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Reims 14-18 – Ma Petite Femme Chérie…

Nous profitons de la Saint-Valentin pour diffuser ces quelques courriers, que Louis a écrit dans cette même période, à sa chère petite femme chérie.
On constate que ces échanges sont très réguliers… normal ! ce contact est primordial et permet de se « remonter le moral », de garder ce lien qui permet à la fois de prendre des nouvelles de l’être aimé, de la famille, et de garder à chaque moment l’espoir de vite revoir ses proches. Ce n’est pas tant le contenu qui est important, que de savoir si tout va bien.
On peut imaginer le drame, lorsque ce flot régulier de correspondance vient à s’arrêter, pour une raison tragique ou pas… et rester dans le doute, la crainte… d’apprendre une mauvaise nouvelle.
Ces quelques cartes faisait certainement partie d’une grande série envoyée par Louis Galette à son épouse durant la Grande Guerre. Hélas, les hasards de la diffusion auprès de multiples cartophiles, fait que seulement 6 de ces cartes nous sont parvenues. Qu’importe, elles restent un témoignage aussi poignant qu’émouvant qui nous fait réfléchir sur ce que devait être la vie des familles séparées, et ce poids insoutenable de toujours s’attendre au pire.
Comme d’habitude, vous trouverez en regard de ces courriers le recto de la carte correspondante… des cartes de Reims défigurée.

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Samedi 15 janvier 1915 – 8h du soir.
Ma petite femme chérie bien aimée.
Je fais réponse à ta lettre reçue ce soir du 13 avec Grand Plaisir.
Tu me dis que le temps dure plus que la première fois, il n’y a pas que toi mon petit lapin chéri, moi c’est de même, la séparation est bien terrible surtout qu’on l’on s’aime comme nous nous aimons. Puis, quitter mon petit Paul si gentil, vivement la prochaine permission pour revoir ma petite famille que j’aime tant, et il faut bien espérer qu’il y aura du nouveau ou sinon, cette fois-là, je prendrai totalement la tête.
Quant à mon pied, je l’ai soigné et presque passé à présent.

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Mardi 18 janvier 1915
Ma Petite Femme chérie,
je fais réponse à ta lettre reçu ce soir du 15 avec Grand Plaisir mon petit lapin chéri.
La santé est parfaite et pense que cette carte vous trouvera tout de même, sans oublier mon fils chéri, qui doit toujours aimer bien boire, quand à mon pied, il est complètement passé à présent.
Tant mieux que tu as eu la bonne visite … te voilà tranquille mon petit coeur adoré. De toute manière, je n’ai pas encore écris ou je t’avais dit, on est complètement découragé d’avoir quitté son Petit Lapin chéri et son fils chéri.
Bien des choses de ma part à la famille Galette Louis et je termine. Bonjour à mon oncle, le papa et toi ma Petite Femme Chérie.
Reçois de ton petit homme chéri ses doux baisers du fond du coeur sans oub
lier mon fils chéri.
L. Galette

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Mardi 1er février 1915
Ma petite femme chérie
C’est avec grand plaisir que j’ai reçu ta lettre ce soir du 29-30.
Mon petit lapin chéri, cela vous fait manger très tard, à cause du Papa qui rentre si tard.
Probablement que vous n’attendez pas, mon oncle trouverait le temps long, lui qui aime tant manger à l’heure, pour Le Galette, je suis comme le renard, je n’ai pas que le regard, enfin, il viendra peut-être un jour où l’on sera un peu mieux à son aise.
Te voilà heureuse d’avoir vu des boches, je voudrais bien ne jamais en revoir, je t’assure que ça me ferait bien plaisir.

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Lundi 7 février 1915
Ma petite femme chérie.
C’est avec plaisir que j’ai reçu ta lettre du 4-5, ainsi que le colis dont tu m’annonces le tout en très bon état, d’après ta lettre du 4. Je vois que tu t’en es tiré d’une peur, vaut mieux comme çà qu’autrement. Quant à ma tante, ça va très bien à présent, quant à ma santé, cela ne venait pas d’où tu me dis, en coupant des veines. D’abord, je n’avais pas de rhume, c’est simplement de la fatigue, une courbature, enfin à présent, ça va, c’est tout ce que je demande. Je ne puis t’en mettre plus long ce soir, car il me faut du repos. Demain, nous partons pour les tranchées, il faut que je me lève très matin, e
nviron 4h.

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Jeudi 10 février 1915
Ma petite femme chérie
Quelques lignes ce soir et demain, je continuerai car c’est toujours le même fourbi. Je viens de recevoir à l’instant même ta lettre du 8. Toujours marquée janvier. Je vois bien qu’il n’y a pas que moi qui perd la tête mon petit lapin chéri aussi, car elle se trompe de mois je crois. Cela veut dire que le temps ne lui dure pas, ce n’est pas comme moi car je n’ai plus de goût à rien faire, et crois-bien à présent que ça ne reviendra jamais. Je n’ai pas encore répondu à ma chère soeur, pas une minute à moi.
Vivement la fin, d’une manière ou de l’autre.
Voilà tout ce que je peux t’écrire ce soir. Voilà les distributions, et l’eau qui arrive, et pour a
ttendre 10h du soir…

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Samedi 12 février 1915 – 8h soir
Ma Petite Femme Chérie,
à cette heure où je t’écris, notre ravitaillement n’est pas encore venu et je fais que de finir de mettre tout en ordre, en attendant les vivres et l’eau, ainsi que les lettres.
Le tout n’arrive que quand la nuit est arrivée, et comme il fait clair de lune, ce qui fait que nous toucherons plus tard.
Je pense bien recevoir des nouvelles de mon petit lapin chéri ce soir, c’est mon seul désir et ce qui me fait vivre en pensant à mon fils et mon petit coeur adoré.
Je ne vois pas grand chose à te dire que la santé est toujours parfaite, et souhaite que ma carte te trouve de même, mon fils aussi.
Toujours le même temps, et pas chaud, entendu de temps en temps quelques coups de canons, pour ne pas en perdre l’habitude, ce n’est pas le rêve de t
ravailler d’un temps pareil…

Cartes – Coll. L. ANTOINE

Laurent ANTOINE LeMog – AMICARTE 51

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Vendredi 15 janvier 1915

Abbé Rémi Thinot

15 JANVIER – vendredi –

Aujourd’hui, Je précipite mes préparatifs ; J’ai à déjeuner M. Hubert, qui doit m’emmener, M. le Curé et Poirier…

Je suis impressionné par l’idée de mon départ. Je l’étais hier déjà et cette nuit.

Je quitte mon milieu moral et matériel deux fois cher, puisque l’épreuve s’y est installée, dans lequel J’ai versé de moi beaucoup encore, parmi la tragédie des circonstances.

Je quitte ma chère cathédrale, la grande meurtrie.

Je quitte tout le ministère nouveau que les temps nouveaux m’avaient créé, « ma paroisse » au fond des caves Werlé etc… et Je vais vers une vie nouvelle, toute nouvelle…

Je pars à 1 heure et demie ; un suprême adieu à la cathédrale en passant devant le Palais de Justice, puis, nous roulons… ..

Je repasse en esprit ma vie, Je relis mes graves pensera de ce matin.

Mon Dieu, Je vous offre ma vie, toute ma vie nouvelle, ses souffrances, mes anxiétés, les insuccès, mes appréhensions matérielles, en expiation… puis Seigneur que je monte, que je mérite… mon Dieu, donnez-moi toutes les grâces nécessaires pour mon nouveau ministère ; que j’y voie clair, que je m’oublie bien moi-même, que j’aille de l’avant sans souci des contradictions… Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour moi, pauvre pêcheur, maintenant et à l’heure de ma mort

J’arrive à travers la boue, la nuit… Le médecin principal – M. Martin – me reçoit à l’Etat-Major ; auprès de lui, le capitaine de Castelnau, neveu du général ; on me fait conduire à ma formation.

Le médecin-chef de la formation[1], le docteur Lamisse, parent du célèbre aumônier, me reçoit à table, parmi tous ces Messieurs, et l’aumônier, l’abbé Sandret, qui me fait un accueil très cordial.

Je suis ahuri ; on me donne à dîner ; l’aumônier me conduit alors chez lui, où il a fait disposer un lit près du sien, par terre…

Je suis à Somme-Suippe

… au nord, Souain, Perthes-les-Hurlus… où est la 34ème division.

Je me couche ; le bruit incessant du canon, des fusils, de la mitrailleuse, laboure la nuit… J’ai froid ; ma couche est minable… .

[1] R. Thinot est affecté au groupement de brancardier de la 34e division
JMO en ligne : http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/arkotheque/inventaires/ead_ir_consult.php?a=4&ref=SHDGR__GR_26_N_I

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Vendredi 15 janvier 1915

125ème et 123ème jours de bataille et de bombardement

  1. Robert Lewthwaite m’a remis une pendule ancienne Louis XVI (Torche, carquois, pigeons) avec 2 statuettes en reconnaissance d’un conseil que je leur avais donné vers novembre 1914 et la rédaction d’un cautionnement S.S.P. entre 8 négociants en vins de Champagne de 800 000 Fr (Charles Heidsieck(1), Heidsieck-Monopole(2), Georges Goulet(3), Olry-Roederer(4), Pommery(5), Veuve Clicquot (Werlé)(6), Krug(7), Ruinart(8)). Ils ont voulu surtout reconnaitre mon geste et surtout montrer que j’étais le seul notaire de Reims resté à son Poste et à son devoir, ce que m’a dit Robert Lewthwaite.

Je pars demain à neuf heures du matin à Épernay avec Charles Heidsieck et de là à St Martin voir mon pauvre Père. Mon Dieu pourvu que je le trouve bien portant ! Il y aura 4 mois 1/2 que je ne l’ai vu !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 15 – Nuit tranquille Bombes dans la matinée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

15/1 Vendredi. Même temps et toujours violente canonnade dans la même direction. A 4 h du soir la canonnade se fait intensive, très forte dans la direction de Soissons et autour de Reims. Très peu de choses dans la journée. Nuit assez calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Muizon, sur la route de Soissons

Muizon, sur la route de Soissons


Vendredi 15 janvier

L’affaire de Crouy a été très chaude. Les Allemands qui avaient fait venir de gros renforts, n’ont pu nous arrêter à gauche, ni nous enlever nos positions au centre, mais à droite, devant Vregny, nous avons dû céder du terrain. Comme la crue de l’Aisne avait emporté des ponts et des passerelles, et qu’ainsi les communications entre nos troupes pouvaient être rompues, le commandement, entre Crouy et Missy, a ramené nos effectifs sur la rive gauche. De part et d’autre, les prisonniers ont été assez nombreux : ceux que nous avons faits appartenaient à sept régiments différents. On estime, au surplus, que cette affaire n’a qu’une valeur locale et ne peut influer sur l’ensemble des opérations.
En Flandre, les troupes belges ont fait sauter à Struyvakenskerke, une ferme qui servait de dépôt de munitions à l’ennemi. Dans la région de Lens, notre artillerie a procédé à un bombardement efficace. Près de Roye, nous avons bouleversé des tranchées allemandes; en Champagne, nous continuons à désorganiser ou à prendre des tranchées, spécialement autour de Perthes.
Des sous-marins ont paru devant Douvres. Mais canonnés vigoureusement, ils ont plongé et abandonné leur entreprise.
Un aviateur anglais a jeté des bombes sur les positions allemandes d’Anvers.
La presse européenne commente abondamment le départ du comte Berchtold et son remplacement par le baron Burian, mais les interprétations de cet incident sont des plus contradictoires.

 

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