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Lundi 23 avril 1917

Avenue de Laon

Louise Dény Pierson

Aucune description de photo disponible.

23 avril 1917

A la tombée de la nuit elle se retira comme la veille vers Rilly et la riposte allemande ne se fit pas attendre.
Couchés dans les caves Walfart, nous entendions le bombardement qui encadrait tout le quartier. Au lever du jour, nous pûmes constater les dégâts, des entonnoirs partout, les vignes dévastées, les murs de clôture de la clinique Mencière éboulés sur une grande longueur, certains de ses arbres réduits à l’état de pinceaux. Par bonheur le train blindé ne revint pas. Je ne le revis jamais par la suite et le calme qui suivit dans notre quartier nous apparut comme un bienfait du ciel.
Calme assez relatif, il faut le reconnaître, car, si les bombardements étaient devenus plus rares sur Sainte-Anne, le reste de la ville n’était pas épargné, surtout les quartiers de Bétheny et de Cernay.
La saucisse de Montbré a brulé deux fois dans la même journée. L’observateur, sauté en parachute, était mitraillé en l’air par l’Allemand qui avait attaqué la saucisse, je trouvais cela une véritable lâcheté de sa part puisque l’aéronaute était sans défense et bien assez en danger sous son parapluie jaune, mais il paraît que c’était ça la guerre !!
En savoir plus sur le docteur et la clinique Mencière

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Lundi 23 avril 1917

954ème et 952ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 matin  Temps magnifique, froid, il a dû geler. A peine monté vers 8h pour m’habiller, il a fallu descendre en cave. Les journaux deviennent muets. Je crains bien que la grande offensive dont on nous a encore leurrés pour la ? Xième fois est encore…  retardée. C’est désespérant, décourageant. Voilà donc 32 mois de stoïcisme, de courage, de dévouement sacrifiés pour rien !! J’en suis anéanti. Tout, tout aura donc été contre moi. Sacrifiez-vous ! Dévouez-vous ! c’est en pure perte. Dieu ne protège que les lâches ! C’est la négation de tout. J’aurai tout perdu, tout sacrifié pour rien, pour rien. C’est honteux, injuste, révoltant.

A l’intérieur de ce double feuillet se trouve une petite feuille de calepin de notes relatant les évènements « pris sur le vif » concernant les journées des 21, 22 et 23 avril. Ils sont intégralement repris et développés dans le journal quotidien.

Toute la nuit on s’est battu et nous avons été aussi fort bombardés. Je ne sais encore où, étant bloqué ici et ne pouvant sortir. Pourrais-je même aller chercher mon courrier et poster mes lettres à la Poste. On n’ose plus sortir, car à chaque instant on risque d’être pris dans une rafale. Cette vie devient réellement désespérante, et sans issue !

6h soir  En cave. Il y avait longtemps qu’on y était descendu, mais je crois que ce n’est qu’une alerte.

A 9h1/4 été chercher mon courrier au Palais où j’ai répondu à quelques lettres dans la crypte tandis que çà tombait ferme aux alentours du Palais et de la Cathédrale. Un incendie s’allume rue de la Clef (située Cours Langlet et supprimée à la reconstruction de Reims. Étroite, ne faisant que 3 mètres, elle avait une longueur de 80 mètres) près de chez Thiénot, notaire (rayé).

Je rentre vers 10h1/2, mais cela bombarde toujours, on déjeune tranquillement cependant. Vers 2h1/2 je me décide à pousser jusqu’à la Poste pour retirer le courrier d’aujourd’hui. Quantité de lettres auxquelles je réponds en partie dans la crypte même, et les autres sont écrites chez moi, en tout une 15aine (quinzaine). En sortant du Palais vers 3h, rencontré un capitaine du 47ème d’Artillerie qui me connait, M. Arthault (?), il était à l’aviation ici avant la Guerre. Nous causons avec le Rémois qui l’accompagnait, M. (en blanc, non cité), devant chez Touret, rue des 2 Anges. Il nous dit qu’il était à la prise de Courcy, du château de Rocquincourt dont il ne reste rien, tout est rasé. Nous sommes au canal, rien de plus. Mon soldat de l’autre jour du 61ème d’Artillerie s’était trompé. Nous étions allés plus loin, mais il avait fallu rétrograder de peur d’être trop « en l’air ». De la verrerie de Courcy, le pavillon habité par Givelet est rasé par notre artillerie, à cause des mitrailleurs qui y étaient installés. Comme nous lui disions que le sentiment de tous les Rémois était que l’attaque était ratée, il protesta très nettement et très simplement, disant qu’on ne faisait que commencer et que du reste on massait de nouvelles troupes vers Merfy et St Thierry pour enlever Brimont. Il me disait une chose qui m’a surpris, c’est qu’il est plus facile de prendre une position en montant qu’en descendant. Aussi la prise prochaine de Brimont ne paraissait faire aucun doute pour lui. Il parait aussi que nous les avons inondés de gaz asphyxiants, et que les allemands avaient perdu là énormément de monde. Il narrait que la prise de l’ouvrage quadrangulaire à l’emplacement du moulin à vent de Courcy avait coûté 50% des effectifs russes chargés de s’en emparer. Bref il nous a réconfortés, et très aimablement il me prie de rectifier cette idée que notre grande offensive était avortée. Il estime que nous devons les déloger d’ici sous peu. Je le quittais en lui disant : « Que Dieu vous entende ! »

Je poussais jusqu’à l’Hôtel de Ville où la municipalité n’est plus. Elle est installée dans une cave de la Maison Werlé, en face du commissariat central (ancienne maison Jules Mumm), j’y trouve le Maire, qui me dit qu’on me cherche pour me donner connaissance du testament du pauvre Colnart à sa femme et à sa belle-mère, et Legendre me cherche. Je saute dans l’auto d’Honoré et je rentre à la maison où je trouve la malheureuse veuve. Je lui donne connaissance du testament et lui dit d’aller chercher l’autre testament qui est enterré dans leur jardin, 41, rue Montoison. Legendre les y conduit et quelque temps après me remet ledit testament qui est la réplique de celui que j’avais déjà, sauf des recommandations et des développements sur le spiritisme. Il demandait d’être enterré selon le rite de sa secte, à moins que sa Mère (qui est morte) ait voulu qu’il fût enterré religieusement. Dans ce cas il demandait des obsèques catholiques, disant que cette religion était celle qu’il croyait la plus sincère et la plus rapprochante de ses idées spirites !! Singulière mentalité. C’était un illuminé dans son genre, et un rêveur.

Je mets ensuite mon courrier au courant. C’est fait. Il est 6h1/2, le calme. Je remonte dîner.

8h1/2 soir  Dîné en vitesse, çà tombait tout proche. A peine fini, le silence. Je sors dans le jardin, et à 7h3/4 exactement j’aperçois les 2 premières hirondelles de l’année 1917 voletant sur Reims ruiné. Sont-elles au moins les messagères de notre délivrance prochaine et définitive ??…  Toujours le calme, nous descendons nous coucher.

Aujourd’hui St Georges, il n’a pas plu, nous aurons des cerises !! dit le dicton (« Quand il pleut le jour de Saint Georges, sur cent cerises, on a quatorze »). Souhaitons que nous les mangions en Paix ou tout au moins délivrés.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

23 avril 1917 – Bombardement serré, commencé plus tôt que d’habitude, vers 8 h du côté du boulevard de Saint-Marceaux et qui s’étend sur le centre. En même temps, un dépôt de grenades saute dans le haut de l’avenue de Laon. Des gros calibres font entendre ensuite leurs explosions autour de l’hôtel de ville. Un soldat est tué rue du Clou- dans-le-fer ; un autre blessé.

Dans la matinée, un cheval blessé dans les environs, est venu mourir rue de Mars. Cet après-midi, un poilu de passage en a dé­bité, sur place, les meilleurs morceaux. C’était une aubaine pour les amateurs des popotes de l’hôtel de ville. Guérin, notre cuistot, n’a pas laissé passer non plus cette occasion ; il s’est fait adjuger la moitié du filet.

— Nous nous demandons à quel propos le communiqué fait mention, aujourd’hui, d’un violent bombardement de Reims, puis­que depuis le 6 courant ce n’a été, pour nous, qu’une suite de bombardements terribles, dont il n’a rien dit.

Nous préférerions qu’il soit plus explicite sur les résultats donnés par la fameuse offensive déclenchée de notre part, le 16 avril, et dont nous espérions tant un changement complet de situation pour Reims, car tout ce que nous sommes à même de constater jusqu’à présent, c’est une sérieuse aggravation des condi­tions déjà fort pénibles d’existence, dans notre malheureuse ville.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Avenue de Laon

Avenue de Laon


Cardinal Luçon

Lundi 23 – + 2°. De 2 h. à 9 h. au nord (?) violent combat d’artillerie mitrailleuses (allemandes). A 5 h. aéroplanes. Matinée : bombardement pres­que continu en toutes directions. 2 heures : série ininterrompues de bombes allemandes : la matinée et l’après-midi, roulements de bordées de canons à l’est de Reims. Souscription ouverte par Mgr Gibier. Lettre à Mgr Gibier, publiée dans les journaux. (Recueil, p. 129).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 23 avril

Entre Somme et Oise, lutte d’artillerie très active dans la région au sud de Saint-Quentin et au nord d’Urvi1lers.

Entre Soissons et Reims, action d’artillerie intermittente daus certains secteurs.

En Champagne, la journée a été marquée par une série de réactions de l’ennemi sur les hauteurs que nous tenons daus le massif de Moronvilliers.

Une violente attaque, dirigée sur le Mont-Haut, a été réduite à néant après un vif combat: nos feux de mitrailleuses et nos contre-attaques ont infligé de sanglantes pertes à l’ennemi. Un bataillon ennemi a été pris sous nos feux et s’est dispersé.

Trois avions ennemis ont été abattus par nos pilotes.

Les troupes britanniques ont effectué une nouvelle progression à l’est du bois d’Avrincourt et la partie sud du village de Trescault est tombée entre leurs mains. Vif combat au sud-est de Loos. Nos alliés ont réa1isé une nouvelle avance en ce secteur et ont fait des prisonniers. Ils ont abattu quatre avions allemands, mais quatre des leurs ne sont pas rentrés.

Une escadrille de cinq destroyers allemands a lancé des obus sur Calais, puis sur Douvres. Attaquée devant cette ville par des navires patrouilleurs anglais, elle a perdu deux de ses unités: les autres ont pris la fuite.

Canonnade sur l’ensemble du front italien.

On annonce une sortie de la flotte allemande de la Baltique dans la direction des côtes russes.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Jeudi 8 février 1917

Louis Guédet

Dimanche 11 février 1917

883ème et 881ème jours de bataille et de bombardement

10h1/2 matin  Toujours le même temps, peut-être plus froid qu’hier. Pas encore sorti, traîné pour me lever et m’habiller, cela pour le temps, que faire ? J’attends la messe de 11h1/4 à St Jacques. Il n’y fera pas chaud, elle est à tous vents. Dehors 4° au-dessous et dans ma chambre 4° au-dessus…  par ce soleil et avec du feu. J’ai froid. J’ai froid. J’ai froid au cœur et à l’âme. Misérable vie, triste vie, souffrir toujours…  toujours, c’est trop !

5h soir  Vers deux heures le temps magnifique m’incite à sortir porter mes lettres rue de Vesle, puis désœuvré je vaque, j’erre par la Ville, avenue de Paris, chemin Passe-Demoiselles, rue de Courlancy, rue du Pont-Neuf (rue Léo Lagrange depuis 1946), les allées des Tilleuls en revenant sur le Pont de Vesle. Je pousse jusqu’au pont de bois militaire de l’avenue Brébant pour retomber à la Brasserie du XXème siècle (lieu de détente détruit quelques temps après et reconstruit à l’identique en 1920, actuellement locaux d’une entreprise de transports), où dans un terrain vague jouent au football des enfants de 12 à 15 ans. Des obus se mettent à siffler, ces gamins continuent à jouer et l’un d’eux de dire au 1er obus : « T’en fait pas, on les aura !!! » puis de courir après leur ballon sans plus. Je reprends le canal, passe boulevard Louis Roederer, Drouet d’Erlon et chez Michaud pour un journal. Au débouché de la rue du Clou dans le Fer, face au théâtre, je me heurte à Pierre Lelarge et mon Auguste Goulden !! Ils s’arrêtent et nous causons un instant comme si de rien n’était. Nulle allusion à son affaire ! Je demande des nouvelles des siens, etc…  Nous nous quittons et je rentre chez moi. Auguste Goulden reste ici maintenant. Singulière aventure. L’avenir dira peut-être la vérité sur tout cela, et sur les pressions qu’on aura faites pour obtenir presque son acquittement. Néanmoins, pour moi, il restera coupable. Ceci ne me regarde pas. Je n’ai qu’à être correct tout en restant fort réservé avec lui. J’en sais trop sur cette affaire.

Vu quelques patineurs sur la patinoire St Charles…  Cela m’a rappelé les temps heureux où je patinais avec passion à Châlons. Tout cela est passé, fini pour moi. Aurais-je jamais d’heureux jours ?! Je ne le crois pas. Tout est fini pour moi. J’ai trop souffert, je souffre trop. Je n’ai plus qu’à mourir…

Absence du feuillet 429.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 8 – 29ème anniversaire de ma Consécration. – 9°. Nuit tranquille ; visite d’un Capitaine attaché au Service du Prince de Monaco(1). Duel entre artilleries. Bombes sur batteries et tranchées. Aéroplanes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le futur prince Louis II de Monaco qui montera sur le trône en 1922, fit ses études à St Cyr et servit comme général de brigade dans l’Armée française.

Jeudi 8 février

Rencontre de patrouilles au sud de la Somme, dans la région de Deniécourt, et à l’est de Soissons, près de Vailly.

En Argonne, un coup de main allemand sur une de nos tranchées vers Bourémelles n’a rapporté que des pertes à l’ennemi.

En Lorraine, après un vif bombardement de la région d’Emberménil-Voho, les Allemands ont attaqué en fin de journée, un saillant de nos lignes vers Emberménil. Contre-attaqué aussitôt, l’ennemi a été chassé des éléments avancés où il avait pris pied. Notre ligne est intégralement rétablie; nous avons fait des prisonniers.

En Haute-Alsace, une tentative de l’ennemi dans la région de Seppois a été arrêtée net par nos feux.

Sur le front belge, canonnade autour de Dixmude et de Steenstraete.

Combats sur le front russe, le long de la Bérézina et sur le front roumain, le long du Sereth.

L’armée anglaise a occupé le village de Grandcourt qu’elle a forcé les Allemands à évacuer.

La Suisse a accepté de représenter les intérêts allemands à Paris, en remplacement de l’Amérique.

L’Espagne publie le texte de la protestation très digne qu’elle a remise au gouvernement de Berlin et qui mentionne en même temps son désir de coopérer à la paix future.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Deniécourt

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Samedi 4 novembre 1916

Paul Hess

4 novembre 1916 – Dès le matin, on parle d’un bombardement effectué par nos avions, au cours de la nuit, vers Pontfaverger – Bétheniville.

— Dans la matinée, nos pièces tirent et des arrivées se font également entendre.

A 15 h 1/4, une séance serrée de bombardement commence brusquement sur le centre.

A la mairie, le personnel doit quitter les bureaux, les projectiles tombant d’abord, par rafales de trois et quatre, dans le voisinage de l’hôtel de ville.

Groupés à quelques employés, dans la salle des appariteurs, nous voyons, entre autres arrivées, la fumée d’une explosion qui vient de se produire à l’arrière d’une des premières maisons de droite de la rue Colbert, derrière la Banque de France. Un sifflement s’accentue encore parmi les autres et un obus tombe au milieu de la place ; presque aussitôt, un 120 éclate de nouveau, cette fois sur le trottoir de la gauche du perron, devant la première fenêtre de la salle où nous nous tenons ; ses éclats, entrant par cette fenêtre, ont été projetés dans l’angle opposé à celui où nous sommes réunis — puis, cela devient un arrosage en ville.

Avant même de réintégrer nos bureaux, nous apprenons qu’un agent auxiliaire, M. Mathieu, vient d’être tué auprès du commissariat du 2e ; peu après, on signale deux autres morts : un homme, rue Gambetta et un enfant, rue du Barbâtre.

Les quartiers fortement éprouvés ce jour, ont été principalement le centre, les rues de Vesle, de Talleyrand, de l’Etape, du Cadran-Saint-Pierre, celles des alentours de l’hôtel de ville et les environs de Saint-Remi.

A 16 h les sifflements cessent, mais alors, nos pièces ripostent ferme.

— Les journaux ont annoncé aujourd’hui, la reprise du fort de Vaux.

Vaux, le front allemand, le 4 novembre 1916

Vaux, le front allemand, le 4 novembre 1916


Cardinal Luçon

Samedi 4 – Nuit tranquille. Pluie. Projections. + 10°. A 9 h. canons fran­çais. A 9 h. 1/2 bombes allemandes sifflent. Visite au Fourneau rue Féry. Bombes rue du Jard. A 3 h. gros canons français. A 9 h. 1/2 riposte allemande par bombes sifflantes nombreuses, dont quelques-unes tombent pas loin d’ici. Bombardement violent pendant trois quarts d’heure : 250 obus sur la ville : rue du Clou-dans-le-Fer, rue des Carmes, rue de l’Etape, église Saint-Jacques, rue Thiers. Victimes.


 

Samedi 4 novembre

L’ennemi, sous la violence de notre bombardement, prolongé depuis plusieurs jours et sans attendre l’attaque de notre infanterie, a évacué le fort de Vaux. Notre infanterie a occupé cet important ouvrage sans aucune perte. La ceinture des forts extérieurs de Verdun est maintenant rétablie dans son intégrité et solidement tenue par nous. Notre infanterie, maîtresse du fort de Vaux, a progressé jusqu’aux lisières du village de Vaux. Au nord de l’étang, elle a pris pied sur la croupe qui domine ce village sans qu’aucune réaction ne se produise de la part de l’ennemi. Sur le front anglais, les Allemands ont dirigé une attaque sur une tranchée qui leur avait été enlevée à l’est de Gueudecourt. Ils ont été repoussés. L’artillerie et les mortiers de tranchées ont bombardé les lignes allemandes à l’est de Sauquissart et vers Blairville. Les Anglais ont enlevé un nouveau village dans la vallée de la Strouma. Les Russes ont repris sur le Stokhod des tranchées que les Allemands leur avaient prises. Continuant leur avance dans le Carso, les Italiens ont encore capturé 3.500 Autrichiens. Les Roumains poursuivent leur progression dans la vallée du Jiul. Ils ont pris 4 canons.

Source : La guerre au jour le jour

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Samedi 21 août 1915

Louis Guédet

Samedi 21 août 1915

343ème et 341ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Nuit calme, matinée de même. Vaqué à nos affaires, et attendu prudemment pour sortir l’après-midi. En effet à 2h sonnant la danse a recommencée, comme depuis 5 jours ! C’est notre quartier qui a écopé. Varin 2 obus, Pharmacie de Paris 1 obus, dans notre rue, rue du Clou dans le Fer 2/3 obus, rue de Vesle chez Madame Luzzani, près de Venot place d’Erlon (5/6 victimes), etc… Enfin nous étions aux premières loges. Passé cette heure angoissante dans la cave. Ils tiraient par rafales de 2 – 3 – 4 obus à la fois. Je tremblais pour mes pauvres épaves qui sont chez Martinet. Quelle misère et quelle vie. J’ai rencontré à nouveau cette espèce de métronisation du cœur quand les obus sifflaient bas au-dessus de ma tête, mon pouls battait plus vite et fort. J’étais et je suis fiévreux. Et j’ai aussi remarqué que cette émotion ? influait sur ma vue, une espèce de fatigue nerveuse, qui me gêne pendant quelques heures pour fixer les objets de loin dans la rue notamment, c’est assez singulier, mais c’est bien gênant, je suis obligé de faire un effort pour fixer et distinguer l’objet que je regarde. Hélas quand ce sera fini, je paierai certainement tout cela, c’est trop et trop long, à moins que je ne succombe avant la fin ! Je suis si las ! si découragé ! si désemparé !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

A 14 heures, le bombardement reprend comme les jours pré­cédents. Quelques sifflements isolés se perçoivent d’abord puis, rapidement, les obus arrivent aujourd’hui, par rafales de quatre.

Le personnel de l’hôtel de ville, qui vient de rentrer dans les bureaux, en sort pour se diriger vers les sous-sols ou se répandre dans les couloirs. Ceux-ci sont vraiment trop bruyants ; je préfère rester à la « comptabilité », d’où j’entendrai au moins les sifflements, tout en profitant de cette interruption forcée pour fumer quelques cigarettes. Ce bombardement assez violent, dure une heure envi­ron.

A 15 h 1/4, chacun a regagné sa place et repris ses occupa­tions.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 21 – Nuit tranquille ; matinée item. 2 h. grosse bombe sifflante ; très violent bombardement sur la ville, bombes très lourdes, gros calibre. (Théâtre, Palais de Justice, maison Luzzani rue de Vesle (où avait couché Napoléon I), dit M. Compant. Visite de M. Claudin, du P. Lazariste de Roure (supérieur). On dit aux Petites Sœurs des Pauvres, à l’Hôtel de Ville, qu’il y a 15 victimes. Une derrière la maison de M. Compant (faux) 3 Maison Luzzani.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Samedi 21 Août 1915. Sur Le petit Parisien nous avons fait mettre nous deux Charlotte ton nom et celui de Paul avec toutes les explications que nous avons pu donner. Si seulement cela réussissait ! Depuis si longtemps, quand tous mes souvenirs me repassent par la tête, quelle souffrance j’endure. Et ce que je regrette le plus, vois-tu, c’est notre petit nid de la rue de Nogent. Qu’on y était bien ! Redeviendrons nous aussi heureux ? Reviendras-tu mon Charles ?

J’ai reçu la nouvelle que M. Commeaux est mort à Épernay. Encore un de moins. Mais sais-tu mon Charles, j’appréhende maintenant de rentrer chez moi. Mon commerce ne marchant plus, ils ne vont peut-être pas me le rendre. J’aime mieux ne pas y penser. Je ne sens plus ma pauvre tête. Je ne suis heureuse que quand je dors. Dormir toujours, que ce serait bon…

Je t’aime toujours mon Charles.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Collection Gallica-BNF

Samedi 21 août

Bombardement réciproque à Bailly, sur les bords de l’Oise, au plateau Quennevieres; en Champagne, à Perthes-Beauséjour; entre Argonne et Meuse (région de Béthincourt-Haucourt).
En Artois, après une violente action d’artillerie et trois nouvelles contre-attaques, l’ennemi a réussi à reprendre pied dans les tranchées que nous lui avions enlevées sur le chemin d’Ablain à Angres. Il a subi des pertes sensibles.
Lutte de mines dans l’Argonne, à Vienne-le-Château; coups de pétards et de grenades dans le secteur de Saint-Hubert et de Marie-Thérèse.
Les pertes allemandes ont été très importantes au Lingekopf et au Schratzmaennele, en Alsace. On a trouvé un grand nombre de cadavres ennemis dans les 250 mètres de tranchées que nous avons conquis.
Aux Dardanelles, combats de patrouilles et lutte d’artillerie dans la zone sud. Dans la zone nord, l’aile gauche anglaise a réalisé des progrès dans la plaine d’Anasarta.
Les Allemands annoncent qu’ils ont pris Novo-Georgiewsk, où ils auraient capturé du matériel.
Un sous-marin avait torpillé, le 19, le steamer anglais Arabic. On apprend que six passagers, dont trois Américains et trente-huit marins ont péri. Cet acte de banditisme surexcite à nouveau les colères américaines.
M. de Bethmann-Hollweg a prononcé, au Reichstag, un discours où il essaie de justifier sa poli
tique.

Source : La guerre au jour le jour

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