en temps de guerre !

Pour rappel, la cartoliste G. Dubois est parue dans le Bulletin n°13 de janvier 1992 d’AMICARTE51… hélas épuisé (mais nous pouvons fournir cette liste aux personnes intéressées). Il y a pour le moment des cartes répertoriées jusqu’au numéro 417 (+ des numéros Bis, et des cartes double-format).

Revenons maintenant au texte de cette carte qui, même s’il ne représente pas un intérêt capitale en ce qui concerne l’actualité guerrière, il évoque tout de même un aspect de la vie du poilu dont on ne parle pas souvent, et que j’oserais appeler : « l’entreposage de ses petites affaires ».

En effet, les tranchées ne sont pas une partie de plaisir, on est même bien loin du confort le plus spartiate soit-il. Alors, comment conserver ses effets personnels ? Quand on passe plusieurs semaines à demi-enterré, on ne peut bien évidemment pas se charger inutilement, il faut donc se contenter du strict nécessaire, des papiers les plus importants, on peut aussi imaginer quelques photos de ses proches, de quoi écrire les cartes, etc… tout ce qui peut tenir sans difficulté en poche, et qui aussi, ne présente pas trop de valeur en cas de perte ou de destruction.

Toujours est-il que notre bon père de famille est optimiste, puisqu’il renvoie « à la maison » la charmante carte écrite par Germaine, que l’on imagine être sa fille… afin de pouvoir la conserver une fois la guerre terminée, une fois rentré à la maison, sain et sauf, pour de bon.

On apprécie qu’il ait le moral ! C’est certainement très rassurant pour la famille… un espoir irremplaçable, qui permet de tenir bon, dans des conditions particulièrement difficiles. A la guerre et aux combats d’une barbarie ultime, il faut ajouter des conditions de vie éprouvantes, peut-on réellement s’imaginer rester des journées et des nuits entières, les pieds et les jambes dans la boue, le froid et l’humidité qui envahie chaque corps ?

C’est n’est hélas qu’un fragment de ce que les poilus ont dû endurer pendant ces effroyables années de guerre !

Pour en terminer avec cette carte postale, ci-dessous un montage avec une vue actuelle qui permet de mieux se repérer dans l’environnement de la Rue Cérès en 1914. La vue est prise en direction de la Place Royale, il est vrai que la topologie des lieux a bien changé, dans ce quartier du centre qui a énormément souffert des bombardements de l’ennemi.

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