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Lundi 11 mars 1918

Louis Guédet

Lundi 11 mars 1918                                                       

1277ème et 1275ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Beau temps. Peu de courrier. Lettre de Robert annonçant son arrivée vers les 8 – 9 – 10, et il n’est pas encore ici, cela inquiète sa mère. Il y a eu un coup de main vers leurs positions. Pourvu qu’il ne leur soit rien arrivé. Après-midi été jusqu’à Vitry-la-Ville porter des lettres, prendre des mandats et cherché à la Gare un paquet de vêtements pour Maurice. Rentré très fatigué avec Madeleine qui m’avait accompagné jusqu’à la sortie de Cheppes et m’y avait attendu. Pas de nouvelles de Reims, ni d’Épernay.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

11 mars 1918 – Nuit épouvantable encore.

Un pilonnage du centre de la ville commençait à 20 h 1/2 et les obus tombaient régulièrement jusqu’à 23 h. A ce moment, nos 120 se mettant à tirer, faisaient taire les batteries ennemies ; puis, les sifflements ne tardaient pas à recommencer — et vers minuit et demie, tir contre des avions.

Après semblables nuits, je me vois dans l’obligation, ou d’en­visager l’abandon de mon domicile provisoire, 10, rue du Cloître, ou de redescendre à la cave, dans cette maison de mon beau-frère, qui a déjà reçu douze ou treize obus.

Quoique notre service de la « comptabilité » à la mairie, soit dé­signé pour être évacué de Reims sous peu, je trouve qu’il serait prudent, avec ces bombardements de plus en plus dangereux, de transporter sans tarder mon lit ailleurs, car installé au rez-de-chaussée, dans un ancien bureau vitré, prenant jour sous un passage également vitré ou étant censé l’être, il me faut essayer d’éviter les grands risques de la dure période que nous traversons.

Incendie, le matin, rue Werlé, au cours duquel un pompier de Paris est victime d’un accident mortel et bombardement, dans la journée. A 10 h, trois obus arrivent soudainement derrière l’Hôtel de ville. Pendant une partie de la journée, les projectiles tombent vers la place de la République.

Une grande affiche, datée du 8 mars et signée : « La commission mixte » a été placardée en ville ce matin ; je la remarque rue Colbert, en me rendant à la mairie. Sa lecture est assez émouvante et donne l’impression que de très graves événements sont attendus. Cependant, puisque des sursis sont encore accordés aux commerçants qui veulent enlever leurs marchandises ou aux déménageurs, on en déduirait facilement que c’est de notre part une initiative doit être prise… mais, on ne sait rien ; on parle beaucoup aussi de l’offensive allemande qui ne peut tarder à se déclencher.

Lorsque j’arrive au bureau, je trouve, sur notre table, des prospectus, dont la police a un stock à distribuer, reproduisant exactement les termes de la dite affiche, ce qui me permet de relire plus posément ce qui suit :

A la population.
Reims, le 8 mars 1918.

Il a paru nécessaire d’éloigner du front le plus grand nombre de personnes possible, non seulement pour les soustraire à un risque inutile, mais aussi afin de pouvoir mieux assurer la sécurité des habitants décidés à rester.

Départs :

Tous les malades et les vieillards, tous les enfants de moins de 16 ans, toutes les personnes dont la présence n’est pas essentielle doivent partir dès maintenant, soit qu’elles aient été touchées par un ordre de départ, soit que, par suite des difficultés du recensement elles ne l’aient pas encore reçu.

Autorisations :

Ne pourront être laissées à Reims, outre les services publics, que les personnes strictement indispensables pour :

  1. la garde et l’évacuation des usines et des caves ; les ré­parations urgentes du bâtiment et les évacuations de mobilier (déménagements, transports, emballages) ;
  2. la garde d’immeubles importants ou nombreux et pré­sentant une sécurité suffisante, à condition que l’état de santé de ces gardiens leur permette d’assurer une garde efficace ;
  3. l’alimentation et l’entretien des personnes autorisées à rester.

Des erreurs ayant pu se produire dans le recensement, les personnes qui croiraient rentrer dans ces diverses catégories pourront présenter leur demande à l’hôtel de ville.

Visa des cartes

Les personnes admises à rester devront faire apposer sur leur carte d’identité un « visa spécial d’autorisation »; celles qui n’auraient pas de cartes individuelles d’identité devront s’en procurer immédiatement.

Les cartes seront présentées au visa à l’hôtel de ville, pour les employés ou ouvriers par leurs directeurs ou patrons ; les per­sonnes isolées fourniront sur l’utilité de leur présence et leurs conditions d’habitation toutes justifications qui leur seront de­mandées.

Ces déclarations devront être terminées le 15 mars.

A partir du 15 mars, chaque habitant devra être cons­tamment porteur de sa carte d’identité et la présenter à toutes réquisitions des agents civils ou militaires, dans les rues et à domicile.

Précautions — Zones interdites…

Des mesures générales de protection tendront à assurer la sécurité des personnes que retiennent leurs intérêts ou leurs obli­gations.

L’habitation et la circulation seront interdites dans les zo­nes particulièrement dangereuses, le ravitaillement a été assuré de la manière la plus simple, en vue des circonstances difficiles ; de nouvelles dispositions seront prises pour combattre l’effet des gaz ; enfin chacun peut trouver un abri sûr contre le bombar­dement et en demander au besoin.

La zone interdite est limitée par : chemin de Saint-Brice, rues des Romains et Jolicœur, rues Jules-César et Gosset, rues Jacquart et Ruinart-de-Brimont, boulevards de Saint-Marceaux, Gerbert et Victor-Hugo, rues Saint-Sixte et Saint-Julien, place Saint-Remi, rue et faubourg Fléchambault, rue de la Maison- Blanche. Elle pourra être ultérieurement réduite.

Le personnel des établissements dépassant cette limite, rece­vra une carte d’autorisation spéciale.

D’ici au 15 mars, les habitants sont invités à faire vérifier l’état de leurs masques, dans les postes de secours voisins de leur habitation, dont la liste vient d’être publiée.

Les masques défectueux seront changés et un deuxième masque leur sera délivré. Les demander à l’hôtel de ville. Ils en porteront constamment un sur eux et laisseront l’autre chez eux, au sec, toujours à leur portée.

Pour les habitants vivant en groupe, les demandes en toiles et produits doivent être adressées à l’hôtel de ville dans le plus bref délai.

Là plupart des accidents causés par les obus à gaz, sont dus à l’inobservation des prescriptions gênantes, mais nécessai­res, qui ont été récemment affichées ; il importe de s’y conformer avec soin.

En prenant, chez soi et au dehors toutes les précautions suggérées par la prudence et l’expérience, il y a lieu d’espérer que le dernier bataillon des Rémois pourra traverser sans acci­dent la crise finale et accueillir les siens dans la cité dont son dévouement aura préparé le relèvement.

Évacuation éventuelle :

Il peut pourtant arriver que l’ennemi s’acharne un jour spécialement contre la ville ; rien ne servirait de s’ensevelir sous les ruines ou de se laisser prendre par lui, en pleine bataille ; il faudrait se retirer. Il est donc sage que chacun ait pensé à ce départ possible et préparé ce qu’il lui faudrait pour s’éloigner fa­cilement.

Si l’autorité militaire, en raison des renseignements qui lui parviennent, voit la nécessité de prendre une telle décision, elle en informera les habitants qui devront partir immédiatement, avant que l’attaque se produise.

En cas d’offensive subite, comme dans le cas de bombar­dement très violent par les gaz, prolongé pendant deux heures au moins, les habitants se rendront à l’extérieur de la ville, par des itinéraires indiqués par des écriteaux.

Des détachements militaires les recevront et les accompa­gneront.

Il leur est recommandé de marcher lentement, toujours munis de leur masque et de préférence par les voies étroites.

Ceux qui auront été intoxiqués, s’arrêteront dans les postes de secours, où des soins leur seront immédiatement donnés.

La commission mixte.

Ce suprême avertissement que nous donnent, sous le couvert de la « commission mixte », les officiers qui ont été chargés de diri­ger l’évacuation, prend, dans les circonstances actuelles, un carac­tère exceptionnel de gravité.

Pour ma part, après en avoir relu encore les termes que l’on s’est efforcé de ne pas rendre trop alarmants, et cherché à deviner ce qui se trouve entre les lignes, je comprends qu’il nous faut, dès à présent, nous tenir sur le qui-vive, nuit et jour, et nous attendre à déguerpir lestement, par ordre, d’un moment à l’autre. Je suis prêt.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi 11 – + 2°. Nuit assez tranquille. Visite au Général Petit, pour savoir s’il faut vraiment dès maintenant quitter notre maison. Réponse : non. On nous avertira et on nous donnera des moyens d’évacuer : on a reçu des instructions à ce sujet. Visite du dessinateur qui a voulu dessiner mon portrait, et qui fera demain celui de Mgr Neveux. De 5 h. 30 à 6 h. 30, bombardement intense, dur, violent (sur batteries ?). Des obus ont dû tomber en ville ; des éclats tombent nombreux dans notre jardin. Vers 9 h. soir, violent bombardement ; nous descendons à la cave, nous en montons pour prière du soir. A 8 h. 30 et 9 h. nouvelle séance. De même à plusieurs reprises dans la nuit. Six bombes à l’Enfant-Jésus, au noviciat et dans les services. La Rév. Mère était là. Incendie aux Caves Werlé ; un pompier de Paris se tue en tombant du toit.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 11 mars

Nous avons repoussé des coups de main au sud de Bétheny, sur la rive gauche de la Meuse et dans les Vosges. L’ennemi a subi des pertes et laissé des prisonniers entre nos mains.
Nos détachements, pénétrant dans les lignes allemandes, à l’est d’Auberive et dans la région de Badonviller, ont opéré de nombreuses destructions et fait des prisonniers.
Deux avions allemands ont été abattus par nos pilotes et dix autres, gravement endommagés, sont tombés dans leurs lignes.
Notre aviation de bombardement a effectué plusieurs sorties: 14000 tonnes de projectiles ont été lancés sur les gares, cantonnements et terrains d’aviation de la zone ennemie. Plusieurs incendies ont été constatés.
Les Anglais ont exécuté avec succès des coups de main au nord-ouest de Saint-Quentin et au sud-est de Cambrai. L’ennemi a eu un certain nombre de tués et a laissé des prisonniers.
Activité de l’artillerie allemande dans le secteur d’Armentières, à l’est de Wytschaete et sur la route de Menin.
En Macédoine, dans la vallée de la Cerna, les troupes britanniques ont exécuté avec succès plusieurs coups de main dans les lignes bulgares.
Dans la boucle de la Cerna, après une violente préparation d’artillerie, un détachement ennemi a tenté une attaque sur nos positions au nord d’Orchovo. Il a été repoussé.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Jeudi 28 février 1918

Louis Guédet

Jeudi 28 février 1918

1266ème et 1264ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Parti ce matin à Rilly par la pluie. J’ai un cheval qui rendrait des points à « Rossinante ». Va-t-il tomber en ficelle en route ? Je fais mes 17 kilomètres en 2h. Çà va encore ! Vu les Lepitre, déjeuné, réglé leurs affaires. Reparti à 3h, arrivé ici à 5h1/2 par une neige fondue glaciale. Je suis fourbu, de fatigue et d’émotions. Je vais tomber malade certainement.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

28 février 1918 – Même défilé de solliciteurs, qui doivent attendre de longues heures leur tour avant de pouvoir passer et être admis, quelques instants, à faire valoir l’objet de leur demande devant le capitaine La Montagne. Séance tenante, celle-ci est admise ou rejetée, sans appel ; nous entendons dire, le plus souvent : « Il faut partir ». Au­jourd’hui, la police a dû distribuer des numéros et faire suivre la file, au fur et à mesure, aux arrivants.

L’impression ressentie à la vue de nos pauvres concitoyens résolus à tenir jusqu’au bout à Reims et obligés de partir, après trois ans et demi passés sous les obus, en abandonnant ce qu’ils pouvaient posséder encore — maisons ou mobiliers — et qui en retenait la plupart, est profondément pénible, de même qu’est, on ne peut plus attristant le vide déjà constaté en ville, où l’on ne rencontre pour ainsi dire plus personne.

Accompagné Cullier, dont la famille est partie depuis quelque temps, jusque chez lui, à 13 h et remarqué, en dehors des fils de fer qui couvrent les rues Saint-Remi, Simon et Fléchambault, des abris pour mitrailleuses, construits rue Gambetta à hauteur de la rue Eugène-Wiet, ainsi qu’à la maison de retraite, derrière la grande porte.

Des avis déjà lus dans le journal ces jours-ci, sont repro­duits dans L’Éclaireur du 28 février.

Sous le titre « La circulation à Reims », le Général commandant d’armes, rappelant ce qui a été dit à ce sujet le 26, ajoute à son tour : Les insignes nominatifs pour les habitants autorisés à rester seront distribués à partir du 1er mars.

Ensuite, il est fait savoir ceci :

Le ravitaillement

Les boulangeries seront fermées à partir d’aujourd’hui, jeudi 28 février.

Le pain, fourni par les manutentions militaires, sera ven­du dans les maisons suivantes : Malfert, Haguenin, Clément, Montlaurent, Derlé.

Le prix sera celui habituel, soit 0,65 F la boule de 1 200 gr. environ.

Boucheries — Les boucheries suivantes seront ouvertes • Hamard et trois boucheries municipales fonctionneront à la maison Tailliet (le matin) et dans les deux locaux habituels.

On pourra prendre les adresses de ces établissements au commissariat central ou à L’Eclaireur de l’Est.

Avis aux Etrangers.

Tous les étrangers sont invités à se présenter d’urgence au commissariat central de police, porteurs de leur carnet d’étranger.

Le chef de famille peut se présenter seul, muni de tous les carnets de sa famille.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 28 – + 6°. Nuit tranquille. Visite de la Mission des Aumôniers belges (12) et d’un Capitaine d’État-major belge, accompagnés d’un Français. Visite à la Cathédrale avec eux. Photographies devant le monceau de pierres tombées des voûtes dans le sanctuaire. Visite de départ de Sœur Saint-Victor et des Sœurs de l’Assomption.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 28 février

Deux forts coups de main ennemis, au nord du Chemin des Dames, sont restés sans résultat.
En Champagne, après un violent bombardement, l’ennemi a tenté d’aborder nos lignes en deux points, sur nos nouvelles positions, au sud-ouest de la Butte du Mesnil. Nos feux ont arrêté les assaillants.
Actions d’artillerie sur la rive gauche de la Meuse.
Trois avions allemands ont été abattus par nos pilotes. Nos escadrilles de bombardement ont lancé 4500 kilos d’explosifs, notamment sur les gares de Metz-lès-Sablons et de Warmeriville.
Sur le front britannique, des raids ennemis ont été repoussés au nord de Saint-Quentin, vers Bullecourt et à l’est de Vermelles.
Activité d’artillerie dans la région d’Ypres.
Sur le front d’Orient, un raid, exécuté par les troupes britanniques, dans la région du lac Butkova, a procuré des prisonniers. Des détachements de reconnaissance ennemis ont été repoussés par les troupes serbes, dans la région de Sokol.
Sur le front italien, activité de patrouilles ennemies qui ont été partout repoussées.
Près de Cismon, un dépôt de munitions a été atteint par les aviateurs italiens.
Les escadrilles de nos alliés ont également bombardé les voies ferrées de Bolzani et de Pergrus.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Vendredi 1 février 1918

Louis Guédet

Vendredi 1er février 1918

1239ème et 1237ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Hier soir de 7h à 10h bombardement avec des 105 vers Libergier, pont de Vesle, etc… Bref mauvais moment à passer, les éclats venaient jusqu’ici. Ce matin temps brumeux glacial pénétrant. Courrier assez chargé, j’y ai répondu. Lettre de Dagonet, à qui je réponds, Abbé Andrieux, ancien aumônier des fusiliers marins du régiment n°2, actuellement aumônier sur le « Jean Bart » de la 1ère Division navale, cinglant dans la Mer ionienne… Visite de Houlon qui me fera prendre par la Croix-Rouge quelques uns de mes cartons de dossiers que j’évacue, pour tranquilliser ma chère femme… Il est enchanté de son espoir pour le ruban et moi encore plus que lui, car vraiment j’étais presque honteux du mien auprès de lui, quoique nous ne l’ayons volé ni l’un ni l’autre ! Il m’a invité à déjeuner dimanche, j’ai accepté, car vraiment c’est un bon ami que je me suis fait.

Après-midi visite de mes voisins les anglais de la Croix-Rouge qui sont chez Houbart et cherchent un abri pour leurs bonnes. Je crois avoir trouvé avec eux, au coin de la rue Marlot et de la rue Boulard. Passé rue de Chativesle donner un coup d’œil à ma cave qui est bien gardée. De là passé jusqu’au cimetière du Nord. On couvre de fils barbelés les Promenades. Le cimetière du Nord fort abîmé depuis 3 semaines. Prié sur la tombe de Maurice et sur celle de ma belle-mère (rayé).

Il fait un soleil splendide. Les jours allongent. Je rentre à 5h, j’écris quelques lettres à Mme Schoen qui m’a envoyé un petit « Musset », charmant volume. Je la remercie et je joins à ma lettre un bout de mon ruban rouge en la priant d’en envoyer un fil à son mari exilé à Mulhouse. Ce sera la Goutte de sang du français de champagne au frère d’Alsace.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

1er février 1918 – Certaines marchandises deviennent difficiles à se procurer. En regagnant la mairie, à 14 h, je remarquais une dizaine de person­nes qui stationnaient avec leurs récipients, en attendant l’ouverture du magasin de quincaillerie tenu par A. Betsch, 4, rue Colbert (maison Camus), pour acheter un litre de pétrole chacune — car c’est tout ce qui leur sera délivré.

— Bombardement par rafales, sur le boulevard de Saint-Marceaux, de 17 h 3/4 à 18 h, puis le soir, sur le quartier Fléchambault — une trentaine d’obus — et reprise du bombardement la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Vendredi 1er – 0°. Temps couvert. Via Crucis in Cathedrali. Vu une belle tête de roi décapité, du transept sud, placée sur un chariot. Canonnade allemande, vers 8 h. à 9 h. 1/2 soir. Reste de la nuit tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 1er février

Lutte d’artillerie assez violente dans la région de Flirey.
Un avion allemand a été abattu par nos pilotes et trois autres sont tombés dans leurs lignes à la suite de combats.
Sur le front de Macédoine, près du lac Doiran, les troupes britanniques ont exécuté avec succès un raid qui leur a permis de ramener des prisonniers.
Actions d’artillerie réciproques dans la région de Monastir.
Un avion ennemi a été abattu dans la région de Doiran.
Sur le front de France et de Flandre, les troupes anglaises ont fait un certain nombre de prisonniers.
Nos alliés ont bombardé un aérodrome au sud de Gand, un important dépôt de munitions à l’est de Roulers et les voies de garage de Courtrai. Des troupes ont été prises sous leur feu. Quatre avions allemands ont été abattus.
Les Italiens ont continué des poussées énergiques au sud d’Asiago et à l’ouest du val Frenzela. Leurs batteries ont tenu sous leur tir les arrières de l’ennemi, battant sans arrêt les passages forcés. Activité d’artillerie dans le val Lagarina et entre l’Adige et l’Astico. Sept avions ennemis ont été abattus.
Les gothas ont accompli sur Paris et sa banlieue un raid qui a duré près de deux heures. Il y a eu trente-sept morts et cent quatre-vingt-dix blessés. Un gotha a été abattu près de Chelles.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 29 décembre 1917

Louis Guédet

Samedi 29 décembre 1917

1205ème et 1203ème jours de bataille et de bombardement

7h3/4 matin  Froid terrible. Des avions toute la nuit, du canon. Est-ce qu’on craindrait quelque attaque. Mal dormi. Je suis sur mon départ. J’aurai froid en route certainement. Enfin, je suis habitué à souffrir. Triste fin d’année. Le martyre toujours sans pitié. (Rayé). Voilà comme je termine cette terrible année ! et sans espoir !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

29 décembre 1917 – Nuit de très forte gelée (- 17°) pendant laquelle les aéros se font encore entendre.

On parle toujours d’une grande offensive possible, de la part des Allemands. En ville, des territoriaux sont occupés à placer des fils de fer barbelés dans l’avenue de Laon, les rues Simon, Fléchambault et sur le boulevard Lundy.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 29 – – 8°. Nuit tranquille, sauf avions entre 2 h. et 3 h. nuit. Visite de M. Laurent, frère du curé de Villedommange (retour d’Allemagne où il avait été emmené prisonnier).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 29 décembre

Actions d’artillerie dans la région du bois des Caurières.
En Lorraine, dans le secteur de Veho, après un bombardement d’une grande intensité, l’ennemi a tenté un coup de main qui a échoué.
En Haute-Alsace, une de nos patrouilles a ramené des prisonniers.
Sur le front britannique, activité de l’artillerie ennemie au nord de Saint-Quentin, vers Arras et Messines et à l’est d’Ypres. L’aviation a montré de l’activité pendant les interruptions des rafales de neige. Des clichés ont été pris, des bombes jetées sur divers objectifs, et un grand nombre de cartouches de mitrailleuses tirées sur les tranchées allemandes. Un appareil ennemi a été abattu.
Les pilotes britanniques ont jeté des bombes sur les cantonnements ennemis à proximité des lignes. Tous leurs appareils sont rentrés indemnes.
Sur le front portugais, vive activité d’artillerie et engagements réciproques de patrouilles.
En Macédoine, dans la vallée de la Cerna, deux compagnies ennemies qui franchissaient la rivière ont été prises sous le feu de notre artillerie.
Les Italiens ont mis des patrouilles ennemies en fuite dans le val Giudicaria et le val Lagarina.
Sur le plateau d’Asiago, une compagnie italienne a exécuté un heureux coup de main, capturant 1 officier, 26 hommes et du matériel.
Une patrouille a fait 37 prisonniers entre Lesina et Canove.
Des Caproni ont bombardé l’ennemi dans le val Roncho.
Canonnade de la Brenta à la côte.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 19 décembre 1917

Louis Guédet

Mercredi 19 décembre 1917

1195ème et 1193ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Aÿ. Parti dimanche matin, arrivé à Épernay vers 10h1/2, couru aussitôt à la Banque de France d’Épernay qui était heureusement ouverte, pour me débarrasser de mes 62 000 F d’or et billets. Ensuite couru à la Mairie de Magenta pour recevoir le contrat de mariage pour Montaudon. Nous attendons 1/2 heure et les futurs mariés manquent à l’appel. Je refixe rendez-vous 30, rue François-Lanier (rue Jean-Moulin actuellement) à la Villa d’Aÿ (quartier d’Épernay, ancienne dépendance d’Aÿ, et rattaché à Épernay en 1965) où je dois faire mon adjudication pour Jolivet, et puis retourner rejoindre Dondaine, Landréat et Jonval mes aides pour la vente, et nous déjeunons rapidement dans un restaurant de la Place de la Gare. Puis filons rue François-Lanier et commençons aussitôt l’adjudication. Tout se vend hors de prix, surtout literie et linge, des matelas 129 à 136 F à une seule personne, de petits draps pour lit seul 50 à 60 F, plus 10% !! et tout à l’avenant. Il y avait foule. La vente jusqu’à ce jour marche admirablement, et je compte avoir fini demain. J’atteindrai facilement 20 000 F, j’en suis heureux pour Jolivet. A 4h1/2 nous sommes arrêtés par la nuit. Je vendais devant la porte et on me passait les objets par la fenêtre de la maison où était accumulé ce mobilier.

Heureusement que Dondaine avait pu trouver ce local chez des réfugiés de Beine, M. Bouquant, boulanger (Paul-Anatole Bouquant (1868-1940)), qui avait été surpris avec sa femme et sa fille à Beine par les allemands. Ils y étaient restés 4 mois, puis on les avait expédiés vers Poix-Terron. Enfin, au bout de 8 mois les allemands les autorisèrent à rentrer en France, où ils sont venus se réfugier à la Villa d’Aÿ où je procède et où ils tiennent une épicerie et le soir une boulangerie.

De 4h1/2 à 7h du soir nous tuons le temps dans un café voisin tenu par un ancien G.V.C. (Garde des Voies de Communication, Service de Sécurité sous l’autorité militaire jusqu’au 2 février 1919) que j’ai pris dans ma voiture (un jour que je rentrais à Reims) pour le déposer à La Haubette. Dondaine, Landréat et Jonval avec un revendeur émigré de Reims, M. Beuzeville, rue des Créneaux à Reims, boivent de la tisane de Champagne à 6 F la bouteille ! et quelle tisane ! comme des éponges, moi je les regarde, enfin le C.B.R. (Chemin de fer de la Banlieue de Reims) arrive et nous y montons pour aller à Aÿ où Dondaine me donne l’hospitalité dans le local où nos archives sont réfugiées !! Nous dînons et nous couchons tôt. Le lendemain je pars à 9h à Épernay à pied, 3 kilomètres. Il a neigé la nuit, mais la route est bonne. Je vois à la Banque de France  quelques papiers dans mon coffre-fort. J’en remets, puis je vais au Tribunal où je vois le Procureur de la République de Reims, toujours aussi affable. Causons de choses et d’autres, et notamment de cette histoire de transfert de mes justices de Paix dans un village de mes cantons des environs de Reims. M. de Courtisigny me dit très gentiment que nous ne nous sommes pas compris, attendu que ce n’était qu’une question discutable. Bref il a interprété ma réponse comme il croyait le faire pour le mieux, car il est entièrement opposé à mon déplacement. Et il me conte que Lenoir lui avait écrit une lettre assez vive où il prétendait que c’était Merlin, conseiller général d’Épernay qui se serait mêlé de cette affaire, et il demandait au pauvre Procureur s’ils étaient l’un et l’autre chacun d’un côté de la manicorde !! (Instrument de musique avec une seule corde pincée)

Bref mon pauvre Procureur lui a répondu que non, et a donné toutes explications désirables à Lenoir qui lui a répondu par une lettre fort aimable, et conclusion tout s’est bien passé. Le Procureur m’a ajouté qu’il considérait cette question de transfert comme complètement enterrée. Je le souhaite, car cela passait à l’état de scie. M. Osmont de Courtisigny n’a pas voulu me dire comment il s’est couché auprès de la Chancellerie, mais il m’a laissé entendre qu’il conclurait comme je le désirais. Il paraissait s’amuser beaucoup de cette histoire, mais je crois que la charge à fond de Lenoir a été une très bonne chose, car le Tribunal saura que je suis soutenu de ce côté. Le Procureur comme le Président et les autres juges de Reims paraissent très montés contre le Docteur Langlet, le maire de Reims, et contre de Bruignac.

Je quitte le Procureur pour voir le Président Hù qui m’emmène avec M. Texier déjeuner avec lui. Il m’attrape comme de coutume. J’y suis habitué et le laisse dire car je sais qu’il m’aime et m’estime. Nous achetons ensemble mon beefsteak et déjeunons rapidement à cause de mon adjudication que je reprends à 1h. Le Président me fait une charge à fond contre le Maire, et Texier contre de Bruignac qu’ils traitent tous deux d’entêtés ce qui est vrai, et Texier ajoute qu’il ne croit pas que de Bruignac voit juste et soit très intelligent. M. Hù me taquine sur ma décoration et me dit qu’on me pendra non pas le cou mais par la boutonnière avec un ruban rouge. Il a vu Leroux à la Chancellerie il y a 8 jours qui lui a affirmé que ce serait très prochainement. Je quitte mon hôte à 1h et je reprends ma vente, jusqu’à 4h1/2. Dans la boue, mais il ne pleut pas heureusement. Nous stationnons dans notre fameux café où mes lascars Dondaine, Jonval et Landréat épongent, épongent la tisane de l’ex G.V.C. Tramway à 7h, dîner chez Dondaine, et nous nous couchons.

Le lendemain mardi je repars à Épernay à pied. Il a gelé il fait très bon à marcher, beau temps, gris mais beau temps. A la gare je me heurte à Girard qui arrive de Paris avec Lutta, il me donne rendez-vous pour demain ce soir 5h Hôtel de l’Europe, ayant à me causer.

Je vais au Crédit Lyonnais, et de là voir le Vice-président M. Bouvier pour une taxe, où il m’associera plus que je ne le pensais, et surtout exige que je ne partage pas mes honoraires avec un confrère (?) mobilisé d’un des intéressés qui a fait presque du chantage à mon entour pour obtenir ce partage. J’avais cédé par bonté et pour avoir la paix ! Bouvier m’a défendu sous peine de poursuites disciplinaires de lui donner ce que je lui avais promis, sauf une 50aine (cinquantaine) de Francs pour quelque travail que ce fameux Bourcillier, notaire à Givry-en-Argonne, embusqué vaguemestre Hôpital 26 à Bar-le-Duc, avait fait pour aller soi-disant plus vite et m’aider, mais surtout pour me substituer la moitié de mes honoraires quand il avouait lui-même qu’il avait donné 20 F pour ce travail !! Je dois le revoir ce soir à 5h pour en recauser et mettre ma préparation de taxe au point. Je quitte à midi et cours déjeuner au buffet. En passant devant l’autobus j’y vois Charles Heidsieck qui va à Mareuil-sur-Aÿ à ses caves et me donne rendez-vous demain matin ici à Aÿ chez Dondaine pour me causer.

Au buffet vois Fournier de la Maison Werlé et le sous-lieutenant automobiliste du service des déménagements de Reims 70 rue Libergier. J’en profite pour demander à celui-ci de m’envoyer aujourd’hui avant midi le dernier camion de mobiliers Gardeux à vendre. Si je l’ai j’aurais fini demain et pourrai repartir à Reims (jeudi) à 3h. Je cours à mon adjudication jusqu’à 4h1/2. De là au Palais de Justice voir Bouvier qui explique mon affaire de taxe au Procureur. Je crains bien que ce dernier ne tourmente mon Bourcillier à ce sujet s’il veut faire le récalcitrant – à ma taxe – Le Procureur me dit que le Général Commandant la 5e Armée insiste auprès de lui pour qu’on ouvre au plus tôt les 6 coffres-forts trouvés par la troupe dans les décombres des maisons avenue de Laon 3 – 5, et rue Lesage, ouverture à laquelle je dois procéder comme juge de Paix en présence d’une commission militaire et le séquestre Lepage. Nous décidons de procéder à cela samedi 22 courant à 1h sur place. Le Procureur se charge d’en aviser à l’instant l’autorité militaire, Lepage et Monbrun, mon commis greffier, par dépêche. Je les quitte et vais retrouver toujours au même endroit mes éponges, dévouées quand même, chez le même « troquet », mais quels gosiers !! Nous prenons notre tram pour Aÿ, toutes lumières éteintes comme toujours. Nous dinons et nous nous couchons à 9h. Il fait froid toute la nuit, il gèle très fort.

Je me suis bien amusé hier lors d’une réflexion que m’a fait le concierge du Palais de Justice d’Épernay. Comme je sortais celui-ci, voyant que j’allumais ma lampe électrique de poche pour voir les marches du trottoir et ne pas me casser une jambe ! « Monsieur ! n’ouvrez pas si longtemps votre lampe car on a signalé des avions allemands !! » Sans commentaires. Ces Sparnaciens sont ridicules avec leur frousse. Triste moral. A les entendre ils sont bien plus exposés que nous à Reims !! Comme si les avions pouvaient voir la lumière de ma lampe de poche !! Ils deviennent grotesques. Durant ma vente une fois ou 2 on entendit de forts coups de canons. De suite les curieux prenaient leurs jambes à leur cou pour rentrer dans des maisons !!… Ce que je riais à part moi.

10h  Je vais aller voir Archambault, clerc de l’Étude de Lefebvre, mon confrère d’Aÿ décédé, et si Mme Lefebvre veut me recevoir je lui rendrais visite. Nous devons déjeuner à 11h pour partir à midi reprendre notre vente à la Villa. J’espère avoir mon convoi et débloquer fortement aujourd’hui, pour n’avoir plus rien ou presque demain avant mon départ à Reims à 3h.

Ces 5 jours auront été fort fatigants, (criant seul les enchères) mais d’un autre côté cela m’a été un vrai repos moral. Dondaine vient de recevoir de (bonnes) meilleures nouvelles de sa femme qu’il a été obligé de mettre à la maison de santé de Châlons. J’en suis heureux pour ce pauvre garçon, si dévoué et fort intelligent. C’est une belle intelligence notariale, très doué…

Nous devons avoir à déjeuner notre voisin Lechenet, juge de Paix de Bourgogne, un vieux garçon fort original mais brave homme en soit. Qui paie en ce moment sa vivacité, ayant un jour giflé son greffier. Du coup il fut envoyé en exil à Bourgogne…

Je pars chez Lefebvre, il est temps, à demain soir mes notes.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

19 décembre 1917 – Bombardement la nuit, sur le quartier Saint-Remi. Une tren­taine d’obus, dont seize dans la rue Fléchambault.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 19 – – 4°. Nuit agitée autour de Reims. Activité de nos batte­ries. Mitraillades, fusillades, fortes canonnades contre avions allemands, dit-on, entre 2 et 3 h. Matinée bruyante entre artilleries adverses. Tirs con­tre avions allemands. Vers 2 h. bombes allemandes sifflent. Visite au Com­mandant de l’Epinay et au Colonel Coignard (rue Jeanne d’Arc). Vers 6 h. bombes sifflent de temps en temps, par paquets jusqu’à 9 h. 30.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

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Vendredi 22 septembre 1916

Louis Guédet

Vendredi 22 septembre 1916

741ème et 739ème jours de bataille et de bombardement

Midi  Temps magnifique, il a gelé blanc ce matin. Aussi sommes nous gratifiés d’un bombardement de 10h à 11h1/2 un peu partout, il y a des victimes. J’étais à l’Hôtel de Ville pour mes procès de simple police. Je suis rentré quand même et malgré les obus qui sifflaient au-dessus de la tête.

6h1/2 soir  Été à Bezannes pour terminer mon inventaire Guillot – Vernier (à vérifier). Rentré à 5h. Ensuite fait courses et rentré.

Des éclats du bombardement de ce matin sont tombés ici sur la toiture : peu de choses.

Quantité de procès pour la simple police, plus arbitraires les uns que les autres. C’est la course aux abus de pouvoir suscités par le fameux Capitaine Girardot ! Mobilisés à embêter la population sérieuse, mais ne réagissant pas sur des affaires comme Pocquet, ils préfèrent laisser ces risques à nos malheureux agents ! Quels tristes sires.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

22 septembre 1916 – Bombardement dans la matinée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 22 – Nuit tranquille. Projections. Quelques coups de fusil. + 7°. 10 h. à 11 h. 1/2 bombardement violent. Environ 30 obus, bombe blesse la Supérieure de l’Assomption fermant les persiennes, rue du Jard. Une bombe chez les sœurs de l’Espérance. On dit que rue Flechambault 4 soldats ont été tués, dit M. Maitrehut et un civil père de 4 enfants. Plusieurs blessés. Visite à l’Assomption, à l’Espérance, à la Visitation. Reçu visite du Colonel du 403e. Via Crucis in cath.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

flechambault


Vendredi 22 septembre

Le mauvais temps a gêné les opérations sur les deux rives de la Somme.
En Argonne, une attaque ennemie, déclenchée sur nos positions du Four-de-Paris, à la suite de l’explosion d’une mine, a échoué sous nos tirs de barrage.
Sur la rive droite de la Meuse, nos troupes ont exécuté deux opérations qui ont brillamment réussi. Au sud-est de l’ouvrage de Thiaumont, nous avons enlevé plusieurs éléments de tranchée, capturé plus de 100 prisonniers, dont 2 officiers et pris 2 mitrailleuses. Dans la partie est du bois de Vaux-Chapitre, nous avons poussé notre ligne d’une centaine de mètres en avant.
Un avion allemand a été abattu près de Péronne.
Les Serbes ont repoussé une contre-attaque bulgare au Kaimakçalan et une autre à Bousnica. A l’aile gauche, nos troupes ont progressé jusqu’aux abords de la cote 1550. Nous avons fait une cinquantaine de prisonniers.
Les Roumains, après cinq jours de combat, ont infligé un échec signalé aux Bulgaro-turco-Allemands en Dobroudja.
La Grèce réclame de l’Allemagne la restitution des troupes hellènes qui se sont rendues aux Bulgares à Cavalla.
Les Russes ont fait en Galicie un millier de prisonniers.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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